REMARQUES SUR CHAQUE ARTICLE
Dans le premier article , il semble vouloir défi-' nir cette âme raisonnable ; mais il le fait fort imparfaitement , car il en omet le genre, à savoir qu'elle est ou une substance, ou un mode, ou quelque autre chose ; et il en donne seulement la différence, laquelle il a empruntée de moi : car per-
sonne que je saîche n'a dit avant moi qu'elle ne ccmsiste précisémetit que cbns ce principe: interne , ou dans cette faculté que rhomme a de penser.
Dans le second article^ il commence à chercher quel est son genre, et (fit en ce lieu-là qu'il semble quHlne réjfugne point à la nature des choses que l'esprit humain puisse être ^ ou une substance, ou un certain mode de la substance corporelle^
Laquelle assertion enferme une contradiction qui n'est pas moindre que s'il avoit dit qu'il ne répugne point à la nature des choses qu'une montagne soit sans vallée ou avec une vallée : car \ï faut bien prendre gafde de faire distinction entre ces choses qui de leur nature sont susceptibles de changement , comme , que j'écrive maintenant ou que je n'écrive pas; qu'un tel soit prudent, un autre imprudent ; et celles qui ne se changent jamais , comme isont toutes les choses qui appartiennent à f essence de quelque chose, ainsi que tous les philosophes demeurent d'accord. El de vrai, il n'y a point de doute qu'à l'égard des choses continge»tes, on peut dire qu'il ne répugne point à la nature des choses qu'elles soient d'uiine façon- qu d'inae autce : par exemple, il ne répugne point que j'écrive maintenant ou que je n'écrivë^ pas ; maïs, lorsqu'il s'agit de Teâsence d'une chose^ il est. tout-à-fait ab«surde et même il y a de la contradiction de di^re qu'il ne répugne point . à la nature des. choses
L£TTR£$« ^0
qu'elle;S(»t d'une autre façpa qu'elle u'est en effet ; et il n'e^t pas pM ^ ^ mituM d'une mcm4»agne de n'être poiiil: aaB9 vallée ,. qiu'il est de la. nature de Tesprît humajin d'être ce qu'il est^ à savoir d'étra u^e' subst^nc^, si eii e£kt il en. est une, oa d'être ua.cejftai^.modede L^substance corposcille/s'itestt vrai qu'il soit on tel vwde. Et c'est ce que notre auteur tache ici de per)Suader ; et pour le prouver, il ajouta ces mots., qu si nous voi{tons suivf^ le sen^ liment de quelques nouveaux philosophes^ eU^^ pap lesquelles paroles il e£^t aisé ^.connoitre.qii^ c'est de moi de qui il entend parler; car je suis le pre^ mier qui. ai considéra 1^ pensée cpn^rae.le principal attribut de la substance incorporelle , et l'étondue comme le principal attribut de la substance corpo*^ relie : mais je Q'ajl pa^ dit que ces àttribud:s étoient en ces siibstances comme en de^. sujets di^érent^ d'eux. Et il fa\it . bien prendre garde que par ce, mot di attribut j que Je dgnfie à, la pensée et à l'é-t tendue y noU3 n'entendouSfici rien autre chose que ce que les philosophes appellent communément un. mode ou une façon ; car il e^t bien vrai qu'à» parler généralement nous.pouyons donnçr Le nom.dâttribut à tout ce qqi aétéattribuié^àq^Helque cl^pse.par
la nature ;, et en ce seqs le nQm d'attribut peut convenir également au* ^od^^/qui p^ut. être changé, et. à l'essence mé^e^d'uiie çbQse,,q4ii e$t tout-à-fait, imnmable. Mais ce n'est pas aipsi universellement
que je l'ai pris quand j!ai considéré la pensée et retendue comme les principaux attributs des substances où elles résident , mais au sens qu'on le prend d'ordinaire , et quand par ce mot d'attribut on entend une chose qui est immuable et inséparable de l'essence de son sujet , comme celle qui la constitue , et qui pour cela même e^t opposée au mode. C'est en ce sens-là qu'on s'en sert quand on dit qu'il y a en Dieu plusieurs attributs, mais Aon pas plusieurs modes. C'est ainsi que l'un des attributs de chaque substance, quelle qu'elle soit, est qu'elle subsiste par elle-même. De même aussi l'étendue d'un certain corps en particulier peut bien à la vérité admettre en soi une variété de modes : car, par exemple , quand ce corps est sphérique 9 il est d'une autre façon que quand il est carré, et ainsi être sphérique et être carré sont deux diverses façons d'étendue ; mais l'étendue même qui est le sujet de ces modes , étant considérée en soi , n'est pas un mode de la substance corporelle, mais bien un attribut qui en constitue l'essence et la nature. Ainsi enfin la pensée peut recevoir plusieurs divers modes ; car assurer est une autre façon de penser que nier, aimer en est une autre que désirer, et ainsi des autres; nîais la penséè même, en tant qu'elle est le principe interne d'où procèdent tous ces modes , et dans lequel ils sont comme dans leur sujet, n'est pas conçue
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comme un mode, mais comme un attribut qui constitue la nature de quelque substance; et la question est maintenant de savoir si cette substance qu elle onstituc? est corporelle éa incorporelle.
