‹ OEuvres de Descartes, publiées (volume 4)Chapitre 234 sur 241 · QUATRIEME PARTIE. SoQ · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE. SoQ

par rame en tant qu'elle est dans la main , mais en tant qu'elle est dans le cerveau.

On peut aussi prouver fort aisément que notre 197âme est de telle nature que les seuls mouvements prouvequ'eUe qui se font dans le corps sont suffisants pour lui «st^eteUena-

*■ r r ture que le

faire avoir toutes sortes de pensées , sans qu'il soit seul mouve-

. . ment de quel-

besoin quil y ait en eux aucune chose qui res- que corps suf-

semble à ce qu'ils lui font concevoir , et particu- aonuCTTome lièrement qu'ils peuvent exciter en elle' ces pensées ®°^*®* ^^ ^^ confuses qui s'appellent des sentiments. Car, premièrement , nous voyons que les paroles, soit proférées de la voix , soit écrites sur du papier , lui font concevoir toutes les choses qu'elles signifient , et lui donnent ensuite diverses passions. Sur un même papier , avec la même plume et la même encre , en remuant tant soit peu le bout de la plume en certaine façon , vous tracez des lettres qui font imaginer des combats, des tempêtes ou des furies à ceux qui les lisent , et qui les rendent indignés ou tristes ; au lieu que si vous remuez la plume d'une autre façon presque semblable , la seule différence qui sera en ce peu de mouvement leur peut donner des pensées toutes contraires , comme de paix, de repos, de douceur, et exciter en eux des passions d'amour et de joie. Quelqu'un répondra peut-être que l'écriture et les paroles ne représentent immédiatement à l'âme que la figure des lettres et leurs sons , ensuite de quoi , elle

qui entend la signification de ces paroles , exdte en soi-même les imaginations et passions qui s y rapportent. Mais que dira-t-on du chatouillement et de la douleur ? Le seul mouvement d'une épée coupant quelque partie de notre peau, nous fait sentir de la douleur, sans nous faire sentir pour cela quel est le mouvement ou la figure de cette épée. £t il est certain que l'idée que nous avons de cette douleur n'est pas moins différente du mouvement qui la cause, ou de cdiui de la partie de notre corps que l'épée coupe , que sont les idées que nous avons des couleurs , des sons , des odeurs ou des goûts. C'est pourquoi on peut conclure que notre âme est de telle nature que les seuls mouvements de quelques corps peuvent aussi bien exciter en elle tous ces divers sentiments que celui d'une ^ée y excite de la douleur.

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