A MADAME LA PRINCESSE PALATINE
(Lettre a5 du tome I.)
Madame,
J'ai reçu les lettres de votre altesse, du aS dé- TOiubre, prestjue aussitôt que les précédentes, et j*avoue que je suis ei; peine touchant ce que je
• « « L> a5* lettre àa I*' vol., page 76 , est de M.*' Descartes à la t>rfncesae Élizabeiii PaUtine, eUe est sorement de rannée 164^;^ p^isqiii» M. DjENscartes, pa^e 7g de cette lettre , dit à la princesse qn'il n'attend de
long- temps des lettres de la reine deSnède, parceqne la lettre qn'il Ini' avôit éc'rit le ao tiovbrùbte 1647 étoit deinearêe pins d'Utt'^bi^ a Amsterdam. 'En second lien , page 79 de cette letti«, il envoie iî !a prîif** cesse nn livret qoi n'a été écrit que sur la fin de 1647 ^ . Gêna , ■ et im-* primé en 1648 , an commencement. Enfin il répond à des lettres de la princesse du a 3 décembre, qn'il n'a pn reeevoir qn'i la mi -janvier de 1648; mais ce qni me persuade qne cette lettre n'a été écrite qtte vers le i*' février, est qne M. Descartes, page 79 de cette lettre, dit à Ifi princesse qn'il a reçn depuis sa lettre envoyée de Snède des lettres de ce pays-li qni marquent qne la sienne est attendue ; et la lettre dont il parle a été écrite par M. Chanat le 18 janvier 1648, donc ccUe-cin'a pu ètt^ écrite avant le i*' février 1648, » ,
L£TTA£S. 131
dois répondre à ces précédentes, à cause que votre altesse y témoigiie vouloir que j'écrive le traité de l'érudition, dont j'ai eu autrefois l'honneur de lui parler ; et il n'y a rien que je -souhaite avec plus de zèle que d'obéir à vos commandements, mais je. dirai ici les raisons qui sont cause que j 'a vois laissé le dessein de ce traité, et si elles ne. satisfont pas votre altesse, je ne manquerai pas de le reprendre. La première est que je n'y saurais mettre toutes les vérîlés qui y devroient être sans animer trop contre moi les gens de l'école , et que je ne me. trouve point ; en telle condition que je puisse entièrement mépriser leuf* haine. La seconde est que j'ai déjà touché quelque chose de ce que j'avois envie d'y mettre , dans une préface qui est audevant de la traduction françoise de mes Principes, laquelle je pense que votre altesse a maintenant reçue. La troisième est que j'ai maintenant un autre écrit entre ïes mains , que j'espère pouvoir être plus agréable à votre altesse , c'est la description des fonctions de l'animal et de lliomme ; car ce que j'en avois brouillé il y a douze ou treize ans, qui. a été vu par votre altesse, étant venu entre les maiwde plusieurs qui l'ont mal transcrit, j'ai cru être obligé de le mettre plus au net , c^està-rdire de le refaire, et même je me suis aventuré (mais depuis huit ou dix jours seulement ) d'y voillaîs expliquer la^ Êiçon dont se forme l'animal
Itàà LEÏTRES.
