TROISIÈME PARTIE. l8S
Mais outre que les étoiles ne sont pas égales en Q^^i^nunièfiTandeur , on y remarque encore cette différence, redasoieu que les unes brillent de leur propre lumière , et Bxcs leur est que les autres réfléchissent seulement celle qu'elles p'^p""*ont reçue d'ailleurs. Premièrement , nous ne saurions douter que le soleil n'ait en soi cette lumière qui nous éblouit lorsque nous le regardons trop fixement; car elle est si grande que toutes les étoiles ensemble ne lui eij pourroient pas tant commimiquer, parceque celle qu'elles nous envoient est incomparablement plus foible que la sienne, bien qu'elles ne soient pas tant éloignées de nous que de lui ; et s'il y avoit dans le monde quelque autre corps plus brillant duquel il empruntât sa lumière, il faudroit que nous le vissions. Mais si nous considérons aussi combien sont Vifs et étincelants les rayons des étoiles fixes nonobstant qu'elles soient extrêmement éloignées de nous et du soleil , nous ne ferons pas di£&culte de croire qu'elles lui ressemblent; en sorte que si nous étions aussi proches de qi:^ques unes d'elles que nous sommes de lui , celle-là nous paroîtroit grande et lumineuse comme un soleil.
Au contraire , de ce que nous voyons que U lune '^jj^ ^^ n'éclaire que du côté qui est opposé au soleil, nous i» inne et des devons croire qu'elle n'a point de lumière qui lui tes est cmsoit propre, et qu'elle renvoie seulement vers nos ^3eli.*^" yeux les rayons qu'elle a reçus du soleil. Gela a été
observé depuis peu sur Vénus , avec des lunettes de longue vue ; et nous pouvons juger ^le semblable de Mercure , Mars , Jupiter et Saturne ^ parceque leur lumière nous paroît beaucoup phsts foible et moins éclatante que celle des étoiles fixes, et que ces planètes ne sont pas si éloignées du soleil qu'elles n'en puissent être éclairées.
ïï- Enfin, de ce que nous voyons que les corps
Qu'en ce qui ^ ^ ,..
est de la lu- dont la terre est Composée sont opaques, et qu ils wr^mbUbic renvoient les rayons qu'ils reçoivent du soleil aux planètes, pour le moins aussi fort que la lune ( car les nuages qui l'environnent , bien qu'ils ne soient composés que de celles de ses parties qui sont les moins opaques et les moins propres à réfléchir la lumière, nous paroissent aussi blancs que la lune lorsqu'ils isont éclairés du soleil ), nous devons conclure que la terre , en ce qui est de la lumière, n'est point différente de la lune , de Vénus, de Mercure , et des autres planètes.
*^- Nous en serons encore plus assurés si nous
Que la lune, . ' â| /
lorsqu'eUe est prcuous garde à une certaine luimere fqible qui mnminle'par paroît sur la partie de la lune qui n'est point éclài*la terre. ^.^^ j^ solcil lorsqu'elle est nouvelle , qui sans doute lui est envoyée de la terre par réflexion, puis<ju'elle diminue peu à peu , à mesure que la partie de la terre qui est éclairée du soleil se détourne de la lune.
Que le soleil Tellement que si nous supposions que quelqu'un
de nous fât dessus Jupiter et qu'il considérât notre p**^* «*"^e ^^^^
' ^ ^ au nombre •
terre, il est évident qu'elle lui paroîtroit plus pe- des étoile» tite , mais peut - être aussi lumineuse que Jupiter ^^^e ^^ no^,, nous paroît , et qu'elle paroîtroit plus grande au ^''^J^sl^ même spectateur s'il étoit sur quelque autre planète plus voisine ; mais qu'il ne la verroit point du tout s'il étoit sur quelqu'une des étoiles fixes , à cause de la trop grande distance : ainsi la terre pourra être mise au nombre d€s planètes, et le soleil au nombre des ^étoiles fixes.
Il V a encore une autre dififérence entre les étoi- ^ '/• . .
«/ Que les etoi-
les , qui consiste en ce que les unes gardent un les fixes de-
, , menrent tou-
meme ordre entre elles et se trouvent toujours éga- jours en lement distantes, ce qui est cause qu'on les nomme ,^J^^re^î!d fixes , et que les autres changent continuellement *'°'^® ^® ^'*,?" de situation , ce qui est cause qu'on les nomme n'en est pas
, , , .- de même des
planètes ou étoiles errantes. planètes.
