A UN R. PÈRE DE L'ORATOIRE
(LeUre 63 du tome IL)
MOMSIEDR ET RÉVÉREMD PÈRE ,
Je suis marri que vous ne m'avez mandé quelque chose de plus difficile que de vouloir du tâen à M. N. *, afin qu'en vous obéissant je vous puisse témoigner combien je vous honore; mais pour ce qui touche M. K. ' , je vous assure que je ne lui ai jamais voulu de mal , et que je me tiendrai bien heureux si je puis seulement m'exempter de ses plaintes. On ne sauroit saus cruauté vouloir du mal à une personne si affligée; et pour ses plaintes , je les excuse tout de même que s'il avoit ta goutte , ou que son corps fût tout couvert de blessures : on ne sauroit toucher si peu à ceux qui
' « Ccltc lettre wt «dite  on Père de l'Oratoira le ijd««eni)>ra [63o, - de mime qne U préc^ente et U saiTinte , et tniojit dnu l« paquet . dn P. MeneiinF. .
LETTHZS. 1^5
sont en tel état, qu'ils ne s'écrient ; et ils disent souvent des injures aux meilleurs de leurs amis , et k ceux qui s'efforcent le plus de remédier à leurs maux. J'eusse été bien aise d'apporter quelque soulagement aux siens ; mais , pourceque je ne m'en juge point capable , il m'obligeroit fort de me laisser en repos , et de ne m'accuser point des maux qu'il se fait à soi-même. Toutefois je lui ai obligation de ce qu'il s'est particulièrement adressé à tous pouj? se plaindre, et je me tiens , heureux de ce que^ous daignez prendre connoissance du différent qu'il prétend avoir avec moi. Je ne veux point vous ennuyer en plaidant ma cause; je vous dirai seulement, en un mot, qu'il n'est fâché que de ce que j'ai vu plus clair qu*il ne désiroit, et il sait fort bien en son âme que je n'ai rien appris qui le touchât que de lui-même. Que s'il dit qu'on m'ait dit de lui quelques &ux rapports , ce n'est que pour avoir plus de prétexte de se plaindre et de s'excuser soi-même ; il s'est trompé en cela qu'il a cru me désobliger grandement en une chose qui m'étoit indifférente. J'ai prié le R. P. M. , qui sait parfaitement toute cette affaire, de vous en vouloir instruire; que si vous trouvez que j'aie failli , vous m'obligerez extrêmement de ne me point flatter , et je ne manquerai pas d'obéir exactement à tout ce que vous ordonnerez. Je suis , etc.
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AU R. P. MERSENNE'
(Lettre 74 du tome II.)
Mon RÉVÉREND PÈRX ,
Vous m'affligeriez inâninient si vous aviez la moindre opinion que je pusse jamais manquer de vous honorer et servir de toute mon affection ; mais je vous ai mandé à l'autre voyage ce qui m'avoit fait différer à écrire , et vous savez avec cela que je suis un peu négligent. Je vous jure que j'ai maintenant la tête si rompue des lettres que je viens d'écrire pour M. N. ', que je ne sais plus ce que j'ai à vous dire ; il m'a envoyé cette semaine un gros paquet , où il y avoit des lettres de ceux auxquels vous verrez que j'en ai écrit. J'ai cru que vous ne seriez pas marri de voir ce que je leur mande , et que vous m'aideriez à me justifier. Il n'y a aucun d'eux, qui m'ait témoigné en aucune. &çon que M. N. ^ vous eût mêlé dans ses plain-
< - Cette lettre eu tàrttaèt an P. Bdenenne, écrite le rS décembre » i63i>. Vojei le Doavean cahier, ..