Il ajoute gue ce» aitrihuU ne mm pds opposés, mais simplement divers ; ^n quoi il y a encore une contradiction : car lorsqu'il s'agît d'attributs qui constituent l'essence de quelques substances, il ne sauroit y avoir entre eux de plus grande opposition que d'être divers ; et lorsqu'il confesse que l'un est diflFérent de Fautre, c'est de même que s'il disait que l'un n'est pas l'autre ; or être et n'être pas sont opposés. U poursuit : puisyu*ils ne sont pas opposés , mais divers , Je ne vois pas que rien puisse empêcher que l'esprit ne puisse être un alîrihut qui convienne àun même sujet qaet^ étendue^ quoique la notion de l'un ne soit point comprise dans la notion de l'autre* Dans lesquelles paroles il y a un manifeste paralogisme : car il conclut de toutes sortes d'attributs ce qui ne peut être vrai que des modes proprement dits; et néanmoins il ne prouve nulle part que l'esprit , ou ce principe interne par lequel nous pensons, soit un tel mo^e; mais au contraire je prouverai tout maintenant , par ce qu'il dit lui-même dans le cinquième article^, que ce n'en est pas un. Pour ce qui est de ces autres sortes d attribdts qui constituent la nature des choses ,
lO- G
8d LT.TTR£S^
an ne peut pas dire que ceux qui sont divers, et qui ne sout en ailcune ^açon compris dans la notion l'un de l'autre, conviennent à un seulet.méme sujet : qm c'est de même que si l'on disoit qu'un seul et même sujet a deux natures diverses ; ce qui enferme une manifeste contradiction, au moins lorsqu'il est question, comme ici, d'un sujet simple , et non pas d'un sujet composé. Mais il y a ici trois choses à remarquer , lesquelles si cet écrivain eût bien entendues , jamais il ne seroit tombé en des erreurs si manifestes.
La première est qu'il est de la nature du mode que bien que nous puissions concevoir aisément la substance sans lui , nous ne pouvons pas toutefois réciproquement concevoir clairement le mode sans concevoir en même* temps la substance dont il dépend et dont il est le mode , comme j'ai expliqué en l'article soixante-unième de la première partie de mes Principes; et en cela tous les philosophes conviennent. Or il esl manifeste que notre auteur n'a pas pris garde à cette règle, par ce qu'il <lit en l'article cinquième; car il avoue lui-même en ce lieu-là que nous pouvons douter de l'existence du corps , lors même que nous ne doutons point de l'existence de L'esprit : d'où il suit que l'esprit peut être conçu sans le corps, et partant que ce n'en est pas un mode*
La seconde chose que je désire que Ton reraar*
que ici, est la différence qu'il y a entre les êtres 6iiiiples et les êtres composés ; car cet étre-Ià est composé, dans tldquel se rencontrent deux ou plusieurs attributs , chacun desquels peut être conçu distinctement sans l'autre ; car de cela même que l'un est ainsi conçu distinctement sans l'autre, on connoît qu'il n'en est pas le mode , mais qu'il est une chose ou l'attribut d'une chose qui peut subsister sans lui. L'être simple au contraire est celui dans lequel on ne remarque point de semblables attributs : d'où il paroît que ce sujet -là est simple , dans lequel nous ne remarquons que la seule étendue, et quelques autres modes qui en sont des suites et des dépendances, comme aussi celui dans lequel nous ne reconnoissons que la seule pensée, et dont tous les modes ne sont que des diverses façons de penser ; mais que celui-là est composé , dans lequel nous considérons l'étendue jointe avec la pensée, c'est à savoir rhomme,qui est composé de corps et d'àme, lequel notre auteur semble. ici avoir pris seulement pour le corps, dont l'esprit est un mode.
Enfin il faut remarquer ici que dans les sujets qui sont composés de plusieurs substances, souvent il y en a une qui est la principale, et qui est tellement considérée que tout ce que nous lui ajoutons de la part des autres n'est à son égard autre chose qu'un mode , ou une façon dé la con-
sidérer. Ainsi un homme habillé peut être considéré comme un certain tout composé de cet hoipfl06> et de ses habits ; mais être kabilté, au regard de cet homme, est seulement utï mode ou ujcie façon d être sops laquelle nous le considérons , quoique ses habits soient des substances. C'est ainsi que notre auteur a pu dans l'homme , qui est composé de corps et d'âme, considérer le corps comme la principale partie, au respect de laquelle être animé , on être capable de penser, n'est rien autre chose qu'un mode ; mai$ il est ridicule d'insérer de là que Tâme même, ou ce principe par lequel le corps est dit être capable de penser, n'est pas uno substance différente du corps.
