‹ OEuvres de Descartes, publiées (volume 3)Chapitre 8 sur 24 · I.EITSES. I I · texte numérisé non relu

I.EITSES. I I

pour cela de le tenir secret; au contraire, je vous convie tle le dire aussi souvent que roccasion s'en présentera , pourvu que ce soit sans me nommer : car je serai bien aise de savoir les objections qu'on pvirra faire contre, et aussi que le monde s'accoutume à entendre parler de- Dieu plus digne^ ment , ce me semble , que n'en parle le vulgaire , \ qui l'imagine presque toujours ainsi qu'une chose ' finie. ,

Mais à propos de l'infini , vous m'en proposiez une question en votre lettre du i4 mars, qui est tout ce que j'y trouve de plus qu'en la dernière. Vous disiez que s'il y avoit une ligne infinie , elle auroit un nombre infini de pieds et de toises , et par conséquent que le nombre infini des pieds seroit six. fois plus grand que le nombre des toises. Concéda toium. Donc ce dernier n'est pas infini. Nego consequentiàm. Mais un infini ne peut être plus grand que l'autre ; pourquoi non? quid absurdi , principalement s'il est seulement plus grand in ratione finita , ut hic ubi multipUcatio per sex ett ratio finita , qucB nihil attinet ad infinitum ? et , de plus, quelle raison avons-nous de juger si un infini peut être plus grand que l'autre ou non, vu qu'il cesseroît d'être infini si nous le pouvions comprendre? Conservez - moi l'honneur de vos bonnes grâces. Je suis , etc.

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AO R. P. MERSENNE

(Lettre iio du tome n.) *

a5 (erricr i63<i '.

Mon hévéhehd père,

"Vous m'interrogez comme si je devois tout savoir, et semblez avoir oublié ce que vous m'avez promis en l'une de vos dernières , sur ce que je m'excusois de répondre à vos questions , à savoir que vous vous contenteriez de ce qui me viendroit sous la plume , sans m'obliger à y penser plus curieusement. Ce n'est pas toutefois que je n'y pensasse très volontiers , si j'espérois en pouvoir venir à bout ; mais la plupart de ce que vous me proposez en votre dernière me semble tout-à-fait impossible. Comme , premièrement, de déterminer à quelle distance un son peut être entendu ; car cela ne suit pas les proportions de musique", mais il dépend de quatre ou cinq choses différentes , lesquelles étant toutes supposées, il ne reste plus rien à déterminer pour la raison. Secondement,

' - J'ai la lettre écrite.» — B««DCOi^ de variantei, dont je donoelea

plm imporlanl».

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LKTTRES. 11^ ,

c'est tout de même de vouloir déterminer combien le sifflement d'im boulet de canon ou d'une corde, porté par l'air , sera grave ou aigu ; de quoi véritablement il est impossible d'avoir autre chose que des imaginations?, et je suis bien aise de ne rien écrire que je ne sache. Pour ce que j'avois écrit que le ton ne se peut juger que la corde n'ait fait au moins deux retours , le sifflement d'un boulet n'y répugne point ; car , si Vous vous en souvenez , j'avois déjà dit en quelques autres de mes lettres % qu'il n'est pas nécessaire que ces retours se fassent au corps d'où procède le son, mais seulemoiten l'air qui frappe l'oreille ; ainsi je dis que le son d'un boulet ou d'une flûte ne peut être jugé qu'il n'ait frappé au moins deux fois roreille. Troisièmasaent , pour le rejaillissement des ballons, je n'ai pas dit * que toute la cause en devoit être attribuée à un repoussement de l'air ^ mais aussi à la eonti- Quation du mouvement, c'est-à-dire que ex eo ^ quod una ret cœpit moveri j ideo pergtt moveri , quantum * pote$t ,■ et w non panit recta pergers , potius m contrarias partes refieetitur *. 11 faut aussi

■ De quoi jt ne taitrois avoir que Jejoibles conjecmrti. ' « T07C1U Icnn loSde t» Tolnine, page 491. Voyti bumÎ le Jer- ' nin' Biticlc de la Ultre io3 dece ïolgme, page ^•}t.■• ' » Voyeiln leltfe loS de ce volomc. ■ 4 «f hoc ipso.

< quiandiii.

■^T.pctimrqu^quU.C<.t.

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pourtant remarquer que, comme l'air enfumé dans un ballon sert de ressort pour aider à le repousser, aussi lait la matière de presque tous les autres corps, tant de ceux qui rebondissent que de ceux qui les font rebondir, comme les nerfe d'une raquette , la muraille d'un jeu de paume , la dureté de la balle, etc. ', et je n'en sache point d'autre que ces deux raisons.

IV. J'ai dit ' que l'imagination n'étoU pas assez prompte pourjuger de la proportion des intervalles qui naissent de la troisième et quatrième bissection, où quand je dis juger, c'est-à-dire le comprendre si facilement, qu'elle en reçoive du plaisir ; en cette façon , je n'avoue pas qu'elle puisse juger ,du ton ni de la septième ou du triton, comme yous dites : au reste , tous ces intervalles naissent immédiatement de la troisième bissectioo , en sorte que s'il en falloit recevoir quelque autre après ceux qui sont, déjà reçus , ce seroit ceux-ci immédiatement, et on n'en sauroit recevoir un qu'on ne reçût tous les autres ; ce qui montre assez clairement, ce me semble, pourquoi on n'en reçoit aucun d'eux.

V. Ce que vous voyez sortir par le trou d'une éolipyle est semblable à ce que vous voyez aux

' Pour l'air gai suit ce qui précède, c'en une imaginatioit de l'école , qui, à mon sent, n'y fait rien du tout. • « \irjtt la lellre 104 de oe Tolmnc. •■

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Yapeura que la chaleur élève dessus l'eau. Pour le vent, ce n'est autre chose que l'air ou cette vapeur émue; et quand votre expérience eût réussi , vous n'auriez pas encore la proportion de l'afr à l'eau , car le vent peut être quelquefois d'un air fort épais , et quelquefois d'un plus rare.

Pour ce qui Ëiit que l'air renfermé dans un canon peut résister à la force de plusieurs hommes , ce n'est pas à cause qu'il est plus dense que l'eau ,maîs pourcequ'îl est composé de parties qui ne peuvent sortir de là , et par conséquent il ne se peut condenser davantage; car il est certain que lorsque quelque chose se condense il en sort quelques parties , et les plus grossières demeurent : comme si vous pressez une éponge pleine d'eau, l'eau en sortira ; que si vous enfermiez de l'air, le plus rare que vous puissiez imaginer , dans une vessie ou chose semblable , mais en laquelle vous supposiez qu'il n'y ait point de pores par où les plus subtiles parties de l'air puissent passer , je dis que toutes les forces du monde ne pourront condenser cet air en aucune façon. Mais il faut que vous sachiez qu'il y a des parties et dans l'air et dans les autres corps qui peuvent pénétrer par les pores qui sont et dans l'or et dans les diamants, et dans toutautre corps , quelque solide qu'il puisse être. Au reste ', je n'écris pas volontiers ces choses, pourcequ'elles

' Ceci la'tH échappé, et je a' ieri$...

D,9,-.«ibyGo(.)gIe —

I l6 LETTRES.

semblent paradoxes , et je n'en saurois mettre les raisons dans une lettre, encore que je les pense savoir par démonstration.

VI. Pom? les miroirs , je n'y sais rien que ce que vous savez mieux que moi , ce qui est cause que je n'y avois pas répondu à l'autre fois ; car vous savez bien qu'un miroir concave fait paroitre l'image hors de lui , et que pourvu que l'objet soit en lieu illuminé , encore que le miroir soit en lieu fort obscur et où" il ne puisse être vu , il ne le représentera pas moins ; et enfin que l'oeil peut voir l'image sans voir l'objet : comme le miroir b peut étF^ en un lieu obscur ^ l'œil d, l'image e, et l'ob jet a , en lieu clair dehors la chambre , et duquel les rayons passant par ' c donnent en b. Pour la figure du miroir , elle varie en une infinité de façons, sdon la situation du lieu où l'on veut s'en servir; mais je n'en ai jamais calculé aucune d^nîtivement. Au reste , je ne tiens ptùnt ceci pour secret , mais pourtant je ne serois pas bien-aise qu'il^fât imprimé pour certaine raison, et je n'en parlerai point du tout en mon Traité.

Je vous remercie ' de vos observations des mé-

■ ... un petit trou en c tombent d^ini le miroir, leijaelt n'illuminerom pas le miroir pour cela , li tout ett tien diipeté , mail leur himièrt nv lerrira qat pour faire voir Fobjet en e.

^ jM^Jiea de. Je vom remercie, yiatp^ï Tarooe qu'une : Pour ce que -voiu proposez en tout le reste de votre lettre, si vous prenez la peine de relire ma précédente, il me semble qu« fy aroit r^andu.

■ b.Gooiîlc

taux ; mais je n'en saurais tirer aucun fondement , ^non qu'il est impossible de faire des expériences exactes en semblable chose : car si vos cloches étaient toutes de même grosseur , elles devraient toutes donner même différence de l'air à l'eau, et toutefois je n'en trouve point deux qui s'awwrdent. De plus, TOUS faites l'or plus l^er que le plond> , et je trouve évidemment le contraire ; vous &ites l'argent pur aussi pesant en l'eau qu'en l'air , et l'airain^ plus pesant , ce que je crois plutôt être li^ iu» catami que fautes à l'expérience. J'avoue qu'iuie cloche ne peut sonner sans changer de place, et ce n'est pas la collision du marteau prœcm qui fait le son; que si on entend plusieurs sons ensemble, c'est qu'une partie de la cloche ou de la corde se remue autrement que l'autre , etc. , mais non pas qu'une corde soit moins tendue au milieu qu'aux extrémités , et le contraire est très certain ; mais ce qui la Êiît sembler plus lâche en la touchant du doigt , c'est que ', lorsque vous la touchez au mi-

au moiai aattatt quej'ea mis capaile ; car pour lei miroiri à irtUar, oit fera eacon moini avec daaz paraboliqaes qu'arec ub leui fait parla maia £un ange , comrne /« ttitois. . .

' Aa bm de , gae lorique , jagqn'l l'dinéB , Pour la ciMronnri : Ceit qu'encore qae tcutei les parties cèdent paiement en l'âne qu'en l'antre fifou, toatefoii le doigt a bien plus d'espace à aller au milScu qu'il n'a pas tiers les Souti. Car, posons que toute la corde ABt touchée en Cjusques A E* toutes ses parties s'alongeat d'une ligne, en sorte que la corde ATH toit plus langue itune ligne que AB; après^ toachons'la en D fusqaes à ce qu'elle toit aussi alongée d'une

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1l8 LETTRES.

lieu , toutes les parties cèdent chacune paiement, et si vous la touchez au bout , il n'y a pas tant de parties qui puissent céder; touchez-la en c , chaque partie cédant également , elle ira jusques à e ; touchez-la après en d de même force, elle n'ira qu'à f un peu plus , pourceque de l'autre côté les parties entre a et f céderont un peu plus que celles d'entre f et b.