dès le commencement de sonorrgine; je dis ranimai en général, car pour Thomme en particulier |e ne Foserois entreprendre, iseate d'avoir assez d'expériences pour cet effet : au reste je eonsîdère ce qui me reste de cet hiver cîomtne le temps le plus ti*an<}uiile que j'aui^ai peiit-'être de ma vie j ce qui e&t caus^ que j'aime mieux l'employer à feette éttpde qu'à une autre qui ne ïfequiert pas tant d'attention; La Maison qui me fait craïîidre d'av^ * ci-après moins de loisir , est que je ^is obligé de i^etourner en France l'été prochain, et d'y pftâser l'hiver qui vieflt ; mes affaires domestiques! et' plusieurs raisons m'y contraignent On m'y a £lit' Aussi, l'honneur de m'y offrir pension de là part du rà\^ sans que je Taie ^mandée, ce qui ne sera point capable de m'attacher; mais il peut arriver en un an beaucoup de choses: il nei»atft*oft:îbutéfeis rien arriver qui puisse ^m'émpécher de ]n4(étét\è bbfcf^ h^fut de vivreau lieu où seroît* votre àltefei^è,» si Foocasion s'en présentoit , k détui d'éti*黀fti tna^priô* pte' patrie , ou ^n qublqué aui»e Iteû que ce y«^se éwie. Je n'attends encore de long-teitfpsi Yépo^'é^k la fettre touobatftMe souveraitt bien ; pour<ièqUf'ellë
a^dtemeuré prèsd'un moîs^ Am^twdaffiVpa*^ 4^ faute de celui à qui jei'avoî^ envoyée pour Fadresser, imais sitôt que j'en aurai quelques nouvelles-^ je ne manquerai pas de le faire savmr à votre altesise : elle ne contenoit aucune cho«^ de he«Vbau
qui méritât de vous être envoyée. J'ai reçu depuis quelques lettres de ce pays-là, par lesquelles on me mande que les miennes sont attendues, et selon qu'un m'écrit de cette princesse, elle doit être extrémemeift porlée à la vertu , et capable de bien juger des choses; on ^e mande qu'on lui présentera ta version de mes Principes , et qu'on m'assure qu'elle cti lira la première partie avec satisfaction , et qu'elle seroit bien capable du reste, si les afl&iires ne lui en ôtûîent le loisir. J'envoie avec cette lettre un livret de peu d'importance , et je ne l'enferme pas en même paquet, à cause qu'iV ne vaut pas le port; ce sont les insultes de M. Regius qui m ont contraint de l'écrire , et il a été plus tôt imprimé que je tte l'aï su : même on y a joint des vers et ime préface que je désapprouve, quoique les vers soient de M. H.% mais qui n'a osé y mettre son nom , comme aiisjçi ne le devoit-^il pas. Je suis, etc.
A M. CHANUT
(Lettre 37 du tOme I.)
MoNSJ£UR,
H faut que je vous dise que je suis marri du trop favorable accueil que vous avez procuré aux
' « Heydenus ôa Heiiisius. »
1^4 LKTTRES.
écrits que je vous avois envoyés pour la reine ée Suède; car j'ai peur que sa majesté, n'y trouvant rien en les Usant qui corresponde à lespéranee que vous lui en avez fait avoir,, en ait. d'autant moins bonne opinion qu'elle Taura eue meilleure auparavant. J'ai encore un autre déplaisir , qui est que , puisque mon paquet a été retenu trois >se* maines à Amsterdam ( ce que j'ai su être arrivé pourcequ'on pensoit le devoir envoyer par mer, et qu'op enattendoit l'occasion ), je regrette de n'avoir pas employé ce temps-là pour tâcher d'écrire quelque chose qui fui moins indigne d'un si bon accueil : car , encore que j'aie tâché de faire mon mieux , toutefois les secondes pensées ont coutume d'être plus nettes que les premières, et je m'é-r tois hâté en faisant cette dépêche , pour témoigner • au. moins par ma promptitude combien j'étois désireux d'obéir, à. un