H tâche après cela de confirmer ce qu'il a dit
par ce syllo^sme : Tout ce que nous pouvons conce--
voir peut aussi être^ Or est-il que nous pouvons
concevoir fue l'esprit humain soif, ou une substance ,
ou un mode de la substance corporelle; car il n'y a
en cela aucune contradiction : donc l'esprit humain
' peut être l'une ou l'autre de ces deux choses. Sur
quoi il faut remarquer que cette règle, à savoir,
^Que toiAt ce que nous pouvons concevoir peut aussi
être , quoiqu'elle soit de moi , et véritable toutes
et quantes fois qu'il s'agit d'iine conception claire
et distincte, laquelle enferme la possibilité de la
chose qui est conçue, à cause que Dieu est capable
de faire tout ce que n6us sommes capables de con-
cevoir claîremenl comme possible ; cette règle , dis-je, ne doit pas être témérairement usurpée, pourceqtfil peut aisément arriver que quelqu'un croira entendre et apercevoir daireraerit quelque chose, laquelle néanmoins, à cause de quelques préjugés doôt il est prévenu et comme aveuglé, il n'entendra et n'apercevra point du tout. Et c'est ce qui est arrivé à cet auteur, lorsqu'il a prétendu qu'il n'y avoit point de Contradiction qu'une seule et même chose eût l'une oU l'autre de deux natures entièrement diverses , c'est à savoir, qu'elle fut ou une substance ou un mode. A la vérité s'il eût seulement dit qu'il ne voyoit point de raison pourquoi l'esprit humain dût plutôt être estimé une substance incorporelle qu'un mode de la substance corporelle, son ignorance auroit pu être excusée. Si d'ailleurs* il avoit dit qu'il n'est pas possible à la raison humaine de trouver jamais aucune preuve par laquelle on puisse démontrer que l'esprit humain soit Tun plutôt que l'autre, certes son arrogance seroit blâmable , mais du moins il n'y auroit point de contradiction en ses paroles. Mais, en disant, comme il fait, qu'il ne répugne point à la nature des choses qu'une même chose soit une substance ou un mode, il dit des choses qui se contredisent , et fait paroître en cela l'absurdité de son esprit.
Dans le troisième article j il expose le jugement
qu'il fait de moi ; car c'est moi qui ai écrit que l'esprit humain peut être clairement et distinctement conçu comme une substance différente de la substance corporelle : et quoique cet auteur n'allègue point d'autres raisons que celles que j'ai fait voir en l'article précédent enfermer tant de contradictions, il ne laisse pas de prononcer hardiment que je me trompe. Mais je ne veux pas ra'arrêter à cela, ni m'amuser à examiner ceS; mots d' actuelletneni ou par nécessité , lesquels contiennent quelque ambiguïté, ear ils ne sont pas de grande importance.
Je ne veux pas non plus examiner les choses qa\^'dans l'article quatrième , concernent la sainte Écriture, de peur qu'il ne semble que je me veuille attribuer le droit de juger de la religion d'autrui. Mais je dirai seulement qu'il y a trois genres de questions qu'il faut ici bien, distinguer. Car, il y a des choses qui ne sont crues que par la foi, comme sont celles qui regardent le mystère de l'incarnation, de la trinité, et semblables. Il y en a d'autres qui , bien qu'elles appartiennent à la foi , peuvent néanmoins être recherchées par la raison naturelle, entre lesquelles les théologiens ont coutume de mettre l'existence de Dieu et la distinction de l'âme humaine d*avec le corps ; enfin il y en a d'autres qui n'appartiennent en aucune façon à la foi , mais qui sont seulement soumises à la re-
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cherche du raisonnement huinain , comnie la qua^ drature du cercle , la pierre philôsophale , et au-t très semblables. Et comme ceux-là abusent des paroles de la sainte Ecriture , qui , par quelque mauvaise explication qu'ils leur donnent, croient en pouvoir déduire ces dernières; de même aussi ceux-là dérogent à son autorité, qui entreprennent de démontrer les premières par des arguments tirés de la seule philosophie : mais néanmoins tous les théologiens soutiennent que Ton peut entreprendre de montrer que celles-là même ne répugnent point à la lumière de la raison ^^ et c'est en cela qu'ils mettent leurs principales études. Mais pour les secondes, non seulement ils estiment qu'elles ne répugnent point à la lumière naturelle, mais même ils exhortent et encouragent les philosophes de faire tous leurs efforts pcmr tâcher de les démontrer par#des moyens humains , c'est-à-dire tirés des seules lumières de la raison. Mais je n'ai encore jamais vu per- 3onne qui assurât qu'il ne répugne point à la nature des choses qu'une chose soit autrement que la sainte Écriture jious enseigne qu'elle est, si ce n'esT qu'il voulût montrer indirectement qu il ajoute peu de foi à cette Écriture. Car comme nous avons été premièrement hommes , il n'est pas croyable que , faits chrétiens , quelqu'un em-i brasse sérieusement et tout de bon des opinionSi,
qu'il juge contraires à ki raison qui le fait hdnnnè, pour s'attacher à la foi par laquelle il est chrétien. Mais peut-être aussi que notre auteur ne dit pas cela , car il dit seulement fti^ ce qui de sa riature peut être douteux pour quelques uns ^ nous est main^ tenant devenu certain et indubitable par la révéla^ tion qui nous en a été faite dans les suintes lettres^ dans lesquelles paroles je trouve encore deux contradictions : la première , en ce qu^il suppose que l'essence d'une seule et même chose est dou* teuse de sa nature, et par conséquent sh jette au changement; car il répugne que l'essence d'une chose ne demeure pas toujours la même , à cause que si l'on suppose qu'elle devienne autre qu'elle n etoit, de cela même ce ne sera plus la même chose , mais une autre, qu'il Êiudrà appeler d'un autre nom. La seconde est dans ces mots pour quelques uns, d'autant que tous les hommes ayant une même nature, ce qui ne peut être douteux que pour quelques uns n'est pas douteux de sa nature.
