‹ OEuvres de Descartes, publiées (volume 5)Chapitre 6 sur 59 · OU DE L'AME RAISONNABLE · texte numérisé non relu

OU DE L'AME RAISONNABLE

ou II. UT Momefti cb Qy*ciJ>x est kt ce qu'elle peut stae. • (Yanioiy)

Art. P' L'esprit humain est ce par quoi les actions de la pensée sont immédiatement exercées dans l'homme, et il ne consiste précisément que dans ee principe interne, ou dans cette faculté que l'homme a de penser.

n. Pour ce qui est de la nature des choses , rien n'empêche, ce semble, que l'esprit ne puisse être, ou ime substance, ou un certain mode de la substance corporelle; ou, si nous voulons suivre le sentiment de quelques nouveaux philosophes, qui disent que l'étendue et la pensée sont des attrîbuts qui sont en certaines substances, comme dans leurs proprés sujets , puisque ces attributs ne sont point opposés , mais simplement divers , je ne vois pas que rien puisse empêcher que l'esprit, ou la pensée, ne puisse être un attribut qui convienne à un même sujet que l'étendue, quoique la notion de l'un ne soit point comprise dans la notion de l'autre : dont la raison est que tout ce que nous pouvons concevoir peut aussi être ; or est-il que l'on peut concevoir que l'esprit humain soit

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quelqu'une de ces choses, car il n'y a eacela auoune contradiction y et partant il en pe«t*étr# qnelqu'ufie. , ^

III. C'est pourquoi ceux-là se trompent qui soutiennent que nous concevons dairement et distâncteioent l'esprit humain cooime une chose qui actuellement et par nécessité est distincte réellement du corps.

lY. Mais maintenant qu'il soit vrai que l'esprit humain soit en effet une substance, ou un être âistinct réellement du corps, et qu'il en puisse être actuellement séparé, et subsister de soi-même sans lui , cela nous est révélé en plusieurs lieux de la sainte Écriture ; et ainsi ce qui de sa nature peut être douteux pour quelques uns ( a\i moins si nous ne nous contentons pas d'une légère et morale connoissance des choses , ttiaîs si nous en voulons rechercher exactement la vérité ) nous est maintenant devenu certain et indubitable, par la révélation qui nous en a été faite dans les saintes lettres.

V. Et cela ne fait rien de dire que nous pouvons douter de l'existence du corps, mais que nous ne pouvons aucunement douter de celle de l'esprit ; car cela prouve seulement que pendant que lious doutons de l'existence du corps, nous ne pouvons pas alors dire que l'esprit en soit un nK>de.

YI. Quoique l'esprit humain ou l'âme raisonnable soit une substance distincte réellement du corps , néanmoins pendant qu'elle «st dans le corps elle est organique en toutes ses actions : c'est pourquoi, selon les diverses dispositions du corps, . les pensées de l'âme sont aussi diverses.

VII. Comme elle est d'une nature différente du corps et de ses diverses dispositions, dont elle ne peut tirer son origine, elle est incorruptible.

YIII. Et comme la notion que nous en avons ne nous fait concevoir en elle aucunes parties ni aucime étendue, c'est

ea vain qae Ton demande si elle est tout entiève dans le tout , et toQt entière dans chaque partie.

IX. Comme les choses qui ne sont qu'imaginaires peuvent aussi bien faille impression sur ^esprit, ou sur Tâme^ que celles qui sont vraies , il s'ensuit qu'il est naturellement incertain si BOUS apercevons véritablement aucun corps (au moins si, comme il a déjà été dit^ nous ne voulons pas nous contenter d'une légère et morale connoissance de la vérité, mais que nous veuillons connoître les choses avec certitude ). Mais la révélation qui nous a été faite dans les saintes lettres nous a encore relevés de ce doute ^ car elle nous apprend certainement que Dieu a créé le ciel et la terre , et toutes les choses qui y sont contenues, et qu'il les conserve encore à présent.

X. Le lien qui tient l'âme unie et conjointe au corps n'est autre que la loi de l'immutabilité de la nature, qui est telle, que chaque chose demeure en l'état qu'elle est pendant que rien ne la change,

XI. Comme elle est une substance, et que dans la génération de chaque homme en particulier il s'en produit une nouvelle, ceux-là sans doute ont très bonne raison qui disent que l'âme raisonnable est produite par une immédiate création de Dieu.

XII. L'esprit n'a pas besoin d'idées, ou de notions, ou d'asiomes qui soient nés ou naturellement imprimés en lui; mais la seule faculté qu'il a de penser lui suffit pour exercer ses actions.

Xm. £t partant toutes les communes notions qui se trouvent empreintes en l'esprit tirent toutes leur origine , ou de l'observation des choses , ou de la tradition.

XrV. Bien plus , Tidée même de Dieu a été mise en l'esprit , ou par la révélation divine , ou par la tradition, ou par Tobservation des choses.

XY. La notion que nous avons de Dieu , ou cette idée de Dieu qui est existante en notre esprit, n'est pas un argument assez fort et convaincant pour prouver que Dieu existe , puisqu'il est certain que toutes les choses dont nous avons en nous les idées n'existent pas actuellemait, et qu'il est certain aussi que cette idée , étant une conception de notre esprit, et même une conception imparfaite, ifest pas plus audessus de la portée de notre esprit, ou de notre pensée , et n'excède pas davantage la vertu naturelle que nous avons de penser, que l'idée d'aucune autre chose que ce soit.

XVI. La pensée de l'esprit est de deux sortes , à savoir , l'entendement et la volonté.

. XYII. L'entendement est la perception et le jugement.

XYIII. La perception est le sentiment, la réminiscence et l'imagination.

XIX. Tout sentiment est une perception de quelque mouvement corporel , laquelle ne demande point l'entremise d'aucunes espèces intentionnelles : et le lieu où se fait le sentiment n'est pas l'organe extérieur du sens, mais le cerveau seul.

XX. La volonté est libre , et indifférente à se déterminer aux choses opposées, à l'égard des choses naturelles, comme nous le savons par notre propre expérience.

XXI. C'est elle-même qui se détermine. £t elle ne doit pas être dite aveugle, non plus que l'œil ne doit pas être appelé sourd.

II n'y en a point qui parviennent plus aisément à une haute r^utation de piété que les- superstitieux «t les hypocritp.

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