commandement que je ché» rissois comme le plus grand honneur que je puisse recevoir. Voilà , monsieur , tous les sujets de tristesse que je puisse imaginer, afin de modérer l'extrême joie que j'ai d'apprendre que cette grande reine veuille lire et considérer à loisir les écrits que j'ai envoyés, car j'ose me promettre que ^ si elle goûte les pensées qu'ils contiennent, elles ne seront pas infructueuses , et pourcequ'elle est l'une des plus importantes personnes de la terre , qu^ cela même peut n'être pas inutile au public. Il me
rETTRES. 125
semble ►avoir trouvé par expérience que la Considération de ces pensées fortifie l'esprit en Texércice de la vertu j et qu'elle $ert plus à nous rendre heureux qu'aut^une autre chose qui soit au monde. Mais il n'est pas possible que je les aie assez bien exprimées pour faire qu'elles paroissent aux autres comme à moi , et j'ai un désir extrême d'apprendre quel jugement en fera sa majesté, mais particulièrement aussi quel sera le vôtre. La parole a beaucoup plus de force pour persuader que récriture, et je ne doute point que vous ne lui en fassiez aisément avoir les mêmes sentiments que vous animez, au moins s'ils sont à mon avantage, car l'affection dont vous me donnez tous les jours des preuves m'assure que vous ne lui en voudriez pas faire avoir d'autres. Je serai bien aise de voir la harangué de M. Freinshemius, à cause de la matière dont il traite , et je ne manquerai pas de la demander à M. Brasset lorsqu'il l'aura reçue. Au reste, je me propose d'aller à Paris au commencement du mois prochain. Je pourrois dire que pour mon intérêt je ne souhaite pas d'avoir sitôt l'honneur de vous y voir, à cause des faveurs que vous me procurez au lieu où vous êtes, mais je n'ai jamais aucun égard à moi lorsqu^il peut y aller du contentement de mes amis , etr j'avoue que je ne souhaiterois pas un emploi pénible qui m'otàt le loisir de cultiver mon esprit, encore que cela fut récom-
pensé par beaucoup d'hoivieur et de profit. Je dirai seulement qu'il ne rtie semble pas jtpie le vôtre soit du nombre dç ceux qui oient le loisir de cultiver son esprit, au contraire, je crois qu'il vous en donne les occasions, en; ce que vous êtes auprès d'une reine qui eii a beaucQup , et qu'il jste faut pas avoir manque d'adresse pour satis&ire entièrement à ses maîtres , agréer à ceitx vers les-» q4iels ouest envoyé, et ne JQiier cepeiida<Qt aiïioiiia autre personnage que cdui d'un hoiPEune d'hjWïneur , ainsi que je m'assure que vous^ iaites. On peut toujours tirer beaucoup de satisfaction de ce qu'op occupe son esprit en des cboses diffîciles^ lorsqu'on y ^ réussit, encore qu'on ne l'occupe pas aux mêmes choses qu'on auroit >peut?éfre c^isies si. on en avoit eu la liberté. Le vôtre étant .propre à tout, je ne doute poinît que vous ne, tiriez beau* coup de satisfaction d'un emploi dont vous^ vous acquittez si bien. Si pourtant votis approdbiez du temps de votre retraite , et que vous? revinssiez bientôt à Paris > jeserois ravi d'avoir l'honneur de vous y voir. Que si vous £aites çncore quelque séjour au lieu où vous êtes, je me consolerai sur ce que j'espère que vous continuerez à me procurer , la bienveillance de cette grande reine, pour les vertus de laquelle vou» m'avez fait avoir beaucoup de vénération et de zèle; Je suis , etc.
D'Egmondy le ai février 1648.
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A MONSIEUR
(Let^e i^ du tooie XII.)