Pour les couronnes , ce que voit votre garçon , et que je m'assure vous aurez vu depuis , est tout ce que je vouloîs dire; car ce qui! nomme cinq chandelles au lieu d'une , c'est seulement une chandelle , et les quatre autres sont des parties de couronnes qui paroissent entières, si le tissu de la plume étoit disposé en rond, au lieu qu'il est disposé en long ; dans un cheveu vous en verrez en-

ligne, à lavoir JŒR, la géométrie nom niontre que CE, eiC beaucoup plut grandqae DF, ce jai rend la corde plus molle an toucher; cl on y peut encore ajouter une autre raison, mais celle-ci Jiiffira. fous m'éioanetde dire gue iaon docteur ail donné les thisesàM. GasseaM: je n'eusse pas cru qu'il les eût gardées si long-ttmpi ; et c'est bien à dire qu'il n'a rien fait depuis qm soit meilleur. Jevous remercie de vos oiserrarions des métaujc, mais je n'en saarois tirer aucune conséquence , sinon qu'il est erit malaise de faire des expériences exactes en choies semblablei. Car ù vos cloches étaient loales de même grosseur, elles devroitnt donner même différence de l'air à l'eau, et toufe/olt je n'en trouve point deux qui s'accordent. De plus , vous fiâtes l'or plus léger que le plomb , et je trouve évidemment le contraires vous fiâtes l'argent pur aussi pesant en Fcaa qu'eu Pair, et l'airain plus pesant, ce qui est impoisïMe : mais c'est peni-êire nu lapsns cnlami. Pour les couronnes...

LETTRES. ilQ

core moins , aussi le sujet n'est-il pas grand. Mais c'étoit seulement pour vous dire que ces couleurs sont plus vives et plus distinctes que celles dont vous parliez*.

Vous ' ne me dites pas de quel côté sont les pôles de cette bande où se remarquent les taches du soleil , encore que je ne doute point qu'ils ne correspondent aucunement à ceux du monde , et leur écliptique à la nôtre.

Pour les problèmes de M. Mydorge , je vous en envoie la solution , que j'ai séparée de cette lettre, afin que vous la puissiez montrer comme elle est; mais je voudrois bien que vous voulussiez prendre la peine de lui demander auparavant s'il creit'que je ne le puisse résoudre , et s'il témoigne en douter , ou qu'il dise que non , alors je serai bien aise que vous lui montriez ce billet comme l'ayant reçu de ce quartier dans la lettre de quelqu'un de vos amis, et que vous jugez qu'il est de mon écriture; car je ne me soucie pas tant qu'on soupçonne où je suis , pourvti qu'on ne saclie point l'endroit assurément ; et peut-être dans un mois ou deux

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quitterai-je tout-à-Éiit ce p^ys. Mais ai M. Mydorge témoigne qu'il ne doute point que je ne puisse réy soudre ses problèmes , je vous prie de ne lui point montrer ce que j'en ai écrit , ni à aucun autre.

I. Des enfants', étant nourris ensemble, n'apprendront point à parler tout seuls , sinon peutêtre quelques mots qu'ils inveuterqpt , mais qui ne seront ni meilleurs ni plus propres que les nôtres; au contraire , les nôtres ayant été ainsi inventés au commencement , ont été depuis et sont tous les jours corrigés et adoucis par l'usage , qui fidt plus en semblables choses que ne saurmt faire Tentendement d'un bon esprit. 3. Ce qui &it que vous voyez deux chandelles étant couché , c'est que les axes visuels ne s'assemblent pas où est la chandelle; si vous en voyez davantage, c'est éblouissement de la vue. 5. Je vous avois déjà écrit ' que c'est ^utre chose de dire qu'une consonnance est plus douce qu'une autre j et autre chose de dire qu'elle est plus agréable. Car tout le monde sait que le miel est plus doux que les olives , et toutefois force gens aimeront mieux manger des olives que du miel : ainsi tout le monde sait que la quinte est plus douce que la quarte , œlle-ci que la tierce majeure , et la tierce majeure que la mineure ; et toutefois il y a des endroits où la tierce mineure plaira plus que la quinte , même où une disso-

■ " Voyez la lellrc 66 de ce volnmr. ~

=flbyG00gle

LETTRES. lal

Dance se. trouvera pins agréable qu'une consonoance. 4- ^^ "^ conoois point de qualités aux con- Bonnances qui répondent aux passions. 5. Vous m'empêchez autant de me demander de combien une consonnanoe est plus agréable qu'une ai^e, que si tous me demandi^ de combien les fruits me sont plus agréables à manger que les poissons. 6. Pour les compositions des raisons, nommez-les comme il tous plaira , mais tous T07» dairement sur Totre monocorde comment ime 1 majeure se peut diviser en une 8 et une tierce majeure. Pour les neiges, il a un peu neigé ici au même temps que vous marquez , et fait un peu froid quatre ou cinq jours, mais non pas beaucoup; maïs tout le reste de cet hiver il a lait si chaud en ce pays , qu'on n'y a vu ni glace ni neige, et j'avoîs déjà pensé vous l'écrire, pour me plaindre de ce que je n'y avois su faire aucune remarque touchant mes Météores. Au reste, si M. Gassendi a quelques autres remarques touchant la neige que ce que j'ai vu dans Kepler et remarqué encore cet hiver', de nive sexangata et grandine aeeumivata, je serai bien aise de l'apprendrej car je veux expliquer les météores le plus exactement que je pourrai. Je TOUS prie de me conserver en vos bonnes grâces-

■ En mirge , poia efbcé ;

« s'il n'i bit qn'nDG seule observation de nirc lexangnla , cet eadtoil > est de i63i. Voyez le i" vol. de m Lettres, pige loo. •

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133 LEXXAES.

J'ai répondu à vos précédeotes dès le jour même que je les ai reçues ; mais vous ne pouviez pas encore avoir ma lettre lorsque vous avez écrit vos dernières ; car il faut toujours da moins trois semâmes pour avoir réponse , et le messager n'arrive ici que le samedi au soir ou le dimanche, selon le vent , et s'en retourne le lundi au soir , et quelquefois, aux voyages que je n'attends point de vos lettres , il est prêt de s'en retourner avant qu'on me les apporte.

Au reste, vous ne m'étonnez pas moins de me mander que le bon M. N. ' se dispose maintenant pour venir ici , que de ce qu'il a quitté l'instrument de M. N. * sans l'achever, car il ne m'en a rien maadé, et il y a cinq ou six mois que je n'ai reçu de ses nouvelles; et même après lui avoir écrit deux grandes lettres, qui sembloient plutôt à des volumes, où j'avois tâché de lui expliquer la plus grande partie de ce que j'ai pensé touchant la construction des lunettes, il ne m'a pas fait de réponse , et n'aurojs point su qu'il les eût reçues , sinon qu'il y en avoit pour vous au même paquet qui vous ont été rendues , ce qui me ùisoit plutôt juger qu'il étoit occupé à d'autres choses , que non pas qu'il pensât à venir ici , vu principalement que l'année passée, lorsque je l'y avois convié, il m'en avoit ôté toute espérance. Alors

■ . Ferrier ■ . Motin. ■■

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j'étcMS il Franeker, logé dans nu petit cMteau qui est i' séparé avec un fossé du reste de la ville , où l'on ! disoit' la messe en sûreté ; et s'il fût venu , je voulois ' acheter des meubles et prendre une partie du logis pour faire notre ménage à part. J'avois déjà fait provision d'un garçon qui sût faire ib- cuisine à la mode' dé France , et me résolvois de n en changer de trois ans, et pendant ce temps-là qu'il auroit tout loisir d'exécuter le dessein des verres, et de s'y styler, en sorte qu'il en pourroit par après tirer de l'honneur et du profit. Mais sitôt que je sus qu'il ne venoit point, je disposai mes afiaires en autre sorte, et maintenant je me prépare pour ' passer en Angleterre dans cinq ou six semaines , [ comme je pensois déjà vous avoir écrit; Au reste, quand bien même je demeurerois ici, je ne le pourrois pas avoir sans incommodité, et entre nous , quand bien . même je pofiriibis , ce que vous me mandez, qu'il n'a point achevé l'instrument de M. N. ' , m'en ôteroit l'envie ; car il me mandoit l'année passée que Monsieur , frère du roi , lui avoit commandé de l'achever, et qu'on lui avoit fait venir exprès tles étoffes d'Allemagne. Après cela , je ne vois pas quelle excuse il peut avoir ; et, si en trois ans tantôt qu'il est après il n'en a su venir à bout , je ne dois pas espérer qu'il exécute les veires pour lesquels il lui faudroitpré-

■ ■ Morin. '<

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134 tETTBEfi.

parer des machines que je tiens plus difficiles que cet instrument, et j'aurois grande honte si, après l'avcûr gardé deux ou trois ans , il ne venoif à bout de rien qui suipassât le commim ; oo m'en pourroit imputer la faute, ou pour le moins celle de l'avoir Ut venir ici pour néant II n'est point de besoin , s'il tous pkût , de lui parler dé ceci , ni même que je ne suis plus en dessein de le receveur , sinon que vous vissiez tout à bon qu'il s'y pr^tar&t, auquel cas vous lui dù^z, s'il vous plaît, que je vous ai mandé-que je m'en allois hors de ce pays , et que peut-être il ne m'y trouveroit plus : que s'il pensoit venir, encore que je n'y fusse pas , pensant y être mieux qu'à Paris ( car ceux • qui n'ontpas verrage ont quelquefois dételles iraaj ginations ), vous le pourrez assurer qu'il y fait plus / cher vivre qu'à Paris , et qu'il trouvwtMt ici moins ! de personnes curieuses des choses qu'il peut &ire qu'il n'y en a en la plus petite ville de France. Ce qui &it que je vous prie de ne lui point dire mon intention là-dessus, si cela ne lui est nécessaire, c'est que je ne crois pas , vu ce qu'il m'avoit mandé auparavûit touchant l'état de ses aiËtires, qu'il pût venir, encore même que je ne l'en priasse, et crois assurément que ce qu'il en dit n'est que , par je ne sais quelle humeur, potir s'excuser soi-même de ce qu'il ne fait pas autre chose ; mais s'il savoit que je ne fusse plus en volonté de l'avoir avec '

-ii,Gi:H)(^Ie

LETTHBS. là5

moi , peut-être que ce swoit alors qu'il le désireroit le plus , et qu'il diroit qu'il s'y seroït attendu, et que je lui aurois fait perdre beaucoup d'autres bonnes occasions. Car il yen a qui' sont de tejle bumeur , qu'ib ne désirent les choses que lorsque le temps en est passé , et qui inventent des sujets pour se plaindre de leurs amis, pensant ainsi excuser leur mauvaise fortune. Ce n'est pas que je ne l'aime , et que je ne le tienne pour un homme tout plein d'honneur et de bonté ; mais pourceqne je ne connois que deux personnes avec qui il ait jamais eu quelque chose k démêler , qui sont M. M. et M. M. , ' et qu'il se plaint de tous les deux , je ne saurois que je ne juge qu'il tient quelque chose de cette bumeur, ou il faut dire qu'il est bien malheureux. En6n , s'il est vrai qu'il ait fait son compte de venir ici , je dois juger par là qu'il met fort mauvais ordre à ses affaires, vu qu'il ne m'en a rien mandé du tout , et qu'il a été si long-temps sans m'écrire , encore qu'il eût reçu des lettres auxquelles tout autre que moi auroit trouvé mauvais de ce qu'il n'a point fait de réponse ; car, outre que je lui exptiquois beaucoup de choses qu'il avoit désirées , je le priois de m'écrire tout plein de petites particularités , à quoi , ce me semble, au moins il devoit répondre. Je me souviens seulement de deux , qui sont de

< " Mydorge et Horio. •■

■ b.Gooiîlc

ia6 LETTRES.

me mander si M. de Balzac ou M. Seillon seroieot cet hiver à Paris : j'ai cru cela trop peu de chose pour vous donner la peine de me l'écrire ; mais, si vous le savez, je serai bien aise de l'apprendre. Après tout, je plains fort M. N. ' etvoudrois bien pouvoir, sans trop d'incommodité, soulager sa mauvaise fortune ; car il la mérite meilleure, et je ne comtois en lui de défaut, sinon qu'il ne fait jamais son compte sur le pied des choses présentes , mais seulement de celles qu'il espère ou qui sont passées , et qu'il a une certaine irrésolution qui l'empêche d'exécuter ce qu'il entreprend. Je lui ai rebattu presque la même chose en toutes les lettres que je lui ai écrites ; mais vous avez plus de prudence que moi pour savoir ce qu'il dut dire et conseiller.