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tes , ni qui ne m'ait obligé en l'excusant. M. Gassehdi a fait le s^nblable dans une lettre qu^il a écrite à M. R. ', et. je vous prie aussi de me justifier enverslui;niais particulièrement je vous prie devoir le P. M. , et de lui &ire voir la lettreque vous avez &it voir à M. Mydorge ; et si vous en avez encore une autre que je vous écrivis au mois de mars dernier ', pour répondre à ce qtie vcftis me mandiez que TH. se préparoit de me venir trouver, je serai bien aise qu'il voie , par ce que je vous mandois, que je n'oublie rien à lui dire de ce qui pourra servir à ma cause , non point tant pour lui montrer le tortdeN., comme pour l'assurer que jen'ai pas manqué de prudence ni de modération , et que j'ai méprisé ses petits desseins, plutôt que de m'en fâcher aucunement. Vous cachetterez, s'il vous plait, toutes leurs lettres avant que de leur donner , excepté celle de N. , laquelle je vous prie de feirè voir à M. G. , au P. N. et au P. D. , et de la laisser k celui d'entre eux que vous verrez le der- ■ nier, pour la lui donnCT.
Je vous envoie une aiguille frottée d'une pierre d'aimant, qui pèse environ deux livres , et qui en lève jusques à vingt étant armée ; mais , désarmée ,
' ■ Reneri. Voyti la lettre de Guaendi k Senerioa , tome 6 de tes > onnagM, p>gei 41 , ii. •
■ ■ Vojei celle lettre ci-aprèa , p»ge Sa» , embirriisséa aïsc mw «ntre
r:,o,-7=.ihyGi:U)(^Ie
elle n'en lève pas plus d'une. 11 décline de cinq degrés à ce qu'on m'a dit; mais je n'en suis pas fort assuré , car celui qui l'a n'est pas fort intelli- . gent. Je ne sais si c'est la même pierre que vous avez rue , mais on m'a dit qu'il n'y en avoit point de meilleare en cette ville. £t si on vous demande ^ où je suis , je vous prie de dire que vous n'en êtes i pas certain , pourceque j'étois en résolution de \ passer en Angleterre , mais que vous avez reçu mes lettres d'ici , et que si on me veut écrire , vous me ferez tenir leurs lettres. Si on vous demande ce que je Ëùs, vous direz , s'il vous plaît , que je prends p]ai»ràétudier pour mHnstruîre moi-même ; mais que, de l'humeur que je suis , vous ne pensez pas que je mette jamais rien au jour , et que je vous en ai tout-à-fait ôté la créance. Je sais , etc.
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ANNÉE l65ï.
AU R. P. MERSENNE'
(Lettre 65 du lome IL)
Mon nÉvÉBRiSD père,
Je ne vous écrirois point à ce voyage , si je n'a vois peur que vous le trouvassiez étrange comme à l'autre fois , car je n'ai guère de choses à vous mander; mais je vous supplie très humblement , une fois pour toutes , de vous assurer qu'il n'y a rien au monde capable de changer ni d'altérer le désir que j'ai dé vous servir , et que je ne crois jamais au rapport de personne , en ce qui peut tourner au désavantage de mes amis , si ma propre expérience ou des démonstrations infaillibles ne m'assurent de la même chose. Vous pouvez
1 PTcniiic muD: - <63o . juin. • — Saeoaàt miiD ; - lo Janiicr -1611. Toyei U pige 1 1 dn Doavctn «hier. >.
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l80 LETTRES.
avoir remarqué comment je me suis gouverné envers le sieur N. ', auquel je n'ai témoigné aucun refroidissement, jusques à ce que ses propres lettres m'en donnassent juste occasion , quoique je fiasse d'ailleurs très assuré de la vérité; et vous connoissiez bien un autre homme ', avec qui je fais encore profession d'amitié, bien que, sans compterce que vous m'avez écrit, trois autres personnes différentes m'ont assez mandé de ses nouvelles pour me donner sujet de m'en plaindre. Au reste , ne pensez pas que j'écrive ceci pour faire aucune comparaison , mais seulement pour vous assurer que je ne suis nullement soupçonneux, ni de facile créance, et que ceux qui me font l'honneur de m'aimer véritablement se doivent assurer qu'encore que tons les hommes du monde me témoignassent le contraire, ils ne seroient pas suffisants pour me lé persuader , ni empêcher de leur rendre le réciproque. Mais vous savez combien je - suis négligent à écrire ; et si j'y manque une autre fois, comme je ferai, s'il vous plaît, bien souvent, quand je n'aurai pas assez de matière pour remplir le papier, et qu'il n'y aura rien de pressé, je vous supplie et vous conjure de croire que je ne laisserai pas- pour cela d'être parfaitement votre serviteur , de vous honorer, et de me ressentir votre obligé toujours de plus en plus.
