A M. MORIN
( Lettre S7 du tome L )
MONSIECB ,
J'ai reçu le beau livre que tous m'avez &it l'honneur de m'envoya-, et je pense avoir d'autant plus de sujet de vous en remercier que je l'ai moins mérité ; car je n'ai jamais eu occasion de vous rendre aucun service qui vous dût convier à avoir cette souvenance de raoi. Il est certain que la peine que vous avez prise pour trouver les longitudes ne mérite rien moins qu'une récompense publique; mais pourceque les inventions des sciences sont de si haut prix qu'elles ne peuvent être assez payées avec de l'argent, il semble que Dieu ait tellement
' - Je croi» cette lettre écrife u dkhi Ae juirier i6ÎS, Voyei-en ïa
- niMHU dan* le uoDTeiu cahier.- — Plot bai: « 1634, décembre, ou
- l's janvier 1635. - — Et an cmjaa : • ttiS. -
ordonné lé monde , que cette sorte de récompense n'est communément réservée que pour des ouvrages mécaniques et grossiers, ou pourdes'actions basses et serviles. Ainsi je m'assure qu'un artisan qui auroit Élit de bonnes lunettes en pourroit tirer beaucoup plus d'argent que moi de toutes les rêveries de ma Dioptrique ', si j'avois dessein de les vendre. Ce qui n'empêche pas que je né souhaite que vous receviez en ceci l'accomplissement de vos désirs, et si j'y pouvois contribuer quelque chose , ■ vous connoîtriez en effet que je suis, etc.
■ Ce n'Mt DM lOD tr
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ANNÉE l636.
AU R. P. MERSENNE'
(Lettre m du tome II.)
MoM RÉVÉREND PÈSE,
Il y a environ cinq semaines que j'ai reçu vos dernières du dix-huit janvier , et je n'aVois recules précédentes que quatre ou cinq jours auparavant; ce qui m'a fait différer de vous faire réponse a été que j'espérois de vous mander bientôt que j'étois occupé à faire imprimer, car je suis venu à ce dessein en cette ville; mais les N. *, qui témoignoient auparavant avoir fort envie d'être mes libraires s'imaginant , je crois , que je ne leur échapperois pas lorsqu'ils m'ont vu ici , ont eu envie de se faire prier , ce qui est cause que j'ai résolu de me pas-
-,;,— ii,Gi:H)(^Ie
a^S LETTRES.
ser d'eux; et quoique je puisse trouver ici assez d'autres libraires , toutefois je ne résoudrai rien avec aucun que Je n'aie reçu de vos nouvelles , pourvu que je ne tarde point trop à en recevoir ; et si TOUS jugez que mes écrits puissent être imprimés à Paris plus commodément qu'ici , et qu'il vous plût d'en prendre le soin , comme vous m'avez obligé autrefois de m'offrir , je vous les pourrois envoyer incontinent après la vôtre reçue. Seulement y a-t-il en cela de la' difficulté , que ma copie n'est pas mieux éci"ite que cette lettre , que l'orthc^raphe ni les virgules n'y sont pas mieux observées , et que les figures n'y sont tracées que de ma main , c'est-à-dire très mal ; en sorte que si vous n'en tirez l'intelligence du texte pour les interpréter après au graveur , il lui seroit impossible de les comprendre. Outre cela , je serois bien aise que le tout fut imprimé en fort beau caractère et de fort beau papier, et que le libraire me donnât du moins deux cents exemplaires, à cause que j'ai envie d'en distribuer à quantité de personnes : et afin que vous sachiez ce que j'ai envie de faire imprimer , il y aura quatre traités , tous français , et le titre en général sera : Le projet d'une tctence univertelle qui puisse élever notre nature à ton plut haut degré de perfection ; plut ,■ la dioptrique , les nUtéores et la géométrie , où les plus eurieutet tnatières que l'auteur ait pu choisir, pour rendre preuve
■ b.Gooiîlc
LETTRES. a-jj
de lateience univerteUe^u' il propose, tontexpiiquéet en telle torts que ceux tnêmet qui n'ont point étudié lei peuvent entendre. En ce projet , je découvre une partie de ma méthode; je tâche à démontrer l'existence de Dieu et de l'âme séparée du corps , et j'y ajoute plusieurs autres choses qui ne seront pas , je crois , désagréables au lecteur. En la Dioptrique, outre la matière des réfractions, et l'invention des lunettes, j'y parle aussi fort particulièrement de l'œil , de la lumière , de la vision , et de tout ce qui appartient à la catoptrique età l'optique. Aux Météores , je m'arrête principalement sur la nature du sel , les causes des vents et du tonnerre , les 6gures de la neige , les couleurs de l'arc-en-ciel, où je tâche aussi à démontrer généralement quelle est la nature de chaque couleur, et tes couronnes ou hafones, et les soleils ou parketia, semblables à ceux qui parurent àRome il y a six ou sept ans. Enfin, en la Géométrie, jetâcheà donner une façon générale pour résoudre tous les problèmes qui ne l'ont encore jamais été ; et tout ceci ne fera pas , je crois, un volume plus grand que de cinquante ou soixante fe^lles. Au reste, je n'y veux point mettre mon nom, suivant mon ancienne résolution , et je vous prie de n'en rien dire à personne , si ce n'est que vous jugiez à propos d'en parlera queLque libraire, afin de savoir s'il aura envie de me servir , sans toutefois achever ,
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s'il T0U9 plait, de conclure avec lui qu'apis ma réponse; et sur ce que vous me ferez la feveur de me mander, je me résoudrai- 7e serai bien aise aussi d'employer tout autre , plutôt que ceux qui ont correspondance avec N. ', qui sans doute les en aura avertis, car il sait que je vous en écris. . Mais j'ai employé à ceci tout mon papier, il ne m'en reste plus que pour vous dire que , pour examiner les choses' que Galilée dit de motu , il faudroît plus de temps que je n'y en puis mettre à présent.
Je juge l'expérience des sons qui ne vont pas plus vite selon le vait que contre le vent être véritable, au moins ad sensum, car le mouvement du son est tout autre que celui du vent. Je vous remercie aussi de celle de la balle tirée vers le zénith , qui ne retombe point , ce qui est fort admi-
o Table. Je ne suppose point la matière subtile dont je vous ai parlé plusieurs fois , d'autre matière que les corps terrestres; mais comme l'air est plus liquide que l'eau , ainsi que je la Suppose encore beaucoup plus liquide ou fluide et pénétrante que
-. l'air. Pour la réflexion de l'arc, elle vient de ce que la figure de 'ses pores étant corrompue , la matière subtile qui passeau travers tend à les rétablir, sans qu'il importe de quel côté elle y entre. Je suis , etc.
■ ii,Gi:H)(^Ie ■
(Lettra loa du tome 11.)
Monsieur ,
3'étois hors de cette ville lorsque vos lettres , avec les observations que vous m'avez (ait la faveur de m'envoyer y sont arrivées , et je n'y suis retourné que sept ou huit jours après , ce qui est cause que je ne vous ai pas émtplus tôt pour vous en remercier ; car j'eusse bien désiré par même moyen vous pouvoir rendre compte du profit que j'en aurois retiré; mais, ayant changé de logis depuis ce temps-là, je n'ai point eu encore asses de loisir pour mettre l'eau de la mer k la question , afin de voir si je pourrois découvrir la cause de sa lumière.
Pour votre observation touchant les parélies , tant la vôtre que celle de Sichardus" me confirment
■ « J*ei«iicMW I«lti« écrilc à H. Coin. Van Hao^ela>4*i ««<)■- • maaroit Ji Lc;de. Jela croia Edile CD mvi i636, i Aflucerdain, peu -da temps 4pr«soii retom deFriie. "^Plnsbaa: « 16I6, à Amsterdam. " Vojetle nonveau cahier, [Mge 31. -
■ •WiDi.Scbkkardna.'
