‹ OEuvres de Descartes, publiées (volume 3)Chapitre 12 sur 24 · ANNÉE · texte numérisé non relu

ANNÉE

AU R. P. MERSENNE ■

(Lettre 76 du tome II.) Moir BÉviRÉND PÈRE, r

J'apprends par les vôtres que les dernières que je TOUS avois écrites ont été perdues , bien que je les pensois avoir adressées fort sûrement. Je vous y mandois tout au long la raison qui m'empéchoit de TOUS envoyer mon traité, laquelle je ne doute point que vous ne trouviez si légitime, que tant s'en fout que vous me blâmiez de ce que je me résous à ne le faire jamais voir à pe'rsonne , qu'au contraire vous seriez le premier à m'y exhorter, si je n'y étois pas déjà tout résolu. Vous savez sans doute que Galilée a été repris depuis peu par les inquisiteurs de la foi , et que son opinion touchant le

• -Celte lettre «tdir lo juivicr i634. Voyez le 'DOnvraD cahier.

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mouvement de la terre a été condamnée comme hérétique ; or je vous dirai que toutes les choses que j'expliquoîa en mon traité, entre lesquelles étoit aussi cette opinion du mouvement de la terre, dépendoieut teU€»nent les unes des autres, que c'est assez de savoir qu'il y en ait une qui soit fausse pour connoître que toutes les raisons dont je me servois n'ont point de force ; et quoique je pensasse qu'elles dissent appuyées sur des démonstrations très Certaines et très évidentes, je ne voudrois toutefois pour rien du monde les soutenir con&e l'autorité de l'église. . Je sais bien qu'-on pouiroit dire que tout ce que tes inquisiteurs de Rome ont décidé n'est pas incontinent article de foi pour cela, et qu'il taut premièrranent que le concile y ait passé; mais je oe suis point si amoureux de mes pensées qjie de me voultÂr servir de telles exceptions, pour avoir moyen de les maintenir; et le'. désù- que j'ai de vivre au repos et de continuer la vie que j'ai commencée en prenant pour ma devise i bette vixii bene qui latuit, lait que je suis plus aise ' d'être délivré de la crainte que j'avois d'acquérir plus de connoissances que je ne désire, par le^ moyen démon écrit, que je ne suis fâché d'avoir perdu le temps et la peine que j'ai employée à le composer.

Pour les raisons que disent vos musiciens qui nient tes proportions des consônnances , je les

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trouve si absurdes , que je ne saurais quasi plus y répondre; car dédire qu'on ne saurait distinguer de l'oreille la différence qui est entre une octave et trois ditons , c'est tout de même que qui diroit que toutes les proportions que les arcbitectes prescrivent touchant leurs colonnes sont inutiles à cause qu'elles ne laissent pas de paroître à l'œil tout aussi belles , encore qu'il manque quelque millième partie de leur justesse ; et même si M. M. vivoit encore, il pourroit bien témoigner que la différence qui est entre les demi-tons majeurs et mineurs est fort sensible, car, après que je lui eus une fois fait remarquer, il disoit ne pouvoir plus souffrir les accords où elle n'étoit pas observée. Je serois bien aise de voir la musique de cet auteur, où vous dites qu'il pratique les dissonances en tant de nouvelles façons , et je vous prie de m'en écrire le nom , afin que je puisse faire venir son livre par nos libraires. Pour la cause qui fait cesser le mouvement d'une pierre qu'on a jetée, elle est manifeste, car c'est la résistance du corps de l'air, laquelle est fort sensible : mais la raison de ce qu'un '*' arc retourne étant courbé est plus difficile; et je ne la puis expliquer sans les principes de ma Philosophie, desquels je pense être obligé dorénavant de me taire. Il a couru ici quelque bruit qu'il avoit depuis peu paru yne comète; je vous prie si vous en avez ouï quelque chose de me le mander. £t pour-

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LETTRBS. a^S

ceque vous m'avez autrefois écrit que vous con- Doissiez des perscones qui mé pourroient aidera faire les expériences que je désirois, je vous dirai que j'en lisois dernièrement une dans les Récréationt mathématiques f que je voudrois bien que quelques curieux qui en pourroient avoir la cumraodité entreprissent de faire exactement, avec une grosse pièce de canou pointée tout droit vers le zénith, au milieu de quelque plaine; car l'auteur dit que cela a déjà été expérimenté plusieurs fois, sans que la balle soit retombée en terre, ce qui peut sembler fort incroyable à plusieurs, mais je ne le juge pas impossible, et je crois que c'est une chose très digne d'être examinée.

Pour les expériences que vous me mandez de. Galilée, je les nie toutes, et je ne juge pa% pour cela que le mouvement de la terre en soit moins, probable. Cen'est pas que je n'avoue que l'agitation, d'un chariot, d'un bateau ou d'un cheval , ne demeure encore en quelque façonen- la pierre aprè& qu'on l'a jetée étant dessus, mais il y a d'autres, raisons qui empêchent qu'elle n'y demeiu-e si, grande ; et pour le boulet de canon tiré du haut d'ane tour , il doit être beaucoup plus long-temps à descendre que si on le laissoit tomber du haut en bas, car il rencontre plus d'air en son chemin y lequel*ne l'empêche pas seulement d'aller parallèlement à l'horizon , mais aussi de descendre. Pour