Et comme celui qui, étant en mer pendant un i^-
Qu'on peut
temps calme , regarde quelques autres vaisseaux user de divei^
'!• '•!• "lijlI^ j *m^ aeshypothe-
assez éloignes qui lui semblent changer de situa- ^^ p^^ extion* ne sauroit dire bien souvent si c'est le vais- p^q»«^;i«*
^ phénomènes
seau sur lequel il est , ou les autres , qui en se re- des planètes. muant causent un tel changement ; a:insi, lorsque nous regardons du lieu où nous sommes le cours . des planètes et leurs différentes situations , après les avoir bien considérées , n»us n'en Saurions tirer aucun éclaircissement qui soit tel que nous puissions déterminer par ce qui nous paroît quel est
1 88 LESj PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE.
celui de ces corps auquel nous devons proprement attribuer la cause de ces changements , et parcequ'ils sont inégaux et fort embrouillés, il n'es^ pas aisé de les démêler, si , de toutes les façons dont on les peut concevoir, nous n'en choisissons une suivant laquelle nous supposions .qu'ils se fassent. A cette fin les astronomes ont inventé trois différentes hypothèses, ou suppositions, qu'ils ont seulement tâché de rendre propres à expliquer tous les phénomènes , sans s'arrêter particulièrement à examiner si elles étoient avec cela conformes à la vérité. ^ i6. Ptolémée inventa la première; mais comme elle
peatexpU- cst aujourd'hui désapprouvée de tous les philocdie^dr/t^ sophes, parcequ'elle est contraire à plusieurs ob- Umée, seryations qui ont été faites depuis peu , et particulièrement aux (îhangemtents de lumière qu'on remarque sur Vénus, semblables à ceux qui se font sur la lune , je n'en parlerai pas ici davantage. 0«c cdles de • ^^ sccoudc cst dc Copcrnic , et la troisième de Copernic et Tycho-Bralîé, lesquelles deux, en tant qu'on les différent prcud Seulement pour des suppositions, expliquent n^ïel'coMt également bien les phénomènes, et il n'y a pas dère qne bcaucouD dc dififéreuce entre elles , néanmoins
comme hypo- *•
thèses. celle de Copernic me semble quelque peu plus simple et plus claire; de sorte que Tycho n'a pas eu sujet de» la changer, sinon parcequ'il essayoit d'expliquer comment la chose étoit en effet, et non pas seulement par hypothèse.
Car d'autant que Copernic n'avoit pas fait diffî<- **• „
^ '^ . ' * Que par celle
xmhé d'avancer que la terre étoit mue,Tychq, à qui de Tycho on cette opinion sembloit absurde et entièrement éloi^ effet pins de gnée du sens commun, a tâché de la corriger; mais , 7^^; parcequ'il n'a pas assez considéré quelle est la vraie p*'^ ^^« ^« nature du mouvement, bien qu'il ait dit que la terre bienqn'onini étoit immobile, il n'a pas |;iissé de lui attribuer ,^i^ en'paplus de mouvement que l'autre. "*^**-
C'est pourquoi, sans être en rien dijGférent de ces 19- "deux, excepté en cela seul que j'aurai plus de soin monvement que Copernic de ne point attribuer de mouvement atlî pin»dc à la terre, et que ie tâcherai de faire que mes rai- *®"'* T*® ^^
•■• •* ^ pemic , et
sons sur ce sujet soient plus vraies que celles de pins de venté Tycho , je proposerai ici l'hjrpothèse qui me sem- ^ *^ ^ ®' ble être la plu * simple de toutes et la plus commode, tant pour connoître les phénomènes que pour en rechercher les causes naturelles : et cependant j'avertis que je ne prétends point qu'elle soit reçue comme entièrement conforme à la vérité, mais seulement comme une hypothèse ou supposition qui peut être fausse.
Premièrement , à cause que nous- ne savons pas ao. encore assurément quelle distance il y a entre la si^^nL terre et les étoiles fixes , et que nous ne saurions ^^^^ ^^
' ^ extrêmement
les imaginer si éloignées que cela répugne à l'ex- Soignées de perience , ne nous contentons point de les mettre au-dessus de Saturne, où tous les astronomes * avouent qu'elles sont, mais prenons la liberté de
1 go LES FAIiyCIPES DE LA PHILOSOPHIE.
