‹ OEuvres de Descartes, publiées (volume 5)Chapitre 14 sur 59 · RÉPLIQUE A LA PRÉCÉDENTE · texte numérisé non relu

RÉPLIQUE A LA PRÉCÉDENTE

(Lettre $ dil tome II. Tersion.)

Monsieur^

Jeuedoule point qtie>rentretieii n« fôt'beati* coup pliis coimnode et plus faoHe que les é<»#ts ^ pour éclaircir les questions dont nous traitons ;f mais puisque cela ne se peut, et qu'étant absent du Ueu où vous<étes, il ne m'est pas permis de pair d'un entretien tant désiré , et offert de si boqne grâce, je ne m^envierai point à niai-n9énae le seul moyen qui me reste pour tirer de vous les instruc* lions qui me sont nécesiaaires pour rintelligenoe de vos écrits ;. car v;Otre réponse, quoique très courle, m'ayant déjà beaucoup aidéii compi^ndre des choses très difficiles , j'ai conçu une grande espérance de pouvoir venir h bout de tout le reste ^ si je pouvois une fois nouer avec vous un entretien, tel qu'on le peut avec des personnes éloignées, duquel ayant banni toute contestation ( que je sais vous

' « Cette lettre est de M. Amanld, comme je le sais par nne lettre du père Qnesnel. Elle n'est pas datée; mais la réponse de M. Descartes étant datée da 39 jaillet, Je peux bien fixer celle-ci au a5 juillet 1648. »

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èÈifeen faorr^uir^ et à laqiidle je ne sui& noUement popté) noQs pus^ons par ce moyen, d'un commun accord et avec une franchise vraiment pUlosopkique, ou plutôt cbréùenne,'travaiHer ensemble à la recherche de la vérité. '

Je ne n'in»3te point à ce que vous répondez à l'objection que je vous ai faite , touchant les pensées d'un enfant qui est au ventre de sa mère ; mais afin que cela se conçoive mieux , il me semble qu'il seroit à ^^H>pos que vous prissiez la peine d'expli* quer plus amplement .ce qui suit.

1 .. Pourquoi l'âme d'un en&nt n a point de canoeptions pures , mais seulement des sensations oonfisses. Je dirai pourtant ce qui me vient mainte<nant en la pensée. P^idant que Tâm^ est unie au corps , il semble qu'elle ne puisse cas aucune façon détourner >aa pensée des impressions que les sens font sur eHe (ce qui toutefois est nécessaire pour une conception pure), au moins lorsqu'elle est tou* chée avec beaucoup de force par leurs objets, soit extérieurs, soit intérieurs : d'où vieat que dans une douleur piquante, ou dans un plaisir corporel très véhément , elle ne peut penser k autre cfadse cpi'à sa douleur ou à son plaisir; et par là il me semble: qu'on peut expliquer pourquoi les frénétiques t>nt l'esprit troublé ; c'est à savoir , à cause que les esprits animaux qui sont dans le cerveau étant violemment agités , l'âme alors est si fort

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çupée des imaginations qu'elle en r«çuit , qu'elle ne peuti pointer ailleurs sa pensée., ni penser k autre chos« qu'à cela. Je voudrais, que vous prissiez la peine d'expliqué^ plys clairement (si cela ne vous incommode point) quelle est cette conjecture , et, si elle est vraie , comment elle peut s'appliquer aux enfants et aux léthargiques.

"■â. Toutefois, encore qu'il n'y iiit aucunes conceptions pures dans un enfant, mais seulement des sensations confuses, pourquoi donc ne peut-il s'en, ressouvenir, puisque vous demeurez d'accord aujourd'hui qu'il en demeure des impressions dans le cerveau (ee que néanmoins vous sembliez avoir nié en votre Métaphysique , page 549)? C'est, ditesvous, parceque le ressouvenir dépend de quelque réflexion de l'entendement ou de la mémoire intel* lectuelle, dont on n'a aucun usage quand on est au ventre de sa mère; mais pour ce qui- est de ik réflexion, il semble que l'entendement, ou la mémoire intellectuelle, de sa nature, soit réflexâve. H reste donc à expliquer .quelle est cette réflexion en laquelle vous dites que consiste la méoioine inliellectuelle^et comment ou en quoi elle diffère de la.simple réflexion qui est naturelle à toute sorte dépensée, et d'où vient qu'on n'en peutaw^ir^au^^ cun usage quand on est au ventre de sa tnère. ;

