‹ Œuvres de DelilleChapitre 16 sur 19 · GEORGICON LIBER IV · texte numérisé non relu

GEORGICON LIBER IV

Saxosumque sonans Hypanis , IMysusque Caicus , Et gemina auratus taurino cornua vultu Eridaiius, quo non alius per pinguia culta In mare purpureum violentior effluit amnis.

Postquam est in thalami pendentia pumice tecta Perventum , et nati fletus cognovit inanes Cyrene , nianibus liquides dant ordine fontes Germanœ , tonsisque ferunt mantelia villis. Pars epulis onerant raensas , et plena reponunt Pocula : Panchœis adolescunt ignibus arœ. Et mater : « Cape Maeonii carchesia Bacchi ; Oceano libemus », ait. Simul ipsa precatur Oceanmnque patrem rerum , Nymphasque sorores , Centum quae silvas , centum quse flumina servant. Ter liquide ardentem perfudit nectare Vestam : Ter flamrna ad summum tecti subjecta reluxit. Omine quo fîrmans animum , sic incipit ipsa :

« Est in Carpathio Neptuui gurgite vates Caîruleus Proteus , magnum qui piscibus œquor Et juncto bipedum curru metitur equorum. Hic nunc Emathiae portus patriamque revisit Pallenen ; hune et Nymphae veneramur, et ipse Grandaevus Nereus ; novit namque omnia vates , Quse sint, qua^ fuerint, quse mox ventura trahantur. Quippe ita Neptuno visum est, immania cujus Armenta et turpes pascit sub gurgite phocas. Hic tibi, nate , prius vinclis capiendus, ut omnem Expédiât morbi causam , eventusque secundet. Nam sine vi non ulla dabit praecepta , ncquc illum

L'Hypanis se brisant sur des rochers affreux , Et l'Anio paisible , et l'Eridaii fougueux , Qui , roulant à travers des campagnes fécondes , Court dans les vastes mers ensevelir ses ondes.

Mais enfin il arrive à ce brillant palais , Que les flots ont creusé dans un roc toujours frais : Sa mère en l'écoutant sourit , et le rassure ; Les Nymphes sur ses mains épanchent une eau pure , Offrent pour les sécher de fins tissus de lin ; On fait fumer l'encens , on fait couler le vin. « Prends ce vase, ô mon fils ! afin qu'il nous seconde , Invoquons l'Océan*^, le vieux père du monde. Et vous , reines des eaux , protectrices des bois , Entendez-moi , mes sœurs. » Elle dit; et trois fois Le feu sacré reçut la liqueur pétillante : Trois fois jaillit dans l'air une flamme brillante. Elle accepte l'augure , et poursuit en ces mots :

« Protée ^°, ô mon cher fils ! peut seul finir tes maux. C'est lui que nous voyons, sur ces mers qu'il habite , Atteler à son char les monstres d'Amphitrite. Pallène ^^ est sa patrie; et, dans ce même jour, Vers ces bords fortunés il hâte son retour. Les nymphes , les Tritons , tous , jusqu'au vieux Nérée , Respectent de ce dieu la science sacrée ; Ses regards pénétrans , son vaste souvenir , Embrassent le présent , le passé , l'avenir ; Précieuse faveur du dieu puissant des ondes , Dont il pait les troupeaux dans les plaines profondes. Par lui tu connaîtras d'où naissent tes revers ; Mais il faut qu'on l'y force en le chargeant de fers.