MOSFSIEUR,
Eucore que j'aie un extrême ressentiment des bienfaits que j'ai reçus de votre faveur, tant lorsqi^ j'étois à Paris que depuis encore, ainsi que j'ai su de M. de Martigny, qui m'a mandé que sans vous il n'eût pu rien faire en réexpédition du bre*vet de pension qu'il m'a envoyé^ je ne vous en ferai pas néanmoins ici de grands remerciements ; il n'appartient qu'à ceux qui ont envie d'être ingrats de se servir de cette .monnoie, afin de payer avec des paroles Içs véritables bienfaits qu'ils ont reçus. Mais je vous supplie très humblement de trouver bon que je vous diae que je ne puis douter que vous n'ayez dorénavant beaucoup.de bonne volpnté pour moi, non point pour ^ucun mérite que je
' « Cette lettre n^est pas datée , maiscomme, dans la 25* lettre mannscrite de M.' BescaDtes k Picot , du 4 avcil 1648 , il dit qu'il se dflpoW à partir de HoUnade daps trois siynaines , cq ne ponvoit être .que le brevet de pension qu'il ayoit reçu de Paris qui en fat cause; ainsi il Favoit reça : il n'y a pas d'apparence qn'il fat long-temps k remercier cet ami. Ainsi je juge qae cette lettre a été écrite le 1*' avril 1648. «
prétende «avoir,- niais pourceque vous m'avez déjà fait plus' de bien que la plupart de tous les patients OH amis que j'aie jamais eus, ^en sorte que vou$ pouvez à bon droi( me considérer comme Tune de vos^ créatures; et en examinant toutes les causes de l'amitié, je n'en trouve point d'autre qui soit si puissante ni si pressante que celle-là. Ce que je prends la liberté d'écrire, afin que, lorsque vous saurez que je fais cette réflexion , vous ne puissiez aussi douter que je n'aie un zèle très particulier pour votre service. A quoi j'ajouterai seulement encore un mot , qui est que la philosophie que je cultive n'est pas si barbare ni si farouche qu'elle rejette Tusage des passions; au contraire, c'est en lui seul que je mets toute la douceur et la félicité de cette vie; et bien qu'il y ait plusieurs de ces passions dont les excès soient vicieux , il y en a toutefois quelques autres que j'estime d'autant meilleures qu'elles sont plus excessives ; et je mets la reconnoissance entre celles-ci , aussi bien qu'entre les vertus ; c'est pourquoi je ne croirois pas pouvoir être ni vertueux ni heureux , si je n'avoîs un désir très passionné de vous témoigner par eifet dans toutes les occasions que je n'en manque point. Et puisque vous ne m'en offrez, point présentem^it d'autre que celle de satisfaire à vos deux demandes, je ferai mon possible pour m'en bien acquitter, quoique l'une de vos questions soit
LBTTRBS. 129
d'une matière qui est fort éloigaée de mes spéculations orditialres.
Premièrement doue je vous dirai que je tieki$ qu'il y a une certaine quantité de mouvement dans toute la suatière créée qui n'augmente ni Qe diminue jamais ; et ainsi que , lorsqu'un corps en fait mouvoir un autre ^ il perd autant de t(iouveittfe)(il: qu'ifi lui en donne) comme lorsqu'une .pierre tombe de baut contre terre, si elle ne ï*etoui^n^ point et qu'elle s'arrête, je êqu^oîs que. cela vieiit de Oe qu'elle ébranlé cette terre , et ainsi lui transfère son mouvement; mais si ce; qu'elle meut d^ terre contient mitte fois plus de matière qu'oUe^ en \m trans£eraiit son moiiv.eineiit eljie. nQ lui «donne que la n^iltièttie partie.de sa vitesse. Et powf[|equ^ sp deux coirps- inégau?( reçoiv^t autant d!$;mouv^men!t l'un que' l'auti^e , cette pareille quanitiié d^ mouvement ne donne pas tai^t de-vi^se £ui p^us graiid qu'au pkts petit, on peut dhm ^nee sen$ que plus un corps* contient de matiàrc plM^i il ^ d'iliertie naturelle»; À quoi l'an peut ârjo^jtiter qa!uti. corps qui est grand peut mie«a: traiisférer son mi>uvement aux aulvias corps qu'un petit, et qu'il: peut, noboin^ être mu patr^eux; de façou'qii'il fky e^rC^Mm jSQP|e d'inertie qui dépen4.<fe 1^ qua^tk^de la matière, et une aiM^^é qui défieiid de ('étendue de ses super»»
Pour votre autre question , vous avea^, ce* me
l30 LETTRES.