N, le mouTentent de la terre, je m'étonne qu'un h<»nnie ! d'alise ■ en ose écrire, en quelque façon qu'il s'ex- / cuse; car j'ai tu une patente sur la condamnation I de Galilée , imprimée à Liège le ao septembre 1655, I où sont ces mots , ifuamvii kypothetiee a w illant j proponi timutaret, en s<»1;e qu'ils semblent même défendre qu'on se serve de cette hypothèse en l'astronomie, ce qui me retimt que je n'ose lui mander aucune de mes pensées sur ce sujet; aus^ que ne voyant point encore que cette censure ait été autorisée par le pape ni par le concile, mais seulement par une congrégation particulière des cardinaux . inquisiteurs, je ne perds pas tout-à-fait espérance qu'il n'en arrive ainsi que des antipodes, qui avoient été quasi en même sorte condamnés autr^ois , et ainsi que mon Monde ne puisse voir le jour avec le temps, auquel cas j'aurois besoin moi-même de me servir de mes raisoqs.

Pour vos musiciens, tant habiles que vous les fassiez , j'ai i vous" dire deredid' qu'il est c^lain -, ou qu'Us se moquent, ou qu'ik n'ont jamais rien compris en ia théorie de la musique. Pour le candidatus * de la chaire de Ramus , je voadroi& bien qu'on lui eût proposé quelque question «n peu plus difficile, pour voir s'il en a)ux>it pu venir à

' • Toyei la fin de 11 lettre 106 de ce volume, page Soi. Elle a bean- •• eoap de reUtrân avrccetetidroil. » ■ -

> " GiH. Ptn. ie Roberval. >.

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LETTRKS. a47

bout : comme, par exemple , celle de Pappus., qui me f ut propotiée , il y a près de trois ans , par M. GqI, ou quelque autr0 semblable. J'apprendiois valontiers l'histoire des longitudes de M- Mori» , et s'il est capable de mettre l'astrologie eu quelque estime -parmi les gens de cour- Je vous prie de me tenir en vos bonnes grâces, et de me croire , etc.

AU R. P. MERSENNE'

(Lettre 77 du tome U-)

MOH RÉVÉREND PÈRE,

Je commençois à être en peine de ne point recevoir de vos nouvelles, mais je pensois que vous seriez peut-être empêché à l'impression du livre dont vous m'aviez ci-devant écrit Le sieur B. ' vint ici samedi au soir, qui me prêta le livre de Galilée, et il l'a remporté ce matin, en sorte que je ne l'ai eu entre les mains que tçente heures. Je n'ai pa# laissé de le feuilleter tout entier, et je trouve qu'il

I • Cette lettre est U neavième des muuuciili de ii Hire , datée le 1 4

• ■ont i«34, d'A^uterdun. VojreB le bodtcui cifaier, pige »o. CoUi-

• lioanée mt l'original de U Hira. •

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a48 LETTRES.

philosophe assez bien du mouvement, non pas toutefois que j'approuve que fort peu de ce qu'il en dit , mais , autant que j'en ai pu voir , il manque plus en ce où il suit les opinions déjà reçues, qu'en ce où il s'en éloigne; excepté toutefois en ce qu'il dit du flux et du reflux, que 'je conçois tout autrement qu'il ne l'explique, encore que je fasse aussi bien que lui qu'il dépende du mouvement de la terre. Je n'ai pas laissé d'y remarquer par-ci par-là quelques unes de mes pensées, comme entreautres deux que je crois vous avoir écrites, à ç^avoir que l'espace que parcourent les corps pesants qui descendent sont l'un à l'autre comme les carrés des temps qu'ils emploient à descendre; comme si une balle emploie trois moments à descendre depuis A jusquesàB, qu'elle n'en emploiera qu'un à continuer de i^jusques àC, ce que je disoîs avec beaucoup de restrictions; car, en effet, il n'est jamais entièrement vrai , cotâme il pense le démontrer. La seconde est que les tours et retours d'une même corde se font tous à peu près en pareil temps, encore qu'ils puissent être beaucoup plus grands que les.autres. Ses raisons pour prouver le mouvement de. la terre sont fort bonnes, mais il me sem-

' Que je muât qu'il tire par let chevema. Je l'avoii aassi expliqué en mon Monde par le moufemeiu de la terre , mail if une /ofon toute dif- ■ /^Bte delà lienit». Je veux pourtant bitn aroutr que J'ai rrneoTitfé en ion lifre giielgues ânes de mes peméei.

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LETTRES. a49

ble qu'il ne les étale pas comme it faut pour le persuader, car les digressions qu'il mêle parmi font qu'on ne se souvient plus des premières lorsqu'on lit les dernières.

Pour ce qu'il dit d'un canon tiré parallèlement à l'horizon , si vous en faites bien l'expérience, je crois que vous y trouverez sensiblement de la différence. Pour les autres choses que vous m'écrivez, je n'ai pas le loisir d'y penser, aussi qu'il m'est impossible de répondre déterminément à aucune question de physique qu'après avoir expliqué tous mes principes , ce que je ne puis faire sans le traité que je merésous de supprimer '.