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Orando flectes ; vim duram et vincula capto Tende; doli circum hœc demum frangentur inanes. Ipsa ego te , medios quum sol accenderit œstus , Quum sitiunt herbae , et pecori jam gratior umbra est , In sécréta senis ducani , quo fessus ab undis Se recipit, facile ut somno aggrediare jacentem. Verum ubi correptum manibus vinclisque tenebis , Tum varias illudent species atque ora ferarum. Fiet enim subito sus horridus, atraque tigris, Squamosusque draco , et fulva cervice leaena ; Aut acrem flammœ sonitum dabit , atque ita vinclis Excidet, aut in aquas tenues dilapsus abibit. Sed, quanto ille magis formas se vertet in omnes, Tanto , nate , magis contende lenacia vincla ; Donec talis erit mutato corpore , qualem Videris , incepto tegeret quum lumina somno. »

Haec ait , et liquidum ambrosiae diffudit odorem , Quo totum nati corpus perduxit ; at illi Dulcis compositis spiravit crinibus aura , Atque habilis membris venit vigor. Est specus ingens Exesi latere in montis , quo plurima vento Cogitur , inque sinus scindit sese unda reductos , Deprensis olim statio tutissima nautis.

Intus se vasti Proteus tegit objice saxi. Hic juvenem in latebris aversum a luinine Nympha Collocat : ipsa procul nebulis obscura resislit.

Jam rapidus torrens sitientes Sirius Indos Ardebat cœlo , cl médium sol igncus orbem

On a beau l'implorer ; son cœur , sourd à la plainte ,

Résiste à la prièi'e , et cède à la contrainte.

Moi-même , quand Phébus , partageant l'horizon ,

De ses feux dévorans jaunira le gazon ,

A l'heure où les troupeaux goûtent le frais de l'ombre ,

Je guiderai tes pas vers une grotte sombre ,

Où sommeille ce dieu , sorti du sein des flots.

Là tu le surprendras dans les bras du repos.

Mais à peine on l'attaque , il fuit , il prend la forme

D'un tigre furieux, d'un sanglier énorme ;

Serpent , il s'entrelace ; et lion , il rugit ;

C'est un feu qui pétille , un torrent qui mugit.

Mais plus il t'éblouit par mille formes vaines ,

Plus il faut resserrer l'étreinte de ses chaînes ,

Redoubler tes assauts , épuiser ses secrets ,

Et forcer ton captif à reprendre ses traits. <>

Sur son fils , à ces mots , sa main officieuse Répand d'un doux parfum l'essence précieuse : Cette pure ambroisie embaume ses cheveux , Rend son corps plus agile et ses bras plus nerveux. Au sein des vastes mers s'avance un mont sauvage Où le flot mugissant , brisé par le rivage , Se divise , et s'enfonce en un profond bassin , Qui reçoit les nochers dans son paisible sein. Là , dans un antre obscur se retirait Protée : Cyrène le prévient , y conduit Aristée , Le place loin du jour dans l'ombre de ces lieux , Se couvre d'un nuage , et se dérobe aux yeux.

Déjà le chien brûlant dont l'Inde est dévorée Vomissait tous ses feux sur la plaine altérée ;

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Hauserat ; arebant herbae , et cava flumina siccis Faucibus ad limum radii tepefacta coquebant , Quum Proteus consueta petens et fluctibus antra Ibat : eum vasti circuni gens humida ponti Exsultans , rorem la te dispergit amarum. Sternunt se somno diversae in litore phocse. Ipse, velut stabuli custos in montibus olim , Vesper ubi e pastu vitulos ad tecta reducit , Auditisque lupos acuunt balatibus agni , Considit scopulo médius, numerumque recenset.

Cujus Aristaeo quoniam est oblata facultas , Vix defessa senem passus componere membra , Cum clamore ruit magno , manicisque jacentem Occupât, nie, suse contra non immemor artis, Omnia transformat sese in miracula rerum , Ignemque, horribilemque feram , fluviumque liquentem. Verum ubi nuUa fugam reperit pellacia , victus In sese redit , atque hominis tandem ore locutus : « Nam quis te , juvenum confidentissime , nostras Jussit adiré domos? quidve hinc petis? » inquit. At ille : « Scis, Proteu, scis ipse ; neque est te fallere cuiquam : Sed tu dcsine velle : deum praecepta secuti Venimus hinc lapsis quœsitum oracula rébus. » Tantum effatus. Ad haec vates vi denique multa Ardentes oculos intorsit lumine glauco , Et graviter frendens, sic fatis ora resolvit :

