‹ OEuvres de Descartes, publiées (volume 4)Chapitre 89 sur 241 · TROISIEME PARTIE. igS · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. igS

quelques autres ; mais que, selon l'usage comitiun , on appelle souvent du nom de mouvement toute action qui fait qu'un corps passe d'un lieu en un autre , et qu'en ce sens on peut dire qu'une même chose en même temps est mue et ne l'est pas , selon qu'on détermine son lieu diversement. Or on ne sauroit trouver dans la terre ni dans les autres planètes aucun mouvement selon la propre signification de ce mot, parcequ'elles ne sont point transportées du voisinage des parties du ciel qui les touchent, eu tant que nous considérons ces par* ties comme en repos ; car, pour être ainsi transpor^ tées*, il £siudroit qu'elles s'éloignassent en même temps de toutes les parties de ce ciel prises ensemble , ce qui n'arrive point r mais la matière du ciel étant liquide , et les parties qui la coùiposent fort agitées , tantôt les unes de ces parties s'éloignent de la planète qu^elles touchent, et tantôt les autres, et ce par un mouvement qui leur est propre , et qu'on leur doit attribuer plutôt qu'à la planète qu'elles quittent ; de même qu'on attribue les particuliers transports de l'air ou de l'eau qui se font sur la superficie de la terre à l'air ou à l'eau , et noii pas à la terre.

Et si on prend le moiivement suivant la façon 29. vulgaire, on peut bien dire que toutes les autres enptrkntù^. planètes se m€fuvent, et même le soleil et les étoiles i^^v^^^^

* ' et suivant la-

fixes ; mais on ne sauroit parler ainsi dé la terre saçc,onpc

ig6 . LES PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE.

doit pointât- qn^ fort improprement. Car le peuple détermine mouvement à les lieux des étoiles par certains endroits de la "sl^iJernOT"' ^^^^^ c{ixï\ considère comme immobiles , et croit aux auues qu'elles sc mcuvent lorsqu'elles s'éloignent des lieux qu'il a ainsi déterminés; ce qui est commode pour l'usage de la vie, et n'est pas imaginé sans raison^ parceque, comme nous avons tous jugé dès notre «nfance que la terre étoit plate et non pas ronde , et que le bas et le haut , et ses parties principales, à savoir le levait, le couchant, le midi et le septentrion , étoient toujours et partout les mêmes , nous avons marqué par ces choses qui ne sont arrêtées qu'en notre pensée les lieux des autres corps. Mais si un philosophe qui fait pro-' fession de rechercher la vérité , ayant pris garde que la terre est un globe qui flotte dans un ciel liquide dont les parties sont extrêmement agitées, et que les étoiles fixes gardent entre elles toujours une même situation , se vouloit servir de c^s étoiles et les considérer comme stables, pour déterminer le lieu de la terre, et ensuite de cela vouloit conclure qu'elle se meut , il se méprendroit , et son discours ne seroit appuyé d'aucune raison. Car si on prend le lieu en son vrai sens , et comme tous les philosophes qui en connoissentla nature le doivent prendre, il faut le déterminer par les corps qui touchent immédiatement celui qu'on dit ^re mû , et non pas par ceux qui en sont extrêmement

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