' I^t tarmes de l'imprimé lont:

Quapmpter idem Galilaui cilalai ad sacrum illud tribunal inquîsitianij t tt irtqiiintus f et in carcere detensus^ pntvioque examine confessas, 'tàaiM fcmu Jkit iterùio in eadem lentenda , quamvis hjrpothedce a se iliam proponi nmularet. Ex quo factaat est ut ra optime discuiia pro tribu-nali sedentes iidem eminenûtiimi cardinalli inquisitotei générales pronuniiarinl et declararerint eumdem GalSieuai vehemenler luspeclum nitderi de hartii, gttoii seclatus fatrit doctrinam falsam et contrariam sacris et dà-inis Scriptaris ; hoe est , solem eue centrum mundi, nec moreri aè ortu in occaiam; terram vero contra moveri, nec mundi centrum Ipsam esie ; aat quasi eam docirinam de/endi poiie uti probahilem exiuimiverit, tametii declaraium Jiierit eam Scripninr sacrée adversari, etc. Je ■vous remercie de la lettre que vous m'avei envoyée , et vous prie ^en faire adresser ta réponse que je vout enivie. Je sais , etc.

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AU R. P. MERSENNE'

(Lettre 80 du tome II.}

Mon RIÉVÉREHD PÈRE ,

Encore que je n'aie aucune chose particulière à vous mander , toutefois, à cause qu'il y a déjà plus de deux mois que je n'ai reçu de vos nouvelles , j'ai cru ne devoir pas attendre plus lopg-temps à vous écrire ; car si je n'avois eu de trop longues preuves de la bonne volonté que vous me faites ta faveur de me porter , pour avoir aucune occasion d'en douter , j'aurois quasi peur qu'elle ne fût un peu refroidie , depuis que j'ai manqué à la promesse que je vous avois faite de vous envoyer quelque chose de ma Philosophie; mais d'ailleurs la connoissance que j'ai de votre vertu me feit espérer que vous n'aurez que meilleure opinion de moi de voir que j'ai voulu entièrement supprimer le traité que j'en avois fait , et perdre presque tout mon travail de quatre ans , pour rendre une entière obéissance à réglise,en ce qu'elle a défendu

de L-cilv Iclm , josqn'iD Mcond olin^, «tccrit

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LETTRES. aSl

l'opinion du mouvement de la terre , et toutefois pourceque je n'ai point encore vu que ni le pape ni le concile aient ratifié cette défense , faite seulement par la congrégation des cardinaux établis pour la censure des livres , je serois bien aise d'apprendre ce qu'on en tient maintenant en France, et si leur autorité a été sufiBsante pour en faire un article de foi. je me suis laissé dire que les N. ' avoient aidé à la condamnation de Galilée , et tout 1% livre du P. N.* montre assez qu'ils ne sont pas de ses amis ; mais d'ailleurs les observations qui sont dans ce livre fournissent tant de preuves pour ôter au soleil les mouvements qu'on lui attribue, que je ne saurois croire que le P. N.*, même en son âme, ne croie l'opinion de Copernic , ce qui m'étonne de telle sorte, que je n'en ose écrire mon sentiment. Pour moi , je ne cherche que le repos «t la tranquillité d'esprit, qui sont des biens qui ne peuvent être possédés par ceux qui ont de l'animosité ou de l'ambition; et je ne demeure pas cependant sans rien faire , mais je ne pense pour maintenant qu'à m'instruire moi-même, et me juge fort peu capable de servir à instruire les autres , principalement ceux qui , ayant déjà acquis . quelque crédit par de fausses opinions , auroient

' - I*» p^rcE jiMnite». " ■ - Blâmer. .

' ■■ Scbciner. .

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zSa lettres;

peut-être peur de h perdre si la vérité se dé-

couvroit '.

Je * suis estrètneinent marri d'avoir écrit quelque chose en mes dernières qui vous ait déplu , je vous en demande pardon ; mais je vous assure et vous proteste que je n'ai eu aucun dessein de me plaindre en ces lettres-là que du trop de soin que vous preniez pour m'obliger et de votre grande bonté , laquelle me faisoit craindre ce que vous - mémç m'avez mandé depuis être arrivé , savoir que vqjis eussiez mis le livre entre les mains de quelqu'un , qui le retint par-devers lui pour le lire , sans demander le privilège, et je craignois que, pour avoir d'autant plus de temps à cet effet , il ne vous eût persuadé d'en demander un général , qui seroit refusé , et ainsi qu'il ne se passât beaucoup de temps ; et c'est pour cela seul que je vous mandois quQ je n'osois écrire ce que j'en pensois : car de dire que vous eussiez aucune envie devons prévaloir de ce qui est en ce livre, je vous jure que c'est une chose qui ne m'est jamais entrée en la pensée , et que je dois être bien éloigné d'avoir de telles opinions d'une personne de l'amitié et de la sincérité duquel je suis très assuré , vu que je ne les ai pas même pu avoir de ceux que j'ai su ne