« Non te nullius exercent numinis irse. iNIagna luis commissa : tibi lias miserabilis Orpheus

Déjà l'ardent midi , desséchant les ruisseaux , Jusqu'au fond de leur lit avait pompé leurs eaux : Pour respirer le frais dans sa grotte profonde , Protée en ce moment quittait le sein de l'onde ; Il marche ; près de lui le peuple entier des mers Bondit , et fait au loin jaillir les flots amers : Tous ces monstres épars s'endorment sur la rive. Alors , tel qu'un berger , quand la nuit sombre arrive , Lorsque le loup s'irrite aux cris du tendre agneau , Le dieu sur son rocher compte au loin son troupeau.

A peine il s'assoupit , que le fils de Cyrène Accourt, pousse un grand cri, le saisit et l'enchaîne. Le vieillard de ses bras sort en feu dévorant ; 11 s'échappe en lion , il se roule en torrent. Enfin , las d'opposer une défense vaine , 11 cède; et se montrant sous une forme humaine : « Jeune imprudent , dit-il , qui t'amène en ce lieu ? Parle , que me veux-tu? » « Vous le savez , grand dieu , Oui, vous le savez trop, lui répond Aristée ; Le livre des destins est ouvert à Protée : L'ordre des immortels m'amène devant vous : Daignez... » Le dieu, roulant des yeux pleins de courroux, A peine de ses sens dompte la violence , Et tout bouillant encor rompt ainsi le silence :

«Tremble, un dieu te poursuit I pour venger ses douleurs, Orphée a sur sa tête attiré ces mallieurs ; Mais il n'a pas au crime égalé le supplice.

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Haudquaquam ob meritum pœnas , ni fata résistant , Suscitât, et rapta graviter pro conjuge séevit. nia quidem, dum te fugeret per flumina praeceps, Immanem ante pedes hydrum raoritura puella Servantem ripas alta non vidit in lierba. At cliorus œqualis Dryadum clamore supremos Implerunt montes ; flerunt Rhodopeiae arces , Altaque Pangaea , et Rhesi Mavortia tellos , Atqiie Getœ, atque Hebrus, et Actias Orithyia. Ipse cava solans aegrum testudine amorem , Te , dulcis conjux, te solo in litore secum , Te , veniente die , te , decedente , canebat. Tenarias etiam fauces , alta ostia Ditis , Et caligantem nigra formidine lucuin Ingressus, Manesque adiit, regemque tremendum , Nesciaque humanis precibus mansuescere corda. At cantu commotae Erebi de sedibus imis Lmbrae ibant tenues , simulacraque luce carentum , Quam multa in silvis avium se millia condunt , Vesper ubi , aut hibernus agit de montibus imber : Matres , atque viri , defunctaque corpora vita Magnanimuni heroum, pueri, iunuptseque puellae, Impositique rogis juvenes ante ora parentuin , Quos circum limus niger, et defonuis arundo Cocyti , tardaque palus inamabilis unda Alligal , et iiovies St\\ interfusa cocrcct.