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LETTRES. l8l
Je VOUS dirai que je suis mainteuaut après à démêler le chaos pour eu faire sortir de la lumière, qui est l'une des plus hautes et des plus difficiles matières que je puisse jamais entreprendre, car toute la physique y est presque comprise. J'ai mille choses diverses k considérer toutes ensemhle, pour tnniver un hiais par le moyen duquel je puisse dire la vérité sans étonner l'imagination de personne, ni choquer les opinions qui sont communément reçues : c'est pourquoi je désire prendre un mois ou deux à ne penser à rien autre (^ose. Cependant, toutefois, je ne laisserai pas d'être hien aise de savoir ce qu'auront dit de mes lettres ceux à qui j'écrivis dernièrement, et aussi M. Mydorge, à quî'^'avois écrit auparavant, et de quoi vous ne me mandez rien en votre dernière; mais si quelqu'un m'écrit encore par hasard, je ne suis pas résolu de leur &ire réponse, au moins de long-temps après, et ils pourront excuser ce retardement sur la distance des lieux, d'autant qu'ils ne savent pas où je suis.
Pour les lignes dont vous m'écrivez, je ne saurais m'ex^npter d'en parler suffisamment eu mon traité; mais cela est si peu de chose, que je m'é' tonne qu'il y ait quelqu'un qui pense que les autres l'ignorent : c'est ime grande marque de pauvreté que d'estimer beaucoup des dioses de si peu de valeur, et qui ne sont pas rares à cause qu'elles
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l8a LKTTEES.
sont difficiles, mais seulement à cause qu'il y a peu de gens qui daignent prendre la peine de les 'chei-cher. Pour le livre à tirer des armes, il est de plus d'apparence que d'utilité ; car encore que l'art soit très bon , il n'y est pas toutefois trop bien expliqué : les libraires en paient ici cinquante francs sans être relié, et je n'en dontiraois pas un teston pour mon usage. Je ne pense pas qu'il Êiilte croire ce que vous me mandez du diamant.
Je n'oserois vous prier de voir M. le cardinal de Baigné à mon occasion, car je ne suis pas assez familier avec lui pour cela; mais si vouslui parliez par qudque autre rencontre , et qoe cela vint à propos, je ne serois pas marri que vous lui témrâgnassiez que je l'honore et l'^iftime estrèmeraeat.
Tavois oublié à lire un billefque je viens de trouver en votre lettre, où vous me mandez avoir envoyé ma lettre à M. Mydoi^e, et que vous désirez savoir un moyen de faire des expériences ■utiles. A cela je n'ai rien à dire après ce que Verulamius en a écrit, sinon que, sans être trop curieux à rechercher Voûtes les petites particularités touchant une matière, il faudroit principalement faire des recueils généraux de toutes les choses les plus communes, et qui sont très certaines, et qui se peuvent savoir sans dépense : comme que toutes les coquilles sont tournées en même sens , et savoir si c'est le même au-delà de l'-équinoxJal; que le
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LETTRES. |g3
corps de tous les animaux est divisé en trois parties, caput, pectas, et ventrem; et ainsi des autres, car ce sont celles qui servent infailliblement eq 1^ recherche de la vérité. Pour les plus particulières, il est impossible qu'on n'en fasse beaucoup de superflues et même de Ëiusses, si on ne connoit la vérité des choses avant que de les faire. Je suis, etc.
AU R. P. MERSENNE-
(Lettre 66 du tome II.)