Digrr^ibyGOOglu
aSo LETTRES,
endèremeDt eo l'opiniop que j'en avois , de sorte que je n'y désire rieo davantage. Toutefois je ne, vous renvoie point encore le livre ; car , jugeant que vous n'en êtes point pressé, j'ai cru. feire mieux d'attendre à quelque autre commodité; mais, en revanche, je vous ferai ici part d'une autre observation que j'ai faite il n'y a que dix jours, étant la nuit sur le Zuyderzée, pour passer de Frise à Amsterdam. J'avbis tenu le soir assez long-temps ma tète appuyée sur la main droite , de laquelle je fermois l'œil droit , et je teuois cependant l'autre tout ouvert ; lorsque l'air étant assez obscur , on apporta une chandelle dans la chambre où j'étois , et incontinent , ouvrant les deux yeux , j'aperçus deux couronnes autour de cette chandelle , plus parfaitement colorées que je n'eusse cru qu'elles pouvoient être, et telles que vous les voyez ici représentées. A ' est le cercle extérieur de la plus grande , qui étoit d'un rouge fort bien coloré ; E est l'intérieur de la même, qui 'étoit bleu; les autres couleurs de l'arc-en-ciel se pouvoient bien un peu remarquer entre ces deux cercles , mais elles n'y occupoient que fort peu d'espace; C est l'intervalle qui étoit entre les deux couronnes , lequel paroissoit autant ou, plus noir que tout l'air d'alentour; D est la couronne intérieure qui n'étoit qu'un seid cercle ibrt rouge , ainsi que le précé- ■ Figi" s?-
rii,Gi:H)(^Ie
dent, seulement voyoit-on qii'il étoit plus chargé de couleur en dehors qu'en dedans. Cest l'intervalle qui étoit entre ce cercle rouge et la Aamme de ta chandelle , lequel étoit tout blanc et comine lumineux. Or j'eus assez de loisir pour observer toutes ces choses, car elles durèrent toujours jusqu'à ce que je me fusse endormi , ce qui ne fiit que deux ou trois heures après ; et ce que j'appris de ceci fiit que les couleurs de ces couronnes sont disposées tout au contraire de celles qui paroissent autour des astres, à savoir le rouge en dehors , et qu'elles ne se formoient point dans l'air, mais seulement de la disposition de mes yeux : car fermant l'œil droit, je ne les vojois point du tout , et fermant le gauche , je ne les en voyois pas moinâ , et mettant seulement le doigt entre mon œil et la flanmie de la chandelle, elles disparoissoielit. Cette expérience m'a tellement plu que je ne la veux pas oublier en mes Météores, et je pense en pouvoir assez rendre raison. Je vous remercie très humblement des offres que vous me faites' pour me loger , mais il y auroit de l'inconstance à quitter sitôt le lieu où je ne fais que d'entrer ; ce n'est pas que je ne ressente extrêmement les obligations que je vous ai de l'affection que vous me témoignez en toutes choses , et que je ne fusse très aise de pouvoir faire en revanche tout ce que vous témoignez désirer : car je suis , etc.
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(Lettre io3 du tome II. )
Je vous remercie des lettres que vous m'avez fait la faveur de m'envoyer, et je suis bien aise d'apprendre que M. de Balzac se souvient encore de moi; j'étois quasi en dessein de lui écrire à ce voyage , mais j'aime mieux attendre eucore quelque temps, et cependant , si par occasion vous te voyez , vous, m'obligerez de l'assurer de mon service. Je vous prie aussi de faire mes baisemains à M. Sarrazin , et lui dire que je le remercie très humblement du livre qu'ila eu autrefois intention ,de m'envoyer,et que je n'eusse pas manqué de lui écrire pour l'en remercier , si celui auquel il l'avoit baillé eût eu soin de me le feire tenir.
Pour les limettes, je vous dirai que depuis la condamnation de Galilée, j'ai revu et entièrement achevé le traité que j'en avois autrefois commencé ;
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et l'ayant entièrement séparé de mon Monde, je me propose de le faire imprimer seul dans peu de temps : toutefois, pourcequ'it s^coulera peut-être encore plus, d'un an avant qu'on le puisse voir imprimé, si M. !N'. y désiroit traTailler avant ce temps-là, je le tiendrois k faveur, et je m'offre de faire transcrire tdut ce que j'ai mis touchant ta pratique, et de lui envoyer quand il hii plaira.
Premièrement, je ne m'étonne pas que la moellede sureau pèse quatre ou cinq cents fois moins que l'or ; mais je ne laisse pas de tous remercier de la communication de votre expérience , et serai toujours bien aise de savoir celles que vous aurez faites. Secondement , je ne sais point si le sureau oulesapire rendent un son plus aigu que le cuivre; mais je crois généralement que selon que les corps sont plus secs et plus roides , c'est-à-dire plus disposés à recevoir en eux un tremblement plus prompt, ils ont le son le plus aigu» Troisièmement, ce son ne se fait point par la division des parties de l'air, mais par son agitation seulement, laquelle accompagne celle du corps résonnant. Quatrièmement, c'est autre chose des tours et retours d'une corde attachée par les deux bouts , et autre chose de ceux d'une corde attachée seulement par un bout, et qui a un poids à l'autre bout : car celle-ci se meut de
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a84 LETTRES,
bas eh haut par l'impétuosité ou l'agitation qui est en elle, et ne commence point de retourner de haut en bas que cette Agitation n'ait été entièrement surmontée par la pesanteur qui l'a fait descendre ; ce qui est cause qu'elle va fort lentement lorsqu'elle achève de monter ; et toutefois je ne croîs point pour cela qu'elle s'arrête aucun moment avant que de redescendre. Cinquièmement, je ne crois point aussi que le mouvement de la corde attachée par les deux bouts décrive toujours des cercles parfaits, ou des ellipses parfaites, mais que toutes les iuégaliîés de ces -cordes, et les diver^s façons dont elles peuvent être touchées, apportent de la variété en la figure de leur mouvement. Sixièmement, pour la chaleur je ne crois point qu'elle soit la. même chose que la lumière., ni aussi que la raréfaction de l'air ; mais je la conçois comme une chose toute différente , qui peut souvent procéder de la lumière, et de qui la raréfaction peut procéder. Je ne crois point non plus que les corps pesants descendent par quelque qualité réelle nommée pesanteur, telle que les philosophes l'imaginent , ni aussi par quelque attraction de la terre ; mais je ne saurois e)ipliquer mon opinion sur toutes ces choses qu'en faisant voir riion Monde avec le mouvement défendu, ce que je juge maintenant hors de saison ; et'je m'étonne de ce que vous proposez de réfuter le livre contra
■ b.Gooiîlc
LETTRKS. 285
motam terra, mais je m'en remets à votre prudence '.
Je ' -vous assure que tant s'en faut que j'aie témoigné au sieur N '. que vous m'eussiez parié de lui , qu'au contraire j'ai tâché de lui en ôter tout soupçon , car je ne lui mande point du tout qu'on m'ait rien dit de lui , sinon que je mets en ma première lettre : Je vou$ redemandai l'année pat- $ée mon Traité de musique, non pas à la vérité que J'en eusse besoin ^ mais poureequ'on m'avait dit que vous en parliez comme si vous me l'eussiez apprise : toutefois je ne voulut point vous en écrire aussitôt, de peur de paraître trop défiant si Je doutois de la fidélité d'un ami sur le simple rapport d'autrui. Mais maintenant que, par plusieurs autres témoi~ gnages, j'ai reconnu que vous préférez une vaine ostentation à la vérité, et à l'amitié qui a étéjmques ici entre nous, je veux vous donner ici un petit mat d'avis, qui est, que si vous vous vantez d'avoir enseigné quelque chose à quelqu'un, encore que ce que vous dites soit véritable, cela ne laisse pas d'être odieux f mais si ce ^ue vous dites est contre la vérité, tl est encore plus odieux î et, enfin, si vous avez ap~
• ' Id fimt cette lettre. .
