PREMIÈRE PARTIE. IO
en notre âme, ma» auBsi nous avons cru qu'ils étoient dans nos mains ^ dans nos pieds , et dans les autres parties de notre corps : sans toutefois qu'il y ait aucune raison qui nous oblige à croire que la douleur que nous sentons , par exemple au pied , soit quelque chose hors de notre pensée qui soit dans notrp pied ^ ni que la lumière que nous pensons voir dans le soleil soit dans le soleil ainsi qu'elle est en nous. Et si quelques uns se laissent encore persuader à une si fausse opinion , ce n'est qu'à cause qu'ils font si grand cas des jugements qu'ils ont faits lorsqu'ils étoient enfants , qu'ils ne sauroient les oublier pour en faire d'autres plus solides , comme il paroitra encore plus manifestement par ce qui suit.
Mais afin que nous puissions distin£[uer ici ce ^^*
* *^ ^ ^ Comment ou
qu'il y a de clair en nos sentiments d'avec ce qui doit distin-
' 1 . I . X ffaer en telles
est obscur, nous remarquerons en premier heu choses ce en
que nous connoissons clairement et distinctement ^^\ ^^ p*"*
^ se tromper
la douleur , la couleur , et les autres sentiments , ^'^^ec ce
. 1 ^ qu'on connoît
lorsque nous les considérons simplement comme clairement. des pensées; mais que, quand nous voulons juger jque la couleur, ou que la douleur, etc. , sont des choses qui subsistent hors de notre pensée, nous ne concevons en aucune façon quelle chose c'est que cette couleur ou cette douleur, etc. Il en est de même lorsque quelqu'un nous dit qu'il voit de la couleur dans un corps, ou qu'il sent de la douleur
1 1 0 LES PRINCIPES D£ hA. PHILOSOPHIE.
en quelqu'un de ses membres»»; car. c'est de i:néme que s'il nous disoit qu'il voit ou qu'il sent quelque chose , mais qu'il ignore entièrenpfOnt quelle est la nature de cette chose , ou bien qu'il n'a pas une connoissance distincte de ce qu'il voit et de ce qu'il sent. Car encore que, lorsqu'il n'examine pas ses pensées avec attention^ il se persuade, psut-étre qu'il en a quelque connoissance ^ à cause qu'il sup^ pose que la couleur qu'il croit voir dans un objet a de la ressembknce avec le sentiment qu'il éprouve en soi , néanmoins, s'il fait réflexion sur eecqui lui est ï^présenté par la couloir ou par la douleur, en tant qu'elles existent dans un corps coioré ou bien dans une partie blessée , il trouvera sans doute qu'il n'en a pas de connoissance.
Ou'on con. Principalement s'il considère qu'il conncnt bien noit tont au- d'une autrc façon ce que c'est gue la ST'andeur grandeurs, les uaus Ic corps quil apcTçoit , OU la figure , ou le l^^'cou-' niouvement, au moins celui qui se fait d'un lieu. draiwro ^*t ^^ ^'^ autre (car les philosophes , en feigxiant d'au'triig^s mouvements que celuiK^i, ont fait voir qu'ils ne ccmnoissoient pas bien sa vr-aie nature), ou la situa*' tion des parties , ou la darée , ou le nombre y et les autres propriétés- que nous apercevons clairement en tous les corps , comme il a été déjà remarqué; que non pas ce que c'est que la couleur dans ce même corps , ou la douleur, l'odeipr, le goût , la su* . veur, et tout ce que j'ai dit devoir être attribué au