les supposer autant éloignées au-dessus de lui que cela pourra être utile à notre dessein : car si nous voulions juger de leur hauteur par la comparaison des distances qui sont entre les corps que nous YOyons mv la terre, celle qu'on leur attribue déjà seroit aussi peu croyable que la plus grande que nous saurions imaginer ; au lieu que ai nous con* sidérons la toute-puissance de Dieu qui les a créées, la plus grande distance que nous puissions concevoir n'est pas moins croyable qu'une plus petite. Et je ferai voir ci-après qu'on ne sauroit bien expliquer ce qui nous paroit tant des planètes que des comètes , si on ne suppose un très grand espace entre le& étoiles fixes et la sphère de Saturne. ^ï- En second lieu, puisque le soIeM a cela de cou-
Que la matiè- i zi i % r>
re du soieu forme avec la flamme et avec les étoiles nxes, qu il
ainsi que celle .^ji«jii «^ i ii»i5 m.
de la flamme sort dc lui de la luimere , laquelle il n emprunte est fort mobi- pQjnt d'aiUcurs, pensons qu'il est semblable aussi n'est pas be- à la flamme en ce qui est d^ son mouvement, et
soinponrcela r. «i n
qa'ii passe aux etoiies lîxes en ce qui concerne sa situation.
toat entier 1-1. • 1 . •
d'un lien en ^^ commc Hous uc voyons ncu sur la terre qm un autre. ^j[| pjjjg ^d^^é que la flamme ( en sorte que si les corps qu'elle touche ne sont grandement durs et solides , elle ébranle toutes leurs petites parties et ' emporte avec soi celles qui ne lui font point trop
de résistandè ), toutefois son mouvement ne consiste qu'en ce que chacune de ses parties se meut . s^arément ; car toute la flamme ne passe point
flamme.
pour cela d'im lieu en un autre , si elle n est transpœ'tée par quelque corpS; auquel elle soit attachée : ainsi nous pouvons croire que le soleil. est composé d'une matière extrêmement liquide^ et do«t les parties sont si fort agrées qu'elles emportent avec elles les parties du ciel qui leur sont voisines et qui les environnent ; mais qull a cela de commun avec les étoiles fixes , qu'il ne passe pointeur cela d'im endroit du ciel en un autre.
Et on n'a pas suiet de penser que la comparai- *^-
C'A I -1 1 fl •. Que le soleil
son que je lai^du soleil avec la tlamme ne soit pas n'apas besoin
•Il ..in d aliment
bonne, a cause que toute la tiamme que nous comme la voyons sur la terre a besoin d'être jointe à quelque autre corps qui lui serve de nourritiu'e, et que nous ne remarquons point le même du soleil. Car, suivant les lois de la nature, la flamme^ ainsi que tous les autres corps j continueroit d'être après qu'elle est une fois formée , et ij'auroit pas besoin d'aucun aliment à cet effet, si ses parties , qui sont extrêmement fluides et mobiles, n'alloient point continuellement se mêler avec l'air qui est autour d'elle, et qui , leur ôtant leur agitation, fait qu'elles cessent de la composer ; et ainsi ce n'est pas propre* * ment pour être conservée qu'elle a besoin de nourriture, mais afin qu'il renaisse continuellement d'autre flamme qui lui succède à mesure que l'air la dissipe. Or nous ne voyons pas quie le soleil soit dissipé par la matière du ciel qui l'environne;
I g2 LES PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE.
c'est pourquoi nous n'avons pas sujet de juger qu'il ait besoin de nourriture comme la flamme, encore qu'il lui ressemble en autre chose ; et toutefois j'espère faire voir ci-après qu'il lui est encore semblable en cela qu'il entre eh lui sans cesse quelque matière, et qu'il en sort d'autre. 23. Au reste, il faut ici remarquer que, si le soleil
ëtoUcsnc«)m ^t ïcs étoiles fixeis se ressemblent en ce qui est de point en nne j^^j. situation , uous HC dcvous oas néaumoins
snperiicie . ' ■ ^
sphériqae , et peuscr qu'cUcs soicut toutes en la superficie d'une fort éloignées mcmc sphcre , ainsi que plusieurs supposent, puisl'antre.^ quc Ic solcil ue pcut être avec elles en la superficie de cette sphère ; mais nous devons penser que tout ainsi que le soleil est environné d'un vaste espace où il n'y a point d'étoile fixe , de même que chaque étoile fixe est fort éloignée de toutes les autres, et que quelques unes de ces étoiles sont plus éloignées de nous et du soleil que quelques autres : en sorte que si S% par exemple, est le soleil, F, f, seront des étoiles fixes ; et nous en pourrons concevoir d'autres sans nombre au - dessus , audessous et par-delà le plan de cette figure, éparses par toutes les dimensions de l'espace.