Pour votre question , savoir si on peut établir la raison du beau, c'est tout de même que ce que vous me demandiez auparavant, pourquoi im son est plus agréable que l'autre, sinon que le mot de beau semble plus particulièrement se rapporter au sens de ta vue ; maisgénéral^nent ni le beau ni l'agréable ne signifient rien qu'un rapport de notre jugementàl'objet, et pourceque les jugementsdes hommes sont si 4ifïerents , on ne peut dire que le beau ni l'agréable aient aucune mesure déterminée , et je ne le saurois mieux expliquer que j'ai

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LETTBES. 137

&it autrefois en ma musique. Je mettrai ici tes mêmes mots, pourceque j'ai le livre entre mes mains. Inter objecta sentus , illud non animo gratisiimum e$t quod faciUime tensu percipitur , netfue eliam quod diffUillime, sed quod non tamfadle^ ut naturale deiiderium , quo geium feruntur in objecta plane non impleat , neqae etiam tamdifficuller ul sen$um fatiget : entre les objets des sens , ceux-là ne sont point agréables que le sens aperçoit trop facilement , ni ceux aussi qu'il aperçoit avec trop de difficulté , mais seulement ceux en qui la facilité laisse quelque chose à désirer au sens , en sorte qu'elle ne remplit pas entièrement ce désir naturel qui emporte les sens vers leurs objets , ou bien ceux en qui la difficulté d'être aperçus n'est pas telle qu'elle lasse et fatigue le sens au lieu de le récréer. J'expliquoisW quod facile vel difficulter sensu percipitur , ce qui peut être aperçu facilement ou di££cilement par les sens ; comme, par exemple, les compartiments d'un parterre qui ne consisteront qu'en uue ou deux sortes de figures arrangées toujours de même façon se comprendront bien plus aisément que s'il y en avoit dix oudouzeet arrangées diversement: mais ce n'est pas à dire qu'on puisse nommer absolument l'un plus beau que l'autre ; mais, selon la fantaisie des uns , celui de trois sortes de figures sera le plus beau , selon celle des autres celui de quatre

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laS LKTTRKS.

V ou de cinq , etc. Mais ce qui plaira à plus de gens pourra être nommé simplement le pliis beau , ce

< qui ne saurmt être déterminé. Secondement , la même chose qui fait envie de danser à qudqnes uns , peut donner envie de pleurer aux autres ; car cela ne vient que de ce que les idées qui sont en notre mémcnre sont excitées. Comme ceux qui ont pris autrefois plaisir à danser lorsqu'on jouoit un certain air, »tôt qu'ils en entendent de semblable, t'envie de danser leur revient; au contraire, si quelqu'un n'avoit jamais ouï jouer des gaillardes qu'au même temps il ne lui lut arrivé quelque afflictfon, il s'attristeroit infailliblement lorsqu'il en oulroit une autre fois. Ce qui est si certain , que je juge que si on avoitbien fouetté un cbiencinq ou six fois au son du violon , sitôt qu'il ouïroit une autre fois cette musique , il commencerait à crier et à s'enfuir.

Le son des flûtes s'engendre et se modifie en telle sorte : soit la flûte ABCD, le souffle qui est passé par À étant arrivé à B , se divise, et une partie sort par le trou B, l'autre passe tout le long de la flûte jusqu'à D. Or il faut remarquer que le vent qui sui: par B se dissipe aisément en l'air libre , mais celui qui veut passer par [e long du tuyau , lorsqu'il est encore en B , ne sauroit aller plus outre qu'il ne chasse l'air qui lui est tout proche, et que celui-ci ne pousse au même instant

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le suivant , et ainsi jusqu'à D; et c'est ce qui fait que le son se fprmc en niènie temps en toute la concavité de la flûte, comnie je tâcherai d'expliquer plus distinctement en mon Traité. C'est aussi cela même qui le modifie ; car plus la flûte est longue et plus l'air qui est compris en icelle résiste au vent qui sort de la boudbe, et parj;onBéquent est chassé plus lentement , d'où vient «Jue le son est plus grave. Or ceci se fait en petites secousses , lesquelles correspondent aux tours et retours des cordes. Je n'ai plus rien à dire , sinon que , si par ■ hasard vous rencontrez qudqu'un qui parle de moi , et qui se souvienne encore que je suis au iponde, je serai bien aise de savoir ce qu'on en dit, et ce qu'on pense que je fasse et où je suis , etc.

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AU R. P. MERSENNE'

(Lettre 112 du (ome 1.) Mon BÉViHESO PÈRE ,

Je vous remercie de l'observation de la couronne qui a été faite par M. Gassendi. Pour le méchant livre , je ne vous prie plus de me l'envoyer , car je me suis maintenant proposé d'autres occupations, et je 'crois qu'il seroit trop tard pour exécuter le dessein qui m'avoit obligé de vous mander à l'autre voyage que , si c'étoit un livre bien lait , et qu'il tombât entre mes mains, je tâcherols d'y faire sur-le-champ quelque réponse ; c'est que je pensois qu'encore qu'il n'y eût que trente-cinq exemplaires de ce livre, toutefois s'il étoit bien feit, qu'on en feroit une seconde impressîon, et qu'il auroît grand cours entre les curieux, quelques défenses qui en pussent être faites. Or je m'étois imaginé un remède pour «npêcher cela, qtji me

I ■ Cette lettre, jiwia'an troisième alinéa , eat de M. Deuartes , écrite » an P. Henéone. Je la dMe dn 10 mai i63o , d'Amsterdam, Vojti la

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sembloit plus ibrt que toutes les défenses de la justice, qui étoit, avant qu'il se fît une aulï« impression de ce livre en cachette , d'en faire faire une avec permission, et ajouter après chaque période, ou chaque chapitre, des raisons qui prouvassent tout le contraire des siennes, et qui en découvrissent les feussetés. Car je pensois que, s'il se Tendoit ainsi tout entier publiquçment avec sa réponse, on ne daigneroit pas le vebdre en cachette sans réponse , et ainsi que personne n'en appreadroit la fausse doctrine qui n'en fut désabusé au même temps ; au lieu que les réponses séparées qu'on lait à semblables livres sont d'ordinaire de peu de fruit, pourceque chacup ne lisant que les livres qui plaisent à son humeur, ce ne sont pas tes mêmes qui ont lu les* mauvais livres qui s'amusent à examiner lesréponses. Vous me direz, je m'assure, que c'est k savoir si j'eusse pu répondre aux raisons de cet auteur ; à quoi je n'ai rienàdire, sinon que j'y eusse au moins fait tout mon possible, et qu'ayant plusieurs raisons qui me persuadent et qui m'assurent le contraire de ce que vous m'avez mandéétreencelivre,j'osoisespér^qu'elles le pourroieut aussi persuader à quelques autres , et que la vérité expliquée par un esprit médiocre devoit être plus forte que le mensonge , fù t-il* maintenu par les plus habiles gens qui fussent au monde. Pour les vérités étemelles, je dis derechef que

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l32 LETTRKS,

sunt verte aut pas$ibile»t quia Detu illat verat aut poêtibites eognosett , non autem contrat verai a Deo eoenoseit qaasi independénter ab iUo tint vvrœ. Et si les hommes èntendoient bien le sens de leurs paroles, ils ne pourroient jamais dire sans blasphème que la vérité de quelque chose précède la connoiâsance que Dieu en a, car en Dieu ce n*est qu*un de vouloir ,et de connoître ; de sorte que ex hoc ipto quod atiquid vêtit, ideo eognotcitt et idéo tantum talis ret ett vera. Il ne faut donc pas dire que Jii Deut non etset, nihilominut istœ verîtatet estent verœ, car l'existence dé Dieii est la première et la plus étemelle de toutes les vérités qui peuvent être , et la seule d*gù procèdent toutes les autres. y Mais ce qui fait qu'il est aisé en ceci de se mépren- ; dre, c'est que la plupart tfes hommes ne considèrent ' pas Dieu comme un être infini et incompréhensible^ et qui est le seul auteur duquel toutes choses dépendent, mais ils s'arrêtent aux syllabes de son ■' nom i et pensent que c'est assez le connoître si on sait que Dieu veut dire le même que ce qui s'appelle Deut en latin, et qui est adoré par les hommes. Ceux qui n'ont point de plus hautes pensées que cela peuvent aisément devenir athées ^ et pourcequ'ils comprennent parfaitement les vérités mathématiques, et non pas celle de l'existence de Dieu , ce n'est pas merveille s'ils ne croient pas qu'elles en dépendent. Mais ils devroient juger, au contraire,

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LETTBE5. 1 33

que puisque Dieu est une cause dont la puissance surpasse les bornes de l'entendenient humain , et que la nécessité de cei'vérités n'excède point notre connoissance , qu'elles sont quelque chose de moindre, et de sujet k cette puissance incompréhensible. Ce que vous dites de la production du Ferhe ne répugna poitd, ce me semble, à ce que jedis; mais je ne yeus pas me mêler de la -théologie, j'ai peur même que vous ne jugiez que ma philosophie s'émancipe trop d'oser dire son avis touchant ^s matières si'relevées'.

Pour le libre arbitre ', je suis entièrement d'accord avec le R. P. Et, pour expliquer encore plus nettement mon opinion , je désire premièrement que l'on remarque que ■ ^indifférence me semble signifier proprement cet état dans lequel la volonté se trouve lorsqu'elle n'est point portée, par la connoissance de ce qui est vrai, ou de ce qui est bon, à suivre un parti plutôt que l'autre ; et c'est en ce sens que je l'ai prise , quand j'ai dit que le plus

■ - Je mit, «le. Ici finil la lettre. <

■ <■ Duis les mannurita de M. de ii Hire fil trouvé cet alinéa jnaqn'aii uïnivanl, écrit eri latin , ibrt ratorê et griffonnr. 11 est asscE diflicile de » délemûner qnand cet endroit a été écrit) néamuoini , comme M. De«- «cartel «il< l'article 14 delà quatrième méditation > on peot conjecturer

• qaecel article aéiéécritdepuii 1640. C'cMaa article qu'jl faudra rejeter

• qa'i cmse de la matière dont ellei traitent, fo/ei la page rri de ce

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l34 LETTRES.