Mon KBvÉKEifD pAre,
J'ai enfin reçu les Hvres que vous m'avez fait la faveur de m'envàyer, et vous en remercie très homUement ; je n'ai encore hi que fort peu de cehii du père Gibîeuf, mais j'estime grandement
■ 'CeltalqttraartoalltiMiinAeaBrrorifiDal dMnMnworiudalaH^» PIdi bu : s Cette lettre eil U 6° des numiMnits de la Hin. La date iloit déchirée. Je 11 tiena écrite le i3 jaDiier i63i, y éUnl beuiconp parlé dapréscDI du P. GibtenfiiM, D. , de son litre imprimé vers le miliea de l'année i65a. Voyez le noaveaD cahier. «. — Beancoap de correctioos et d'addition*. ^
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l84 LETTRES.
ce que j'en ai vu, et souscris lout-à-fait à son opinion. M. R. m'a prié de le lui 'prêter, ce qui m'a empêché de le lire tout entier ; aussi qu'ayant maintenant l'esprit rempH d'autres pensées, j'ai cru que je'ne serois pas capable de bien entendre cette matière, qui est à mon avis l'une des plus hautes et des plus difficiles de la métaphysique. Si, vous voyez le père Gibieuf, je vous prie de ne lui point témoigner que j'aie encore reçu son livre, car mon devoir sercàt de lui écrire dès maintenant pour l'en remercier; mais je serai bien aise de difiérer encore deux ou trois mois, a£n de lui apprendre par même moyen des nouvelles de ce que je lais. J'ai |u le livre des trente exemplaires , mais je l'ai trouvé bien au-dessous de ce que je m'étois imaginé; et je n'ai point de regret de ne l'avoir point reçu plus tôt, car aussi bien n*aurois-je pas voulu prendre la peine de le réfuter. J'ai trouvé les odes pour le roi fort bien faites, et j'estime fort' le dessein de la Bibdothèque universelle f car je m'imagine qu'elle ne servira pas seulement à ceux qui veulent lire beaucoup de livres', mais aussi à ceux qui craignent de perdre le temps à en lire de mauvais, poiircequ'elle les avertira de ce qu'ils contiennent.
'Je viens maintenant à vos autres lettres ; toutes
' lÀvrexi tia nontre de^uels vous sapez que je ne suis pas..-.
• Fous me tnandet que je la ilanne A M. Haxendoiie , mais il n'est pai
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les questions que j'y trauve se rapportent à deux, à savoir, à supputer la vitesse d'un poids qui desceaà, et à counoitre quelles consonnances sont les plus douces. Pour ia façon de calculer cette vitesse, que je vous avois envoyée , vous n'en devez faire aucun état, car elle suppose deux choses qui sont certainement fausses, à savoir qu'il y ait un espace tout-à-fak vide, et que le mouvement qui s'y fait soit, au premier instant qu'il commence, le plus tardif qu'il se puisse imaginer, et qu'il s'augmente toujours par après également. Mais, quand cela seroit vrai, il n'y a point de moyen de l'expliquer en d'autres nombres que ceux que je vous ai envoyés, au moins qui soient rationaux; et je ne vois pas même qu'il soit aisé d'en trouver d'irratiouaux, ni aucune ligne de géométrie qui en explique davantage.
Pour ce qui est de la vraie )Hï>portion selon laquelle s'augmente et diminue la vitesse d'un poids qui descend dans l'air, je ne la sais pas encore. Il me &udra dans peu de joui-s expliquer la nature de la pesanteur dans mon traité; si en l'écrivant je trouve quelque chose de cela , je vous le manderai.
encore 4e retour ^Angleterre, l'ont m^écrivat ainsi d'une -aie d» taiau Aluateth que -voiu envoies à M. Beneri pour faire imprimer ; ii ne m'en a rien mande. Mais j'eipire te voir ici dam quelques jours ; et s'il faut juelgae argent pour cela, je ne manquerai pas ^j répondre oa de l'avanttr, atna fiCil sera de besoin, Jevifns...
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l86 LETTRES. '
Ce que vous demandez d'un levier qui descend est quasi la même chose que des autres poids.
£q quelque façon qu'on conçoive le vide, il est certain qu'une pierre qui s'y meut dtût aller plus ou moins vite, se4on qu'elle aura été poussée avec plus ou moins de force; et que, dans l'air, ce qui la fut aller plus loin une fois que l'autre, c'est que l'impression qu'elle reçoit (c'est-à-dire la vitesse du mouvement qu'elle a en sortant de la main de celui qui la jette) est plus grande.
