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de chaleur, etc. Outre cela , lorsque cçs nerfs sont mus un peu plus fort que de coutume , et toutefois en telle sorte que notre corps n'en est aucunement endommagé , cela fait que l'âme sent un chatouillement qui est aussi en elle une pensée confuse; et cette pensée hii est naturellement agréable, d'autant qu'elle lui rend témoignage de la force du corps avec lequel elle est jointe, en ce qu'il peut souffrir l'action qui cause ce chatouillement sans être offensé. Mais si cette même action a tant soit peu plus de force , en sorte qu'elle offense jiotre corps en quelque façon , cela donne à notre âme le sentiment de la douleur. Et ainsi l'on voit pourquoi la volupté du corps et la douleur sont en l'âme des sentiments entièrement contraires , nonobstant que souvent l'un suive de l'autre , et que leurs causes soient presque semblables.
Le sens qui est le plus grossier après l'attouche- 192 ment est le goût , lequel a pour organe les nerfs de la langue et des autres parties qui lui sont voisines; et pour objet les petites parties des corps terrestres, lorsque, étant séparées les unes des aur très, elles nagent dans la salive" qui humecte le dedans de la bouche : car, selon qu'elles sont dififérentes en figure , en grosseur ou en mouvement , elles agitent diversement les extrémités de ces nierfs, et par leur moyen font sentir à l'âme toutes sortes de goûts différents.
Dn goût.
5o6 LES PRINCIPES BB LA PHILOSOPHIE.
193* Le troisième est Todorat, qui a pour orcane
De l'odorat. . , , a j
deux nerfs, lesquels ne semblent être que des parties du cerveau qui s'avancent vers le nez , parcequ'ils ne sortent point hors du crâne; et il a pour objet les' petites parties des corps terrestres qui, étant séparées les unes des autres, voltigent par l'air , non pas toutes indifféremment , mais seulement, celles qui sont assez subtiles et pénétrantes pour entrer par les pores de l'os qu'on nomme spongieux , lorsqu'elles sont attirées avec l'air de la respiration , et aller mouvoir les extrémités de ces nerfs , ce qu'elles font en autant de différentes façons que nous sentons de différentes odeurs.
jyj^y^' Le quatrième est l'ouïe , qui n'a pour objet que
les divers tremblements de l'air; car il y a des nerfs au dedans des oreilles tellement attachés à trois petits os qui se soutiennent l'un l'autre , et dont le premier est appuyé contre la petite peau qui couvre la concavité qu'on nomme le tambour de l'oreille , que tous les divers tremblements que l'air de dehors communique à cette peau sont rapportés à l'âme par ces nerfs, et lui font ouïr autant de divers sons.
'9^' Enfin , le plus subtil de tous les sens est celui
De la vue. ' *
de la vue ; car les 'ner£s optiques qui en sont les organes ne sont point mus par l'air, ni par les autres corps terrestres , mais seulement par les par-
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ties du second élément, qui, passant par les pores de toutes les humeurs et peaux transparentes des yeux, parviennent jusqu'à ces nerfs; et selon les diverses façons qu'elles se meuvent , elles font sentir à l'âme toutes les diversités des couleurs et de la lumière, comme j'ai déjà expliqué assez au long dans la Dioptrique et dans les Météores.
Et on peut aisément prouver que l'âme ne sent . 196-
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pas , en tant qu elle est en chaque membre du prouve que corps, mais seulement entant qu'elle est dans le ^^»*^*t^j* cerveau , où les nerfs, par leurs mouvements, lui q^'eUewt
' ^ danslecer-
rapportent les diverses actions des obj ets extérieurs vcan. qui touchent les parties du corps dans lesquelles ils sont insérés. Car , premièrement , il y a plusieurs maladies qui , bien qu'elles n'offensent que le cerveau seul, ôtent néanmoins l'usage de tous les sens, comme fait aussi le sommeil , ainsi que nous expérimentons tous les jours , et toutefois il ne change rien que dans le cerveau. De plus , encore qu'il n'y ait rien de mal disposé , ni dans le cerveau , ni dans les membres où sont les organes des sens extérieurs, si seulement le mouvement de l'un des nerfs qui s'étendent du cerveau jusques à ces membres , est âxipéché en quelque endroit de l'espace qui est entre deux , cela suffît pour ôter le sentiment à la partie du corps où sont les extrémités de ces nerfe. Et, outre cela., nous sentons quelquefois de la douleur, comme si elle étoit en quelques
5o8 L£S PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE.
uns de nos membres , dont la cause n'est pas. en ces membres où elle se sent , mais en quelque lieu plus proche du cerveau par où passent les nerfs qui en donnent à rame le sentiment : ce que je pourrois prouver par plusieurs expériences ; mais je me contenterai ici d'en rapporter une fort manifeste. On avoit coutume de bander les yeux à une jeune fille lorsque le chirurgien la venoit panser d^in mal qu'elle avoit à la main, à cause qu'elle n'en pou voit supporter la vue; et la gangrène s'étant mise à son mal , on fut contraint de lui couper jusques à ]a moitié du bras , ce qu'on fit sans l'en avertir , parcequ'on ne la vouloit pas attrister ; et on lui attacha plusieurs linges liés l'un sur l'autre en la place de la partie qu'on lui avoit coupée, en sorte qu'elle demeura long-temps après sans le savoir. Et ce qui est en ceci fort remarquable, elle ne laissoit pas cependant d'avoir diverses douleurs qu'elle pensoit être dans la main qu'elle n'avoi t plus, et de se plaindre de ce qu'elle sentoit , tantôt en l'un de ses doigts , et tantôt à l'autre; de quoi on ne sauroit donner d'autre raison , sinon que les nerfs de sa main, qui finissoient alors vers le coude, y étoient mus en la même Êiçon qu'ils auroient dû être auparavant dans les extrémités de ses doigts , pomr faire, avoir à l'âme dans le cerveau le sentiment de semblables douleurs. Et cela montre évidemment que la douleur de la main n'est pas sentie
toutes
ie se timents.