■n Antre lettre i HcTSCDiif , i63o. ToatcetaUDéi.juqD'ia leeoml de - 1« page 470, eti qd frdgiiieat d'une lettre écrite en déccmbrr i63o. - Voyei-en Im raiions dans le nooTrin cahier , pi|^ 10. ■■
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a86 LETTRES.
pria de tut la cho»« même f ue vom vaut vantez lui avoir apprise, certainement cela est tout-à-fait odieux, etc. Ce qu'il ne peut dire veoir de vous, car je mets Vannée pasêée que vous n'étiez pas encore venu ici; et l'on m'avait dit et non pas écrit, pourceque j'ajoute cela m'avoir été confirmé par le témoignage de plusieurs, etc., afin qu'il ne vous le puisse attribuer. Je mets en ma lettre suivante : Je déêire que vous sachiez <fue ce n'e$t ni de lai ni de pertonne, mais de vos iettres mêmes tfue j'ai apprit ce que je trouve à reprendre en vous : comme en ^et dans les deux lettres qu'il m'a écrites, je crois qu'il y a assez de preuves de sa vanité, pour le . faire déclarer tel que je dis , devant des juges équit^^. Je n'ai pas ^u depuis de ses nouvelles, et ne pense pas lui écrire jamais plus.
J'ai pitié de la disgrâce de M. M '., encore qu'il la mérite. Pour la lettre où je vous parlais de lui, je ne suis pas marri que vous l'ayez fait voir à M. N> , puisque vous l'aves jugé à propos ; mais j'eusse été bien aise que vous ne la lui«ua»iûz poiot mise tout-à-lait entre les maius, tant à cause que mes lettres sont ordinairement écrites avec trop peu de soin pour mériter d'être vues par d'autres que ceux à qui elles sont adressées, comme aussi pourceque je crains quil n'ait jugé de là que je veux faire imprimer la Dioptrique ; car il me sem-
' .• Je GFoifl qn« c^eBt de M. Ffiirier qu^jl parle ici, »
-ii,Gi:H)(^Ie
LETTSES. 2%J
ble cpie j*eD mettois qtulqtie chose ailleurs qu"!» la fin, que vous dites avcHr otée ; et je serois fort aise qu'on ne sût point du tout que j'ai ce dessein r car, de la fiiçon que j'y travaille, elle ne sauroît être prête de long-temps. J'y veux insérer un discours où je tâcherai d'expliquer la nature des couleurs et de la lumière, lequel m'a arrêté depuis six mois , et n'eàt pas encore à moitié fait ; mais aussi sera-t-il plus long que je ne pensois, et contiendra qu^ une physique tout entière ; en sorte que je prétends qu'elle me servira pour me dégager de la promesse que je vous ai faite, d'avoir achevé mon Monde dans trois ans, car c'en sera quasi un abrégé , et je ne pense pas après ceci me résoudre jamais plus de Êiîre rien imprimer, au moins moi vivant ; car la fable de mon Monde me plaît trop pour manquer à la parachever, si Dieu me laisse vîvïc assez long^twops pour cela ; mais je ne veux point répondre de l'avenir. Je crois que je vous enverrai ce discours de la lumière sitôt qull sera fait, et avant que de vous envoyer le reste de la Dioplrique : car y voulant décrire les couleurs à ma mode, et par conséquent étant obligé d'y expliquer comment ïa blandienr du pain demeure au saint sacrement, je serai bien' aise de le faire examiner par mes amis avant qu'il soit vu de tout le monde. Au reste, encore que je ne me hâte pas d'achever la Dioptrique , je ne crains point du tout
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aÇS LETTRES,
tft quiê mittat fateem in messem alienam ; car je suis assuré que quoi que les autres puissent écrire, s'ils ne le tirent dés lettres que j'ai envoyées à M. F. % ils ne se rencontreront point du tout avec moi.
Je vous prie, autant qu'il se pourra, d'ôter l'opinion que je veuille écrire quelque choseàceux qui la pourroient avoir, et plutôt de leur faire croire que je suis entièrement éloigné de ce dessein : comme de fait , après la Dioptrique achevée , je suis en résolution d'étudier pour moi et pour mes amis -^ à bon escient, c'est-à-dire de chercher quelque V chose d'utile en la médecine, sans perdre le temps à écrire pour les autres, qui se moqueroîent de moi si je faisois mal, ou me porteroieot envie si je faisois bien, et ne m'en sauroient jamais de gré , encore que je fisse le mieux du monde. Je n'ai point vu le livre de Cabseus De magnetica philotophia, et ne me veux point maintenant divertir à le lire*.
Pour vos questions, je n'y saurois guère bien répondre, car mon esprit est entièrement diverti ailleurs ; toutefois je vous dirai que je ne crois pas qu'une corde de luth retournât guère plus longtemps in vaeuo Y|u'elle fait m aeref car la même
le livre dr CahEcoi u'a, itè imprimé qc'en iflg, lire lellre. -
.■ivGtio^le
force qui la fait mouvoir est celle qui la fait cesser à la Gd. Comme quaod la corde CD ' est tirée jusques à B, il n'y a que la disposition qu'elle a de se raccourcir et resserrer de soi-même, à cause qu'elle est trop étendue, qui la fait mouvoir vers E, en sorte qu'elle ne devroit venir que jusques à la ligne droite CED; et ce qui la fait passer au-delà, depuis E jusques à H , n'est autre chose qu'une nouveHe force qu'elle acquiert par l'impétuosité de son mouvement, en venant depuis B jusques à £, de sorte que H ne peut être si éloignée de E comme B, car cette nouvelle force ne sauroit être si grande que la première. Or, encore qu'à chaque retOiirque fait cette corde ce soit une nouvelle force qui la fasse mouvoir, il est certain toutefois qu'elle ne s'arrête point un seul moment entre deux retours ; et la raison que vous apportez que l'air ne peut pousser la corde, à cause qu'il est poussé par la corde, est très claire et très certaine.
J'avois écrit tout ce qui précède il y a quinze jours, et pourceque la feuille n'étoit pas pleine, je ne vous l'avois pas envoyée, ainsi que vous m'a- ' viez mandé dans l'un de vos billets ; mais je vous l'eusse envoyée il y a huit jours , sinon que celle que vous m'écriviez me fut rendue trop tard ; je ne sais si ce n'est point que vous l'eussiez mise au paquet de quelque autre, car je n'étois pas au logis
■ FigQ» 38.
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agO LËTTHES.
^uand on t'apporta ; mais quSndvous m'obtigez de m'écrire , c'est toujours le plus sûr d'envoyer vos lettres par la voie ordinaire.
Je vous ai trop d'obligation de ta peine que vous avez prise de m'envoyer un extrait de ce manuscrit : le plus court moyen que je sache pour répondreaiix raisons qu'il apporte contre la Divinité, étv ensemble à toutes celles des autres athées, c'est de trouver une démonstration évidente qui fasse croire à totit le monde que Dieu est. Pour- moi, j'ose bien me vanter d'en avoir trouvé une qui me satisfait entièrement et qui me fait savoir plus certainement que Dieu est que je ne sais la vérité d'aucune proposition de géométrie; mais je ne sais pas si je serois capable de la faire entendre à tout le monde en la même façon que je l'entends, et je crois qu'il vaut mieux ne toucher point du tout à cette matière qne de la ti-aiter impar&itement Le consentement universel de tous les peuples est assez suffisant pour maintenir la Divinité contre les injures des athées, et un particulier ne doit jamais entrer eil displite contre eux, s'il n'est très assuré de les convaincre.
J'éprouverai en la'DJciptrique si je suis capable d'expliquer mes conceptions et de- persuader aox autres une vérité, après que je me la suis p^suadée, ce que je ne pense nullement. Mais .sr je trouvois par expérience que cela tut , je ne dis pas que
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quelque jour je n'achevasse un petit traité de métaphysique, lequel j'ai commencé étant «n I^rise et dont tes principaux points sont de prouver l'existence de Dieu et celle de no$ âmett lorsqu'elles sont séparées du corps, d'où suit leur immortalité; carjesuisen colère quand je vois qu'il y adesgepE au monde si audacieux et si impudents que de combattre contre Dieu '.