Touchant la douceur des consonnances, il y a deux choses à distinguer, à savoir, ce qui les rend plus simples et accordantes , et ce qui les rend plus agréables à l'oreille : or, pour ce qui les rend plus agréables, cela dépend des lieux où elles sont employées; et il se trouve des endroits où les fausses quintes et autres dissonances sont même plus agréables que les consonnances , de sorte qu'on ne sauroit déterminer absolument -qu'une consonnance soit plus agréable que l'autre. On, peut seulement dire que, pour l'ordinaire , les tierces et les sextes sont plus agréables que la quarte; qiie, dans les chants gais, les tiercesetles sextes mineures sont plus agréables que les majeures, et le contraire dans les tristes , etc. , pourcequ'il se trouve plus d'occasions où elles y peuvent être employées plus agréablement: mais on peut dire absolument lesquelles sont les plus sinlples et .les plus accordantes, car
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cela Qe dépend que de ce que leurs &ods s'unissent davantage l'un avec l'autre, et qu'elles approchent plus de la nature de l'unisson ; en sorte qu'on peut dire absolument que la quarte est plus accordante que la tierce majeure, encore que pour l'ordinaire elle ne soit pas si agréable; conune la casse est plus douce que les olives, mais non pas si agréable au goût. Et pour entendre ceci bien clairement, il faut supposer que le son n'est autre chose qu'un certain tremblement d'air qui vient chatouiller nos oreilles , et que les tours et retours de ce tremblement se font d'autant plus vite que le son est plus aigu; en sorte que deux sons étant à l'octave l'un de l'autre, le plus grand ne fera trembler l'air qu'une fois, pendant que le plus aigu le fera trembler justement deux fois, et ainsi des autres consonnances. Enfin il faut supposer que lorsque deux sons frappent l'air en même temps , ils sont d'autant plus accordants, que leurs tremblements se rencontrent plus souvent l'un avec l'autre , et qu'ils causent moins d'inégalité dans le mouvement du corps de l'air, car en tout ceci je crois qu'il n'y a rien qui ne soit véritable'. Maintenant donc, pour voir à l'œil quand les divers tremblements de deux sons recommencent ensemble, mettons des lignes pour ta durée de chaque son , et y faisons des di-
quc je prends pour chttcundct
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l88 LETTRES.
visions sui^pt la durée de c^iacuii ds leurs, tremblements. Par exwnple, la ligne A me représente un son d'une octave plus bas , que celui qui est représenté par la lign&B, et par conséquent chaque tremblement dure deux fois aussi long-temps; j'y fais donc des intervalles deux fois aussi grands, comme vous voyez : et C, au contraire, me représente la durée d'un son qui est d'une octave plus haut ; c'est pourquoi, j'y fois les intervalles de la moitié plus petits. Je prends, après, D, qui fait la quinte avecC, et la i3 et 19 avec B et A; item E, qui fait les 4» » 1 et i8 avec C,B,A; et F, qui fait les 5 , 1 o et 1 ^ majeures avec C,B,A ; et j'y marque les intervalles à l'avenant, ainsi que. vous les voyez mis en chiffres ' : et il est évident en cette table que les sons qui font les octaves sont ceux qui s'accordent le mieux l'tm avec l'autre; ceux qui font les quinte les suivent, les quartes après, et ceux des tierces sont les moins accordants de tous. Il est évident aussi que D s'accorde mieux avec B, qui est la 1 3 , qu'avec C, et qu'F s'accorde mieux avec A qu'il ne fait avec B ni C ; mais on ne peut pas dire qu'E s'accorde mieux avec l'un des trois, A,B,C, que ne fait D, ni F mieux qu'E, etc. Vous pouvez assez de ceci juger le reste. Je ne sab pourquoi vous pensez que je tiens que les tremble-
' - Apm ce mot ea chiffres il faatiDClUe cette Ggai'e, qui ëtoil ainM dnas l'origioal (leM. de la Hire. » Vojei fifnra 3p.
