TROISIEME PARTIE
cent, s'il n'alloit point plus vite que ces taches , à cause que le chemin qu'il fait est environ deux mille fois plus grand que le leur. Car on peut penser que ce qui les retarde est qu'elles sont jointes à l'air que j'ai dit ci-dessus devoir être autour du soleil , parceque cet air s'étend jusque vers la sphère de Mercure, ou peut-être même plus loin, et que les parties dont il est composé ayant des figures fort irrégulières , s'attachent les unes aux
autres, et ne se peuvent mouvoir que toutes en- . semble , en sorte que celles qui sont sur la superficie du soleil avec ses taches ne peuvent faire guère plus de tours autour de lui que celles qui sont vers la sphère de Mercure , et par conséquent doivent aller beaucoup plus lentement : ainsi qu'on voit en une roue , lorsqu'elle tourne , que les parties proches de son centre vont beaucoup moins vite que celles qui sont en sa circonférence. ; Puis, voyant que la lune a son cours non seu- 149. lement autour du soleil, mais aussi autour de la f^^'^rri.lr
' » luDe tourne
terre, nous jugerons que cela peut être arrivé de ^^^^^^ ^« ^^ ce qu'elle est descendue dans le tourbillon qui avoit la terre en son centre, auparavant que la terre fut descendue vers le soleil, ainsi que quatre autres planètes sont descendues vers Jupiter; ou plutôt, de ce que n'étant pas moins solide que la terre, et toutefois étant plus petite, sa solidité est cause qu'elle doit prendre son cours à même
ai.
324 LES PRINCJPES DE LA PHILOSOPHfE.
distance du soleil, et sa petitesse qu'elle s y doit mouvoir plus vite , ce qu'elle ne peut faire, sinon en tournant aùâsi autour de la terre. Soit par exemple S' le soleil, et NTZ le cercle suivant lequel la terre et la lune prennent Içurs cours autour de lui ; en quelque endroit de ce cercle que la lune ait été au commencement, elle a dû venir bientôt vers A , proche de la terre T, puisqu'elle alloit plus vite qu'elle ; et, trouvant au point A que la terre avec l'air et la partie du ciel qui l'environne lui faisoit quelque résistance, elle a dû se détourner vers B, je dis vers B plutôt que vers D , parcequ'en cette façon le cours qu'elle a pris a été moins éloigné de la ligne droite. Et pendant que la lune est ainsi allée d'A vers B, elle a disposé la matière du ciel contenue dans le cercle ABCD à tourner avec l'air et la terre autour du centre T, et y faire comme un petit tourbillon, qui a toujours depuis continué son cours avec la lune et la terre, suivant le cercle TZN, autour du soleil. i5o. Cela n'est pas toutefois la seule cause qui fait
Pourquoi la * •
. terre tourne quc la tcrrc toume sur son essieu ; car, puisque nous la considérons comme si elle avoit été autrefois une étoile fixe qui occupoit le centre d'un tourbillon particulier dans le ciel, nous devons penser qu'elle tournôit dès lors en cette sorte , et que la matière du premier élément , qui est tou-
* Voyez planche VI, figure 2.
centre.
TROISIÈME PABTIE.' 5a 5
jOMvs^dêmeuréQ depuis en son centre ^ continue de ta mouvoir en, même façon.
Et on n'a point sujet de trouver étrangie que la iSi,
^. , Pourquoi la
terre tasse presque trente tours sur son essieu lune se meut pendant que la lune en fait seulement un , suivant ^ ^ twre*!"^ le cercle ABGD, parceque .la cir conférence de ce cercle étant environ soixante fois aussi grande que ie circuit de la twre , cela fait que le mouvement de la lune est encore deux fois aussi vite que celui de la terre. Et parceque c'est la matière du ciel qui les emporte toutes deux , et qui vraisemblablement * se meut aussi vite contre la terre que vers la lune, je ne pense pas qu*il y ait d'autre raison pourquoi la lune a plus de vitesse que la terre, sinon parçequ'elle est plus petite.
On n'a pas sujet aussi de trouver étrange que ce ^^^•
* "^ ^-^ * Pourquoi
soit toujours à peu près le même côté de la lune c'est toujours
A. M. L 1 . r^ ^ • ' «. un même côté
qui est tourne vers la terre. Car on peut aisément de la lune qui àe persuader que cela vient de ce que son autre côté *** tourne
r T . ^ vers la terre.
est quelque peu plus solide, et, par conséquent, doit décrire le plus grand cercle, suivant ce qui a ci-dessus été remarqué touchant les comètes. Et certain^nent toutes ces inégalités en forme de montagnes et de vallées, que les lunettes d'approche font voir sur celui de ses côtés qui est tourné vers nous, montrent qu'il n'est pas si solide que peut êtipe son autre côté. Et on peut attribuer la cause de cette différence à l'action de la lumière ,
3â6 LES PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE.
parceque celui des côtés de la lune qui itous regarde ne reçoit pas seulement la lumière qui vient du soleil ainsi que l'autre, mais aussi celle qui lui est envoyée ..par la réflexion de la terre, au temps des nouvelles lunes.
i53. On ne se doit pas non plus étonner de ce que
Pourquoi la , ' •■
imie va plus la luue se meut un peu plus vite , et se détourne ^uJ^irL* moins de sa route en tous sens lorsqu'elle est pleine route, étant ^^ nouvcUe, c'est-à-dire lorsqu'elle est vers B ou
pleine ou nou- ^
TeUe, que vers D, quc pendant son croissant ou son décours,
pendant son , , i. i « i, . ^
croissant ou c cst-à-dire pendant qu elle est vers A ou vers C : son ecours. ^^ j^ matière du ciel qui est contenue en l'espace ABCD est composée des parties du second élément, semblables à celles qui sont vers N et vers Z, et par conséquent un peu plus grosses et un peu moins agitées que celles qui sont plus bas que D vers K , mais au contraire plus petites et plus agitées que celles qui sont plus haut que B vers L; ce qui^fait qu'elles se mêlent plus aisément avec celles qui 'sont vers N et vers Z qu'avec celles qui sont vers K ou vers L; et, ainsi que le cercle ABCD n'est pas exactement rond , mais plus lo^g que large en forme d'ellipse , et que la matière du ciel qu'il contient, allant plus lentement entre A et C qu'entre B et D, la lune ({u'elle emporte avec soi y doit aussi aller plus lentement, et y faire ses excursions plus grandes, tant en s'éloignant qu'en s'approchant de la terre ou de Véçliptique.