Je suis * marri que M. F. ait &it croire que j'eusse dessein d'écrire quelque chose, et vous m'obligerez detémoignertoutle contraire, et je n'apprends autre chose qu'à escrimer. J'ai compassion avec vous de cet auteur qui se sert de raisons astrologiques pour prouver l'immobilité de ta terre; mais j'aurois encore plus de compassion du siècle , si je pensois que ceux qui ont voulu faire un article de foi de cette opinion n'eussent point de plus fortes raisons pour la soutenir. Pour ce que vous me demandez touctuint la réfraction des sons, jevous dirai qu'il s'en ^t beaucopp qu'elle se puisse remarquer en eux si facilement qu'en la lumière, à cause que te son se transfère quasi aussi facilement suivant des lignes courljes ou tortues que des droites; toutefois, pour en parler absolument, il est certain que les sons souflirent réfraction en passant au tra-
• . là Bnit le fragmcnl, "
•■Antraltttr*, i634. Ce McoDd lUiwil Mt scril ■□ P. MenCDDe,!* i5 " Hptnnbre iSIi. ToyCc-en la ninnu duu le nonvtiD ctbier, p(ga lo. -
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•jn3 LETTRES.
vers tie deux corps différents , et qu'ils se rompent ad perpendicatum dans celui par lequel ils passent le plus aisément; mais ce n'est pas toujours le plus épais et le plus solide par lequel ils passent le plus aisément, ni aussi le moins épais, et j'auroîs bien des choses à dire avant que je pusse éclaircir cette distinction suffisamment.
Pour cet instrument monocorde qui imite la trompette, je voudrois en avoir vu l'expérience pour en oser dire mon opinion; mais, autant que . ie puis conjecturer , tout le secret qui y est ne consiste qu'en cela que le chevalet étant mobile et tremblant, ainsi quevous m'écrivez, lesonaquelque latitude, et ne se détermine pas à être grave ou aigu jusqu'à tel degré, par la seule longueur de la corde, mais principalement aussi par sa tension, qui fait qu'elle presse plus ou moins ce chevalet; et ensuite que les tremblements de ce chevalet sont plus ou moins fréquents , avec lesquels se doivent accorder ceux de la corde, et par conséquent la hauteur ou la bassesse du son. D'où premièrement il est aisé à entendre par les bissections (comme vous dites que je vous ai autrefois mandé touchant la trompette) pourquoi ce monocorde étant touché à vide ôiit ouïr toutes les consonnances en même temps ; puis pourquoi étant touché entre les divisions i , 2,3,4. il "^ f*'* ouïr aucun son agréable, si ce n'est le même que
celui qu'il feit ouïr étant touché sur ces division^, pourceque lors les tremblements de la corde ne peuvent s'accorder avec ceux du chevalet , si ce n'est qu'ils retiennent la même mesure que sur ces divisions.
, Fovir l'expérience que vous dites avoir été faite d'un mousquet qui perce plus à cinquante ou cent pas qu'il ne fait à dix ou vingt pieds, si elle est vraie, il faut dire qu'il perce moins à dix ou vingt pieds , à cause que la balte allant trop vite se réfléchit si promptement qu'elle n'a pas assez de loisir pour faire tant d'effet , ainsi qu'un marteau frappant une balle de plomb qui est mise sur une enclume ne l'aplatira pas tant que si elle est mise surun oreiller. Enfin , si le sifBement des balles de canon ne s'entend pas au commencement de leur mouvement comme à la fin, il faut penser que c'est leur trop grande vitesse, qui, ne disant mouvoir l'air qu'en un seul sens et sans lui donner le loisir d'aller et retourner, ne cause aucun son, car vous savez que ces tours et retours de l'air sont nécessaires pour causer le son. Je suis, etc.
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ANNÉE lÔS^.
AU R. P. MëRSENNE'.
(LeUre 73 du tome III.)
Mon révérend père ,
En rae voulant trop obliger vous m'avez extrênoement eiiibarrasaé;<:ar j'eusse beaucoup mieux aimé un privilège en la plus simple forme , comme, si je m'en 'souviens , je vous en avois prié ci-de* vant expressément , jusque là que j'avois trouvé à redire dans te projetque vous m'en aviez envoyé auparavant , à cause d'un mot qui me sembloit trop eu ma favenr. Vous me conviez à faire imprimer d'autres traités, et vous retardez cependant la publication de celui-ci. Je n'ose écrire tout ce que j'en pense ; ibais je vous prie , au nom de Dieu, de faire , ou que nous ayons au plus tôt qu'il se pourra
' «Cette lettre est de Deicutei an P. Henenne , écciie «D avril 1637. ' Vo-jei-ta let nùoiu duu le noarcui c^ier. -
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LETTRES. 39a
le privilège en telle formé que ce pitîase. être , ou bien au moins de nous écrire qu'on a refusé de le donner, te que je m'assure qu'on ne fera point , si ce n'est par la faute des demandetu's. Le libraire ne débitera aucun de ses exemplaires , ni n'en enverra aucun hors de Leyde que cela ne soit , et ayant le privilège , je vous prie 'd'en envoyer l'on* ginal au Maire ' par le premier ordinaire de la poste , et d'en retenir seulement une copie coUationnée , pour servir en cas qu'il se perdît.
Au reste , je remarque par vos lettres que vous ave% fait voir ee livre à plusieurs sans besoin , et au contraire que vous ne l'avez point eocorç ^t voir à M. le chancelier , pour lequel seul Qéanmoins je l'avois envoyé, et je désirois qu'il lui fut présenté tout entier. Je prévois que vous lui donnerez encore juste sujet de nous reiiiser le privilégfl, pourceque vous lui voulez ^mander plus ample qu'il ne doit être y ou bien s'il l'octroie en cette forme, vous serez cause que je lui aurai une particulière obligation pour une chose que je voudrois bien qui ne fût point : car, outre que vous me faites parler là tout au rebours de mon intention , en me faisant demander octroi pour des livres que j'ai dit n'avoir pas dessein de faire imprimer, il semble que vous me veuillez rendre par force faiseur et vendeur de livres , ce qui n'est
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ni mon humeur ai ma profession, et s'il y a quelque chose en cela qui me regarde , c'est seulement la permission d'imprimer ; car , ponr le (Privilège , il n'est que pour le libraire, qui craint que d'autres ne contrefassent ses exemplaires , en quoi l'auteur n'a point d'intérêt '.
La lettre que j'ecrivois à M. l'abbé Delaunay étoit dans le paquet de M. N., et je n'avois différé jusques alors à vous l'envcyer que pour vous en ^épargner le port ; mais puisqu'il est d'opinion que je tardois à lui répondre, Êiute de pouvoir éclaircir les choses que j'ai écrites touchant l'existence de Dieu , elle ne servira pas à l'en ôto" ; car je n'ai nullement tâché de le faire , mais seulement de répondre à son compliment et à l'ofire qu'il me feisoit de son amitié. Et résolument, quoi qu'on puisse dire ou écrire , je n'entreprendrai point de satisfaire à aucune question qui sera faite en particulier , principalement par des personnes avec qui je n'ai point eu ci-devant d'habitude , mais seulement à celles qui me seront faites en public , suivant ce que j'ai promis en la page ^5 du Discours de la méthode..