LES GEORGIQUES, LIVRE IV. 199 Un jour tu poursuivais sa fidèle Eurydice ^^ ; Eurydice fuyait , hélas ! et ne vit pas Un serpent que les fleurs recelaient sous ses pas. La mort ferma ses yeux : les Nymphes ses compagnes De leurs cris douloureux remplirent les montagnes ; Le Tlirace belliqueux lui-même en soupira ; Le Rhodope en gémit, el l'Èbre en murmura. Son époux s'enfonça dans un désert sauvage : Là , seul , touchant sa lyre , et charmant son veuvage , Tendre épouse ! c'est toi qu'appelait son amour, Toi qu'il pleurait la nuit , toi qu'il pleurait le jour. C'est peu : malgré l'horreur de ses profondes voûtes, Il franchit de l'enfer les formidables routes ; Et , perçant ces forets où règne un morne effroi , Il aborda des morts l'impitoyable roi , Et la Parque inflexible , et les pâles Furies , Que les pleurs des humains n'ont jamais attendries. Il chantait ; et ravis jusqu'au fond des enfers , Au bruit harmonieux de ses tendres concerts , Les légers habitans de ces obscurs royaumes , Des spectres pâlissans , de livides fantômes , Accouraient, plus pressés que ces oiseaux nombreux Qu'un orage soudain ou qu'un soir ténébreux Rassemble par milliers dans les bocages sombres ; Des mères , des héros , aujourd'hui vaines ombres , . Des vierges que l'hymen attendait aux autels. Des fils mis au bûcher sous les yeux paternels , Victimes que le Styx , dans ses prisons profondes , Environne neuf fois des replis de ses ondes ; Et qu'un marais fangeux , bordé de noirs roseaux , Entoure tristement de ses dormantes eaux. L'enfer même s'émut ; les fières Euménides

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Quin ipsae stupuere domus , atque intima Lethi Tartara , cœruleosque implexae crinibus angues Eumenides, tenuitque inhians tria Cerberus ora , Atque Ixionii vento rota constitit orbis.

» Jamque pedem referens , casus evaserat omnes , Redditaque Eurydice superas veniebat ad auras , Pone sequens , namque banc dederat Proserpina legem ; Quum subita incautum dementia cepit amanteni , Ignoscenda quidem , scirent si ignoscere Mânes !

» Restitit, Eurydicenque suam jam luce sub ipsa Immemor, heu ! victusque animi , respexit. Ibi omnis Effusus labor, atque immitis rupta tyranni Fœdera , terque fragor stagnis auditus Avernis. 111a , «Quis et me, inquit, miseram, et te perdidit, Orpheul Quis tantus furor ! en iterum crudelia rétro Fata vocant, conditque natantia lumina somnus. Jamque vale ! feror ingenti circumdata nocte , Invalidasque tibi tendens , heu ! non tua , palmas. »

» Dixit, et ex oculis subito , seu fumus in auras Commixtus tenues, fugit diversa; nequc illum , Prcnsantem nequicquani umbras, et multa volcntcm Direre , praeterea vidit ; ncc portitor Orci Ainplius objectam passus transirc paludem.

LES GEORGIQUES, LIVRE IV. 201 Cessèrent d'irriter leurs couleuvres livides ; Ixion immobile écoutait ses accords ; L'hydre affreuse oublia d'épouvanter les morts ; Et Cerbère , abaissant ses tètes menaçantes , Retint sa triple voix dans ses gueules béantes.

» Enfin il revenait triomphant du trépas : Sans voir sa tendre amante , il précédait ses pas ; Proserpine à ce prix couronnait sa tendresse : Soudain ce faible amant , dans un instant d'ivresse , Suivit imprudemment l'ardeur qui l'entraînait , Bien digne de pardon , si l'enfer pardonnait !

» Presque aux portes du jour, troublé, hors de lui-même, Il s'arrête, il se tourne... il revoit ce qu'il aime ! C'en est fait ; un coup d'œil a détruit son bonlieur ; Le barbare Pluton révoque sa faveur, Et des enfers, charmés de ressaisir leur proie , Trois fois le gouffre avare en retentit de joie. Eurydice s'écrie : « O destin rigoureux ! Hélas ! quel dieu cruel nous a perdus tous deux ? Quelle fureur I voilà qu'au ténébreux abîme Le barbare destin rappelle sa victime.