• ^ Ici finit U lettre. -

* - Aatre lettre. Cet alîii^i, jiuqn'i

iUHd de Illettré, et t un fngnunt

de M. DeiuTlM au P. Mcrsenut, i,

:ritmb> fin d'avril l63^-

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LETTRES. a53

■n'aimer pas, et être gens qui tâchent d'acqpérir quelque réputation à fausses enseignes , comme de B. H. F. et semblables. Que si je me suis plaint de la forme de ce privilège , ce n'a été qu'afin que ceux à qui vous en pourriez parler ne crussent point que ce fût moi qui l'eusse &it demander en cefte sorte , à cause qu'on auroit , ce me semble , eu très juste raison de se moquer de moi , si je l'eusse osé prétendre si avantageux , et qu'il eût été refusé; mais l'ayant obtenu, je ne laisse pas de l'estimer extrêmement , et de vous en avoir très grandeobligation. Et jesais bien qu'il y a force gens qui seroîent bien glorieux d'en avoir un semblable , jusque là que quelqu'un ici en ayant vu la copie , disoit qu'il l'estimoit plus qu'il n'eût fait des lettres de chevalerie. Au reste , pour ce que vous avez dit tnon nom à quelques uns , et leur avez fait voir ce livre , je sais très bien que vous ne l'avez Ëdt que pour m'obliger, et il faudroit que je fusse de bien mauvaise humeur si je m'offensois d'une chose que je sais qu'on n'a faite que pour me beaucoup obliger: et je me sens particulièrement redevable à cette dame qui vous a écrit , ^e ce qu'il lui plaît juger de moi si favorablement, j'ai reçu ci-devant tous les paquets dont vous me faites mention en votre dernière ; mais je ne vous ai rien mandé du billet oûétoient les fautes de l'impression, pourcequ'elles étoient déjà

D:^r.«ibyGo(.)(^Ie

a54 LETTRES.

impriinées , ni du passage de saint Augustin, pourcequ'il ne semble pas s'en servir à même usage que je fais. M. de Zuytlicbemi a aussi reçti vos tivres ; mais s'il ne vous en a point écrit , ce sera que la maladie et la mort dç sa femme , qui t'ont fort afQigé depuis deux mois , l'en auront di* verti. Je n'ai reçu que depuis peu de jours [es deux petits livres in-folio que vous m'avez envoyés, l'un desquels de Perapeetive', n'est pasà désapprouver, et la curiosité et netteté de son langage est à estimer ; mais pour l'autre *, je trouve qu'il r^ute fi(H-t mal une chose qui est , je crois , fort aisée k réfuter, et qu'il eût bi^i mieux fait de s'en taire. '' Vous m'envoyez aussi une proposition d'un géomètre, conseiller deToulonse^ qui est fort belle, . et qui m'a fort réjoui : car d'autant qu'elle se ré- I 5out fort facilement par ce que j'ai écrit en ma ■ Géométrie, et que j'y donne généralement la &çon, non seulement de trouver tous les lieux plans , mais aussi tous les solides, j'espère que si ce conseiller est bomroe franc et ingénu , il sera l'un de ceux qui en feront le plus d'état, et qu'il sera des plus capables de l'entendre ; car je vous dirai bien que j'appréhende qu'il ne se trouvera que fyrt peu de personnes qui l'entendront.

■ ■ Ceat ipparcminrot de M. in Argnei. ~

' ■■ Vnl «pparemmeDi de M. de ti RroM* conire M. Fc iognnil . -

< « H. de FamM. »

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LETTRES. a55

Pour le médecin qui ue veut pas que les valvules du cœur se ferment exactement, il contredit en cela à tous les aBatomistes qui l'écrivent, plutôt qu'à moi , qui n'ai point besoin que cda soit pour démontrer que le mouvement du cœur est tel que je l'écris ; car , «icore qu'elles ne fermeroient pas la moitié de r»itrée de chaque vaisseau, l'automate ne laisseroit pas de se mouvoir nécessairement comme j'ai dit. Mais, outre cela, l'expérience feit très clairement voir à l'œil en la grande artère, et en la veine artérieuse, que les six valvules qui y sont les ferment Exactement ; et bien qne celles de la veine cave et tle l'artère veineuse ne semblent pas £ure le même daos le cœur d'im animal mort , toutefois si on considère que les petites peaux dont elles sont composées et les fibres où elles sont attadiées s'étendent beaucoup plus dans les animaux qui sont vifs que dans les morts, où elles se resserrent et se retirent, on ae doutera point qu'elles ne se ferment aussi exactemoit que les aujbres. Pour ce qu'il ajoute , que j'ai -considéré le cerveau et l'œil d'une bête plut^ que d'un homme, je ne vois pas d'où il le prend , sinon peut-être que pourcequ'il sait que je ne suis pas médecin de, profession, il croit que je n'en ai pas eu la commodité, comme je le veux bien avouer ; ou bien pourceque la figure du cerveau que j'ai mise en la Dioptrique a été tirée après le naturel sur celui

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d'un mouton, duquel je sais que les ventricules et les autres parties intérieures sont beaucoup plus grandes, à raison de toute la masse du cerveau, qu'en celui d'un homme, mais je l'ai jugé pour ce sujet d'autant plus propre à faire bien voir ce dont j'avois à parier , qui est commun aux bétes et à l'homme ; et cela ne fait rien du tout contre moi : car je n'ai supposé aucune chose de l'anatomie qui soit nouvelle^ ni qui soit aucunement en controverse entre ceux qui en écrivent. Enfin pourceque mon explication de ta réfraction, ou de la nature des couleurs , ne satisfait pas- à tout le monde, je ne m'en étonne aucunement ; car il n'y a personne qui ait eu encore assez de loisir pour les bien examiner : mais lorsqu'ils l'auront eu , ceux qui voudront prendre la peine de m'avertir des défauts qu'ils y auront remarqués m'obligeront extrêmement, principalement s'il leur plaît de permettre que ma réponse puisse être imprimée avec leur écrit, afin que ce que j'aurai une fois répondu k quelqu'un serVe pour tous. Enfin je vous remercie de tous vos soins , et suis , etc.