^mble, fort bien répondu vous-même sur la qualité de la connoissance de Dieu en la béatitude, la dtstingyatit de cdle que nous en avons maintenant, en ce qu'elle sera intuitive; et si ce terme ne vous satisfait pas , et que vous croyiez que cette connoissance de Dieu intuitive soit pareille , ou seulement diffik^ente de la notre , dans le plus et le moins des choses ccmqu^s, et non en la façcMn de connoitre, iî'est en cela qu'à mon avis vous vous détournez du* droit <;hemin. La connoissance intuitive est une illustration de l'esprit par laquelle il voit en la lutK^ière de Dieu les choses qu'il lui plaît lui découvrir par une impression directe de la clarté' divine sur notre entendement , qui en cela n'est point consi- 'déré comme agent , mais seulemeait comme recevant les rayons de la divinité* Or, toutes les connois* sances que nous pouvons avoir de Dieu sans miracle en cette vie descendent du raisonnement et du progrès de notre discours, qui lesdéduit des principes de la foi , qtd est obscure; ou viennent des idées et des notions, naturelles qui sont ep nous , qui , pour claires qu'elles soient, ne sont que grossières et confuses sur un si Jiaut sujet : desorte quece que nous aVôiiÀ ou acquérons de connoissance par le chemin que tient notre raison^ a premièrement les ténèbres des principes dont il est tiré, et de plus l'incertitude que nous éprouvons en tous nos raisonnements.
T.ETTRÊS. l3l
Comparez maintenant ces deux connaissances , et voyez s*îl y a quelque chose de pareil en 'cette perception trouble et douteuse, <Jiii liou^- coûte beaucoup de travail, et dont encore ^hë -jouissons*nous que par moments , après que |i6us l'avons acquise à une lumière pure, constante; claire, certaine , sans peine et toujours présente.' ' ' '
Or que notre esprit, lorsqull sera délaclié du corps ou que ce corps glorifié ne Itii fera j^lu^ d'empêchement, ne puisKse'recëvoir de tsèUesillos^ tratiohs et connoissances'dii^éctes , en pdirvez-^dui douter, puisque dans ùe iiàrp^ même les-séhs^lui en donnent des choses corporelles et sen^JMes *, H que notre àme en a déjà quelques unes;de la bénéficence.de son Créateur, sans^^ lesquelles il* ne seroit pas capable de rftisoAner? J'a^oft^i^uf'èUes^^Mat'iui peu obscurcies par le mélange 4ùfiort»s;iVibisëiicore nous donnenl^^lestitie cônÉois^ttlIM^emière; gratuite j certaine , et 'qu\e^âdù5 'feûev^à^ ^dë l'^e^t avec plus de ^onfiancisfft^ttë'âaus n'el^ dèttiiôns âU rapport'dë nos yeux. Nei nË^vf^fiér^vous pas qtie vous ^tes»; moins^ fti^suré delà pt^élléïitcé' des objets que vous voyez , que de la vérité de céttp proposi-* tion, J^pense dune, jêiuh? Or cëtt&^côtiiïùissAnce n'est point iln ouvrâgô^de votre raisonnement, ni uneinstructiôn que vos maîtres vous aii^ntdonnée ; votre esprit' k ^yoit^ ia sent et-la; nWinie ; et quoi* que votre imagîiiatioii,'qia}^e mêle importunément
dan^ vo» pei^sées, en diminue la clarté la voulant revêtir de ses figures ^ elle vous est pourtant une preuve de la capacité de nos âmes à recevoir de Dieu une coimoissance intuitive. Il me semble voir ^e vous ayez pris occasion de douter» sur l'opinion que vous , avez que la connoissance intuitive de Dieu est celle où Ton connoît Dieu par lui-même ; et sur ce fondement , vous avez bâti ce raisonnen^eat: J^ ponnois que Dieu est un, parceque je xoioiois qp'il est un être nécessaire ; or cette forme de çoniK>Ure pe se sçirt que de Dieu même; donc je conçois, que Dieu est un par lui-niéme, et par conséquent je coninoi^ intuitivement que Dieu est un. Je ne pense pas qu'il soit besoin d'un grand e3camen pour détruire^çe discours. Vous vpyez bien que connaître pîfA^p^i* spi-mêm^i c'est-à-dire par une illustration immédiate de la divinité sur iu>tre eaprit ^ po^mç. on l'eptend par la conuQÎssanoe Intuitive, ^t l^îen aiitr^ chose que se servir de IA&â ipême, pour etf faire une induction d'un attribut à l'autre , ou ^ ^pNpiir par)i(^r plus convenableiyeitt^ se servir de la connoissance naturelle. (et p^r^cpnséquent un peu obscure, du moins si vous la comparez à l'autre) d'un attribut de Dl^» pour e^pi former un argument qui conclura un autre atispibut de Dieu. Confessez donc qu'en cette vje voms ne voyez pas en Dieu et par sa lumière qu'il osi un; mais vous le concluez d'une proposition que vous avez
faite de lui, et vous la tirez par la force de Targu-* mentation, qui est une machine souvent défec^ tueuse. Vous voyez ce que vous pouvez sur moi , puisque vous me faites passw les bornes de plii** losopher que je me suis prescrites, pour vous témoigner par là combien je suis , etc.