3. J'approuve fort ce que vous dites , que l'esprit pense toujours; et par là le doute que. je vous

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avois proposé totichànt la durée de rèsprit est tout-Àr£giit ôté. Il me reste néaîimoîns encore quelque difficulté touchant, cela. '

1 - Comment se peut-il faire que la pensée constitue l'esôence de l'esprit, puisque l'esprit est une substance, et que la pensée semble n'en être qu'un mode? 2. Puisque nos pensées sont sou ventes fois dï£férentes les unes des autres , il sembleroit que l'essence de notre esprit dût aussi souventes fois être différente. 3; Piiîsqii on ne sburoit nier que je: né sois ' raoi-roême l'auteur dé la pensée que j'ai niaintenant , s'il est vrai que Tessence de l'esprit consiste dans la pensée , il semblé que je puisse en quelque façon être considéré comme Tauteur de son essence, et partant que je puisse aussi me conserver moi-même. Je vois bien néanmoins ce que l'on peut ici répondre ; c'est à savoir que Dîed est cause que nous pensons , mais que nous-mêmes, aidés par le concours de Dieu , sommes cause de ce que nous avons telles ou telles pensées. Mais il est très difficile de comprendre comment là pensée en général peut être séparée de telle et de telle pensée en particulier, si ce n'est que cette abstraction se fasse par le moyen de l'entendement. C'est pourquoi si l'esprit est lui-même la cause de ce qu'il a telles ou telles pensées , il semble aussi pouvoir lui-même être la cause de ce qu'il pense simplement, et par conséquent de ce qu'il est. De

plus ^ qne chose «iqgulière .et dent Vessmice e&t déterminée, doit étx:e slo^lière et détermÎA^;.^! partant, si l'essence de Tesprit éto^ la pensée ^ oe ne pourroit être la pen$^ çn géoi^ral , mais bîen telle. au telle pensée en particulier, qiû.devrQil; constituer son essence , ce qiri toiYlefoîs ne se peut dire. £t il n'en est pas de i^eme du isoivpft; car encore que 1^ corps semble prendra une^aade variété d extensions , toutefois il retient toujours $a même quantité ; et toiite la variété qui lui ar'* rive consiste en cela seul , que s'il perd quelque chose de sa longueur , il augmente en largeur ou ea profondeur : si ce n^est peutf-étre qu'on veuille dire que la pensée de notre esprit est toujours la même, qui regarde tantôt un objet tantôt un ^utre , ce que je doute fort pouvoir être dit avec vérité.

4- Puisque la pensée est telle de sa nature ^ que ^ous en avons toujours conuoissance , si nous pensons toujours, nous devons toujours avoir connoissance de nos pensées ; ce qui semble contraire à l'expérience , comme nous l'expérimentons tous les jours dans le soçimeil. Or de là naît une autre difficulté que j'avois dessein, il y a kn^temps., de vous proposer, mais elle ne me vint pas en l'esprit lorsque je vous écrivis la première fois. Vous dites que notre esprit a la force de conduire les esprits animaux dans les nerfs , et par ce moyen

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de mom^w les membres ; et ai llmrs mus dites qu'il n'y a rien en notra es{mt doat bous n'ayons une eonnoissance^ ou actuelle, ou en puissance , c'est'à-dfaîe que nom ne coHnoissions aduell^iseat pu que nous ne puissions actudlonent comioitre. Or.est-îl néàn'moins que l'esjmt liumain semble n'avoir {las connoissance de eette vertu qui conduit las esprits animaux dans les neifs> puisqu'il y en a même plusieurs qui ignorent s'ib ont des nerfs ^ ai ce n'^est peut-être de nom , et beaucoup plus s'ils opi des esprits animaux , et quels ils sont. £n un mot, autant que j'ai pu coDJectin*er de vos Pfinoipes , cela seul se fait par notre esprit, lequel de sa natui^ est une chose qui pense, qui se fait par nous lorsque^nous y pensons, et que nous nous en apercevons; mais de quelque façon que les esprits animaux soient conduits dans les nerfs, cela se fait sans que nous y pensions , et que nous nous en apercevions; et partant, cela se fait en nous sans que notre esprit y contribue : à quoi l'on peut encore ajouter qu'il est très difficile de comprendre comment une chose incorporelle en peut faire mouvoir une corporelle.