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LETTRES. iQg
ments de la quinte ne se rapportent qu'à chaque sixième coup ; car, si je l'ai écrit , c'ert error eatami, et je ne l'ai jamais conçu autreBoent qu'il est mi% ici'. Je suis, etc.
JDGBmiTT DE M. DESCAKTKS DE QUELQUES LETTRES DE BitLZAC.
(Lettre loo du tome 1. Version.)
Quelque dessein que j'aie en lisant ces lettres, soit que je les lise pour les examiner, ou seulement pour me divertir, j'en retire toujoursbeaucoupde satisfaction ; et, bien loin d'y trouver rien qui soit digne d'être repris , parmi tant de belles choses que j j vois , j'ai de la peine à juger quelles sont celles qui méritent le plus de louange. La pureté de l'élocution y règne partout, comme fait la santé dans le corps, qui n'est jamais plus parfaite que lorsqu'elle se fait le moins sentir. La grâce et la politesse y reluisent comme la beauté
■ Cette lettre n'eil datée ni daoa l'iuiprinié ni dnu Ici Di>te9 maDO»crites de Texemplure de ta Bibliothèque ; maii comme èDe at rapporte à Baluc , je 11 fluce nec lei deux lettre* qui lui saal «IressMS.
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igO LETTfiES.
dans une fenune pariaitemeut belle , laquelle ne ccAiâiste pas dans l'éclat de quelque partie en par- .ticuU^o' , mais dans un accord et un tempérament M juste de ^putes lés parties ensemble , qu'il n'y en doit avoir aucune qui l'emporte par-dessus les autres , de peur que la proportion n'étant pas bien gardée dans le reste , le composé n'en soit moins parfait. Maiscomme toutes les parties qui ont quelque avantage se reconnoissent tacitement parmi les taéhes qu'on a coutume de remarquer dans les beautés communes, et méme'qu'il s'en trouve quelquefois parmi celles où nous remarquons des défauts , qui sont dignes de tant de louanges que par là nous pouvons juger combien seroit grand le mérite d'une beauté parfaite, s'il s'en rencontroit dans le monde ; de même , quand je considère les écrits des autres, j'y trouve souvent à la vérité plusieurs grâces et ornements dans le discours, mais qui ne sont point sans le mélange de quelque chose de vicieux ; et parceque ces pièces ', toutes défectueuses qu'elles sont , ne laissent pas de mériter quelque approbation , je connois par là très clairement l'estime que je dois faire des lettres de M. de Balzac , où les grâces se voient dans toute leur pureté. Car s'il y en a de qui le discours flatte quelquefois l'oreille , parceque les termes en sont choisis, les mots bien arrangés , et le style diffus , là ausKÏ le plus souvent la bassesse des pen»
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sées répandues dans un vaste discours satisfit peu l'attention du lecteur, qui ne trouve ordinaîrem^it que dea paroles qui ne renferment que très pea de sens ; et si d'autres au contraire, par des mots fort significatif , accompagnés de la richesse et de la sublimité des pensées , sont capables de contenter les plus grands esprits , souvent aussi un style trop concis et obscur les lasse et les fatigue ; que si {quelques autres , tenant le milieu entre ces deux extrémités , sans se soucier de ta pompe et de l'abondance des paroles, se contentent de les faire servir, ^lon leur vrai usage, à exprimer simplement leurs pensées , ils sont si rudes et si austères, que des oreilles peu délicates ne les saruraient soufifrir ; enfin , s'il y en a qui, s'adonoant à des études plus faciles et plus enjouées , ne s'occupeait qu'à la recherche de quelques bon» mots et de quelques jeux de l'esprit , ceux-là pour l'ordinaire font consistes mat à propos la politesse du discours ou dans la feinte majesté de quelques tomes abolis , ou dans l'usage fréquent de quelques mots étrangers , ou dans la douceur de quelques façons de parler nouvelles , ou enfin dans des équivoques ridicules, des fictions poétiques, des argumentations sophistiques , et des subtilités puériles ; mais, pour dire la v^té , toutes ces gentillesses, ou plutôt ces vains amusements d'esprit, ne samvieDt davantage satisfaire des personnes un
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iga LETTRES.