M b^ degré de la liberté consistât à se pouvoir déf terminer au:t choses auxquelles nous sommes "* tout-à-&it indifiérents. Rfcj'-Kpeut-Are que par ce mot A'indifférence il y en a d'autre» qui entendent cette ^tulté positive que nous avons de nous déteraiîner i l'un on à l'antre de deux contraires , c'est-à-tlire à poursuivre ou à fuir, à affirmer ou à nier une ménSe chose. Sur quoi j'ai à dire que j« n'ai jamais nié que cette faculté positive se trouvât en la volonté; tant s'en &ut; j'estiriie qu'elles'y rencontre non seulement toutes les fois qu'elle se détermine à ces sortes d'actions où elle n'est point emportée par le poids d'aucune raison vers un côté plutôt que vers un autre , mais même qu'elle se trouvfe mêlée dans toutes ses autres actions, en sorte qu'elle ne se détermine jamais qu'elle ne la mette en usage; jusque là que \ors même qu'une raison fort évidente nous porte à une chose, quoique moralement parlant il soit difficile que nous puissions faire le contraire, parlant néanmoins absolument nous le pouvons : car il nous est toujours libre de nous empêcher de poursuivre un bien qui nous est clairement connu , ou d'admettre une vérité évidente, pourvu seulement que nous pensions que c'est un bien de témoigna par là la liberté de notre franc-arbitre. De plus , il faut remarquer que la liberté peut être considérée dans les actions de la volonté , .ou avant qu'elles

soient exercées, ou au moment même qu'on les exerce. Or il est certain qu'étant considérée dans les actions de la volonté avant qu'elles soient exercées , elle emporte avec soi Vindifférenee prise dans le second sens que je la vieqs d'expliquer y et non point dans le premier. G'est-à-dire qu'avant que notre' volonté se soit déterminée elle est toujours libre, ou a la puissance de choisir l'un ou l'autre de deux- contrak-es : mais elle n'est pas toujoius . indifïërente ; au contraire, nous ne délibérons jamais qu'à dessein de nous ôter de cet état où nous ne savons quel parti prendre , ou pour nous empêcher d'y tomber. £t bien qu'en proposant notre propre jugement aux commandements des autres nous ayons coutume de dire que nous sommes plus libres àfaire.les choses dont il ne nous est rien commande, et où il nous est permis de^suivre notre fMvpre jugement , qu'à laire cell^ qui nous sont commandées ou défendues, toutefois , en opposant nos jugements on nos connoissasces les unes aux autres , nous ne pouvons pas ainsi dire que nous soyons plus libres àfaire les choses qui ne nous semblent ni bonnes ni mauvaises , ou daiK^ lesquelles nous voyons autant de mel que de.bien, qu'à Étire celles où nous apercevons beaucoup ^s de bien que de mal: car la grandeur de I9 liberté consistet ou dans la grande facilité que Fon aàsedéterminer,ou dans le grand usage de cette puissance' positive que

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l56 LETTRES.

nous avons de suivre le pire encore que nous connoissionsle meilleur. Or est-il que si nous embrassons les choses que notre raison nous persuade être boenes , noiu nous déterminons alors avec beaucoup de fecilité; que si nous faisons le contraire j itous faisons alors un plus grand usage de cette puissance positive; et ainsi nous pouvons toujours agir avec plus de liberté touchant les choses où nous voyons plus de bien que'de mal que touchant celles que nous appelons indifférentes. £t en ce sens-là aussi -, il est vrai' de dire que nous Élisons beaucoup moins librement les choses qui Doùs sont commandées , et auxquelles ^ns cela nous ne nous porterions .jamais de nousmêmes , que nou& ne Élisons c^les qui ne nous sont point conuuandées : d'autant que le jugement qui nous fait croire que ces chosesflà sont difHciles s'oppose à celui qui nous dit qu'il est bon de faire ce qui nous est commandé ; lesquels deux jugements , d'autant plus également ils nous meuvent , et plus mettent-ils en nous de cette indifférence prise dans le sens que j'ai le premier expliqué , c'estf-à-dire qui met la volonté dans un état à ne savoir à quoi se déterminer. Maintenant la liberté étant considérée dans les actions de la volonté au moment même qu'elles sont exercées , alors elle ne .contient aucune indifférence, en quelque sens qu'on la veuille prendre , parceque

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LETTRES. ■ l37

ce qui se fait ne peut pas ne se point faire dan» lie temps mérae qu'il se fait ; mais elle consiste seulement dans If) facilité qu'on a d'opérer, laquelle, à mesure qu'elle croît , à mesure aussi la liberté augmente^ et alors faire /ifrremtfnf une chose, ou la faire volontiers > ou bien la faire volontairement, ne sont qu'une même chose. Et c'est en ce sens- y là que j'ai écrit que je me portois d'autant pkas '■■ librement à une chose que j'y étois poussé par plus { de raisons , parcequ'il est certain que notre to- { tonte se meut alors plus Ëtcilement et avec plus ' d'impétuosité '.

Je ' trouve que vous avez bien mauvaise opinion de moi , et que vous me jugez bien peu ferme et peu résolu en mes actions, de penser que je doive délibérer sur ce que vous me mandez de changer mon dessein , et de joindre mon premier discours à ma Physique , comme » je la devois donner au libraire dès aujourd'hui à lettre vue^ et je n'ai su m'empèdier de rire en lisant l'endroit où vous dites que j'oblige le monde à me'tuer , afin qu'on puisse voir plus tôt m^s écrits ; à quoi je n'ai autre chose à répondre, sînop qu'ils sont déjà en lieu

■ ■ Ici finit ce fngment. •

■ • Antre letUE. — La reite de cette lettic eat un fragment de U. Des- .• caries a Jreué an P. Ueneime, écrit qnelqne temps apiès l'impression -denaMélhode, c'est-à-dire vers jiullet on août de ifiSj. Voyei la page - 1 1 1 dn noiiïean cahier; royei aussi la page a6 d|i gros caliier. -

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l3â LBTTKZ3.

et en état que ceux qui m'auroient tué ne les pourraient jaioais avoir , et que si je ne meurs fort à lobir et fort satisiait des horanies qui vivent, ils ne se verront assurément de plus de cent ans après ma mort Je vous ai beaucoi^ d'obligation dés objections que vous m'écrivez, et je vous supplie de continuer à me mander toutes celles que vous oirez, etee en la façon la plus désavantageuse pour ^ moi qu'il se pourra ; ce sera le plus grand plaisir . que vous me puissiez faire : car je o'ai point coutume de me plaindre pendant qu'on panse mes blessures , et ceux qui me feront la faveiu* de m'instruire et qui m'enseigneront quelque chose, me trouveront toujours fort docile. Mais je n'ai su bien entendre ce que vous objectez touchant le titre; car je ne niets pas Traité de la méthode, mais Discours de la méthode , ce qui est le même que Préface ou Avis touchant la méthode , pour montrer que je n'ai pas dessein de l'enseigner , mus seulement d'en parler ; car, comme on peut vcm» de ce que j'en dis , elle consiste plus rai ■ pratique qu'en théorie: et je nomme lés traités suivants des essais de cette méthode , pouirceque je prétends que les choses qu'ils contiennent n'ont pu être trouvées sans elle-, et qu'on peut connoître par eux ce qu'elle vaut. Comme aussi j'ai inséré quelque chose de métaphysique , de ph)"sique et de médecine dans le premier discotu^, pour montrer qu'elle

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LETTRES. iSg

8'étend k toutes sortes de ntatières. Pour votre seconde objeetioD, à savoir que je n'ai pas expliqué assez au long d'où je conaois que Vâme est une substance distincte du corps , dont la nature n'est que de penser , qui est {a seule diose qui rend obscure la démonstration touchant l'existence de Dieti , j'avoue que ce que vous en écrivez est très vrai , et aussi, que ceta rrad ma démonstration touchant l'exislience de Dieu malaisée à entendre ; mais je ne pouvois mieux traiter cette mati^ qu'en expliquiAit amplement la fausseté ou l'incertitude qui se trouve en tous les jugements qui dépendent du sens ou de l'imagination > afin de montra* ensuite quels sont ceux qui ne dépendent que de l'entendement pur, et combien ils sont évidents et certains ; ce que j'ai omis tout à dessein et par con^dération , et prinapàlement à cause que j'ai écrit en tangue vulgaire , de peiù* que les esprits fraUes venant à embrasser d'abord avidem^it les doutes et scrupules qa'il m'eût £allu proposer ne pussent après compçendre en même feçon les raisons par lesquelles j'eusse tâché de les Mer, et ainsi que je les eusse engagés dans un mauvais pas , sans peut-être les en tirer. Maïs il y a environ huit ans quej'^ écrit en latin un commencement de métaphysique où cela est déduit assez au long ; et si l'on fait une version latine de ce livre , comme on s'y prépare , je l'y pourrai faire

i4o lettres:

mettre. Cependant je me p«rsvi)4e que oewt. qui, prendront bien garde à - mes raisons touchant l'racistence de Dieu les trouveront d'autant plus démoQstrativei^ ^'ils mettront plus de peine à en chercher les défauts; et je les prétends plus claires en elles-mêmes qu'aucune des démonstrations des géomètres , en sorte qu'elles ne mes^inblent obscures qu'au regard de ceux qui ne savent pas ab-r ducerementem a ier^ibuSt suivant ce qu@ j'ai écrit en la page 38. . .

Je TOUS ai uue.infinité d'obligations de la peine que vous vous offrez de prendre pour l'impression de mes écrits ; .mais s'il y falloit faire quelque dépense , je n'aurois garde de soufïrir que d'autres quç moi la fissent , et ne manquerois pas de vous envoyer tout œ qu'jl faudroit. Il est vrai que je ne crois pas qu'il en fût grand besoin , au moins y a-t-il eu des libraires qui m'ont fait offrir un présent pour leur mettre ce que je ferois entre les mains, et cela dès auparavant même que je sortisse de Paris» ni, que j'eusse commencé à rien écrire. De sorte que je juge qu'il y en pourra encore avoir d'as^z fous pour les imprimer à leurs dépens, et qu'il se trouvera aussi des lecteurs assez faciles poiu'en acheter les exemplaires, et les relever de legr folie. Car, quoi que je fasse, je ne m'en cacherai point comme d'un crime, mais seulement pour éviter le bruit , et me retenir la même

.■ivGtio^le

LKTTBBS. l4l

liberté que j'ai eue jusques id , de sorte que je ne craindrai pas tant si quelques uns savent mon nom; mais maintenant je suis bien aise qu'on n'en parle-point du tout afin que le monde n'attende rien , et'que ce que je ferai ne soit pas moindre que ce qu'on auroit attendu. Je me moque avec vous des imaginations de ce chimiste dont vous m'écrivez , et crois que semblables chimères ne méritent pas d'occuper un seul nioment les pensées d'un honnête homme. Je suis , etc.

(Lettre ii du tome 11. Verùon<)

Je différois de répondre à ce qufe vous tn'avez écrit dernièrement pourceque je n'avois rien à vous dire que je crusse vous devoir être fort agréable ; mais aujourd'hui que je m'y vois invité par ' celui-là même qui est associé avec vous au rectorat , je vous dirai librement ma pensée ; car si Vous aimez la vérité, et si vous êtes sincère , la H-

' ~ Cette lettre CM icritc i IWBc Beçcman , en septembre t6}o. »

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t4a LETTRES.

berté de mon discours vous sera plus agréable que n*auroit été mon ^t«Qce.