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AU R. P. MERSENNE'

(Lettre io6 du tome II.} MOK HÈvétLEUD PÈRE,

La perte des lettres que je vous avois écrites vers la fin du mois de novembre me feit croire qu'elles ont été retenues exprès par quelque curieux qui a trouvé moyen de les tirer du messager, et qui savoit peut-être que j'avois eu dessein de vous envoyer mon Traité environ ce temps-là , en sorte que si je l'eusse envoyé, il auroit été en grand hasard d'être perdu. Il me souvient aussi que j'avois manqué auparavant de recevoir quatre ou cinq de vos lettres, ce qui nous doit avertir de ne rien écrire que nous ne voulions bien que tout le monde sache ; et , en cas que nos lettres fussent de quelque importance, il faudroit les envoyer dans le paquet d'un marchand , car ceux qui les retiennent cosnoissent sans doute nos écritures. Je demeure maintenant ici, à Amsterdam, d'où j'aurai

■ « Cette lettre est la huitièmB des mammcrits de H. de la Hirc , datée " d'Amsterdam le i5 mars i634. Cette lettre est coDalieQii^ snr l'ori^nnl >■ de M. de la Hire. Voyes le Donvean cahieT, psge ig. Elle est entUn. "

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moyen de recevoir plus souvent et peut-être plus sûrement de vos nouvelles que lorsque j'étois à Deventer; et je vous prie, sitôt que vous aurez reçu ce!les-cij de vouloir prendre la peine de me foire réponse, afin que je sache si elles n'auront point été perdues. Je vous remercie de l'expérience que vous avez fait faire avec une arquebuse, mais je ne la juge point suffisante pour en tirer quelque chose de certain, n'étoit qu'on la fit avec une grande pièce de batterie qui portât une balle de fer de trente ou quarante livres, car le fer ne se fond pas si aisément que le plomb , et une balle de cette grosseur seroit aisée à trouver en Cas qu'elle tombât. Or, afin de faire cette expérience bien exacte, il faudroit tellement planter la pièce qu'elle ne pût reculer que perpendiculairement de haut en bas ; et à cet effet il faudroit faire une fosse au-dessous d'elle, et la tenir suspendue en Fair eiitre deux anneaux ou cercles de , fer par le moyen de quelques contre-poids assez pesants. Comme si la pièce est AIB', les anneaux Fet G, le plan de la terre sur laquelle ils sont appuyés DE, la fosse C, les contre-poids LL, qui soutiennent la pièce par le moyen des cardes IRL, pas- . sées autour des poulies KK, en sorte que, reculant de B vers C, les contre-poids soient contraints de se hausser, à quoi il y a bien plus de façon qu'à

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tirer simplement des coups d'arquebuse. Pour vos questions, je veux biett tâcher d'y répondre autant que j'en pourrai être capable , afin de vous convier d'autant plus k m'excuser de ce que je ne vous ai pu tenir promesse en autre chose.

Premièrement donc, pour la cause de l'arc qui retourne, il faut considérer qu'il y a plusieurs pores en tous les corps que nous voyons, et que ces pores ne sont pas vides, mais remplis d'une certaine matière très subtile qui ne peut être vue , et qui se meut toujours grandement vite, en sorte qu'elle passe facilement au travers de ces pores, en même façon que l'eau d'une rivière au travers des trous d'une nasse ou d'un panier. Et cela posé,, il est aisé à entendre que les corps qui retournent étant plies, sont ceux dont les pores se changent en telle façon lorsqu'on les plie, que cette matière subtile ne peut plus si facilement passer au travers qu'auparavant , d'où vient qu'elle fait effort pour les remettre en leur premier état ; et ceci peut arriver^n plusieurs façons, comme si on imagine que les pores d'un arc qui n'est point bandé sont aussi larges à l'entrée qu'à la sortie, et qu'en les bandant on les rend plus étroits à la sortie, il est certain que la matière subtile qui entre dedans par le côté le plus large fait effort pour en ressortir par l'autre côté qui est plus étroit. Et tout de même si l'on imagine que les pores de cet arc étoient ronds

36o LETTRES.

avant qu'il fut plié , mais qu'après ils sont en ovale, et que les parties de la matière subtile qui doivent < passer au travers sont rond^ aussi , il est évident que lorsqu'elles se présentent pour entrer en ces trous ovales, elles font effort pour les rendre ronds, et par conséquent pour redresser l'arc, d'autant que Tun dépend de l'autre. Mais si je voulois prouver exactement que cette matière subtile se trouve ainsi parmi tes autres corps, et qu'elle se meut avec assCK de force pour causer un effet si violent, il faudroit que j'expliquasse toute ma physique.

Pour vos musiciens, qui nient qu'il y ait de la différence entre les demi-tons, c'est ou par désir de contredire, ou parcequ'ils ignorent le moyen d'en examiner la vérité ; mais si j'étois auprès d'eux, j'oserois bien entreprendre de leur faire avouer, s'ils n'avoient l'oreille extrêmement dure. Qu'ils marquent seulement une sexte mineure AC,BC*, sur un monocprde, la plus juste qu'ils pourront, et par après qu'ils y mettent aussi deux tierces majeures consécutives AC , DC, et DC, EC, et je m'assure qu'encore que les deux tierces contiennent huit demi-tons , aussi bien que ta sexte, toutefois le point £ ne sera du tout si avancé vers C que te point B, et l'intervalle ËB est la différence des demi-tons.