Adieu ; déjà je sens dans un nuage épais Nager mes yeux éteints , et fermés pour jamais. Adieu , mon cher Orphée ! Eurydice expirante En vain te cherche encor de sa main défaillante ; L'horrible mort , jetant un voile autour de moi , M'entraîne loin du jour, hélas! et loin de toi. »

» Elle dit, et soudain dans les airs s'évapore. Orphée en vain l'appelle , en vain la suit encore , Il n'embrasse qu'une ombre ; et l'horrible nocher De ces bords désormais lui défend d'approcher. Alors, deux fois privé d'une épouse si chère ,

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Quid faceret? Quo se rapta bis conjuge ferret? Quo flectu Mânes, qua numina voce nioveret? Illa quidem Stygia nabat jam frigida cymba.

» Septem illum totos perhibent ex ordine menses Rupe sub aeria , deserti ad Strymonis undam Flevisse , et gelidis hœc evolvisse sub antris , Mulcentem tigres, et agentem carminé quercus. Qualis populea mœrens Philomela sub umbra Amissos queritur fétus , quos durus arator Observans nido implumes detraxit : at illa Flet noctem , ramoque sedens miserabile carraen Intégrât , et mœstis late loca questibus implet. Nulla Venus, nuHique animum flexere hymenaîi. Solus Hyperboreas glacies , Tanaimque nivalem , Arvaque Rhipaeis numquam viduata pruinis Lustrabat, raptam Eurydicen atque irrita Ditis Dona querens. Spretae Ciconum quo munere maires , Inter sacra deum , nocturnique orgia Bacchi , Discerptum latos juvenem sparsere per agros. Tum quoque marmorea caput a cervice revulsum Gurgite quum medio portans OEagrius Hebrus Volvcrct, Eurydicen vox ipsa et frigida lingua , Â.I1 miseram Eurydicen I anima fugiente , vocabat : Eurydicen toto referebant flumine ripae. »

Hœc Proteus, et se jaclu dédit lequor in altum ; Qua(|ue dédit, spumantem undam sub vcrtice torsit. At non Cyrcnc; nam([nc ullro affala timcnlein :

Où porter sa douleur? où traîner sa misère?

Par quels sons , par quels pleurs fléchir le dieu des morts ?

Déjà cette ombre froide arrive aux sombres bords.

» Près du Strymon glacé, dans les antres de Thrace , Durant sept mois entiers il pleura sa disgrâce : Sa voix adoucissait les tigres des déserts , Et les chênes émus s'inclinaient dans les airs. Telle sur un rameau ^^ durant la nuit obscure , Philomèle plaintive attendrit la nature , Accuse en gémissant l'oiseleur inhumain, Qui , glissant dans son nid une furtive main , Ravit ces tendres fruits que l'amour fit éclore , Et qu'un léger duvet ne couvrait pas encore. Pour lui plus de plaisir, plus d'hymen , plus d'amour. Seul parmi les horreurs d'un sauvage séjour. Dans ces noires forêts du soleil ignorées , Sur les sommets déserts des monts hyperborées , Il pleurait Eurydice , et , plein de ses attraits , Reprochait à Pluton ses perfides bienfaits. En vain mille beautés s'efforçaient de lui plaire : Il dédaigna leurs feux , et leur main sanguinaire , La nuit , à la faveur des mystères sacrés , Dispersa dans les champs ses membres déchirés. L'Ebre roula sa tête encor toute sanglante : Là , sa langue glacée et sa voix expirante , Jusqu'au dernier soupir formant un faible son , D'Eurydice , en flottant , murmurait le doux nom : Eurydice 1 ô douleur ! Touchés de son supplice , Les échos répétaient , Eurydice ! Eurydice ! »

Le devin dans la mer se replonge à ces mots , Et du gouffre écumant fait tournoyer les flots. C y rêne de son fils vient calmer les alarmes :