Je TOUS redemandai l'année passée mon Traité de musique, non pas à la vérité que j'en eusse besoin , mais pourcequ'on m'avoît dit que vous en parliez comme si vous me l'eussiez apprise; toutefois je ne voidus point vous en écrire aussitôt, de peur de pai'ottre trop défiant si je doutois. de la fidélité d'un ami sur le simple rapport d'autrui. Mais maintenant que, par plusieurs autres témoignages j'aî reconnu que vous préférez une vaine ostentation, à la vérité , et à Tamitié qui a été jusques ici entré nous , je veux vous donner ici un petit mot d'avis, qui est que, si vous vous vantez d'avoir enseigné quelque chose à quelqulin, encore que ce que vous dites soit véritable , cela ne laisse pas d'être odieux ; mais si ce que vous dites est contre la vérité, ii est encore plus odieux; et, enfin , si vous avez appris de lui la chose même que vous vous vantez lui avoir apprise , certainement cela est tout-à-fiiit odieux. Mais sans doute que la civilité du style français vous a trompé , ' et que vous ayant souvent témoigné de ))ouche et par écrit que j'avois appris plusieurs choses de vous, et que j'espérois même encore tirer beaucoup de profit, de vos observations, vous n'avez point cru me faire tort de confirmer par vos discours une chose que je ne &isois point difficulté

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LKTTKKS. 143

de publier moi-même. Quant à moi, je me soude fort peu de tout cela ; mais la déférence que j'ai encore pour no^e anci^ine amitié m'oblige k vous avertir tjué lorsque vous vous vantez de quelque chose de semblable devant ceux qui me connoissent , cela nuit beaucoup à votre réputation ; car ne pensez pas qu'ils croient rien de tout ce que vous leur dites, mais croyez plutôt qu'ils se moquent de votre vanité : et il ne vous sert de rien de leur montrer les témoignages que j'en donne dans mes lettres , car il n'y en a pas un qui ne sache que j'ai même coutume de tirer instructioD des fourmis et des vermisseaux ; et iU ne croiront jamais que j'aie pu rien apprendre de vous , si ce n'est de la même manière que j'ai coutume d'apprendre des moindres choses de la nature. Si vous prenez ceci en bonne part , comme vous le devez, je n'appellerai le passé qu'une erreur et non pas une faute, et cela n'empêchera pas que je ne sois comme auparavant votre serviteur. Adieu.

(Lettre it. du tanne II. Version.)

MoHSIEDB ,

Yous VOUS méprenez beaucoup, et vous juge2 très mal de la bonté d'une personne fort religieuse ', de soupçonner que le P. N. m'ait fait quelque mauvais rapport de vous; mais, afin que je ne SOIS point obligé de remettre une autrefois la main à la plume pour un semblable sujet, et que l'excuse que j'ai à vous faire pour lui devienne générale pour tous les autres que vous en pourriez pareillement accuser, je désire que vous sachiez une fois pour toutes que ce n'est ni de lui ni de pereonne , maisdevos lettres mêmes, que j'ai appris ce que je trouve àrepreiidre en vous. Car, vous ayant pris fantaisie naguère ( après un silence d'un an ) de m'écrire dans une lettre que," si je youlois veillçr au bien de mes études , je retournasse auprès de

■ - Le p. Merarune. "

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LETTKES. 145

VOUS , et que je ne pouvois nnlle part profiter davaotage que sous vqtre discipline, et plusieurs autres discours de cette nature, lesquels tous sembliez m'écrire femilièrement et en ami , comnoe àquelqu'un de vos disciples , qu'aurois-je pu penser autre chose , sinon que vous, aviez lait cette lettre afin que , la montrant aux autres avant que de me l'envoyer , vous pussiez vous vanter, que j'avois. coutume de recevoir souvent de vos enseigiiements; c'est pourquoi, jugeant qu'ilyavoit Ijt-dessous quelque mauvais artifice, j'ai pensé qu'ilméritoit quelque réprimande : car je ne pouvois en aucune Ëtçon m'imaginer que vous fussiez devenu - si stupide, et que vousvous méconnussiez si fort, que de croire en effet que j'eusse jamais rien appris de vous , ou même que j'en pusse jamais apprendre aucune chose , si ce n'est de la façon que fj'ai coutume d'apprendre de toutes les choses qui ! sont en la nature, voire même des moindres four- j mis et des plus petits vermisseaux. Ne..ydns souvient-il plus combien , au lieu de m'aider dans le progrès de mes études , et de me savoir maintenant gré de ce que je vous ai appris , combien , dis-je, vous y avez apporté d'empêchement, lorsqu'étant à D. ' occupé à des considérations dont vousvousconfessiezètreincapable, vous ne cessiez dé m'importuner pour apprendre de moi certaines

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l46 LETTBE8.

choses que j'avois quittées il y ayoit. loug-teraps , ctHitnie des exercices. de jeunesse; mais certes je vois bien par vos dernières lettres que vous n'avez pas en cela péché par malice , mais que c'est sans doute une maladie qui vous tient. C'est poui> quoi désormais j'aurai plutôt la bouche ouverte pour vous plaindre que pour vous quereller ; et pour satisfaire en quelque façon aux devoirs de notre ancienne amitié, je veux mêmç ici vous enseigner quelques remèdes que je pense p^tuvoir servir à votre guérison. Considérer en premier lieu quelles sont les choses qu'une personne peut apprendre à une autre , et vous trouverez que ce sont les langues, l'histoire, les expériences et les démonstrations claires et certaines qui couvain- ' quënt l'esprit , telles que sont celles des géomètres ; mais pour les opinions et les maximes des philosophes , ausùtôt qu'on les dit , on ne les enseigne pas pour cela. Platon- dit une chose, Ari^ tote en^Utune autre, Épicure une- autre, Télésius, Campanella, Brunus , Basso , Vaniuus , et tous les novateurs , disent chacun diverses choses. Qui de tous ces gens4à enseigue à votre avis , je ne dis pas moi , mais qui que ce soit qui aime la sagesse ? sans doute que c'est celui qui peut te premier persuader quelqu'un par ses raison; , ou du moins par son autorité. Que si quelqu'un , sans y être porté par le poids d'aucune autorité ni d'aucune

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LBTTRKS. 147

raison qu'il ait apprise des autres, vioit à croire quelque chose , enccve qu*il l'ait ouï dire à plusieurs , il oe faudra pas croire pour cda qu'ils la lui' aient enseignée ; même il se peut &ire qu'il la sache , pourcequ'il est poussé par de vraies raisons à la tïoire, et que les autres ne l'aient jamais sue, quoiqu'ils aient été dans le méiue sentiment , k cause qu'ils l'ont déduite «le faux principes. Toutes lesquelles choses sont si claires et si véritables, que si vous voulez les considérer avec un peu de soin , vous connoitrez aiiément que je n'ai jamais rien appris davantage de votre physique imagi* naine , que voup qualifiez du nom de mathématlco-physique, que j'ai ùix autrefois de la Batrachomyomachie dHomèreoudes ocMites de la cigogne; car tenez pour oartain que jamais vofire autorité ne m'a servi de motif pour croire auome chose, Bt que vos raisons ne m'ont jamais rien persuadé. ' Hais vous me direz peut-être que vous avez iht certaines choses, lesquelles je n'ai pas plus tôt entendues que je tes ai crues et approuvées ; si cela est aÎDÛ , vous devez aoiro que je ne les ai pas apprises de vous , mais qu'étant déjà il y avoit lon^t«aps dans le même sentiment, cela m'a porté k les ap^wonv^ : mais qite cela ne serve point à fomenter votrç maladie , de ce que j'avoue ici franchenient d'avoir approuvé des cho* ses que vous avez dites , car cela est arrivé si rare-

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l4e LETTRES.

ment que le plus ignorant du monde ne sauroit discourir si mal de la philosophie, qu'il n*en puisse dire par hasard autant qui s'accorde avec la véritë , et même -plusieurs peuvent savoir la même chose, sans qu^aucun l'ait apprise des autres ; et il est ridicule et impertinent de' s'amuser comme vous faites avec tant de soin à distinguer dans la possession des sciences ce qui est à voua de ce qui n'en est pas , comme s'il s'agjssoit de la possession d'une terre ou de quelque Somme d'argeiit. Si vous savez quelque chose , elle est entièrement à vous , encore que vous l'ayez apprise d'un autre : pourquoi donc , et quel- droit avezvous , ou plutôt quelle maladie vous tient qui vous empêche de pouvoir soufifrir que les autres qui savent la même chose puissent dire qu'elle leur appartient ? Toutefois je n'ai pas grand sujet d'avoir pitié de vous ; je vois bien que la maladie vous a rendu heureux , et que vous n'êtes pas " moins opulent que cet homme qui croyait que tous les vaisseaux qui abordoient au port de sa ville lui appart^ioient. Mais pardonnez-moi si je vous dis que vous usez un peu trop insolemment de cette bonne fortune ; car voyez vous-même si vous n'êtes pas injuste. Tous voul^ posséder seul, et même vous ne voulez pas que les autres s'arrogent, non seulement ce qu'ils savent, et qu'ils n'ont jamais appris de vous,maisaussice que vous

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confessez Tous-méme avoir appris d'eux; car vous m'écrivez que ra)gM)re que je vou& ai mise autre- - fois entre les mains - njest plus maintenant à moi. Vous «n'avez aussi autrefois écrit la même chose de 'mon Traité de musique ; vous voulez donc , à ce que- je puis croire, que ces sciences s'ef&cent de ma mémoire,, ponrcequ'à présent elles sont à vous ; car pourquoi m'en demanderiez-vous les originaiix , puisque vous en avez par devers vous des copies , si vous ne croyiez que par ce moyen je pourrai avec le temps ne me plus souvenir de toutes les choses qu'ils contiennent , et à quoi je ne m'amuse plus il y a long-temps, et vous vanter d'en être seul le possesseur ; mais sans doute que vous avez écrit ceci par raillerie, car je sais que votre humeur est plaisante et agréable , et après tout j'aurois de la peine à croire que vous voulussiez tout de bon qu'on crèt que quelle chose fât à vous, si vous n'en aviez été le premier inventeur. C'est ce Yivâ fait que dans volrejaianuscritvous marquez le temps auquel vous avez pensé chaque chose, afin peut-être que pra'sonne ne soit si impudent que de se vouloir arcoger une chose qu'il aura rêvée toute une nuit plus tard que vous, en quoi toutefois je ne juge p^ que vous agissiez assez pmdwnment : car que sera-ce si on doute une fois de la fidélité de ce manuscrit? N^ seroit-il pas plus sûr d'en avoir des témoins ou d'en certifier la

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l50 LETTBES.

yétité par des actes publics et authentiques? Mais CNtameimi^ pour dire la vérité, Ces richesses qui craignent les voleurs, et qui requièrent tant de aoia pour les oonserver, vous rendent- plus mia^nble qu'heureux , et ^ si vous m'en croyez , vous n'aurta point de regret de les perdre et tâchenez même de vous en d^air&av«e votre maladie. Considérez, je vousprie,envou»-niémetet voysKsi en tonte votre vie vous avez jamus rien trouvé ou inventé qui . mérite véritablement des louai^es< Js vous proposerai ioi trois gdnres de choses que l'on peut trou* ver. Le premiw e^t de celles que nous pouvons trouver par la seule force de notre esprit et par la conduite de notre raison ; si vous en avez de ce gerïre qui soient de quelque importance , je confesse que vous méritez quelques louanges, tnais je nie que pour cela vous deviez apprâiender les voleurs. L'eau est toi^ours semblable à l'eau, mais elle a tout un autre goût lorsqu'elle e«t puisée à sa source que leirsqu'on la puise dant une cruche ou k son ruisseau; tout ce qu'on transporte du lieu de sa naissance en' un autre se corrige quelquefois , mais le plus souvent se corrwnpt , et jamais il ne conserve tellement tous les avantages que le lieu de sa naissance lui donne, qu'il ne soit très facile de reconooitre qu'il a été transporté d'ailleurs. Vo^ publiez que vous avez appris beaucoup de choses de moi; vous me laites honneur.