Pour c^qui œt de la durée, j'ai vu le Ueu que vous m'aviez inarqué, et il m'a grandement plu, quoique je ne comprenne pas bien encore ce que ^ dans la durée successive d'une chose qui ne se meut point, îl iaut • prendre pour le devant et pour

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Taprès ,' qui sont des différeaces qui se doÎTent rencontrer dans toute succession. *

Pour ce qui est du vide, j'avoue que je ne puis encore m accoutumer à paaser qu'il y a une telle connexion entre les choses corporelles, que Dieu n'ait pu créer un monde, s'il ne le créoit infini, et qu'il ne puisse encore maintenant anéantir àuùun corps, que par cela même il ne soit obligé d'en créer un autre de pareille grandeur ; ou même que saps aucune nouvelle création il ne s'ensuive que l'espace que ce corps anéanti occupoit est véritablement et réellement un corps.

Vous m'obligerez beaucoup d^îrae communiquer quelque chose touchant la façon dont Jésus-Christ est en TEudiaristie. Adieu.

RÉPONSE DE M. DESGARTES.

(Lettre 6 du tome II. Version.)

Ayant reçu ces jours passés des objections comme de la part d'une personne qui demeuroit en cette ville, j'y ai répondu fort brièvement, pourceque je croyois que si j'oubliois quelque chose, l'entretien lé pourroit facilement réparer; mais aujourd'hui que je sais qu'il est absent, puisqu'il prenil la peine de me récrire, je ne serai pas

paresseux à lui réjlotidre : et puisqu'il ne veut pas dire son nom, d^ peur de faillir dans l'inscription., je m'abstiendrai de tout prélude.

I • Il me semble qu'il est très vrai de dire que pendant que l'âme est unie au oorps, l'âme ne peut en aucune^ façon détourner sa pensée des impressions que les sens font sur elle, lorsqu'elle est tou«» chée avec beaucoup de force par leurs objets, soit extérieurs , soit intérieurs. J'ajoute aussi qu'elle ne s'en peut dégager, lorsqu'elle est jointe à un cerveau trop humide , ou trop mou , tel qu'il est daiis les enfants; ou à un cerveau dont le tempérament est autrement mal affecté , tel qu'il est dans les léthargiques, dans les apoplectiques et dans les frénétiques ; ou même tel qu'il a coutume d être en nous , lorsque nous sommes ensevelis dans un profond sommeil : car toutes les ibis que nous songeons à quelque chose dont nous nous res-: souvenons par après ^ nous ne faisons que sommeiller.

2. Il ne suffit pas pour nous ressouvenir de quelque chose que cette chose se soit autrefois présentée à notre esprit, et qu'elle ait laissé quelques vestiges daqs le cerveau, à l'occasion desquels la même chose se présente derechef à notre pensée ; mais de plus , il est requis que nous reconnoissions, lorsqu'elle se présente pour la seconde fois, que cela se faiit à cause que nous l'avons auparavant

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aperçue; ainsi, souvent il se présente à Fesprit des poètes certains vers qu'il» ne se souviennent pomt avoir jamais lus en d'autres. auteurs, lesquels néan* moins ne se prédenteroient pas à leur esprit s'ils ne les avoient lus quelque part.