L article cinquième doit plutôt être rapporté au second que non pas au quatrième; car notre auteur ne parle point en cet article de la révélation divine, mais de la nature de l'esprit, savoir s'il est une substance ou un mode ; et pour montrer que l'on peut soutenir qu'il n'est autre chose qu'un mode, il tâche de résoudre une objection qui est
prise de mes écrits. Car j a» écrit en quelque endroit que Dous ne pouvi<M:i$ nous-mêmes douter de l'existence de notre esprit, pftrcequQ de cela même que nous douton», il suit nécessairemient que notre esprit existe ; mais que dans ce tempsn la même nous pouvions douter qu il y eût aucun corps au monde : d'où j'ai inféré et démontré que nous concevions dairement notre esprit comme une chose existante , ou coiûme une substance , encore que nous n« conçussions aucun corps comn\e existant y ou même que nous niassions qu'il y en eut aucim dans le monde ; d'où il suit que la notion de /l'esprit ne contient rien en sçi qui ap« partienne en aucune façon à la notion du corps. £t toutefois notre aut^r pense comme dissiper et réduire en fumée tout ce raisonnement, et en faire voir suffisamment k- foiblesse , lorsqu'il dit que cet argument prouve $eulefnent ffue pendant que nous doutons de l'existence du corps 9 nous ne pouvons pas alors dire que l\esprit en sa^t un mode , où il Élit voir qu'il ignore entièrement ce que les philosophes entendent par le nom de mode; car c'est en cela que consiste la nature du mode , de ne pouvoir aucunement être conçu, sans enfermer dans sa notion celle de la chose dont il est le mode^ comme j'ai déjà expliqjué ci-dessus; cependant il demeure d'accord que l'esprit peut quelquefois être conçu sans le corps , à savoir , lors-
go LETTRES.
qu OU doute de l'existence du corps : d*oii il suit que pour lors au moins il ne peut être dit n» mode du corps. Or estJl que ce qui est une fois vrai de l'essence ou de la nature d'ime chose est toujours vrai; et néanmoins il ne laisse pas d'assu^ rer qu'il ne répugne à. la nature des choses que l'es^ prit sait seulement un mode du corps; niais il est évident que ces deux choses se contrarient.
Je ne comprends point ce qu'il veut dire dans le si;xième article par ces paroles : Quoique l'esprit humain ou l'âme raisonnable soit une substance distincte réellement du corpSy néanmoins^ pendant qu'elle est dans le corps ^ elle est oi'ganique en toutes scb^ actions. Je me souviens bien d'avoir autrefois ouï dire dans les écoles, que l'âme est l'acte du corps organique ; mais qu'elle-même soit organique , je confesse que je ne l'avois point encore ouï dire jusqu'à présent : c'est pourquoi ,^comme je n'ai ici rien de certain que je puisse écrire, je supplie notre auteur de me permettre d'exposer ici mes conjectures , que je ne donne pas pour quelque chose de vrai , mais seulement pour telles qu'elles sont.
Il me semble que j'aperçois en ce qu'il dit deux choses qui se contrarient. L'une desquelles est que l'esprit humain est une substance réelle-^ ment distincte du corps; et j'avoue que notre auteur le dit ouvertement : mais il dissuade autant
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qu'il peut par ses raisons de* le croire, et soutient que cela ne peut être prouvé que par le témoignage seul de la sainte Écriture. L'autre est que ce même esprit humain en toutes ses actions est organique, ou ne sert que d'instrument, comme n'agissant point de soi-même , mais dont le corps se sert , comme il fait de la conformation de ses membres , et des autres modes corporels; et ainsi, s'il ne le dit de paroles , il assure néanmoins en effet que l'esprit n'est rien autre chose qu'un mode du corps ; comme aussi ne semble-t-il avoir disposé toutes ses raisons que pour la preuve de cela seul. Or ces deux choses sont si manifestement contraires, à savoir, que l'esprit humain soit une substance et un mode , que je ne pense pas que cet auteur veuille que ses lecteurs les croient toutes deux ensemble, mais bien qu'il les a ainsi à dessein entremêlées pour contenter les simples, et satisfaire en quelque façon ses théologiens sur l'autorite de l'Ecriture sainte, niais néanmoins pour faire en sorte que les plus clairvoyants puissent reconnoître que ce n'est pas tout de bon qu'il dit que l* esprit ou Came est distincte du corps , et qu'en effet son opinion est qu'elle n'est rien autre chose qu'un mode.
Dans les septième et huitième articles , il semble continuer à dire les choses autrement qu'il ne les pense , et se sert encore de cette figure de rhétori-
que , qu on nomme ii^onie, vers la fin du neuvième article; mais au coitimencement il ajoute la raison de ce qu'il avance: c'est pourquoi il y a lieu de croire qu'en cet endroit-là il parle tout de bon , et qu'il agit de bonne foi. Voici ce qu'il dit : Il est naturellement incertain si nous apercevons véritabletnml aucun corps; et la raison qu'il en apporte est que les choses qui ne sont qu'imaginaires peuvent aussi bien faire impression sur l'esprit que celles qui sont vraies. Mais cette raison ne peut être bonne, si l'on suppose que nous ne pouvons en aucune façon nous servir de cette faculté que les philosophes appellent d'un nom propre l'entendementy mais seulement de celle qu'ils nomment le sens commun , dans laquelle les images des choses soit vraies soit imaginaires sont reçues pour toucher Tesprît, et qu'ils disent nous être commune avec les bêtes. Mais certes ceux qui ont de l'entenden>ent , et qui ne ressemblent pas tout-à-fait aux chevaux et aux mulets, encore qu'ils ne soient pas seulement touchés par les images que la présence des choses vraies impritne dans le cerveau , mais aussi par celles que d'autres causes y exciteîit, comme il arrive dans les songes; ceux-là, dîs-je, discernent néanmoins très clairement par la lumière de la raison les unes d'avec les autres. Et j'ai expliqué si nettement et si exactement dans mes écrits par quel moyen cela se peut infaillible-
LETTRES. g3
ment recoiwoHre , que je m'asfure qu'il n y a personne , qui ait un peu d'entendement, qui après les avoir lus puisse être encore en cela sceptique.