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« Nate , licet tristes animo deponere curas. Hsec oinnis morbi causa ; hinc miserabile Nymphœ , Cum quibus illa choros lucis agitabat in altis , Exitium misère apibus : tu munera supplex Tende , petens pacem , et faciles venerare Napaeas ; Namque dabunt veniam votis, irasque rémittent. Sed , modus orandi qui sit , prius ordine dicam. Quatuor eximios prœstanti corpore tauros , Qui libi nunc viridis depascunt summa Lycaei y Delige, et intacta totidem cervice juvencas. Quatuor his aras alta ad delubra dearum Constitue , et sacrum jugulis demitte cruorem , Corporaque ipsa boum frondoso desere luco. Post , ubi nona suos Aurora ostenderit ortus , Inferias Orphei lethsea papavera mittes ; Placatam Eurydicen vitula venerabere caesa , Et nigrara mactabis ovem , lucumque revises. »

Haud mora : continuo matris praecepta facessit. Ad delubra venit , monstratas excitât aras ; Quatuor eximios prœstanti corpore tauros Ducit , et intacta totidem cervice juvencas. Post, ubi nona suos Aurora induxerat ortus, Inferias Orpbei mittit, lucumque revisit. Hic vero , subitum ac dictu mirabile monstrum ! Adspiciunt liquefacta boum per viscera toto Stridere apes utero , et ruptis effervere costis , Immensasque trahi nubes , jamque arbore summa Connuerc , et Icniis nvain dcmittere ramis.

LES GEORGIQUES, LIVRE IV. 205 « Cher enfant , lui dit-elle , essuie enfin tes larmes ; Tu connais ton destin. Eurydice autrefois ,

Accompagnait les chœurs des nymphes de ces bois ; Elles vengent sa mort : toi, fléchis leur colère : On désarme aisément leur rigueur passagère. Sur le riant Lycée , où paissent tes troupeaux , Va choisir à l'instant quatre jeunes taureaux; Choisis un nombre égal de génisses superbes, Qui des prés émaillés foulent en paix les herbes; Pour les sacrifier élève quatre autels ; Et , les faisant tomber sous les couteaux mortels , Laisse leurs corps sanglans dans la forêt profonde. Quand la neuvième aurore éclairera le monde , Au déplorable époux dont tu causas les maux , Offre une brebis noire et la fleur des pavots ; Enfin , pour satisfaire aux mânes d'Eurydice , De retour dans les bois, immole une génisse. »

Elle dit : le berger dans ses nombreux troupeaux Va choisir à l'instant quatre jeunes taureaux; Immole un nombre égal de génisses superbes , Qui des prés émaillés foulaient en paix les herbes. Pour la neuvième fois quand l'aurore parut , Au malheureux Orphée il offrit son tribut , Et rentra plein d'espoir dans la forêt profonde. O prodige ! le sang , par sa chaleur féconde , Dans le flanc des taureaux forme un nombreux essaim ; Des peuples bourdonnans s'échappent de leur sein , Comme un nuage épais dans les airs se répandent, Et sur l'arbre voisin en grappes se suspendent.

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Haec super arvorum cultu pecorumque canebam , Et super arboribus , Caesar dum raagnus ad altum Fuhiiinat Euphraten bello , victorque volentes Per populos dat jura , viamque affectât Olympo. lUo Virgilium me tempore dulcis alebat Parthenope , studiis florentem ignobilis oti , Carmina qui kisi pastorum , audaxque juventa , Tityre , te patulee cecini sub tegmine fagi.

FINIS GEORGICON.

LES GEORGIQUES, LIVRE IV. 207 Ma muse ainsi chantait les rustiques travaiLx , Les vignes , les essaims , les moissons , les troupeaux , Lorsque César ^*, l'amour et l'effroi de la terre , Faisait trembler l'Euphrate au bruit de son tonnerre , Rendait son joug aimable à l'univers dompté , Et marchait à grands pas vers l'immortalité. Et moi je jouissais d'une retraite obscure ; Je m'essayais dans Naple à peindre la nature, Moi qui, dans ma jeunesse, à l'ombre des vergers, Célébrais les amours et les jeux des bergers.

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