D'où il paroit toanifestetnent que^ pour se ressou-* ^ venir, toutes sortes de* vestiges que les pensées précédentes ont laissés dans le cerveau ne scmtpas propres, Tuais seulement ceux qui sont tels- qu'ils peuvent donner k connoitre à Tespiît qu'ils n'oât pas toujours été en nous, mais ont été autrefois nouvellement imprimés. Or, afin que l'esprit puisse reconnoître cela, j'estime que lorsqu'ils ont été imprimés la première fois, il a dû se serv^ir d'une conception pure, afin d'apercevoir par ce inoyen que la chose qui lui venait alors en l'es^ pritétôit nouvelle, c'est-à-dire qii'elte ne lui avoit pas auparavant passé par l'esprit ; car il ne peut y avoir aucun vestige corporel de cette nouveauté : ainsi donc, si j'ai écrit en quelque endroit que les pensées qu'ont les enfants ne laissent d'elles aucuns vestiges dans le cerveau, j'ai entendu parier de cas vestiges qui sont nécessaires pour lesouvenir, c'està->dire de ceux que par «ne conception pupe nous apercevons être nouveaux, lorsqu'ils s'impriment^ en même façon que nous disons qu'il n'y a aucuns vestiges d'hommes dans une plaine sablonneuse , où nous ne remarquons p#int'ld fignre d'aucun pied

LETTRES. iSg

cThoimne qtii y soit empreinte, encore que peut-*

être il s j rencontre plusieurs inégalités faites par

les pieds de quelques hommes, lesquelles par con-*

séquent peuvent en un autre sens être appelées

des vestiges d'hommes. Enfin, comme nous mettons

^distinction entre la vision directe et la réfléchie,

en ce que celle-là dépend de la première rencontre

des rayons, et Tauire de la seconde; ainsi j'appelle

les premières et simples pensées des enfants qui

leur arrivent, par exemple, lorsqu'ils sentent de la

douleur de ce que quelque vmit enfermé dans leurs

entrailles les fait étendre, ou du plaisir de ce que

le sang dont ils sont nonrris est doux et propre à

leur entretien; je les appelle, dis-je, des pensées

directes et non pas réfléchies: mais lorsqu'un jeune

homme sent quelque chose de nouveau, et qu'en

même temps il aperçoit qu'il n'a poitit encore

senti auparavant la même chose, j'appelle cette

seconde perception une réflexion, et je ne la rap*

porte qu'à Tentendement seul, encore' qu'elle soit

tellement conjointe avec la sensation, qu'elles se

fassent ensemble, et qu'elles ne semblent pas être

distinguées l'une de l'autre.

3. J'ai tâché d'ôter l'ambiguïté qui est en ce mot de peméê dans l'article 63 et 64 de la premîène partie des Principes; car comme l'extension^ qui constitue la nature du corps diffère beaucoup des dtvei^es figures^ou manières d'extension qu'elle

prend ; ainsi la pensée , ou la nature qui pense , dans laquelle je crois que consiste. Fessen ce de Tesprit hiunain, est bien difTérente d'un tel ou tel acte de penser en particulier.- £t l'esprit peut bien lui*nieme être la cau$e«de ce qu'il exerce tels ou tels actes de penser, mais non paa.de ce qu'il est unie chose qui pense. Tout de même qu'il dépend de la flamme comme d'une cause efficiente, de ce qu elle s'étend d'un côté ou d'un autre, mai» non pas de ce qu'elle est une chose étendue. Par, la pensée donc 9 je n'entends point quelque chose d'universel qui comprenne toutes les manières de penser , mais bien une nature particulière qui reçoit en soi toiis ces modes > ainsi que l'extension est aussi une nature qui reçoit en soi toutes sortes de %ures.

4. C'est autre qhose d'avoir connoissance de nos ptjjisées au moment même que nous pensons, et autre chose de s'en ressouvenir par après» Ainsi nous ne pensons rien dans nos songes, qu'à l'instant même que nous pensons .nous n'ayons connoissance de notre pensée, encore que le plus souvent nous l'oublions aussitôt. Et il est vrai que noue n'avons pas connoissance de quelle façon notre âme envoie les esprits animaux dans les ner& ; car cette façon ne dépend pas de l'âme seule , mais de l'union qui est entre l'âm^ et le corps; néanmoins nous avons connoissance de toute cette ac-

