‹ OEuvres de Descartes, publiées (volume 4)Chapitre 90 sur 241 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

éloignés, comme sont les étoiles fixes au regard de la terre; et si on le prend selon l'usage, on n'a point de raison pour se persuader que les étoîies soient stables plutôt que la terre , si ce n'est peutr être qu'on s'imagine qu'il n'y a point d'autres corps par-delà les étoiles qu'elles puissent quitter, et au regard desquels on puisse dire qu elles se meuvent, et que la terre demeure en repos, au même sens qu'on prétend pouvoir dire que la terre se meut au regard des étoiles fixes. Mais cette imagination seroit sans fondement, parceque notre pensée étant de telle nature qu'elle n'aperçoit point de limites qui bornent l'univers, quiconque prendrai garde à la grandeur de Dieu et à la foiblesse de nos sensj jugera qu'il est bien plus à propos de croire que peut-être au-delà de toutes les étoiles que nous voyons il y a d'autres corps au regard desquels il faudroit dire que la terre est en repos et que les étoiles se meuvent, que de supposer que a puissance du Créateur est si peu parfaite qu'il n'y en saur oit avoir de tels, ainsi que doivent supposer ceux qui assurent en cette façon que la terré se meut. Que si néanmoins ci-après, pour nous iaccommoder à l'usage, nous semblons attribuer quelque mouvement à la terre, il faudra penser que c*est en parlant improprement, et au même sens qu'ojî peut dire quelquefois de ceux qui dorment et -sont couchés dans un vaisseau^ qu'ils

I gS LES PRINCIPES DE LA. PHILOSOPHIE.'

passent cependantVle Calais à Dou^rea , k cause que

le vaisseau les y porte.

Quetontesies Après avoir ôté par ces raisoniiemeQts tous les planètes sont scFUDules qu'on peut avoit touchant le mouve-

emportees an- *■ *■ ^

tour du soleil njent de la terre, pensons que la matière du ciel

par le ciel qui ^ t i ^ i

les contient. OU sout Ics piauetes toume sans cesse en rond , ainsi qu'un tourbillon au centre duquel est le soleil , et que ses parties qui sont proches du soleil se meuvent plus vite que celles qui en sont éloignées jusques à une certaine distance , et que toutes les planètes ( au nombre desquelles nous mettrons désormais la terre ) demeurent toujours saspendues entre les mêmes parties de cette matière du ciel ; car par cela seul , et sans y employer d'autres machines, nous ferons aisément entendre toutes les choses qu'on remarque en elles. Car, tolit de même que dans les détours des rivières où l'eau se replie en elle-même , et tournoyant ainsi Éait des cercles , si quelques fétus ou autres corps fort légers flottent parmi cette eau , on peut voir qu'elle les emporte et les fait mouvoir en rond avec 3oi ; et même parmi ces fétus on peut remarquer qu'il y en a souvent quelques uns qui tournent aussi autour de- leur propre centre ; et que ceux qui sont plus proches du centre du tourbillon qui les con- . . . tient achèvent leur tour plus tôt que ceux qui en sont plus éloignés ; et enfin que , bien que ces tourbillçms d'eau affectent toujours de tourner en rond,

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iis ne décrivent pr^que jamais des cercles entièrement parfaits, et s'étendent quelquefois plu& en long et quelquefois plus en large, de façon que toutes les parties de la circonférence qu'ils décrivent ne sont pas également distantes du centre; ainsi on peut ais^ent imaginer que toutes les mêmes choses arrivent aux planètes; et il ne faut que cela seul pour expliquer tous leurs phénomènes.

Pensons donc que S est le soleil , et que toute ^0^^^^ la mati^e du del qui l'environne tourne de «Ji«» «o»* «inmême coté que lui, à savoir du couchant par le midi vers l'orient, ou d'A par B vers C ' , supposant que le pôle septentrional est élevé au-dessus du plan de cette figure. Pensons aussi que la matière qui est autour de Saturne emploie quasi trente années à lui £siire parcourir tout le cercle niarquéT? , et que celle qui environne Jupiter le porte en douze ans avec les autres petites planètes qui l'accompagnent pas: tout le cercle marqué Ip ; que Mars achève par même moyen en deux ans, la , terre avec la lune en un an , Vénus en huit mois , Mercure en trois, leurs tours, qui nous sont représentés par les cercles marqués <f 1 :^ ^. Co ^*

Pensons aussi que ces corps opaques qu'on voit sont aussi les

, , , , , 1 «i - tadies qui se

avec des lunettes de longue vue sur le soleil , et voient sm la qu'on nomme ses taches, se meuvent sur sa super- *"^8o?di! "^ '

* Voyez planche II, fîgare 2.

ficie , et emploient vingt-six. jours à y faire leur tour.

Qne la terre Pcusons, outre Cela, que dans ce grand tourbillon *^tée*^rS^d ^^^ compose un ciel, duquel le soleil est le centre, autour de son il y en a "d'autres plus petits qu'on peut comparer

centre y et la ■

Inné autour à ccux qu'oH voit quelquefois dans le tournant des

de la terre. ..% ^«i • .. aiii i

rivières , ou ils suivent tous enstoible le cours du plus grand qui les contient , et se meuvent du même côté qu'il se toeut ; et que l'un de ces tourbillons a upiter en son centre y lequel fait mouvoir avec lui les autres quatre planètes qui font leur circuit autour de cet astre d'une vitesse tellement proportionnée que la plus éloignée des quatre achève le sien à peu près en seize jours, celle qui la suit en sept , la troisième en quatre-vingt-cinq heures , et la plus proche du centre en quarante- deux, et ' qu'elle^ tournent ainsi plusieurs fois autour de lui pendant qu'il décrit un grand cercle autour du soleil ; et que tout de même le tourbillon dont la terre est le centre fait mouvoir la lune autour de la terre en l'espace d'un mois, et la terre même sur son essieu en l'espace de vingt-quatre heures, et que dans le temps que la lune et la terre parcourent ce grand cercle qui leur est comniun et qui fait l'année , la terre tourne environ trois cent soixantecinq fois sur son essieu , et la liine environ douze . fois autour de la terre.

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