A M. CHANUT'
( Lettre 4o clu tome I. )
MONSIEUE,
Vous mesurez merveilleusement bien les temps, car justement j'ai trouvé à La Haye, lorsque j'étois en chemin pour venir ici , la lettre que vous, vouliez que je pusse recevoir avant mon partement de Hollande; elle vint seulement en eela trop tard, que m'étant proposé de partir le jour même qu'on me la rendit , je fus contraint de di£féi«r ma réponse jusqu'à mon arrivée en cette ville, l'ai eu cependant tout le loisir de repasser par mon ima*^ gination la belle description que vous fautes de cette chasse, où l'on porte des livres, et où vous
■ « On voit qa'elle Mt écrite de Paris, dans son voyage de 1648 ; ainsi je b date é» nud i6^$, >•
prétende «avoir, niais pourceque vous m'avez déjà fait plus'de bien que la plupart de tous les patients OH amis que j'aie jamais eus, ^n sorte que vou$ pouvez à bon droi^ me considérer comme l'une de vos» créatures ; et en examinant toutes les causes de l'amitié, je n'en trouve point d'autre qui soit si puissanle ni si pressante que celle-*là. Ce que je prends la liberté d'écrire, afin que, lorsque vous SMirez que je fais cette réflexion , vous ne puissiez aussi douter que je n'aie un zèle très particulier pour votre service. A quoi j'ajouterai seulement encore xm mot , qui est que la philosophie que je cultive n'est pas si barbare ni si farouche qu'elle rejette l'usage des passions; au contraire, c'est en lui seul que je mets toute la douceur et la félicité de cette vie; et bien qu'il y ait. plusieurs de ces passions dont les excès soient vicieux , il y en a toutefois quelques autres que j'estime d'autant meilleures qu'elles sont plus excessives; et je mets la reconnoissance entre celles-ci , aussi bien qu'entre les vertus; c'est pourquoi je ne croirois pas pouvoir être ni vertueux ni heureux , si je n'avois un désir très passionné de vous témoigner par eifet dans toutes les occasions que je n'en manque point. Et puisque vous ne m'en offrez, point présentem^it d'autre que celle de satisfaire à vos deux demandes, je ferai mon possible pour m'en bien acquitter, quoique Tune de vos questions soit
d'dne mali^ qui est fort éloîgaée de mes spéculations orditialres.