LETXYlliS. VOl

tion,'pju:. laquelle lame meut les nerfs,* eo ta^nt qu une telle action est dans Tânie, puiscfiie ce nest rien autre, chose en elle que Tinclipation de sa vo* loaté à .un tel ou tçl mouvement. £t cette inclina* tion de la .volonté est suivie du cours des esprife dans les ner&, et de jtout ce qui est requis pour ce mouvement, ce qui arrive à cause de la convenable disposition du corps« dont Tâme peut bien n'avoir point de cpnnoissance , comme aussi à cause de Tunion de l'âpae avec. le corps, de laquelle sans doute iiotre âme a cpnXioisçaoce ; car autrement jaipais €jle n in^îne^oît sa volonté à vouloir mou-*

voir le& m^i^^re^* . '

]\{j^intQaa^tqi|erespi$tt,qiii.^st incorporel» puiaâe

faire mouvoir. l^.<?Qrps,. il n'y a ni raisonnement

ni comparaispn tirée des autres choses qui nous

le puiâse ap|^r€tnd^.; ibais néanmoins nous n'en

pouvons douter, piiisquedes expériences trop cenh

taipes et. trop èvidefite^ nous le font connoitM

tous les jours mAPiîf^$tem»nt« Et il faut bien prei^

dre giirde .quç. Çf^a>est « 1 une . des choses qui sont

connues par elles-ipétnes , et que nous ohacnrcis-'

sons toutes les £(m^ que npus les voplops expliquer

par d'^ufçcj^* Toutefois, ppurne fieajoiiJ^Iiei?)d|6^e

que.je puis px)ur votre satisfaction, je me seririiai

ici d'une comparaison*. La plupartdes philosophes

qui proient que }a pç^qteur d'ûfte piarre est une

qualité réelle ^ distin^cte. de la pierre, croient en-

l62 LtTTRJES.

fendre assez bien dequeiie fkçon cette qualité peut mouvoir une pierre vers le centre de la terre , pourcequ'ils croient en avoir une expérience manifeste : pour mc quf me persuadé qu'il n'y a point de tellequalité dans la nature, et par conséquent qu'il nç peut pas y avoir d'elle aucune vraie idée dans ^entendement humain , j'estime qu'ils se ser* 'v^ent de l'idée qu'ils ont en eux -bernes de la substance incorporelle pour se représenter cette pesanteur ; en sorte qu'il ne ndusest plas plus difficile de concevoir comment Ykttïë meut le cor|»s , qu'à eux de concevoir comment une telle qualité fiait aller la pierre en bas. Et il n'importe pas qu'ils disent que cette pesanteur n'est pas une substance; car en effet ils la conçoivent comme une substance, puisqu'ils croient qu'elle est réelle , et que par quelque puissance*, à savoir par là pqissance dî- ^ vine ^ elle peut exister sans la pierre. Il n'importe fiafi aussi qu'ils disent qu'eUe^est corporelle : car ei par corporel nous entendons* é^ qui appartient au corps, encore qu'il soit d'une autre nature, l'âme peut aussi' '^tre dite corporelle,, en tant qu'elle; est propre à s^ir au oerps ; mais si par corporel nouB entendons ce qiii participe dé la nature du corps, cette pesanteur n'est pas plus corporelle que netre âme mém^.

5. Je ne conçois pas autrement la durée successive des choses qui sont mues , ou même celle de

LETTRES. l65

teur mouvement, tjue je fais la ckirée des choses iiou mues ; car le devant et laprès de toutes les dorées y quelles qu'elles soient , me paroît par le éevant et par l'aprés de la durée successive que je découvre en ma pensée, avec laquelle les autres choses sont coexistantes.

6. La difficulté qu'il y à à connoître l'impossi'^ hMté du vide semble venir principalement; de ce que nous ne considérow pas assez qua le néant ne peut avoir aucunes propriétés : car, autrement, voyant que*dans cet espace même que ubus appelons vide il y a une véritable es^tension , et par conséquent «toutes les propriétés qui sont requises i la nature du corps , nous ne dirions pas qu'il est toitt'«à-fait vide, c'eét-à-dire qu'il est un pur néant. De plus, cette difficulté vient aussi de ce que nous avons recoiirs à la puissance divine ; et comme nous savons qu'elle est infinie , nous ne prenons pas garde que 'nous lui attribuons un effet qui en* ferme une coatradietion en sa conception , c'est-àdire qui ne peiit être par nous conçu.