Pour l'auteur de la Géostatique, il n'a pas fait, ce me semble, im trait d'honnête homme, d'avoir retenu la Dioptrique en la façon que vous me mandez, et je m'étonne , puisqu'il en fait si' peu d'état ,
■ En mirifc, pDÎs tfttcé : ■• Cette lettre finit ici. "
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de ce qii'ilapris tant de peine potir la voiravant les autres , et qu'il a mente en quelque façon négligé son honneur pour cet effet. Je vous assure que je ne suis point désireux de voir ses livres , et qu'encore qu'il y ait long-temps que vous m'avez écrit desaGéostatique, je n'ai jamais eu néanmoins aucune envie de la voir, sinon depuis votre dernière que je l'ai fait chercher à Leyde , où ne s'étant point trouvée , on m'a offert de la faire venir de Paris ; mais je ne l'ai point désiré , parcequ'en effet je ne crois pas qa'un homme de telle humeur puisse être habile homme, ni avoir rien fait qui vaille la peine d'être lu. Que si je l'eusse trouvée, je n'aurois pas manqué de vous en écrire mon opinion , tant à cause que vous te désirez, qu'à cause que vous me mandez aussi que M. des Argues le désire ; car lui ayant de l'obligation, ainsi que j'apprends par vos lettres , je serois bien aise de lui témoigner qu'il a sur moi beaucoup de pouvoir , comme en effet il ne faudroit pas en avoir peu pour m'obliger à reprendre les fautes d'autrui : car mon humeur ne me porte qu'à rechercher la vérité , et non point à tâcher de faire voir que les autres ne l'ont pas trouvée ; même je ne saurois estimer le travail de ceux qui s'y occupent, ce qui a été la première cause qui m'a empêché d'approuver le livre du sieur de la Brosse , et la seconde . est qu'il s'est arrêté à reprendre des choses qu'on
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agâ LETTRES.
peut excuser, après quoi il a fini, sans faire voir la suite dn raisMiBetneDt .qu'il r^te ; en sorte que ceuï qui , comme moi , n'ont point vu -la Géostatique, ont occasion de juger qu'il s'est contenté de l'égratigner ou de lui arracher les cheveux, et qu'il ne lui a point fait de grandes blessures.
Jevous prie de m'excuser si je ne réponds point à votre question touchant le retardement que reçoit te mouvement des corps pesants par l'air où ils se meuvent, car c'est une chose qui dépend de tant d'autres que je n'en saorois &)re un bon compte dans use lettre ; et je puis seul^nent dire que ni Galilée , ni aucun autre , ne peut rien déterminer touchant cela qui soit clair et démonstratif, s'il ne sait premièrement ce que c'est que la pesanteur , et qu'il u'ait les vrais principes de ta physique.
Pour votre objection touchant ce que je vous ai autrefois écrit des tremblements d'une corde , qu'ils peuvent être alternativemeut ■ inégaux et égaux , j'ai à y répondre que la même inégalité se peut trouver aux tremblements de tous les autres corps qui ont quelque son ,-comme des ^yaux d'orgues ou du gosier d'un musicien , etc. ; car généralement aucun son ne se peut faire que par le tr^nblement de quelque corps.
T^ jugement que l'auteur de la Géostatique feit
de mes écrite me touche fort peu , et je ne suis pas bien aise d'être obligé de parler avantageusement de moi-même ; mais pourcequ'îl y a peu de gens qui puissent entendre ma Géométrie , et que vous désirez que je vous mande quelle est l'opinion que j'en ai , je crois qu'il est à propos que je vous dise qu'elle est telle que je n'y souhaite rien davantage, et que j'ai seulement tâché, par la Dioptrique et par les Météores , de persuader que ma méthode est meilleure que l'ordinaire ; mais je prétends l'avoir démontré par ma Géométrie : car dès le commencement j'y résous une question qui, par le témoignage de Pappus, n'a pu être trouvée par aucun des anciens;et l'on peut dire qu'Ole ne Ta pu être non plus par aucun des modernes , puisqu'aucun n'eu a écrit, et que néanmoins les plus habiles ont tâché de trouver les autres choses que Pappus dit au même endroit avoir été cherchées par les anciens, comme l'Apollonius Bedivinus, l'Apollonius Batavus, et autres, du nombre desquels il £aut mettre aussi M. votre conseiller de maximis et minimia ; mais aucun de ceux-là n'a rien su faire que les anciens aient ignoré. Après cela, ce que je donne au second livre touchant la nature et les propriétés des lignes courbes , et la façon de les examiner, est , ce me semble, autant au-delà de la géométrie ordinaire que la rhétorique de Cicéron est au-delà- de Va b c des en-
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r?00 . LETTRES.
faats. £t je crois si peu ce que promet votre géostaticien, qu'il ne me semble pas moins ridicule de dire qu'ii donnera dans une Préface des moyens pour trouver les tangentes 'de toutes les lignes courbes, qui seront meilleurs que lesmiens, que le sont les capitans des comédies italiennes ; et tant s'en faut que les choses que j'ai écrites puis- 7 sent être aisément tirées de Viete, qu'au contraire ce qui est cause que mon traité est difficile à entendre , c'est que j'ai tâché à n'y rien mettre que ce que j'ai cru n'avoir point été su ni pat lui ni par aucun autre ; comme on peut voir si on confère ce que j'ai écrit du nombre des racines qui sont en chaque équation , dans la page 373, qui est l'endroit où je commence à donner les règles de mon Algèbre, avec ce que Viete en a écrit tout â la fin de son livre De emendattone œquationum ; car on verra que je le détermine généralement en toutes équations, au lieu que lui n'en ayant donné que quelques exemples particuliers , dont il &it toutefob si grand état qu'il a voulu conclure son livre par là , < il a montré qu'il ne le pouvoit déterminer en général. Et ainsi j'ai commencé où il avoit achevé , ce que j'ai fait toutefois sans y penser ; car j'ai plus feuilleté Viete depuis que j'ai reçu votre dernière que je n'avois jamais fait auparavant , l'ayant trouvé ici par hasard entre.lesmains d'un de mes amis ; et, entre nous, je ne
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trouve pas qu'il en ait tant su que je pensois, nonc^stant qu'il fût fort habile.
Au reste, ayant déterminé coname j'ai fait en chaque genre de questions tout ce qui s'y peut faire, et montré les moyens de le faire , je prétends qu'on ne doit pas seulement croire que j'ai fait quelque chose de phis que ceux qui m'ont précédé, mais aussi qu'on ^ doit persuader que nos neveux ne trouveront jamais rien en cette matière que je ne piisse avoir trouvé aussi hien qu'eux, si j'eusse voulu prendi'e la peine de le cherchen. Je vous prie que tout ceci demeure entre nous, car j'aurois grande confusion que d'autres sussent que je vous ai tant écrit sur ce sujet.
Je n'ai pas tant de désir de voir la démonstration de M. de Fermât contre ce que j'ai écrit de la réfraction, que je vous veuille prier de me l'envoyer par la poste; mais lorsqu'il se présentera commodité de me l'adresser par mer, avec quelques balles de marchandises , je ne serai pas marri de la voir avec la Géostatique et le livre de la Lumière de M. de la Chambre , et tout ce qui sera de pareille étoffe, non que je ne fusse tien aise de voir promptement ce qu'écrivent les autres pour ou contre mesopinions, ou de leur invention; mais les ports de lettres sont excessifs. Je suis, etc.
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A M. DE ZU.ITLICHE1N
(Lettre lofi du tome I.)