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mais je n'en demeure pas d'accord , car si je sais quelque cbase, je n'en sais que très peu , et non pas beaucoup comnie^us dites; mais, quelles qu'elles soient , serTe»-vonfi*en si vous poilvez, et vous les arrogez si bon vous s«nibte , je vous le pwiiiets : je ne les ai point écrites sur des registres,' et n'ai point marqué le temps auquel je les ai pu inventer; et toutefois je suis très assuré que quand* je voudrai que les hommes sachent quel est ie fonds de mon esprit, pour petit qu'il soit, il leur sera très aisé de connottre que ces fruits viennent de mon fonds, et qu'ils n'ont point été cueillis dans celui d'un ^ autre. Il y a un autre genre d'invention ou de choses que l'on peut trouver , lequel ne vient p«intde resprit,maisdelafortune; et j'avoue qu'il demande quelque soin pour être garanti des voleurs, car si vous trouvez quelque chose par hasard, et que par un semblable' hasard un. autre vienne à entendre cela de vous, ce qu'il aura ainsi entendu ser» aussi luen à lui que ce que vous aurez trouvé sera à vous, et il aura autant de droit de se l'arroger comme vOu&; mais je nie que de telles inventions méritent des louaoges. toutefois, pourceque t'ignorahce du monde est telle qu'il loue souvent ceux en qui les biens de la fortune abondent , et qu'il ne crCHe pas que cette déesse soit si aveugle que d'enrichir de ses faveurs ceux qui ne ToBt point' du tout mérité , si elle vous a lait

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133 XETTBES.

part de quelque chose qui soit de conséquence , et qui pour cela vous relève un peu aùfdesâus des autres, je confesse que vous n'êtes- pas tout-àfait iodigne de^ouange.. Je dis que cette chose doit être de conséquence et relayée au-dessus du commun: car si, par exemple, un misérable gueux, pour avoir amassé quelques écus en. quémandant de porte en porte, s'imaginoit qu'on lui dût rendre pour cela de grands honneurs « certainement il seroit digne delà risée de tout le monde. Voyez donc, jevouspricj diligemment, feuilletez votre manuscrit, mettez tout en compte, et après cela, ou je me trompe fort , ou je m'assure que vous ne trouverez pas la moindre chose du vôtre qui vaille mieux qjie sa couverture. Le troisième genre d'inventions est celui des choses quin'étaut que de très petite valeur, ou même nullement considérables , ne laissent pas d'être estimées far leurs inventeurs j comme des choses de très grand prix; mais tant s'en faut que ces choses-là soient dignes de quelque louange, qu'au contraire plus leurs possesseurs les estiment et plus ils prennent de soin à se les conserver , pkis aussi s'exposent-îls et la risée, et attirent-ils la- commisération d^ tout le monde. Représentez-vous devant les yeOxun aveugle que l'avarice auroit rendue fou qu'ils'amusât à passerles jours entiers àchjercher des pierres précieuses dans les ordures ^le 1^ laaison de son voisin, et que toutes les fois qu'il reocontre-

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LETTRES. l53

roit aoQB sa main quelque pierrette ou quelque petit morceau de Verre , il crût aussitôt avoir trouvé une pierre fort précieuse , et qu'après en avoir ainsi trouvé beaucoup de semblables , et en avoir rempli sa cassette, iL se vantât d'être fort riche, fît parade de cette cassette, et méprisât toutes les autres; ne diriez-vous pas d'abord que (%t homme seroit dans une agréable folie? Que si après cela vçus le voyiez continuellemeat attaché à cette cassette , appreheoder les voleiu^ , et être en sotaci et chagrin de peur de perdre ces richesses qui lui sont inutiles; pour lors, mettant la raillerie à part, ne lejugeriez-vous pas lout-à-fait digne de compassion? Ge n'est jjas pourtant que je veuille comparer vôtre manuscrit à cette cassette, mais j'ai bien de la peine à croire qLi.'il puisse rien contenir de plus sotide que te sont ces pierrettes et ces petits morceaUK de verre : car voyons de quelle importance sont les dioses dont vous vous Gantez- le plus; je n'en connois que deux, k savoir, le tremblement de$ corde», et \' hyperbole. Quant à là. première, qui regarde le tremblement des cordes, si vous aviez jataiais appris à vos disciples quelque 4:ho$e de plus relevé qi|e les preÉoiers éléments des sciences, voua auriez trouvé dans Aristote cela même que voiis (Êtes être vôtre , et pourquoi* vous vous plaignez de n'avoir-pas reçu de moi des éloges , à savoir que le son se fait par le tremblement on par la fréquente répétitibndes coups

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l54 LETTRES,

decorctes, ou des autres corps qui frappent l'air. Sans doute qu'Aiistoteiast un voleur ? àppelez-le en jugement, afin qu'il vous restitue voti* pensée. Mais pour moi. qu*ai-je &it ? Comme je traitois de la musique, et ayant pour lors expliqué quelque ■ chose qui ne'dépehdoit'paffde l'exacte connoissance du son , j'ai ajouté que la même chose pouvoit.être conçue, sohque l'on dît que le son provînt de ce que l'oreille étoit frappée de plusieurs coups par le trembletAent de l'air, excité par celui des autres cOrps, soit que, etc.- Peut-on dire que j'aie dérobé ce que je ne me suis point attribué ? Bi-je dû "applaudir à ce que je n'ai pas osé assurer être Vrai ? et ai-je dû vous attribuer une Chose que " toife ceuk qui" efiseignent , excepté vous , confessent avoir apprise d'Aristote? Quoi donc, ne se seroientils pas tous moqués avec raison de mon ignorance? Mais peut-être màitez-vous de grandes louanges pour VhyperboU que vous m'avez enseignée? Certainement si je n'avois conipassion de votre mal , je ne puurrois m'empècher de rire, puisque vous ne saviez pas même ce que c'est qu'une "hyperbole, si ce' n'est peut-être comme le sait -un grammairien. 'J'ar rappot^ quelques unes de ses propriétés, à savoir celte qu'elle a de détourner les rayons, dent la démonstration m'étoit échappée'de la mémoire, et qui i- comme il arrive -souvent dans les choses les' plus faciles , ne se jwésentoit pas pouf

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LETTRES. l55

lol% 8Ur-le<chaiap à mon esprit; mais je vous ai démontré sa conrerâe dans l'ellipse , et vous ai aussi expliqué en même temps certains théorèmes d'où elle pouvoit'si facilement être déduite que, pour . peuquel'oD ypritgarde,ODnepouvoitmanquerde la rencontra'; c'est pourquoi je vous ai exhorté de vous exercer à la chercher , ce que sans difficulté je n'auTois jamais fait après m'avoir avoué si ingé- Dument que vous ne saviez rien dans les coniques, si je n'eusse jugé que la recherche d'une telle chose ^oit très Êidle,. Vous avez donc pris la peine de la chercher > vous l'avez trouvée, et voua me -l'avez montrée : je m'en suis réjoui , et vous ai dit que je oie servirois de cette démonstration si jamais j'écrivois quelque chose sur ce sujet. Dites-moi , en vérité, êles-vous en votre bon sens de me r^rocber de ne vous avoir pas en cela rendu , comme à mon maître et k mon docteur, assez-d'hooneur et de respect? Si TOUS aviez doonék quelqu'un de vos écoliers qui n'eût jamais encore fait de vers une épigramme à composer, etx|uevouslui en eussiez dicté de telle sorte le sens et la matière, qu'il n'y eût qu'i transposer un mot ou deux pour mettre l'épigramme en sa perfection, ne seriez-vous pas bien aise s'il réussissoit à transposer ainsi heureusement ce peu de mots? n'ajouteriez-vous pes.peut-étre même, pour l'inciter k la poésie, que si jamais vous avie-z à composer une épigramme sur le même sujet ,

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l56 LKTTRES.

VOUS ne vous serviriez point d'autres vers que des siens ? .Mais s'il arrivoit que' pour cette petite loiiïnge il vint à concevoir tant d'estime de lui qu'il crût être un ^and,poëte , ne vous moqueriezvoMS pas de lui comme d'un enfant : et s'il en venoit à ce point que de s'imaginer que vous lui portassiez envie, et que, se disant votre maitpeet votre docteur, il dit sérieusement que c'est une chose honteuse à un docteur de ne pas recevoir de son disciple tout Fhonneur, etc. ( car je ne pense pas qu'on puisse donner im autre seD»à cet etc. ), ne jugeriez-vous pas avec raison que ce n'est plus la simplicité qui le trompe, comme elle fait un enfant , mais qu'il a l'esprit en quelque façon tFpublé ? Sachez donc qu'il n'y a point de meilleur remède pour purger la bile, dont vous êtes plein, que de considérer avec quelle justesse cet exemple vous convient, Afais d'autant que jusques à prês^ j'ai tâché d'ôtçr la cause de votre maladie, ^è veux maintenant tâcher d'en apaiser la douleur. Vous vous plaignez principalement de ce que, ^n'ayant quelquefois donné des louanges, je ne vqus ai pas rendu la pareille ; mais, alm que vous le sachiez, vous ne in'avez pas traité en ami de me lou,er comme vous avez fait. Ne vous ai-je pas supplié plusieurs fois de ne me point traiter de la sorte, et même de vous abstenir de parler aucunement d* moi? Et la façon avec laquelle j'ai.