peu graves , que tes niaiseries d'un bouffon , ou les souplesses d'un bateleur.Mais, dans ces épîtres, ni l'étendue d'un discours très éloquent, qui pourroit seulremplirsuffisammentrespritdes lecteurs, ue dissipe et n'étouffe point la force des arguments^ ni la grandeur et la dignité des sentences , qui pourroit aisément se soutenir par son propre poids, n'est point rayalée par l'indigence des paroles; mais , au contraire, on y voit des pensées très relevées, et qui sont hors de la portée du vulgaii», fort nettement exprimées par des termes qui. sont toujours dans labouche des honjmes et que l'usage a corrigés : et de cette heureuse alliance des choses avec le discours, il en résulte des grâces si faciles et si naturelles, qu'elles ne sont pas moins différentes de ces beautés trompeuses et contrefaites , dont te peuple a coutume de se laisser charmer , que le teint et le coloris d'une belle et jeune fille est différent du fard et du vermillon d'une vieille qui fait l'amour. Ce que j'ai dit jusqu'ici ne regarde que l'élocution , qui est presque tout ce qu'on a coutume de considérer dans ce genre d'écrire ; mais ces lettres contiennent quelque cho^ de plus relevé que ce qui s'écrit ordinairement à des amis; et d'autant que les arguments dont elles traitent , souvent ne sont pas moindres que ceux de ces harangues que ces anciens orateurs déclamoient autrefois devant le peuple , je me trouve
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obligé de dire ici <]uelque chose du rare et excel-, lent art de persuader , qui est )e comble et la perfection de l'éloquence. Cet art , comme toutes les autres choses , a eu dans tous les temps ses vices aussi bien que ses vertus; car, dans les premiers siècles où les hommes n'étaient pas encore civilisés , où l'avarice et l'ambition n'avaient encore excité aucune dissension dans le monde, et où la langue sans aucune contrainte suivoit les affections et 'les sentiments d'un esprit sincère et véritable, ilyaeuà la vérité dans les grands hommes une certaine force d'éloquence , qui avoit quelque chose de divin, l&quelle provenant de l'abondance du bon sens et du zèlede la vérité, a retiré des bois les hommes à demi sauvages , leur a imposé des lois, leur a Eût bâtir des villes, et qui n'a pas eu plustôtla puissance de persuader qu'elle a eu celle de régner. Mais, peu de temps après , les disputes du barreau et l'usage fréquent des harangues l'ont corrompue chez tes Grecs et chez les Romains pour l'avoir trop exercée ; car de la bouche des sages, elle est passée dans celle des hommes du bommun, qui, désespérant de se pouvoir rendre justice de l'esprit de leurs auditeurs, en n'employant point d'autres armes que celles de la vérité, ont eu recours aux sophismes et aux vaines subtilités du discours; et, bien qu'ils surprissent assez souvent l'esprit des personnes simples et peu pru-
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dentes , et que par ce moyen ils s'en rendissent les maitres^ils n'oot pas eu néanmoins plus déraison de disputer de la gloire de l'étoquence avec ces premiers orateurs , que des traîtres en pourroient aTtûr de contester de la v^itable générosité avec des soldats fidèles et aguerris; et qtioiqu'ils tXBplojassent cpelquefbis Imrs hausses raisons pour b défense de la vérité, néanmoins parcequ'ils ^soient consister la principale gloire de leur art à défendre de mauvaises causes, je les trouve avoir été en cela très miséraUes de n'avmr pu ~ passer pour bons orateurs sans paraître de naéebants hommes. Mais pour M. de Balzac, il explique avec tant de force tout « qu'il eatreprend de traiter, et l'enrichit de si grands exemples , qu'il Y a lieu de s'étCMnncr que l'exacte observation de toutes les règles de l'art n'ait point afîoibli la véhémence de son style , ni retenu l'impétuosité de son naturel, et que, pa^nà l'ornement et l'élégance de notre âge , il ait pu conserver la force et la majesté de l'éloquence des premiers siècles; car n n'abuse point, comme fbotla plupart, de la simplicité de ses lecteurs ; et quoique les raiscMis qu'il emploie srâent si plausibles qu'elles gagnent facil^nent l'esprit du peuple , elles, sont avec cela si solides et si véritables , que plus une personne a d'esprit, et plus înfailliblemeirt il en est convaincu , principaleBient lorsqu'il n'a dessein