Pour moi , il me semble qu'on ne doit jamais dire d'aucune chose. qu'elle ècst impossible à Dieu; car tout ce qui eat vrai et bon étant dépendant de sa touite-puissaiiee, je n'ose pastnéme dire que Dieu ne peut faire une montsigne sans vallée , ou qu^un et deux np fass^it pas trois ; mais je dis seulement qu'il m'a àoÊmé un esprit de telle nature ^ que jç

l64 LETTRES.

ne sauroîs concevoir une montagne sans vallée^ oci qiie l'agrégé d'un et de deux ne fasse pas trois , ete. Et je dis seulement que telles choses impliquettt contradiction en ma conception. Tout de mêxne aussi il me semble qu'il implique contradictioù en ma conception de dire qu'un espace soit tout-àfait vide, on que le' néant soit étendu , ou. que l'univers soit terminé; ppurcequ'on ne sanroit feindre ou imaginer aucunes bornes au monde, audelà desquelles je ne conçoive de Tétendue; et je ne puis aussi concevoir un muid tellonient vide , qu'il n'y ait aucune extension en sa cavité , et dans lequel par conséquent il n'y ait point de corps; car là ou il y a de l'extension , là aussi nécessaire ment il y a un corps , etc.

A MADAME JÉLIZAÇETH,

PRINCESSE PALATINE, CtC. *.

(liCttre a6 du tome L)

Madame,

J'ai eu enfin le bonheur de recevoir les trois lettres que voti'e altesse m'a fait ^honneur detn'é-

' « La 26*^ lettre du t^' volume est de M. Descartes à madame Elisabeth, princeaflfi Palatine; elle n'est point datée» biais dSax rafson^ me persnsdeat

LETTRES. l€5

crire^^^ eUes n'ont point passé en de mauvaises mains; mais la première, du 3o juin , ayant été^portéeà Paris pendant que j etoîs déjà en chemin pour revenir en ce pays , ceux qui l'ont reçue pour moi ont attendu des nouvelles de mon arrivée avant que de me l'envoyer, et ainsi je ne l'ai pu avoir qu'aujourd'hui; que j'ai aussi reçu la dernière du a5 août, par laquelle j'apprends un procédé injurieux que j'admire, et je veux croire avec votre altesse qu'il ne vient pas de la personne à qui on l'attribue. Quoi qu'il en soit, je n'estime pas qu'on doive être fâché de ne point faire un voyage où , cqmme.votre alte^sip remarque fort bien , tes incommodités étaient infaillibles, et les avantages fort incertains^ Pour moi, grâce à Dieu, j'ai achevé celui qu'on m'avoit obligé de faire en France, et |e ne sms pas marri d'y être allé, mais je suis encore plus aise d'en être- revenu. Je n'y ai vu persoime

qnMle a été écrite le i*''' d'octobre 1648 : premièrement parceqae dans la 27* lettre â Picot , datée da B septembre , M. Descartes dit à cet ami qu'il a appris de M» d'Hogheland qu'il liii a voit envoyé à Paris des lettres de Berlin y qni sont celles auxquelles il*; répond dans cette lettre, et qu'il le prie de les renvoyer incessamment ; or, pour écrire à Paris et renvoyer ces fettres ,, il a bien fallu trois semaines , c'est pourquoi j'ai passable raison de fixer cette lettve âu i*' octobre. Secondement, parceqne, page 81 de cette lettre , M. DescaurteS' dit qu'il y a cinq moi%. qu'il n'a reçu de nouvelles de Suède ; or, la dernière qu'il avoit reçue à Egmond était datée du 4 avril 1648, et il l'avoit reçue sur la fin' de ce mois d'avril, si l'on ajoute cinq mois nous venons en octobre, et je fixe donc bien cette lettre au i*' oc«.. tobre 1648. Laprindesseâlzabeth était ptyiir Ion à Berlin. •

l66 . LETTRES.

