QUATRIÈME PARTIE. 5ll
quelque coup assez fort , en sorte que le nerf optique en soit ébranlé , cela nous fait voir mille étincelles de feu , qui ne sont point toutefois hors de notre œil ; et quand nous mettons le doigt un peu avant dans notre oreille nous oyons un bourdonnement dont la cause ne peut être attribuée qu'à l'agitation de Tair que nous y tenons enfermé. Nous pouvons aussi souvent remarquer que la chaleur, la dureté, la pesanteur, et les autres qualités sensibles, en iant qu'elles sont dans les corps que nous appelons chauds, durs, pesants , etc. , et même aussi les formes de ces corps qui sont purement matérielles , comme la forme du feu, et semblables, y sont produites par le mouvement de quelques autres corps , et qu elles produisent aussi par après d'autres mouvements en d'autres corps. Et UQUS pouvons fort bien concevoir com-^ ment le mouvement d'un corps peut être causé par celui d'un autre, et diversifié par la gran* deur , la figure et la situation de ses parties ; mais nous ne saurions concevoir en aucune façon com* ment ces mêmes choses, à savoir la grandeur, la figure et le mouvement, peuvent produire des natures entièrement différentes des leurs, telles que sont celles des qualités réelles et des fonnes substantielles, que la plupart des philosophes ont supposé être dans les corps; ni aussi comment ces formes ou qualités , étant dans un corps , peu-
5lâ LES PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE.
vent avoir la force d'en mouvoir d'autres. Or , puisque nous savons que notre âme est de telle nature que les divers mouvements de quelque corps suffisent pour lui faire avoir tous les divers sentiments qu'elle a, et que nous voyons bien par expérience que plusieurs de ses sentiments sont véritablement causés par de tels mouvements , mais que nous n'apercevons point qu'aucune autre chose que ces mouvements passe jamais par les organes des sens jusques au cerveau, nous avons sujet de conclure que nous n'apercevons point aussi en aucune façon que tout ce qui est dans lé& objets que nous appelons leur lumière , leurs couleurs , leurs odeurs , leurs goûts , leurs sons, leur chaleur ou froideur, et leurs autres qualités qui se sentent par l'attouchement , et aussi ce que nous appelons leurs formes substantielles, soit en eux autre chose que les diverses (figures, situations, grandeurs et mouvements de leurs parties, qui sont tellement disposées qu'elles peuvent mouvoir nos nerfs en toutes les diverses façons qui sont requises pour exciter en notre âme tous les divers sentiments qu'ils y excitent.