Dans les dixième et onzième articles^ il y a encore lieu de soupçonner qiill ne parle pas tout de bon : car si Ton croit que l'âme soit unç substance, il est ridicule et impertinent de dire que te lien qui tient l'âme unie et wi^^inte au corps n'est autre que la loi de l' imnuitulHUté de là nature, qui est telle ^ que chaque chose demeure en rétat qu'elle est : car les choses qui sont séparées , aussi bien que celles qui sont conjointes , demeurent dans leur même état, pendant que rien ne le change; mais ce n'est pas de quoi il ^'agit en ce lieii'^là, mais bi^n de savoir com.meiit et par quel moyen l'esprit est joiût avec le corps, et n'en est pas séparé. Mais si l'on suppose que l'àpne soit un mode du corps , c'est bien répondre que de dire qu'il ne faut point cherclier d'autre lien par qupi elle lui soit conjointe, sjinQn qu'elle demeure dans le même état où elle est ; d'autant que ies modes n'ont point d'autre état ou d'autre manière d'être que celui d'être attachés ou inhérents aux choses dont ils sont les modes.
Dans le douzième article, je trouve qu'il n'est différent de ce qjue je dis qu'en la manière de s'exprimer : car quand il dit que Vesprtt n'a pas
besoin (V idées ^ ou de notions, ou d'axiom0s qui soient nés^ ou naturellement imprimés en lui y et que ce** pendant il lui attribue la faculté de penser, c'està-dire une faculté naturelle et née avec lui, il dit en effet la même chose que moi , quoiqu'il me semble ne le pas dire. Car je n'ai jamais écrit ni jugé que l'esprit ait besoin d'idées naturelles qui soient quelqqe chose de différent de la faculté qu'il a de penseur: mais bien est-il vrai que, reconnoissant qu'il y avoit certaiires pensées qui ne ptt)cédoient ni des objets du dehors, ni de la détermination de ma volonté, mais seulement de la faculté que j'ai de penser, pour établir quelques différence entre les idées ou les notions qui sont les formés de ces pensées, et les distinguer des autres qu'on peut appeler étrangères, ou faites à plaisir , je les ai nommées naturelles; mais je l'ai dit au ménïe sens que nous disons que la générosité, par exemple, est naturelle à certaines familles, ou que ceï^tâines maladies, comme la goutte ou la gravellej sont naturelles à d'autres , non pas que les enfants qui prennent naissance dans ces familles soient travaillés de ces maladies aux ventres de leurs mères, mais parcequ'ils naissent avec la disposition ou la faculté de les contracter.
Mais remarquez, je vous. prie, la belle conséquence que, dans l* article treizième, il tire du précédent. Il avoit dit en cet article que l'esprit n'a
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pai besoin dHdées qui êoient naturetlemeni imprimées en lui, mais que la seule faculté qu'il a dépenser lui suffit pour exercer ses actions; c'^est pourquoi ^ conclut-il dans celui-ci, toutes les communes nations qui se trouvent empreintes en l* esprit Air ent toutes leur origine ou de robservation des choies ou de la tradition : cooime si la faculté de penser qu'a: ' l'esprit ne pouvait d'elle-mêine. rien produire , et qu'elle n'eût jsonaiç aucunes perceptions ou pensées que celles qu'elle a reçues de l'observation des choses ou de la tradition, c'est-à-dire des sens. Ce qui est tellement faux, que quiconque a bien compris, jusqu'où' s'étendent nos sens, et ce que ce peut être précisément qui est porté par eux jusqu'à la &culté que nous avons de penser , doit avouer au contraire qu'aucunes idées des • choses ne nous sont représentées par eux telles que nous les formons par la pensée; en sorte qu'il n'y a rien dans nos idées qui ne soit naturel à l'esprit, ou àlafa* culte qu'il a de penser ^ si seulement on excepte certaines circonstances qui n'appartiennent qu'à l'expérience. Par exeaaple, c'est la seule expérience qui faU que nous jugeons que telles ou telles idées, que nous avons main tenant présentes à l'esprit, se rapportent à quelques choses qui sont hors de nous; non pas, à la vérité, que ces choses les aieiit transmises en notre eâpiit par les organes des sens telles que nous les seottons , mais à cause qu'elles
gÔ LETTRES*