LETTRES. l57

toujours vécu par le passé ne montre-t-elle pas assez que je suis ennani de toutes ces louanges ? non que je sois insensible, mais pourceque j'es> time que c'est un plus grand bien de jouir de la tranquillité de la vie et d*un honuéte loisir, que d'acquérir beaucoup de renommée ; et que j'ai bien ' de la peine à me persuader que , dans l'état où nous sommes et de la façon que l'on vit, on puisse posséder ces deux biens ensemble. Mais vos lettres montrent clairement le sujet qoi vous a porté à me louer: car, après toutes tos belles louanges, vous ne laissez pas de dire librement que vous avez coutume de préiérer votre Mathématico-phpique à mes Conjecture?, et que vous le Haïtes savoir à nos amis. Que veut dire cela, je vous prie? Ne montrez-vous pas par là que vous ne cherchez k me louer que pour tirer plus de gloire de cette comparaison ? et que vous ne rehaussez te mége que vous voulez fouler qu'afin d'élever d'autant plus haut le trône de votre vanité? Mais en voilà assez; je veux à présent traiter doucement votre mal , et ne me point servir de plus Âpres remèdes : car si je voulois vous traiter selon vos mérites, vous vous verriez si chargé de honte et d'infamie, que j'aurois plutôt peur de vous désespérer que de vous donner la santé. C'est pourquoi je me contenterai ici de vous avertir que si vous aimez les louan,ges, vous fassiez des choses dignes d'être

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l5S LETTRES.

louées, et qui soient te&es que yoa ennemis mêmes soient contraints de les approuver. Mais , quoi que vous ayez fait, n'attendez jamais de louanges ni de vous ni de vos amis , dont le» témoigQages seroient toujours tenus pour suspects. Ne vous vanter poiq): aussi d'avoir appris,ftux autres ce qqe vçus ne aaveg. pas encore, et ne vwis ppéférçz jamais à personne. J'ai honte de me proposer ici pour exiNiaple ; mais comme vous vous comparez souvent à moi, il semble qu'il soit ea quelque Ëiçon nécessaire. M'avez-vous jamais ouï vanter d'avoir rien appris à personne? me suis^je jamais, je ne dis pas préféréf mais même comparé à aucun? car, quant au reproche que vous me faites, sans raison ni fondement, de m'être quelquefois égalé aux anges , je ne saurois encore me persuader que vous soyez si perdu d'esprit que de le croire. Toutefois, pourceque je reconnois que la violeoce de votre mal peut être très grande, j'expliquerai ici. ce qui peut vous avoir donné occasion de me faire ce reproche : c'est la coutume des philosophes, et même des théologiens, toutes les fois qu'ils veulent montrer qu'il répugne tout-à-fait à la raison que quelque chose se fasse, de dire que Dieu même ne le saïu'oit Ëtire; ■ et pourceque cette feçgn de parler m'a toujours semblé trop hardie, pour me servir de termes plus modestes, quand l'occasion s'en présente(ce qui arrive plus souv^it eu traitant des questions de

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LETTBES. i5Q

mathématique que de philosophie )i où les autres dir<Meiit que Dieu ne peut faire une chose, je me contente seulement de dire qu'un ange ne la saurait {aire. Et si pour cela vous dites que je m'^ale à l'ange, on pourra dire aussi par la^ même raison que les plus sages du monde s'égalent à Dieu. £t je suis bien malheureux de n'avoir pu éviter le soupçon de vanité en une chose où je puis dire que j'affectois une modestie toute particulière. Au reste, je pourrois écrire bien d'autres choses,- mais si ceci ne suffît, rien ne peut suffire, et pour- le présent je pense avoir satisûiit abondamment à notre amitié ; aar en vérité vous devez croire que je n'ai point écxit ceci par un esprit de vengeance , ni pour aucun mal que je voua veuille, mais par une pure affection que j'ai pour vous. Car, premièrement, pourquoi serois-je en colère contre vous ? seroit-ce à cause qiie tous vous êtes pré£éré à moi? comme si je me souciois de cela, moi qui ai coutume de m'estimer le plus ignorant des hmnmes; et si j'avoisà m'en mettre en peine, ce ne serait pas que vous vous préférassiez à mai , mais bien que les autres vous y préféaassent : car, au contraire, si nous ^ions en impute vous et moi pour cela , je serois bien aise que vous vous en vantassiez, pourceque Les autres auraient d'autant moins sujet de le croire. Et je témoigne bieu n'avoir aucune rancune contre vous, puisque je ne

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VOUS cèle rie» de ce que je juge ■^oos devoir.étre le plus utile ; car eertainement on ne sauroit rien dire ni rien faire de plus utile pour nous qtte de nous avertir librement de nos erreurs ; et, bien que nous puissions quelquefois recevoir des avertissements de nos ennemis mêmes, il vous s^a aiséjde reconnoitre, pourvu que vous ayez le moins du monde de bon sens, qu'il y a bien de la différence entre leurs avertissements et les miens. Uiï ennemi ne tâcbe qu'à déplaire à celui qu'il reprend , et moi je ne tâche qu'à vous' remettre dans votre bon sens par une douce réprimande. Un ennemi s'abstiendroit de dire aucune parole aigre et fâcheuse, s'il croyoit que celui à qui il en veut en dût profiter ; et moi, au contraire, j'espère que ceci vous profitera, et je le souhaite, et même je n'ai entrepris à autre dessein le travail d'une si longue lettre. Enfin, un ennemi déclame tellement contre les vices de son adversaire, qu'il ne souhaite pas moins d'être entendu des autres que de lui; et moi, au contraire, je ne découvre les vôtres qu'à vous seul, et jusques à présent je les ai toujours dissimulés aux autres autant que j'ai pu, et les dissimulerai toujours à l'avenir, afin que vous puissiez plus facilement, sortir de votre maladie, et revenir en votre bon sens , pourvu toutefois qu'il y ait encore quelque espérance de guérison : car si vous persévérez dans votre mal, de peur d'être blâmé

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LETTRES. l6l

d'avoir autrefois contracté amitié avec un homme de votre humeur, et de passer pour un imprudent dans le choix que je fais de mes amis , je serai contraiat de tous abandonner, et de m'excuser publiquement, en faisant savoir à tout le monde de quelle Ëtçon , par une simple rencontre et sans aucun choix, j'ai contracté habitude avec vous, pour m*étre rencontré par hasard en garnison dans une ville frontière ' , où je ne pus trouver que vous seul qui ententët le latin. £t je ne cèlerai point que pour lors je ne connus point votre mai, peutêtre à cause qu'il n'était pas si grand , ou bien à cause que sachant de quel pays vous étiez , et comment vous aviez été élevé, tout ce. que vous faisiez de mal devant moi, je l'attribuois plutôt à rusticité et à ignorance qu'à une telle maladie. Enfin, j'ajouterai comment, après l'avoir connue, j'ai tâché de vous en guérir par des remèdes très salutaires. Et en vérité c'est ce que je souhaite , aimant beaucoup mieux que vous vous laissiez gu^jr que d'être obligé d'en venir à ce point ; et ai vous le faites, je n'aurai point de honte de me dire votre ami , et vous ne vous repentirez point d'avoir reçu cette lettre et cet avis.

1 7 octobre 1 63o.

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AU R. P. MERSENNE'

(Lettne 6i du tonu; II.) MOF RÉVÛEHD PfeBB,

Je ne reçois jamais de vos lettres que ce ne soient de nouvelles obligations que je vous ai , et que je n'y reconnoisse de plus en plus le bien que vous me voulez ; je suis seulement marri de n'avoir pas tant d'occasions de vous servir Ici où je suis , comme vous ett avez de m'obliger là où vous êtes. Je regrette les quinze jours que vous avez été trop tôt à Liège*; nous eussions bien pu nous promener durant ce temps-là. Pour votre fortune d'Anvers, je ne la trouve pas tant à plaindre, et je crois qu'il est mieux que la chose se soit passée ainsi • que si on eût su long-temps après que vous étiez venu en ces quartiers, comme il étoit malaisé qu'on ne le sût.

Pour M. N.*, je ne sais sll ne nous veut point un peu de mal, à mon occasion, aussi bien que fait

' - Gttte lettre est écrile dan* le moi* de nOTembre i63a. Toyei le - npport qn'elle ■ »»ec U 1 1"" de ce toI. - ■ ■ Pour les eiax de Spi- »

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le sieur N., quoique ce soit sans que je lui en aie donné aucun sujet : niais il m'a fait réprimande en celle que je tous ai mandé qu'il m'avoit écrite, où, entre autres choses ^ il met ces mots : Cuttu/ue Mertennut luut totas dût in libro tneo manuscripto ' vertarelur, atque in eopleraque, qua tua etse extstimabat ,vidertt , et ex temporeilUt addito, de illorum authore merito dubitaret, id quod rei erat , itli liberiut fortauist quam tibi aut illi plaçait, aperui. Ce mot seul a été cause que je lui ai fait réponse ; car sans cela je n'en eusse pas pris la peine; et je l'ai commenta en ces termes : Multum * aberras a vero , et maligne judica» de religtotistimi viri humanitaie , ti quid miki de te a P. M. renuntiatum fuitse iu$pieerii ,■ ted ne pluret aiiot eogar excusare, scire debes, me non ex iilo, née ex ullo aliot »ed ex tuis ipti» ad me litterii, quœ in te reprekejtdo cognoviste, etc. Ensuite je lui fais un long discours, où je ne parle d'autre chose que des impertinences qui sont dans les dernières qu'il m'a écrites , lesquelles je garde avec les secondes réponses que j'y ai faites : car si j'écrivoîs jamais de la morale , et que je voulusse expUquer combien la sotte gloire d'un pédant est ridicule, je ne la saurois mieux représenter qu'en y mettant ces quatre lettres.

< • Ce maniucrit n'étoit pas l'origiual dn petit Trùlé de la miuiqne , - «rit it U maiD de M. Deacactei. "

■ " Celle lettre , doQi il est ici parlé, hitb ii* de ce volume. "

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l64 LETTRES.

Pour la distinction du retour de la corde, in prineipium, médium, et finem ou ^uietem; l'expérience que TOUS me mandez de l'aimant suffît pour montrer que nulla talis eit quiet ; car, si elle montre, comme vous concluez fort bien, que ce n'est pas l'agitation de l'air qui est cause du mouvement, il suit de là nécessairement que la puis-. sance de se mouvoir est dans la chose même, et par conséquent qu'il est impossible qu'elle se repose pendant que cette puissance dure ; m^s si ta corde se reposoit après le premier tour, elle ne pourroit plus retourner d'elle-même comme elle fait, car il faudroit que la puissance qu'elle a de se mouvoir eût cessé pendant ce repos.

Pour N. ', il a bien tort de se plaindre des cartes que je lui envoyois; ce seroit à moi à m'en plaindre, à qui elles ont coûté de l'argent, et. non pas à lui, à qui elles n'ont rien coûté , et qui peut-être a feint ne les avoir pas reçues, de peur de m'en avoir obligation ; car on m'a assuré qu'elles avoïent été bien adressées : mais je ne serai pas marri qu'on sache que je vous ai témoigné que c'étoit un homme de qui je feis fort peu d'état, d'autant que j'ai reconnu qu'il n'effectue jamais aucune chose de ce qu'il entreprend , et outre cela qu'il a l'âme peu généreuse. Il n'est pas besoin qu'on sache plus particulièrement en quoi j'ai sujet de le blâmer, pourcequ'il

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LETTRES. l65

ne me semble pas seulement digne que je me fâche contre lui : toutefois, si quelqu'un pensoit que j'eusse tort, lui ayant autrefois témoigné de Taffection, de Tabandonner maintenant du tout, je vous écrivis une lettre lorsque vous étiez, je crois , à Anvers, par laquelle tous me pourrez justifier s'il vous plaît. J'ai reçu une lettre du même M., U y a huit jours, par laquelle il me convie, comme de la part de M. de Marcheville, à faire le voyage de Constantinople. Je me suis moqué de cela; car, outre que je suis maintenant fort éloigné du dessein de voyager, j'ai plutôt cru que c'étoit une fieinte de mon homme, pour m'obliger à lui répondre, que non pas que M. de MarcfaeviUe, de qui je n'ai point du tout l'honneur d'être connu , lui en eût donné charge, comme il me mande : toutefois, si par hasard cela étoit vrai, ce que vous pourrez, je crois, savoir de M. Gassendi, qui doit faire le voyage avec lui , je serai bien aise qu'il sache que je me ressens extrêmement obligé à le servir pour les honnêtes offres qu'il me fait, et que j'eusse diéri une telle occasion il y a quatie ou cinq ans, comme l'une des meilleures fortunes qui m'eussent pu arriver; mais que, pour maintenant, je suis occupé en des desseins qui ne me la peuvent permettre; et M. Gassendi m'obligeroit extrêmement s'il vouloit prendre la peine de lui dire cela de ma part, et de lui témoigner que je lui

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l66 LETTRES.