Encore que je me sois retiré assezloin hors da monde , la triste nouvelle de votre affliction n'a pas laissé de parvenir jusques à moi. Si je vous mesuroisau pied des âmes vulgaires, la tristesse que vous avez témoignée dès le commencement de la maladie de feu madame de Z. * me feroit craindre que son décès ne vous fût du tout insupportable; mais, ne doutant point que vous ne vous gouverniez entièrement selon la raison , je me persuade qu'il vous est beaucoup plus aisé de vous consoler et de reprendre votre tranquillité d'esprit accoutumée, maintenant qu'il n'y a plus du tout de remède, que lorsque vous aviez encore occasicmde craindre et d'espérer; car il est certain que l'espérance étant du tout ôtée, le désir cesse, ou du moins se re-
' ■ CalM lettre eal écrila da mois d'iiiil 1637. Toyei U date de li
• leltre So da 3* volnme, OD il e*l ptrlé de U mort de nudÉme Zoitli-
• fthan , atriiée deoz moia anpinTaiil. Voyet le noiiTeiu oihier- "
■ -Suunne BiKrle. -
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lâche et perd sa force ; et quand on n'a peu ou point de désir de ravoir ce qu'on a perdu , le regret n'en peut être fort senuble. Il est vrai-que les esprits foibles ne jutent. point du tout cette raiaon , et que, sans savoir eux-mêmes ce qu'ils s'imaginent , ils s'imaginent que- tout ce qui a autrefois été peut encore être, et que Dieu est comme obligé de &ire pour l'iraour d'eux tout ce qu'ils veulent; mais une âme forte et généreuse comme la vôtre, sachant la con- (^tion de notre nature , se sotunet toujours à la nécessité de sa loi; et, bien que ce ne soit pas sans quelque pane, j'estime si fort l'amitié, que je crois que tout ce que l'on souf&e à sou occasion est agréable, en sorte que ceux même qui vont à la mort pour le bi«Q des ■ personnes qu'ils affectionnent ine semblent heureux jusques au dernier moment ,de leur vie; et quoique j'appréhendasse pour votre âanté pendant que vous perdiez le manger et ,1e repos pour servir vous-même votre malade, j'eusse .pensé; commettre un sacrilège si j'eusse tâché. à vous divertir d'un office si pieux et si doux. Mais maintenant tpje votre deuil, ne lui. pouvant plus être utile, ne saurmtaussi être, si juste qu'aupacavant, ni par cooséquent. accompagné de cette joie et satisfaction int^ieure qui suit les acttpns vertueuses, et feit que les sages se trouvent heureux en toutes les rencontres delà fortune, si je pensois que votre raison ne le pût vaincre , j'irois
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3o4 • LETTRES.
împortun^ment vous trouver , et tachetais par tous moyens à vous divertir , à cause que je ne sache point d'autre remède pour un tel mal. Je ne mets pas ici en ligne de compte la perte que vous avez £aite en tant qu'elle vous regarde et que vous êtes privé d'une compagnie que vous chérissiez extrêmement, car il me semble que les maux qui nous touchent nous-mêmes ne sont point comparables k ceux qui touchent nos amis, et qu'au lieu que c'est une vertu d'avoir pitié des moindres afflictions qo'oDt les autres, c'est une espèce'de lâcheté de s'affliger pour aucune des disgrâces que la fortune nous peut envoyer ; outre que vous avez tant de proches qui vous chérissent, que vous ne sauriez pour cela rien trouvera dire en votre famille , et que quand vous n'auriez que madame de Y. pour sœur, je crois qu'elle seule est suffisante pour vous délivrer de la solitude et des soins d'un ménage qu'un autre que vous pouiroit craindre après avoir perdu sa compagnie. Je vous supplie d'excuser la liberté que je prends de mettre ici mes sentiments en philosophe, au même moment que je viens de recevoir un paquet des vôtres, par G. ', où je ne ' comprends point le procédé du P. M."; car il ne m'envoie encore aucun privilège, et semble m'obliger en faisant tout le contraire de ce dont je le prie. Je suis, etc.
' " (ioljas. - — * « McMcniie. -
{Lettre iio du tome I. )
Encore que le père Mersenne ait fait directement contre mes prières, en disant mon nom, je ne saurois toutefois lui vouloir mal de ce que par son moyen j'ai l'honneur d'être connu d'une personne de votre mérite. Mais j'ai bien sujet de m'inscrire en faux contre un projet du privilège qu'il me mande vouloir tâcher d'impétrer pour moi ; car il m'y introduit me louant moi-même, et me quaUfîant inventeur de plusieurs belles choses , et me fait dire que j'offre de donner au public d'autres traités que ceux qui sont déjà imprimés , ce qui est contraire à ce que j'ai écrit tant au commencement de la soixante-dix-âtptième page du discours qui sert de^préface , qu'ailleurs. Mais je m'assure qu'il vous fera voir ce que je lui mande, puisque j'apprends par celle que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire que c'est vous qui m'avez
> «Cette lettre eit écrite i un ami do P. Meneane, en «Trit 1637. - ToTee-en les raitona inu Ir nouveio obier. ■■
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3o6 &ETTRES.
obligé de lui suggérer quelques unes des objections auxquelles je lui fais réponse. Poor te traité de physique, dont vous me faites la faveur de nie demander la publication , je n'aurois pas été si imprudent que d'en parler en la façon que j'ai feit, si je n'avois envie de le mettre au jour, en cas que le monde le désire, et que j'y trouve mon compte et mes sûretés. Mais je veux bien vous dire que tout le dessein de ce que je fais imprimer à cette fois n'est que de lui préparer le chemin et sonder le gué. Je propose à cet effet une méthode générale, laquelle véritablement je n'enseigne pas, mais je tâche d'en donner des preuves par les trois traités suivants, que je joins au discours'où j'en parle, ayant pour le premier un sujet mêlé de philosophie et de mathématique ; pour le second , un tont pur de philosophie; et pour le troisième, un tout pur de mathématique , dans lesquels je puis dire que je ne me suis abstenu de parier d'aucune chose ( au moins de celles qui peuvent être connues par la force du raisonnement), pourceque j'ai cru ne la pas savoir ; en sorte qu'il me semble par là donner occasion de juger que j'use d'une méthode par laquelle je pourrois expliquer aussi bien toute autre matière, en cas que j'eusse les expériences qui y seroient nécessaires, et le temps pour les considérer. Outre que, poyr montrer que cette méthode s'étend k tout, j'ai inséré brièvement
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LtttRÈS. 5o7
quelque chose de métaphysique, de physique et de médecine dans le premier discours. Que si je puis faire avoir au monde cette opinion de ma Méthode, je croirai alors n'avoir plus tant de sujet de craindre que les principes de ma Physique soient mal reçus ; et si je ne rencontrois. que des juges aussi favorables que tous, je ne le craindroia pas dès maintenant.
Vous' me demandez m tiuo génère causa Deuê-^ disposait œternas verïtalet : je vous réponds que c'est m èodem génère causa qu'il a créé toutes choses, c'est-à-dire ut effieiem et totalis causa. Car-* il est certain qu'il est aussi bien auteur de l'essence comme de l'existence des créatures : or cette essence n'est autre chose que ces vérités éternelles , lesquelles je ne conçois point émaner de Dieu, comme les rayons du soleil ; mais je sais que Dieu "est auteur de toutes choses, et que ces vérités sont quelque chose, et par conséquent qu'il en est auteur. Je dis que je le sais, et non pas je le conçois ni que je le comprends ; car on peut savoir que Dieu est infini et tout-puissant, encore que notre âme étant finie ne le puisse comprendre ni concevoir; de même que nous pouvbns bien toucher avec les mains une montagne, mais non pas l'embrasser comme nous ferions un arbre , ou quelque
'En marge, et efliGé : «M'ett-cs point nne antre leltre? cela n'fit-il • pM d«raii 16Ï0Î" ' \
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3o8 LETTRES.
autre chose que ce soit, qui n'excédât point la grandeur de nos bras : car^comprendre, c'est embrasser de la pensée ; mais pour savoir une chose, il suf6t de la toucher de la pensée. Vous demandez aussi qui a nécessité Dieu à créer ces vérités ; et je dis qu'il a été aussi libre de faire qu'il ne fût pas vrai que toutes les lignes tirées du centre à la circonférence fussent égales , comme de ne jmw créer le monde : et il est certain que ces vérités ne sont pas plus nécessairement conjointes, à son essence que les autres créatures. Vous demandez ce que Dieu a fait pour les produire ; je dis que «z hoe ip$o quod illat ab atemo esse voluerit et intellexertt, illtts ereavit, ou bien (si vous n'attribuez le mot de ereavit qu'à l'existence des choses ) illat disposuit et fecit. Car c'est en Dieu une même chose de vouloir, d'entendre et de créer, sans que l'un précède l'autre, ne quidem ratione. Secondement, pour ta question an Dei bonitati sit eonveniens komines in œtemum dantriare, cela est de théologie : c'est pourquoi absolument vous me permettrez, s'il vou« plaît , de n'en rien dire ; non pas que les raisons des libertins en ceci aient quelque force, car elles me semblent frivoles et ridicules , mais pourceque je tiens que c'est faire tort aux vérités qui dépendent de la foi , et qui ne peuvent être prouvées par démonstration naturelle, que de les vouloir affermir par des raisons humaines, et probables seulement.