Ont transmis quetqtie chose qui a donné occasion à notre esprit, par la faculté naturelle qu'il en a , cle les former en ce temps-**Ià plutôt -qu^en un autre. Car, comme notre auteur même assure dans Var^ iitl» dix^rfisuvième , conformém^t à ce qu'il -a ap«* pris de' mes Principes , rien nô peut venir des ob^ jets extérieurs jusqu'à notre âme, par l'entremise des sens, que quelques mouvements corporel^; maifi m ces mouvements mêmes , ni ks finîtes qui en proviennent , ne sont point conçus par nous tels qu'ils sont dans les organes des sens, comme j'ai amplement expliqué dans la Dioptrique; d'où il suit que même les idées du mouvement Qt des figures sont naturellement eh nous. Et , à plus forte rais<î>u, les idées de la douleur, -des couleors , de3 sons, et de toutes les choses sembtahles, nous doiyent**eiles être naturelles, afin que notre esprit, à VoCC^^iQ'a de certains mouvements corporels avec lesquels elles n'ont aucune ressemblance, se les puisse représenter. Mais- que peut^on foin<lre de plus absurde que de dire que toutes les notions communes qui sont en notre esprit procèdent de ces mouvements, et qu'elles ne peuvent être sans eux. Je voudrois bien que notre auteur m'apprît quel est le mouvement corporel qui peut former en notre esprit quelque notion commune; par exemple, oelle-ci , Que tes choses qui c^npiennent à une troisième conviennent entre eltee , ou telle autre
qu'il lui plaira; car taii$ ces moui^ments sontpaïf* ticuliers , et ces notions sonl universelles , qui n'ont aucune affinité ni rapport avec le mouvement. ^ Néanmoins , dan%. V Article quatarziéms^, appuyé sur ce beau fondement ^ il continue d'assurer que l'idée même de Dieu qui est en iious ne vient pas de la facuké que nous avons de penser , colmmç une chose qui lui soit naturelle ^ mais qu'elle vient de la révélation' divine, ou.de la trÀxdition, ou de l'observation des choses. £t, pour mieus reconnbîtrQ Terreur de cette assertion , il faut considérer qu'on peut dire, en: deux façons qu'une chose vient d'une autre; à savoir, ou parceque cette autre ^en est la cause prochaine etvprincipale , sans laquelle eUe ne |>jeut être, ou parcequ'elle en est la cause éloignée et accidentelle seulement, qui donne occasion à la principale de produire soif tfifet en un temps plu»tôt qu'en un auti^e. C'est ainsi que tous les ouvriers sopt'les pauses priacîpales et prochaines de. leurs oayrageSf^et que ceux qui leur ordonnent d& les faire, ou qui leur pitomettent quelque récompensa s'ils lès font, en sont les causes accîden telles i et éloignées», à cause que p6ut-4tre ils i^ les feroiei^t point si on ne ieur qommandoit. Qr, il n'y. a point de doute que lia tradition^ ou l'observation des cho^ ses , ne soit souvent 1^' cause éloignée qui fait que nous venons à penser à l'idée- que nous pouvons avoir de Dieu , et à la rendre présente à notre es-
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prit ; mais que c^en soit la c^use prochaine, et effeotrice de cette idée , cela ne se peut dire que par celui qui croit que nous ne concevons jamais rien autre chose de Dieu , sinon quel est ce nom-là, Ditu^ ou quelle est la figure corporelle sous la* quelle il nous est ordinairement représenté par les peinlres*. Gar, de vrai , si l'observation s'en fait par la vue, elle ne peut d'elle-même représenter autre chose . à l'esprit que des peintures , et même des peintures dont, toute la vérité ' ne consiste que dans celle ' de certains mouvement^ corporels, comme noire auteur même l'enseigne ; si elle se fait par l'ouïe, elle ne peut représenter que des sons $t des paroles; que, si c'est par les autres sens qu'elle 86 fasse, une telle observation ne sauroit rien contenir qui puisse être rapporté à Dieu. Et certes, c'est une chose si véritablei^ue la vue ne représente de •oi rien autre chose à l'esprit que des peintures, ni l'ouie que des sons et des paroles, que persomie ne le révoque en doute;, si bien qye toiit ce que nous concevons de plus que ces paroles et ces peintures , comme les choses signifiées par ces ^signes , doit nécessairement nous être représenté par des idées, qui ne viennent point d'ailleurs que de la ftculté que noys avons de penser, et qui pir co»-^ séquent sont naturellement en elle, c'est-àr^dive sont
« Leâ éSitioAs: can'été, « Let édidons : celfies.
toujours en nous eu puisaanee; cas être naturelle* ment dans une faculté ne vent pas «lire y être en ade, mais eo puissance seulement , vu que le nom mêm^ de faculté ne veut dire autre chose que puisisançe. Or peraonqe, s'il ne veut passer ouvertement pour un athée, et même pour un homme qui a perdu le sens, ne peut assurer que nous ne sau^ rions rien oonnoUre de Dieu que le^ nom ou la figure corporelle doi^t les peintres au lessculptetirs se servent pour nous^ le représenta.