suis très humble serviteur. Pour N., comme ce n'est pas im homme sur les lettres de qui je me voulusse assurer pour prendre quelque résolutioD, aussi n'ai-je pas cru lui devoir faire réponse. Je seroîs bien aise que vous fassiez voir à M. Gassendi cette partie de m» lettre, et que vous l'assuriez que je l'estime et honore estrèmement. Je lui eusse écrit particulièrement pour cela , si j'eusse pensé que ce qu'on me mandoit fût véritable: au reste, je serois bien aise qu'on sache que je ne suis pas, grâces à Dieu , en condition de voyager pour chercher fortune, et que je suis assez content de celle que je possède pour ne nie mettre pas en peine d'en avoir d'autre; mais que si je voyage quelquefois , c'est seulement pour apprendre, et pour contenter ma curiosité. Si vous voyez le père Gibieuf, vous m'obligerez extrêmement de lui témoigner • combien je l'estime, lui et le père Gondran , et combien je vous ai témoigné que j'approuvois et suivois les opinions que vous m'avez dit être dans son livre; mais que je ne lui en ai osé écrire, pourceque je suis honteux de ne l'avoir encore pu recouvrer pour le lire, n'en ayant eu des nouvelles que depuis que vous avez été hors de Paris : je ne serois pas marri qu'il sache aussi plus particulièrement que les autres que j'étudie à quelque autre chose qu'à l'art de tirer des armes. Pour les autres, vous m'avez obligé de leur parler ainsi que vous

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avez ùit. Je ne lUe saurois imaginer qu'en ce que vous, me mandez de la duplication du cube , U puisse y avoir de quoi s'arrêter une demi-heure; car si onla veut démontrer par les solides, la chose est possible , comme vous savez que j'en ai autrefois fait voir la construction à M. Hardy et à M. Mydorge , laquelle M. Mydorge a fort bien démonO'éef mais si on la pense trouver autrement , il est certain qu'on se méprend. M. N. a tort s'il s'offense de ce que j'ai plutôt écrit à M. N. qu'à lui , car je serai bien aise qu'il sache que ce n'est jjas toujours à ceux que j'estime et honore le plus, àqui j'é(ïis le plus, et que j'ai quantité de proches parents et de très particulier amis à qui je n'écris jamais , et qui je m'assure ne laissait pas de m'aimer , d'autant qu'ils savent bien que cela n'empêche pas que" je ne fosse toujours prêt de les servir si j'en avoîs les occasions , et qu'il dcHt croire le semblable ; mais que pour des lettres de compliment , il me &udroit ^voir un secrétaire à mep gages si je vouloi» écrire à tous ceux que j'estime , et que je pepse être de mes amis. J'ai écrit audit sieur N. ' pour l'inciter à travailler aux verres , et pour hii donner de petites commissions à Paris , desquelles je n'eusse pas vo^ilu irapoituoer RI. N- '■ J'ai quan-

• "Cette lettre e>t la lOi" da 3* toI,, d'oà M. CTerKiier t retraoché - tont ce qui neregordoit poinl lei «cieneei , et du» laquelle M. DeicarlH

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tité d*aniis qui devroient s'offi^ser par mém.e raisoD , s'ils savoient que je veux bien écrire à mon petit laquais , et que je ne leur écris pas, et vousmême vous devriez vous offenser de ce que j'ai écrit à M. N. avant que de vous écrire. Pour les modèles qu'il se repent d'avoir taillés, ne craignez pas qu'ils manquent à la postérité , car il verra non seulement qu'on n'en aura que faire, mais qu'il seroit même impossible de s'en servir.

Je ne pose pas comme principe que, grave $ibi imprimit motum primo momento, mais comme une condusion qui se tire nécessairement de certains principes qui me sont évidents, bien qtie je vous aie dit plusieurs fois ne les pouvoir expliquer sinon par un long discours , lequel je ne ferai peut* être de lua vie ; et c'est ce qui m'oblige à Ëiire souvent difficulté de vous mander mes opinions; car je ne les écriroîs jamais, sinon que je vous honore trop pour refuser aucune chose que vous désiriez. J'estime fort l'expérience de l'aimant que vous m'apprenez, et je juge bien qu'elle est véritable; elle s'accorde entièrement aux raisons de mon monde , et me servira peut-être pour les confirma. Je suis , etc.

n avait iniiti plaùems p«til«a conuniHion* qui loi imponoient , et aoi- » qaeUes H. Ferriet négligei de wlis&ire' Comparez est endroit avec la >> pigC 5a4 d* ce KCODd volume, el loat otU s'accoide pirhitement bien. '

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(Lettre 6a du tome II.)

Monsieur,

Je vous assure que je n'ai point eu dessein de vous faire aucun déplaisir , et que je suis tout aussi prêt de m'employer pour vous , en ce qui sera de mon pouvoir, comme j'ai jamais été; mais j'ai discontinué de vous écrire, pourceque j'ai vu par expérience que mes lettres vous étoient dommageables, et vous donnoient occasion de perdre le temps*. J*ai mandéà un de mes amis ce que je recoDDoissois de votre humeur , pourceque , sachant que vous aviez accoutumé de vous plaindre de tous ceux qui avoient tâché de vous obliger, j'étois bien aise , si vous veniez quelque jour à vous plaindre de moi, qu'une personne de son mérite

< • Ctlte lettre ut ccrit* k M. Fcrrin , an Oiiliea de dcccmbre i6io. - Voyn la 3° voL des LMtf«s, depois la gi Jusqu'à la io3. •

* - Képcnue ta paquet adroit giar Ganendi à Renevi , ponr M. Do- » caitca^coBtetiautdeaprîèiVJi et rcconunanditûnvpourM.Ferrier. Voyer

et de sa condition- ' pût rendre témoignage de la vérité. Je l'ai aussi averti de ce que vous m'aviez écrit de lui , et lui ai fait voir votre lettre ; car étant témoin des obligations que je lui ai , et sachant très certainement que tous ne le blâmiez que pour me prévenir et m'empêcher de croire les vérités qu'il me pourroit dire à votre désavantage» desquelles toutefois il ne m'a jamais rien appris , j'eusse cru commettre un grand crime et me rendre complice de votre peu de reconnoissance si je ne l'en eusse averti. Mais puisque je tiens la plume, il faut qne bonne fois que je tâche à me débairasser de tout^ vos plaintes, et à vous rendre compte de mes actions. Si j'eusse dès le coqimencement connu votre humeur et vos afifaires, je ne vous aurais jamais conseillé de travailler à ce que j'avois pensé touchant les réfractions; mais vous savez qu'à peine vous avois-je vu une ou deux fois, quand vous vous y offrttes, et pourceque j'eusse été bien aise d'en voir l'exécution , je ne crus pas avoir besoin de m'enquérir plus dilig^nment si vous en pour^ riez venir à bopt , et ne fis point de diÉficulté de vous communiquer ce que j'en savois; car je jugeois bien que c'étoit un ouvrage qui requéroit beaucoup de peine et de dépense ; mais souvenezvous , s'il vous plaît , que je vous dis alors distinctement que l'exécution en seroit difficile, et que

' - M. Mjdorge. -

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je vousassurois bien de ia vérité de la chose, mais que je ne savois pas si elle se pouvoit réduire en pratique, et que c'étoità vous d'en juger, et d'en chercher les inventions^ ce que je vous disois (expressément, afin que si vous y perdiez du temps, comme vous avez fait , vous ne m'en pussiez attribuer la feute ni vous plaindre de moi. Depuis, ayant connu les difficultés qui vous avaient arrêté, et ayant pitié du temps que vous y aviez inutilement employé , j'ai pour Famour de vous abaissé ma pensée jusques aux moindres inventions des mécaniques; et lorsque j'ai cru en avoir assez trouvé pour faire que la chose pût réussir, je vous ai convié de venir ici pour y travailler, et me suis offert d'en faire toute la dépense et que vous en auriez tout le profit s*il s'en pouvoit retirer. Je ne vois pas encore que vous puissiez vous plaindre de moi jusque là. Lorsque vous m'eûtes mandé que vous ne pouviez venir ici , je ne vous conviai plus d'y travailler, au contraire je vous conseillai expressément de vous employer aux choses qui vous apporteroient du profit présent, sans vous repaître de vaines espérances. Par après, jugeant par vos lettres que ce que je vous avois écrit de venir ici vous avait diverti de vos autres ouvrages , et que vous sembUez vous y préparer, encore que cela vous fut impossible, afin qrte vous qe traînassiez point deux ou trois ans , suivant votre huineur , en cette vaine espérance ,

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I^a LETTBES.

et qu'au bout du compte, si je n'étois plus'disposé à vous recevoir , vous ne vous plaignissiez pas de ce que vous vous y seriez préparé, je vous mandai que vous ne vous y attendissiez plus, d'autant que je serois peut-être prêt à m'en retourner avant que vous fussiez prêt de venir; et, pour vous en ôter le désir, je vous écrivis une partie de ce que j'avois pensé et m'ofEris de vous aider par lettres autant que j'en serois capable : mais , si vous y avez pris garde, je vous avertissoi» par les mêmes lettres que vous ne vous engageassiez point à y travailler si vous n'aviez beaucoup de loisir et de commodité pour cela , et que la cbose seroit longue et difficile. Je ne veux pas m'enquérir de ce que vous avez fait depuis , car si vous avez plus estimé mes inventions que mon conseil , et que vous y ayez travaillé inutilement, ce n'est pas ma laute, puisque vous ne m'en avez pas averti.

Vous avez été ensuite de cela sept ou huit mois sans m'écrire; je ne vous en veux point dire la cause, car vous ne la pouvez ignorer,' mais je vous prie aussi de croire que je l'ai bien sue, encore que personne autre que vous ne me l'ait apprise , et toutefois que je ne m'en suis jamais mis en co- Lère, comme vous vous imaginez. J'ai seulement eu pitié de voir que vous vous trompiez vousmême; et pourceque mes lettres vous.ev avoi«nt donné la matière, je ne vous ai plus voulu écrire.

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Vous savez bien que si j'avois eu dessein de vous nuire , je Taurois fait il y a plus de six mois , et que si un petit mot qu'on a vu de mon écriture voua a ialt 'recevoir du déplaisir, mes prières et mes raisons et l'assistance de mes amis n'eussent pas eu moins de pouvoir. Je vous assiu-e de plus qu'il n'y a personne qui m'ait rien mandé à votre désavantage , et que celui ' que vous blâmez de vous avoir prié que vous lui fissiez voir mes lettres, ne l'avoit point fait par une vaine curiosité comme vous dites , mais pourceque je ('en avois très humblement supplié , sans lui en mander la raison , et qu'en cela même il vous pensoit faire plaisir; mais, afin que vous ne preniez pas occasion de dire que j'aie des soupçons mal fondés et que je me sois trompé en mon jugement, je vous prie de faire voir ces mêmes lettres que je vous avois écrites il y a quatorze ou quinze mois , à ceux à qui vous avez donné la peine de m'écrire ; elles ne contiennent rien que je désire que vous teniez secret, comme vous feignez; et si j'ai quelquefois fait difficulté de te dire à d'autres , c'a été purement pour l'amour de vous : mais vous savez bien que ceux à qui je vous prie de les montrer ne vous y feront point de tort, et après les avoir vues , s'ils trouvent que j'aie hiili en quelque chose , et que j'aie ^i autreopinion de vous que je ne devois, je m'oblige

' • Mcraeime. -

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de VOUS faire toutes les satisfactioDS qu'ils jug^ont raisonnables. Je suis , etc,

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