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Troisièmement, pour ce qui touche la liberté de Dieu , je suis tout-à-fak de ropinion que vous me mandez avoir été expliquée par le P. Gibbieu. Je n'avois point su qu'il eût iait imprimer quelque chose, mais je tâcherai de faire venir son traité de Paris k la première commodité, afin de le voir; et je suis gi^ndement aise que mes opinions suivent les siennes , car cela m'assure au moins qu'elles ne sont pas si extravagantes qu'il n'y ait de très habiles-hommes qui les soutiennent. Les quatrième, cinquième , sixième , huitième , neuvième et derniers points de votre lettre sont tous de théologie, c'est pourquoi je m'en tairai, s'il vous plaît. Ppur le septième point, louchant les marques qui s'impriment aux enfants par l'imagination de la mère, etc. , j'avoue bien que c'est une chose digne d'être examinée , mais je ne m'y suis pas encore satisËiit. Pour le dixième point, où ayant supposé que Dieu mène tout à sa pétition , et que rien ne s'ané^tit, vous demandez ensuite quelle est donc la perfection des bétes brutes, et que deviennent leurs âmes après la mort : il n'est pas hors de mon sujet, et j'y réponds que Dieu mène tout à sa perfection , 1 c'est-à-dire tout collective, non pas chaque chose en particulier ; car cela même, que les choses particulières périssent, et que d'autres renaissent en leur place, c'est une des principales perfections de l'univers. Pour leurs âmes , et les autres formes et
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qualités , ne vous mettez pas en peioe de ce qu'elles deviendront, je suis après à l'expliquer en mon traité, et j'espère de le iaire entendre siclairement que personne n'en poerra douter, i
Pour ce que vous inférez que si la nature de l'homme n'est que dépenser, il n'a donc point de volonté, je n'en vois pas la conséquence; car vouloir, entendre, imaginer, sentir, etc., ne sont que des diverses façons de penser qui appartiennent toutes à l'âme. Vous rejetez ce que j'ai dit, qu'il suffit de bien juger pour bien faire; et toutefois il me semble que la doctrine ordinaire de l'école est que voluntas non ferfur in malum , niêi quatenut ti iub aliqua ratione boni reprœ$entatur ab intelUeiu, d'où vient ce mot, omnit peceant est ignorant; en sorte que si jamais l'entendement ne représentoit rien à la volonté comme bien , qui ne le fût , elle ne pouiroit manquer en son élection. Mais il lui représente souvent diveœes choses en ménie temps, d'où vient le mot video meliora proboque , qui n'est que pour les esprits foibles dont j'ai parlé en la page 26 ; et le bien faire dont je parle ne se peut entendre en termes de théologie, où il est parlé de la grâce, mais Seulement de philosophie mcHpale etnaturelle, où cette grâce n'est point considérée , en sorte qu'on ne me peut accuser pour ,cela de l'erreur des pélagiens, non plus que si je disois qu'il ne faut qu'avoir un bon sens pour étre^
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LETTRES. 5ll
bonnéte homme. On ne m'olijectera pas qu'il faut aussi avoir le sexe qui nous distingue des femmes, > pourceque cela ne vient point alors à propos; tout de mime en disant qu'il est vraisemblable (à savoir selon la raison humaine) que le monde a été créé tel qu'il devoit être , je ne nie point pour cela qu'il ue soit certain par la foi qu'il est parÊiit. Enfin , pour ceux qui vous ont demandé de quelle reli^ gion j'étois, s'ils avoienl pris garde que j'ai écrit en ta page 2q que je n'eusse pas cru me der voir contenter des opinions d'autrui un seul moment, si je ne me fusse proposé d'employer mon propre jugement à les examiner lorsqu'il seroit temps, ils verroient qu'on ne peut inférer de mon discours que les infidèles doivent demeure^ en la religion de leurs parents. Je ne trouve plus rien en vos deux lettres qui ait besoin de réponse, sinon qu'il semble que vous craignez que la pUr blication de mon premier discours ne m'engage de parole à ne point faire voir ciraprès ma Physique , de quoi toutefois il ne faut point avoir peur, car je n'y promets en aucun lieu de ne le point publier pendant ma vie, mais je dis que j'ai eu cidevant dessein de la publier, que depuis, pour les raisons que j'allègue , je me suis proposé de ne te point faire pendant ma vie, et que maintenant je prends résolution de publier les traités contenus en ce volume; d'où tout de même l'on peut inférer
que si les raisons qui m'empêchent de la publier étoieat changées, je pourrdis prendre une autre résolution , sans pour cela être changeant , car iubtata causa toUitur effeetm- Vous dites aussi^u'on peut attribuer à vanterie ce que je dis de ma Physique , puisque je ne la donne pas ; ce qui peut avoir lieu pour ceux qui ne me connoissent point et qui n'aurontvu que mon premier discours; mais pour ceux qui verront tout le livre ou qui me connoissent, je ne crains pas qu'ils m'accusent de ce vice , non plus que de celui que vous me reprochez, de mépriser les hommes, à cause que je ne leur donne pas étourdiment ce que je ne sais pas encore s'ils veulent avoir; car enfin je n'ai parlé comme j'ai fait de ma Physique qu'afin de convier ceux qui la désireront à faire changer les causes qui m'empêchent de la publier. Derechef je vous prie de nous envoyer ou le privilège ou son refus le plus promptement qu'il sera possible, et plutôt en la façon la plus simple un jour devant , qu'en la meilleure le jour d'après. Je suis , etc.
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(Lettre 104 du tome I.)'
Ayant eu dernièrement l'honneur d'aller en votre compagnie au logis de M. de Ghamassé pour lui faire of&e de mon service , j'ai pensé que vous n'auriez pas désagréable que je vous priasse de lui présenter l'un dQ3 exemplaires que je vous envoie, et ensemble de lui en offrir encore deux autres, l'un pour le roi , et l'autre pour M. le cardinal de Richelieu, s'il lui plaît de me tant obliger que de trouver bon que ce soit par sod entremise que je les leur présente, afin de leur témoigner en tout le peu que je puis ma très humble dévotion à leur service. Il est vrai que , n'ayant pas voulu mettre mon nom en ces écrits, je n'avois aucunement espéré qu'ils jue dussent donner occasion de le faire dire à des personnes si hautes et si éminentes ; mais ayant reçu ces jours derniers un privilège du roi , dans lequel il a été mis, quelque soin que j'aie eu de le celer, je crois devoir Êiire maintenant quasi le même que si
■ " Poni Hajghint de Zaitlichen, Celte lettre, de M. DeitartB., est "datée du iS jain 1639. Vofei^n les raisons dam le DODveau uahier. '
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5l4 LETTRES.