Quant à la difficulté que vous proposez, pour

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LETTRES. a€l

prouver que les consoDnaiites ne dépendeot poiat des tremblements de l'air qui battent l'oreille selon certaines proportions , elle vient de ce que vûus o>nsidérez ces 'tremblements comme si ta corde AB, par ex^nple , alloit en ligne droite depuis G jusquea à D, puis de là qu'elle retournât aussi en ligne droite depuis D jusques à C , au lieu qu'il iaut pei»er qu'elle va circulaireroent autour du point I, et ainsi qu'elle n'est point davantage au commencement de ces tours et retours', ^tant en un lieu qu'étant en un autre, et que la corde £F, qui lui est Jt Tunisson , ne laisee pas de mouvoir l'air de même , vitesse qu'elle, encore qu'elle soit tirée de G vers H, au même instant que AB est au point D, pour aller vers C. Et c'est la vitesse dont tout le corps de l'air est ainsi é^anlé qui fait que les petites secousses dont il frappe l'oreille sont plus ou moins fréquentes , et par conséquent rendent un son plus ou moins aigu , et non point le temps auquel ou a commencé à mouvoir les cordes AB et EF. Pour les différents tons qui viennent d'une même corde en même temps , je n'en sais point d'autre cause, sinon celle que je pense vous avoir déjà écrite par ci-devant ', à savoir que, pendant que la corde AB se meut tout entière de C vers D, ses parties peuvent avoir quelques Mitres mouvements moins sen-

' "Toyei la kltic 7 S de ce rohinie. -

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sfbles , qui , rencontrant déjà tout le corps de l'air ébranlé selon certaine vitesse par le mouvement principal de cette corde , ne peuvent que doubler, ou tripler, ou quadrupler, ou quintupler les battements qu'il cause dans l'oreille , et ainsi font entendre l'octave, la 12, la 1 5, et la 17. Ce qui peut aus^ s'attribuer au corps de l'air ; à savoir, qu'étant mû tout entier de certaine façon par cette corde , ses parties redoublent, ou triplent, etc., leurs mouvements ; et si cela est, ces diverses résonnances se doivent beaucoup mieux apercevoir en temps sec qu'en temps de pluie. Mais je ne juge point qu'il y ait rien en ceci qui vaille la peine que vous vous en serviez en quelque traité; toutefois vous ayez pouvoir d'en faire ce qu'il vous plaira , je vous prie seulement que ce soit sans faire mention de mon nom. Il est certain.que la même balle étant poussée de même vitesse, doit aussi continuer son mouvement en même sorte , encore qu'une fois elle soit poussée avec un pistolet , et l'autre fois avec une arbalète ou une fronde', si ce n'est en tant que le vent delà poudre à canon y cause de la dilFérence. Si l'on jette une balle perpendiculairement de bas en haut, le mouvement imprimé en elle par cette action finira au mom»it qu'elle commencera de redescendre ; mais si on la jette un peu à côté du zénith, comme de A vers B', et qu'elle redescende

• Fignre 33.

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LETTRES. a63

suivant la ligne BCD , en sorte que BC soit une ligne courbe, et CD une ligne droite, il ne finira qu'au point C , et si toute la ligne BCD est courbe , i! ne finira point jusqu'à terre : et si vous poussez une balle de haut en bas , son mouvement imprimé par votre action nefinira point qu'elle ne soit du tout arrêtée par la terre , ou qu'elle n'ait passé bien loin ' ati-delà de son centre. Une balle jetée de A en C et de A en Ë ', décrit bien deux lignes ABC , et ADE, qni sont de mémegenre, mais non pas pour cela toutes semblables ni de même espèce, et, je n'ai encore jamais examiné quelles lignes ce peuvent être.

Je'seraibieu aise d'entendre l'histoiredeM-Morln , et puisque vous avez vu le livre de Galilée , je vous prie aussi de me mander ce qu'il contient, et quels vous jugez avoir été les motifs de sa condamnation. Je vous prie^ussi de me mander le nom de ce traité, que vous dites avoir été fait depuis par un ecclésiastique , pour prouver le mouvement de la terre , au moins s'il est imprimé , et s'il ne l'est pas , je pourrois peut-être bien donner quelque avis à l'auteur qui ne lui seroit pas inutile. Je suis , etc. ^

■ > Pour laïoir U raùcm de cette addition, loyei la fin de la lettre 76 » de ce volume. °

' D'Amtterdam, ce i5 mai i634. Icgê chtz M. Thomai Sergent, in den IVeiterkerck-Straes , où vota adrinerez, l' il vous plaît, vot lettrei. • Cette lettre finit ici. »

=dbyGo(.)gIe

(Lettre 17 da tome II. Version.)

MORSIBDB ,

Je suis bien aise que vous ayez remis sur le tapis la question qui s'étoit mue naguère eutre nous ; mais pourceqùe je vois que la raison dont je me servois alors ne vous a pas encore satisfait , je vous dirai librement ce que je pense de votre réponse , et auparavant , pour être certain de l'état de la question , j'en ferai ici une briève description.

Je vous dis dernièrement , lorsque nous étions ensemble , non pas à la vérité que la lumière se mouvoit eu un instant comme vous m'écrivez , mais ( ce que vous croyez être la même chose ) que du corps lumineux elle parveuoit en un instant jusqu'à nos yeux, et même j'ajoutai que je pensois savoir cela si certainement , que si on me pouvoit convaincre de ^usseté là-dessus, j'étois tout

' - Oa ne ui( i qni celte lettre est idresi^, Tont ce ifa'on sut , c'eit «qa'elleest Giemeat dat^e, le 31 août 1S34, de la ville d'Amaterdam.