Après que notre auteur a exposé l'opinion qu'il a touchant Is^ mi^f^ère dont nous pouvons con* noitre Dieu ^ il réfuta 9 ^âtè< CartifiUquinziètne^Vava les argviineiits par lesqu^s j ai démontré sonew^ teoce; où j^ ne puis que jà nVdmire la grande confiance ou préçpmptiQn de cet homme de Croire qu'il puisse^ avec tant de facilité /et en si peu de paroles, renverser tout ce que j'ai composé apnàs. une longue et sérieuse méditation » et que je n^ai pu expliquer qqe ^an^ un livre entier. Toutes les raisons que j'ai apportées pour cette preuve se rap-^ portent à dfiux« L^ preipûiere est que noua avons une con^eissance de Dieu ou une idée qui est: telle, que» sj nous 6Msons bien réflesion sur ce qu'elle contient « si nous l'examinons avec soin, en ^
la mfii^iéçe qu^ j'ai montré qu'il falloii Cwre, la sçule ccm^dératjpn. qUe.BOUâ etn: ferons vousf^fa connoUre qu'il ne se peut pa^ faire que Dieu .
n'existe, d'autâmt que sa notion ou son idée tie contient pas- seulement une existence possible on contingente , ainsi que celles de toutes les autres choses, inais bien une existence absolument ' nécessaire et actuelle* Cependant l'auteur de ce placard , pour réfuter cette preuve , que plusieurs grands personnages , éminents par-dessus les autres en esprit et en science, après Tavoir diligemment examinée , tiennent aussi bien que moi pour une certaine et très évidente démonstration , era^ ploie ce peu de paroles : La notion que nous avons de Dieu, ou cette idée de Dieu qui est existante en notre esprit j n'est pas un argument assez fort et convaincant pour prouver que Dieu existe, puisqu'il est certain que toutes les choses dont nous avons en nous les idées n'existent pas actuellement. Par oti il faut voir, à la vérité, qu'il a lu mes écrits; mais, par même moyen , il témoigne qu'il n'a pu en aucune façon les entendre, ou du moins qu'il ne l'a pas voulu; car la force de mon argument n'est pas prise de la nature de cette idée , considérée en général, mais d'une propriété particulière qui lui convient, laquelle est très évidente en l'idée que nous avons de Dieu, et qui ne se peut rencontrer ' dans l'idée de quelque autre chose que ce soit;
c'est à savoir, de la nécessité de l'existence qui est requise pour le comble et l'accomplissement des perfections sans lequel nous ne saurions concevoir
SSeu. L'autre argument par lequel j'ai démontré qu'il y a. un Dieu, est pris de ce que j'ai évidemment prouvé que nous n'aurions point eu la faculté de connoitre et de concevoir toutes ces perfections que nous reconnoissons en Dieu, é'il n'étoit vrai que Dieu exiéte , et que nous avons été créés par lui. Mais notre auteur pense l'avoir abondamment réfuté en disant, que l'idée que nous avons de Dieu n*esi pas plus au-dessus de ta portée de noire esprit ou de notre pensée , et n'excède pas davantage ta vertu naturelle que nous avons de penser ^ que l'idée d'aucune autre chose que ce soit. Toutefois, si parla il entend seulement que l'idée que nous avons de Dieu , sans le secours surnaturel de la grâce , ne nous est pas moins naturelle que le sont toutes les autres idées que nous avons des autres choses, il est de mon avis, mais on ne peut de là rien conclure contre moi : que s'il estime que cette idée de Dieu ne contient pas plus de perfection objective que toutes les autres idées prises ensemble, il erre manifestement ; or , c'est de ce seul excès de perfection, dont l'idée que. nous avons de Dieu surpasse toutes les autres, que j'ai tiré mon argument.
Dans les six autres artic les il ne dit rien qui mérite d'être remarqué, §inon que, voulant distinguer les propriétés de l'âme les unes d'avec les autres , il en parle en termes fort confus et fort impropres.
102 £.£TTBBS.
Il est vrài qwe j'-ftî dit ert quelque* endroit qu'elles
se rapporleivt toutes à dev^ principale , à savoir^ la perception de Tenteiidement et à ta délerariiiation de là volonté; mais noire autmr les appelle d'un nom fort impropre l'entendement et ta vo* lente, après quoi il divise œ qu^l a appelé enten-* dément en fereeption et jugement; en quoi il s'é^ lojgne de mon opinion : car pour .moi, voyant qu'outre la peroeption ^ qui est absolument requise avant que nous puissions jug^Tr il est encore be« ifoin d'une affirmation ou d une négafi(]^ pour ^ablir la forme d'un jugement ; et prenant garde que souvent il nous est libre d'arrêter et de suspendre BOtre consentement, encore que nous* ayons la peroeption de la chose dont nous devons juger ^ . j'ai rapporté cet acte de notre jugement ^ qui ne consiste que dans le consentement que nous don** nous, c'est-à-dire dans l'affirmation ou dans la négation de ce dont nous jugeons , à la détermina^ tion de la volonté, plutôt qu'à la percepliaiir de t l'entendement Après cela, faisant lé dénombrer ment des espèces' de perception y il hô compte que le sentiment, la réminiscence , et l'imagination r d'où l'on peut inférer qu'il n'admet aucune ,in^ ' tellection pure, c'est-à-dtre aucune intellection
qui scHt indépendante de toute image corporelle ; et partant on peut penser qu'U est de cette opinion , qu'on ne peut avoir aucune connoissance de Dieu
L]QTTR£8. , 105
m de l'àme humaine, ni d'aucune autre chose incorporelle ; de quoi je ne puis m'imagiper d'autre eause , sinon que les pensées qu'il a de ces cho^ ses sont si confuses, qu'il n'en conçoit aucune qui soit pure et entièrement détachée de toute image corporelle.