j'avoîs eu dessein de le publier, et de pouvoir plus supposer qu'il soit inconnu; et pourcequ'on a ajouté quelques clauses en ce privilège que je n'ai jamais Tues en d'autres livres, et qui sont beaucoup plus avantageuses pour moi que je ne mérite, bien que je ne les aie point désirées , et que je n'aie demandé qu'à être reçu au nombre des écrivaios les plus vulgaires, je leur en suis tellement obligé, que je ne sais quels moyens je dois chercher pour tear faire paroître ma reconnoissance ; car je ne crois pas que nous soyons seulement redevables aux grands des faveurs que nous recevons immédiatement de leurs mains, mais aussi de toutes celles qui nous viennent de leurs ministres, tant à cause que ce sont eux qui leur en donnent le pouvoir , que principalement aussi à cause qu'ayant fait choix de telles personnes plutôt que d'autres, nous devons croire que leurs inclinations à nous obliger sont les mêmes que nous remarquons en ceux auxquels ils donnent le pouvoir de nous bien faire; et ainsi, encore que je ne sois pas si vain que de mlmaginer que les pensées du roi ou de M. le cardinal se soi^t abaissées jusques k moi , ni qu'ils sachent rien du privilège que M. le chancelier m'a obligé de celer, je ne laisse pas de leur en avoir la première et la principale obligation ; et je reconnois en cela que la France est bien autrement et bien mieux gouvernée que
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LETTRES, 3l5
n'étoit autrefois la ville d'Ephèse, en laquelle il étoit défendu d'esceller, vu qu'au contraire on y gratifie , non seulement ceux qui excellent , au rang desquels je n'ose aspirer, mais même ceux qui font quelque effort pour , bien faire , encore que ce soit par des voies extraordinaires, qui est une chose de laquelle je confesse qu'on auroit eu droit de m'accuser si j'eusse vécu parmi les Éphésiens. Au reste, je ne m'excuse point envers M. de Charnasse de la liberté que je prends de l'employer en cette occasion; car la charge d'ambassadeur qu'il a ici, le bon accu^ dont il m'a obligé lorsque j'ai eu l'honneur de.le voir, et la connoissance très particulière qu'il a des sciences dont j'ai traité en ces écrits, me font plutôt croire qu'il trouveroit mauvais que je m'adressasse à un autre. Et je ne doute point que ma prière ne lui soit plus agréable en lui étant adressée par une personne de votre mérite que par mes lettres ou par moi ; c'est pourquoi je vous donnerai , s'il vous plaît, cette peine, et serai toute ^la vie,etCi
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A UN RÉVÉREND PÈRE JÉSUITE '
(Lettre 36 du tome III.)
Mon BÉVÉBEND PÈBE,
Je vous suis très obligé de ce «pi'il vous plaît prendre la peine de voir le livre* que je vousavois envoyé , et je reçois en très bonne part la faveur que vous me promettez de me traiter en ami, bien que vous l'interprétiez que ce sera en toute rigueur ; car ne désirant rien autre chose que de connoitrelâ vérité, j'aime beaucoup mieux la rigueur , c'est-à-dire le soin et la diligence à remarquer tout , au moins eu ceux de votre sorte, que je sais n'être portés que d'un bon zèle et n'être pas capables de commettre aucune injustice, que je ne ferois leur négligence , et je ne suis nuUenfent pressé d'entendre votre jugement ; car j'ose me promettre qu'il me sera d'autant plus favorable quiUviendra plus tard. Surtout je voudrois qu'il vous plût prendre la peine d'examiner ma Géomé-
' • Cctu lettre ni ds 3/1. DeicÉrlei à an jéanjtc; elle n'eil pu lUlée. > Je l* date en loni 1637. Voyez^cD lei nûoni diiu le nanTein cihier. a ' - Cotii-dire n Méthode. Voyez U mile de I3 lettre. •
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LETTRES. 3l~
trie : c'est une chose qui ne peut se faire que !a plume à la main , et suivant tous les calculs qui y sont , lesquels peuvent sembler d'abord difficiles, à cause qu'on n'y est pas accoutumé ; mais il ne faut que peu de jours pour cela , et si vous passez du premier livre au troisième , avant que de lire le second, vous y trouverez plus de facilité que peut-être vous ne croyez. Si j'avois des ailes pour voler comme Dédale , je voudrois m'aller rendre pour huit jours auprès de vous, afin de vous en faciliter l'entrée; mais vous vous la pourrez assez ouvrir de vous-même, et je me promets que vous ne plaindrez point par après le temps que vous y aurez employé. C'est uii traité que je n'ai quasi composé que pendant qu'on imprimoit mes Météores, et même j'en ai inventé une partie pendant ce temps-là ; mais je n'ai pas laissé de m'y sati.sfaire, autant ou plus que je ne me satisfais d'ordinaire de ce que j'écris. Mon neveu est heureux de vous avoir pour maître , et je suis , etc.
■ b.Gooiîlc
(Lettre ^7 du tome III.)
J'ai eu beaucoupde joie et d'admiration de voir la belle règle que vous avez trouvée potir résoudre les problèmes solides avec l'hyperbole ; je ne crois pas qu'il soit possible d'en trouver aucune plus courte ni plus belle que celle-là. Mais je n'ai pas eu moins de honte des compliments trop extraordinaires et des termes trop excédants en courtoisie dont vous avez usé en mon endroit; obligez-moi de me traiter plus humainement une autre fois, et en sorte que je puisse croire que ce soit à moi que vous écrivez , c'est-à-dii'e à une personne qui ne reconnoît en soi aucune qualité extraordinaire , ni qui mérite lemoiudre des titres que vous lui donnez , mais qui seroit bien aise de vous rendre service , et qui pour vous montrer un exemple de naïveté vous dira ici tout simplernent ce qu'il juge de ce que vous lui avez envoyé. La
• Poml ditée. Je la joint i lu prccMante , ti caote ia nijct.
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lettaes. 5ig
règle de l'hyperbole ne saurait être mieux qu'elle est, et je vois en tout le reste que vous êtes sans comparaison plus avancé que je n'aurois cru. J'approuve bien aussi que vous vous portiez à cberr cher les choses plus difficiles , comme de résoudre en nombre les équations de sis dimensions, et en lignes celles de huit; mais, à cause qu'il s'y trouvera peut-être plus de difficultés que vous n'en avez prévu , je crois qu'il y &ut venir par d^rés, et que voqs pourriez auparavant feire des règles pour résoudre les problèmes solides , avec telle section conique donnée qu'on voudra , et aussi examiner le second livre de ma Géométrie, car vous y trouverez quelque chose dç la nature des lignes courbes ; et il &ut prendre garde aux solutions des problèmes, qu'on ne doit jamais y employer des lignes courbes d'un genre composé que lorsqu'il est impossible de faire ce qui est requis avec des lignes de plus simple genre. J'ai aussi remarqué beaucoup d'esprit en vos considératious touchant la bataille , nonobstant que ce soit une matière où l'expérience et la prudence naturelle avec la présence de l'esprit , que perdent ceux qui ont peur dans les occasions , servent plus que les pré^ ceptes : et enfin j'ai trouvé votre style latin si beau et si net , que je n'en aurois jamais attendu de tel d'un homme de votre profession; je vous conseille de continuer à cultiver cesb^les qualités, et si j'y
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030 LETTBKS.
puis contribuer en quoi que ce soit , vous me ferez faveur de m'employer. Je suis, etc.
A UN RÉVÉREND PÈRE JÉSUITE ■
{Lettre 78 du tome II.)
Mon révérend père,
Je juge bien que vous n'aurez pas retenu les noms de tous les disciples que vous aviez ily.a vingt-trois ou vingt-quatre ans , lorsque vous enseigniez la philosophie à La Flèche , et que je suis du nombre de ceux qui sont effacés de votre mémoire ; mais je n'ai pas cru pour cela devoir efîacer de la mienne les obligations que je vous ai , ni n'ai pas perdu te désir de les reconnoitre, bien que je n'aie aucune autre occasion de vous en rendre témoignage, sinon qu'ayant fait imprimer ces jours passés le volume que vous recevrez en cette lettre, je suis bien aise de vous l'offrir, comme un fruit qui vous appartient, et duquel vous avez jeté les premières semences enmon esprit, comme je dois aussi à ceux de votre ordre tout le peu de
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LETTRES. 3al
connoissance.quefat de bonnes lettres. Que sivous prenez la peine de lire ce livre , ou que vous le fassiez lire par ceux des vôtres qui eu auront le plus de loisir , et qu'y ayant remarqué les fautes , qui sans doute s'y trouveront en très grand nombre , vous me veuilliez faire la faveur de m'en avertir , et ainsi de continuer encore de m'enseigner, je vous en aurai une très grande obligation , et ferai tout le mieux qui me sera possible pour les corriger suivant vos bonnes instructions. Cependant je prie Dieu qu'il vous conserve , et je serai toute ma vie , etc.