Preinièremeiit doiic je vous dirai que je tiekis qu'il y a une certaine quantité de mouvement dans toute lat siatière créée qui n'augmente ni Qe diminue jamais ; et ainsi que , lorsqu'un corps en fait mouvoir un autre , il perd autant de taouveitfâEiit qu'il kii en donne) comme lorsqu'une .pierre tombe de baut contre terre, éi elle ne ï*etoui^n^ point et qu'elle s'arrête , je fô^nçois que cela vient de ce qu'elle ébranlé cette terre, et ainsi lui transfère mn mouvement; mais si Qè:qu'ddie meut d^ te^re cô»tient mlSftd fois plus de matière qu^oUe, en iui transférant son mouv.eo^iit eIjie.nQ. lui «donne que la mîltièisM- partie, de sa vites^Q. £t poiirisequ^ .9 deux copp» inégau;2(reçoiyç^t autant! di^/mouv^menlt l'un que' l'auti'e , cette parmUe quanjtilé d^ mouvement ne donne pas tai^t de^ vitesse m .|rfus gra^d qu'au pkis petit, on peut dii^e 4n ce sem^ que plus un corps* contient de matière plii» il A d'inertie naturelle»;. à quoi l'jQn peut àrjouter qu!utiv corps qui est grand peut mieux: transférer son mi>uvement au9 autvqs corps qu'un petit, et qu'il: pe^tmoin^ être mu pair^ux^de façon* qu'il n'y f|. q^!u^ç )SQr|e d'inertie qut dépen4i <fe \» c^siotit^ de la matière, et une aiM^r^ qui défieiid de ('étendue de ses sapera
Pour votre autre question , vous ave^, ce me
l56 LETTRES.
Tapparence que l'affaire tirera de longue ; mais il est malaisé de juger ce qui en réussira. On dît qu'ils se proposent de trouver de l'argent sufËsamment pour continuer la guerre, et entretenir de grandes armées, sans pour cela fouler le peuple: s'ils prennent ce biais, je me persuade que ce sera le moyen de venir enfin à une paix générale. Mais en attendant que cela soit , j'eusse bien fait de me tenir au pays où la paix est déjà; et si ces orages ne se dissipent bientôt , je me propose de retourner vers Egmond dans six semaines ou deux mois, et de m'y arrêter jusqu'à ce que le ciel de France soit plus serein. Cependant, me tenant comme je fais un pied en un pays, et l'autre en un autre, je trouve ma condition très heureuse, en ce qu'elle est libre ; et je crois que ceux qui sont en grande fortune diffèrent davantage des autres, en ce que les déplaisirs qui leur arrivent leur sont plus sensibles, que non pas en ce qu'ils jouissent de plus de plaisirs , à cause que tous les contentements qu'ils peuvent avoir, leur étant ordinaires , ne les touchent pas tant que les afflictions, qui ne leur viennent que lorsqu'ils s'y attendent le moins, et qu'ils n'y sont aucunement préparés ; ce qui doit servir de consolation à ceux que la fortune a accoutumés à ses disgrâces. Je voudrois qu'elle fut aussi obéissante à tous vos désirs, que je serai toute ma vie, etc.
A M. DESCIRTES'.
(Lettre 3 du tome II. Version.)
Monsieur,
Je ne m'adresse point à vous dans le dessein de troubler par de nouvelles disputes un loisir qui vous est si cher , et que vous employez si utilement ; mais puisque vous avez eu la bonté de nous avertir, en plusieurs endroits des doctes écrits que vous avez mis au jour, que si Ton y fTouvoit quelque chose d obscur, ou qui ne sem^ blât pas tout-à^fait hors de doute , vous tâcheriez de Téclaircir par votre réponse , j'ai cru que vous ne trouveriez pas mauvais si je me servpi^ aujourd'hui de l'offre que vous me faites, et si , après avoir lu avec admiration et approuvé presque entièrement tout ce que vous avez écrit touchant la première philosophie, j'osois vous prier de me vouloir délivi'er de deux ou trois scrupules qui me restent. Je vous les proposerai le plus brièvement
' « Cette lettre est de M. Ama nid à M. Descartes; elle lui fat envoyée par M. de Beaapnis de Port-Royal-des-Champs , datée du 1 5 juillet 1648. Je sais toat cela par nne lettre du Père Qnesnel. »
qu'il me sera possible, afin de ne vous pas arrêter davantage.