- yojtz la fin de la lettre. Vuyei le noDvetn cahier , pigr lo. m

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prêt d'avouer que je ne savois ries du tout «i philosophie. Et vous, au contraire , vousassuries que la lumière ne se mouvoit pas en un instant, etvous disiez avoir trouvé un moyen d'en faire l'expérience , par lequel il seroit aisé de voir qui de nous deux se trompoit en cela; et cette expéxi^ice, purgée comme elle est à présent, d'une quantité de choses superflues , par exemple , du sou , du maillet et de choses semblables , c'est-à-dire ainsi que vous l'exposez maintenant dans vos lettres , beaucoup mieux sans doute que vous ne feisiez la première fois , est telle : si quelqu'un , portant de nuit un flambeau à la main et le Élisant mouvoir , jette la vue sur im miroir éloigné de lui d*un quart de heue , il pourra très aisément remarquer s'il sentira le mouvement qui se Ëtit en sa mftin , auparavant que de le voir par le moyen du miaoir ; et vous vous assuriez tellement sur cette expérience, que vous étiez prêt de croire que toute votre philosophie étoit feusse , s'il ne se rencontroit un temps notable et sensible entre l'instant auquel le mouvement se verroit par le moyen du miroir et celui auqilel on le sentiroit par l'entremise de la main ; et moi, au contraire , je diaois que s'il se rencontroit en cela le moindre intervalle de temps , j'étois prêt de confesser que toute ma philosophie étoit entièrement renversée : et partant ( ce qui est à remarquer) , en

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a66 LETTRES.

toute notre dispute , il ne s'agissoit pas tant de savoir si la lumière se transmet en un instant , ou si elle a besoin de quelque temps , qu il s'agissoit du succès de cette expérience; et le jour suivant, pour finir notre disputé et pour vous épargner un travail inutile, je tous donnai avis que nous avions une autre expérience qui avoiï déjà été faite plusieurs fois par plusieurs milliers de personnes , et même de personnes très exactes el très attentives, par laquelle onvoyoit manifestement qu'il n'y avoiï aucun intervalle de temps entre l'instant auquel la lumière sort du corps lumineux et celui auquel elle entre dans ■l'œil.

Et avant que de vousF«xposer, je vous demandai si vous ne demeuriez pas d'accord que la lune est éclairée par le soleil , et que les éclipses se font par l'interposition de la terre entre le sqieil et la lune , ou par l'interposition de la luA^ entre le soleil et la terre , ce que vous m'accordâtes sans aucune difficulté. Aprèscela je vous demandai suivant quelles lignes vous vouliez supposer que ta lumière parvînt depuis les astres jnsqu'à nos yeux, et vous me répondîtes suivant les lignes droites; en- sorte que, lorsqu'on regarde le soleil , il ne nous paroit pas au lieu où il est en effet , mais en celui où il étoit à l'instant que la lumière qui sert à nous le faire voir en est sortie. Enfin, je vous demandai que vous déterminassiez combien grand

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devoit être du moins cet intervalle de temps sensible entre l'instant auquel le flambeau serait mû et l'instant auquel son mouvement seroit aperçu par le mojen d'un miroir qui seroit distant d'un quart de lieue ; à quoi vous me-répondîtes, le jour précédent, qu'il s'y rencontreroit pour le moins autant de temps qu'il en faut pour un battement d'artère , mais pour lors vous me dîtes que je prisse tel intervalle de temps que je voudrois ; et, pour ne pas abuser de la permission que vous me donniez, je ne pris que la vingt-quatrième partie du temps qu'il faut pour un battement d'artère , et je dis que cet intervalle de temps , qui selon vous seroit tout-à-fait insensible dans votre expérience , seroit très sensible dans la mienne.

Car, supposîtnt que la lune est éloignée de la ' terre de cinquante demi-diamètres , et qu'un seul demi-diamètre de la terre contient six cents lieues , ( ce qu'on doit du moins supposer , ou bien l'astronomie et la géométrie sont fausses ), si la lumière a besoin de la vingt-quatrième partie du temps que tes artères en emploient à battre une seule fois pour traverser deux fois la quatrième partie d'une lieue, elle aura besoin d'un temps égal à celui que les artères emploient à battre cinq mille fois, c'est-à-dire pour le moins d'une heure de temps , pour traverser deux fois l'espace qui est entre la lune et la terre , comme il paroît à tout

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a6S LETTRES.

homme qui veut prendre la peine d'en hâve le calcul. Après quoi , voici comme j'ai alimenté.

Qu'abc 'soit une ligne droite, et pour pouvoir conclure la même chose, soit que nous supposions que la terre se meuve, soitquece soil le soleil, qu'ABC soient les lieux où le soleil , la terre et la lune se rencontrent quelquefois , et supposons que maintenant de la terre B on voit la lune édipsée au point C , cette éclipse , suivant ce qui a été accordé ci-dessus , doit nous paroître précisément îiu même instant auquel la lumière qui est sortie du soleil , lorsqu'il étoit au point A , étant réfléchie de la lune , parviendroit à nos yeux , si elle n'eût point été empêtrée par l'interposition de la terre ; c'est-à-dire, suivant ce qui a aussi été accordé , une heure après que cette lumière est parvenue & la terre B : et de plus , suivant ce qui a aussi été accordé, le soleil ne peut être vu au point A , si ce n'est précisément à l'instant même que sa lumière est parvenue diredlement jusqu'à la terre , et partant , la lune ne sauroit paroître éclipsée en C , qu'une heure après que le stdeil a été vu en A , Si vos concessions sont vraies , c'est-à-dire si l'on aperçoit plus tard de la vingt-quatrième partie du battement d'une artère , le mouvement d'un flambeau dans un miroir qui est éloigné de la quatrième partie d'une lieue, qu'on ne le ressent k la main.