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de prouver ano. autres que ce qu'il s'est auparavant persuadé à lui-même. Car bien qu'il n'ignore pas qu'il est quelqudbis permis d'appuyer de bonnes raisons les propositions les plus paradoxes , et d'éviter avec adresse les vérités un peu périlleuses , on aperçoit néanmoins dans ses écrits une certaine liberté généreuse, qui fait assez voir qu'il n'y a nea qui luisoitplus insupportableque démentir. Delà vient que si quelquefois son discours le porte h décrire les vices des grands , la crainte et la flatterie ne kii font rien dissimuler, et si au contraire l'occasion se présente de parler de leurs vertus, il ne les couvre p(Nnt par une m^ice afiectée, et dit partout la và-ité. Que si quelqu^ois il est obligé de parler de lui-même , 11 eu parie avec la même liberté ; car ntla crainte du mépris ne l'empêche point de décot^ vrir aux autres les fbiblesses et les maladies de son corps,, ni la malice de ses envieux ne lui fait point dissimuler les avanb^sde son esprit. Ce que je sais pouvcnr être d'abord interprété par [^usieurs en mauvaise p^t ; car les vices sont si ordinaires en ce siècle et les vertus si rares , que dès lors qu'un même effet peut dépendre d'une bonne ou d'one mauvaisecause, les bommes ne manquent jamais de le rapporter à ceHeqni est mauvaise, et d'en juger par œ qui arrive le plus souvent : mais qui voudra prendre garde que M. de Balzac déclare librement dans ses écrits les vices et les vertus desau-
très , aussi bien que les siens , ne pourra jamais se persuader qu'il y ait dans un même homme des mœurs si dififérentes, que de découvrir tantôt par uoe liberté malicieuse les fautes d'autrui, et tantôt de publier leurs belles actions par une honteuse flatterie , ou de parler de ses propres infirmités par'une bassesse d'esprit, et de décrire les aTantages et les prérogatives de son âme par te désir d'une vaine gloire ; mais il croira bien plutôt qu'il ne parle comme il fait de toutes ces choses que par l'amour qu'il porte k la vérité, et par une générosité qui lui est natut«11e, et la postérité lui disant justice, et voyant en lui des mœurs toutes confomles à celles de ces grands hommes de l'antiquité , admirera la candeur et l'ingénuité de cet esprit élevé au-dessus du commun, quoique les hommes jaloux maintenant de sa gloire ne veuillent pas reconnoître une vertu si sublime ; car la dépravation du genre humain est aujourd'hui si grande , que comme dans une troupe de jeunes gens débauchés on auroit honte de paroitre chaste et tempérant, de même aussi la plupart du monde se moque aujourd'hui d'une personne qui fait profession d'être sincère et véritable, et l'on prend bien plus de plaisir à entendre de fausses accusations que de véritables louanges , principalement quand les personnes de mérite parlent un peu avantageusement d'eux-mêmes ; car c'est pour lors
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que la vérité passe pour orgueil , et la dissimulation ou le mensonge pour modération , et c'est de là que tant de libelles diffamatoires qu'on a faits contre lui ont pris le spécieu!^ prétexte et la matière de toutes leurs accusations ; cette calomnie a autorisé toutes les autres , et leur a donné cours , pour injustes et ridicules qu'elles aient été , ei à fait qu'elles ont toutes trouvé quelque créance dans l'esprit du vulgaire ; mais, à dire le vrai , ce qui est ici déplorable , c'est que, sous ce mot devulgaire , la plupart de ceux-là se trouvent compris qui s'imaginent être quelque cbose et qui s'estiment plus que les autres.