dont il m'ait semblé que la cofidition fût digi^d'en* vie , et ceux qui y paroîssent avec le plus d'éclat m'ont semblé être les .plus dignes de pitié. Jt n'y pouvois aller en un temps plus avantageux pour me faire bien reconnoitre la félicité dé la vie tranquille et retirée , et la richesse des plus méd40(»*es fortunes. Si votre altesse compare sa'condition avec celle des reines et des autres princesses de TEurope , elle y trouvera la même différence qu'entré ceux qui sont dans le port, où ils se reposent, et ceux qui sont en pleine mer, agités par les vents d'une tempête; et bien qu'on ait été jeté dans fe port par un naufrage, pourvu qu'oa n'y manque pas des choses nécessaires à la vie , qn ne doit pas y être moins conteut que si on y étoît arrivé d'autre façon. Les fâcheuses rencontres qui arrivent aux personnes qui sont daâs l'action , et dont la félicité dépend toute d'autrui, pénètrent jusqu'au fond de leur cœilr, au lieu que cette vapeur venimeuse qui est descendue des arbres sons lesquels se pro^ menoit paisiblement votre altesse n'aura touché , comme j'espère, que l'extérieur de la peau, laquelle si on eût lavée sur l'heure avec un peu d'eau-devie , je crois qu'on en auroit ôté tout lemaL Je n'ai reçu aucunes lettres depuis cinq mois de l'ami dont j'avois écrit ci-devant à votre altesse, et pourcequ'en sa dernière il me mandoit fort ponctuellement les raisons qui avoient empêché la personne

à laquelle il avait donné mes lettres de me faire réponse 9 je juge que son silence ne vient que de ce qu il attend encore cette réponse, ou bien peutêtre qu'il a quelque honte de n'en avoir point à m'envoyer, ainsi qu'iLs'étoit imaginé. Je me retiens aussi de lui écrira le premier , afin de ne lui sembler point reprocher cela par mes lettres; et je ne laissois pas de savoir souvent de ses nouvelles lorsque j^étois à Paris, par le moyen de ses proches , qui en recevoient tous les huit jours ; mais lorsqu'ils lui auront mandé que je suis ici, je ne doute point qu'il ne m'y écrive, et qu'il ne me fasse entendre ce qu'il saip:a du procédé qui touche votre altesse, ppurcequ'il sait que j'y prends beaucoup d'intérêt. Mais ceux qui nont point eu l'hopr neur de vous voir, et qui n'ont poiatune connoi»sance très particulière de vos vertus , ne sauroient pas concevoir quW puisse être aussi parfaitement que je sms » etc.

l68 LETTRES^

A MONSIEUR

(JLettfe a3 du tome IL )

le iS décembre 164^,

MoisrsiECîA^'

Je ne yous saurois commodément envoy€fr*.la proposition que vous me demandez, parcequ'il lie m'en souvient presque plu% et que je suis occupé à d'autres pensées; c'est pourquoi. je vous supplie de m'en, dispenser, et je vous l'enverrois très volontiers, si »^ous ne la demandiez que pour vous seul ; mais parceque vous la voi^driez faire imprimer, je vous dirai ici franchement que je suis^^trop mal satisfait de certains géomètres, poiir leur vquloir plus rien apprendre. Tout le meilleur qu'ils savent vient presque de moi, et néanmoins ils veulent persuader aux ignorants qu'il n'y a personne qui les égalç. Je vous prie, si vous écrivez à M. de Carcav^, de je remercier de ma part du souvenir qu'il a de moi, et de l'offre qu'il me. fait de m'envoyer le livre d'Italie qui Iraite du vide ; je ne voudrois pas lui en donner la- peine, mais si- nous en avions le titre , peut-être que nous le trouverions

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diez les ii|pfmîres d'ici ; et s'il lui plaît de le faire voir à M. Tabbé Picot, je pourrai apprendre de lui ce qu'il contient.

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