' Figure 35.

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LETTAES. a69

Mais l'observatiDn exacte qu'en ont &ite tous les astronomes , confirmée par une infinité d'expériences , fait assez coimoître que si} quand la lune est éclipsée, on la voit de la tepre 6 au point C, le soleil ne doit point être tu en A une heure auparavant, mais au même instant que l'éclipse paraît, et le t^nps d'une heure est bien plus sensible en l'observation du lieu du soleil au regard de la terre et de la lune , que n'est en votre expérience la vingt-quatrième partie du temps qu'une artère emploie à battre une seule fois. Par conséquent , et votre expérience est inutile , et la mienne , qui est celle de tous les astronomes , montre clairement que la lumière se voit sans aucun intervalle de temps sei^ible, c'est-à-dire, comme j'avois soutenu, en un instant. Je mainteaois que cet argument étoit une démonstration, et vous, au contraire, vous disiez que c'étoit un paralogisme et une pétition de principe; mais il est aisé de voir par votre réponse si vous aviez raison ou non de le nommer ainsi : car vous ne me répondez que deux choses , dans la première des-' quelles il y a un paralogisme très manifeste ; et dans l'autre , s'il n'y a une pétition de principe , ou une supposition de ce qu'il £alloit prouver , il y aune né^tion de ce qui avoit été accordé, qui est une Êiute qui n'est pas moindre que seroit l'autre.

a^O LETTRES.

Car de recourir, comme vous faites, à la lenteur ou tardiveté du mouvement annuel, dans une chose qui dépend tout entière du mouvement de la lune , qui est plus de douze fois plus rapide que le mouvement annuel; et de plus aussi dans une chose où l'on a de coutume d'observer assez commodément, je ne dis pas seulement la différence d'une heure, ce que j'avois démontré être suffisant, mais même celle de la moitié d'une minute, qui' est celui qui ne voudra pas reconnoître en cela un paralogisme?

Et quand après cela vous dites que les rayons qui sont émanés du soleil et de la lune se meuvent ainsi hors d'eux circulairement avec le soleil et avec la lune , en sorte que les astres nous paroîssent toujours dans les lieux où ils sont en effet, encore qu'ils soient vus par l'entremise de la lu-, mière qui est émanée d'eux auparavant, lorsqu'ils étoient en d'autres lieux (car on ne sauroit concevoir autrement ce que vous dites), vous niez manifestement ce que vous aviez auparavant accordé, et d'où dépendoit toute cette partie de ma démonstration que je vous avois expliquée; mais vous ne prenez pas garde que vous tombez ici dans son autre partie, qui est celle de l'éclipsé du soleil.

Par exemple, qu'A soit le soleil', C la lune, et B la terre , tous trois dans une même ligne droite ;

' Figan 36.

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LETTRKS. a^l

suiviot Je dtlcul que dous avons fait ci-devant , si !a lumière a besoin d'une demi-heure pour parvenir depuis la lune C jusqu'à la terre B, il lui faudra douze heures de temps pour parvenir depuis le soleil jusque» à nous, puisque le soleil est éloigné de la terre pour le moins vingt-quatre fois autantquelalune; Donc, suivant votre dernière concession, au même instant que le soleil est en A, il est TU par ceux qui sont en B, nonobstant l'interposition de la lune, laquelle cependant, non seulement est en C, mais qui y seroit aussi vue ai elleâvoit *ine lumière qui lui fût propre; car le soleil est vu en ce lien-là par le moyen de la lumière qui est émanée de lui douze heures auparavant, et qui ayant traversé le ciel de la lune une demi-heure devant, n'a pu être empêchée par elle, pourcequ'elle n'étoit pas encore alors interposée entre le soleil et la terre; et la lumière qui est maintenant empêchée par elle ne sauroit parvenir à la terre B qu'une demi-heure après; et par conséquent la défaillance de sa lumière, c'est-à-dire l'éclipsé du soleil, ne sauroit être vue qu'uue demi-heure après l'instant que le soleil, la lune et la terre sont dans une même ligne droite.

Mais l'expérience de tous lès astronomes nous assure du contraire, c'est à savoir qu'il y a éclipse de soleil lorsque le soleil, la lune et la terre sont dans une même ligne droite ; et , en cela, non senle-

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a'ja LETTHES.

meDt l'erreur d'une demi-beure, mais celle de la moitié d'une minute, oe seroit pas iasemôble; donc, etc.

Je n'ajoute point ici quantité d'autres choses qui pourroient faire voir que cette dernière assertion ou proposition est encore plus absurde que la première: comme, par exemple, quecelaposé,oDdevroit toujours voir vers l'cment un cercle noir dans l'horizon, entre la terre et le ciel , et rers l'occident le soleil et les étoiles au-dessous des montagnes , et plusieurs choses semblables. £t je ne demande pas aussi par quelle puissance ce mouvement cirr culaire de la lumière qui sort en même temps de divers astres est conduit pour pouvoir retirer l'inégalité qui est dans la vitesse des astres d'où elle est sortie; car si ce que je viens d'écrire n'a pas la forcç de vous convaincre , j'avoue que vous êtes tout-à'^t invincible. Adieu.

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LETTBES. 3^3

ANNÉE l655.

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