Enân , après t&us ce§ articUê, il a ajouté ces parties, qu'il a tirées d'un de mes écrits ' : // n'y en m point qui parviennent plus aisémeul à une haute réputation de piété que les superstitieux et les hypo^ erites / par lesquelles je ne puis deviner ce qu'il à voulu dire, si ce n'est peut-être qu'il a imité le^ hypocrites, en ce que souvent il a dit les chosei^ autremenl qu'il ne les pensoit; mais je ne pense pas qu'il puisse jamais parvenir par ce moyen à une grande réputation de piété.
Au reste, je suis ici contraint de confesser que j'ai beaucoup de confusion d'avoir autrefois loué • cet auteur comme un hamme d'un esprit fort vif et , pénétrant , et d'avoir écrit en quelque endroit que je ne pensois pas qu'il enseignât aucunes opinions que je ne voulusse bien reconnoitre pour miennes. Il est vrai que pour lors je . n'avois encore vu de lui aucun écrit où il tïîeàt été un fidèle copiste , si ce nVst peut- \
être en un seul mot qu'il s'étoit hasardé de dire
. < « Épître dédicatoire à la princesse Élizabeth , en tête des Principes. » • « Lettre à G. Voctias. »»
dQ lui- m^j^ie , loais qui lui. a voit si. mal suc* cédé 9 et dont il avoit été. si sévèrement repris par sas collègues, que cela me &isoit croire qu'il.n'en-* tr^eprendroit plus rien de 30mblable; et pouxceque |è yoyois qu'en tout le r^ste il embrassojt avec grande affection des opinions que j'estimois. être très véritables, j'attribuois cela à la forcfe et à la vivacité 4e son esprit. Mais maintenant plusieurs expériences m'obligent .de croire que c'est .plutôt l'&mour de la nouveauté que celle de la v^îré^qui l'emporte. Et d'autant qu'il trouve trop- vieux et trop hors d'usage tout ce qu'il a appris d'autrui ^ et que rien ne lui paroît assez nouveau que ce qu'il tire de sa propre cervelle, et aussi qu'il est si peu heureux en ses inventions^ que je n'ai jamais remarqué aucun mot en ses écrits( si ce n'est qu'il l'eut tiré de ceux des autres;) que je ne jugeasse contenir quelque erreur ; je me sens obligé d'av^irtir ici tous ceux qui le tiennent pour un grand défenseur de mes opinions qu'il n'y en a presque aucune, non seulement en ce qui concerne les choses métaphysiques, où il ne feint point de me contredire ouver^tement, mais aussi en celles qui concernent les choses physiques, qu'il ne propose mal, et dont il ne corrompe le sens. De sorte<{ue je suis plus indigné de voir qu'un tel docteur s'ingère d'enseigner mes opinions,, et prenne à tâche d'interpréter mes écrits et d'y faire des commen-»
LETJTRES. lo5
taireSy.qu^d'eQ voir quelques autres qui ]ies combattent avec aigreur et animosité.
Car je. n'en ai encore vu pas un qui ne m'ait attribué des opinions tout-â^£sût différentes des mienne^, et même si absurdes et si impertinentes,, .que je n'appréhende pas qu'on puisse jamais peiv suader à des personnes tant soit peu raisonnables que je wis l'auteur de telles opinions. C'est ainsi qu'^ ce moment même que. j'écris, on me vient d'apporter deux libelles tout nouvellement composés par un écrivain de cette farine , dans. le premier desquels il est dit qu'il y a, certains novateurs. qui tâchent d'ôter toute ta créance que l'on peut avçir .aux sens j et qui soutiennent qu'un philosophe peut nier qu'il y ait un Dieu^ et douter de son existence, après avoir admis d'ailleurs que l'idée, l'espèce et la connoissance actuelle de Dieu est naturellement empreinte en notre esprit. Et dans l'autre il est dit que ces novateurs prononcent hardiment que Dieu ne doit pas être dit seulement négativement^ mais 7nême positivement la cause efpfiiente de soi-même. Voilà tout ce dont il s'agit dans l'un et dans l'autre de ces libelles, qui ne contiennent rien de plus, sinon un ramas d'arguments pour prouver , premièrement, que les enfants dans le ventre de leurs mères n'ont aucune connoissance actuelle de Dieu, et partant, ^e/^ nous, n'avons aucune idée ou espèce ac^ tuelte de Dieu naturellement empreinte en notre es-
]06 I/ETfRES.
frit; secondement, ^«'tV ne faatpaè nier qu'il y ait un Dieu, et que eeùx4à qui le nient doivent être tenus pour des ûthéeSy et sent punissaMêê pat les his; enfin , que. Dieu n^eêl pas ta cause efficiente de soi^ tmême. Toutes lesquelles choses je pourrois à la vérité dmimuler , comme n'étant point écrites contre moi , à cause que mon nom ne se trouve point dans ces écrits , et qu'il n*y a pas une opinion de celtes qui y sont impugnées que je rte tieime pour très fatisse et tout-à-fait absurde : mais néanmoins, pourcequ'^Ues ressemblent fort à quelques unes qui m'ont déjà été plusieurs fois faussement imputées par des gens de cette robe , et qu'on n'en connoît point d'autres à qui on lès puisse attribuer; et aussi pourceque tout le monde sait que c'est contre moi que ces libelles ont été faits, je prendrai ici occasion d'avertir leur dMl^xxt , premièrement, que lorsque j'ai dit que fidée de Dieu est naturellement en nous, je n'ai jamais entendu autre chose que ce que lui-même , dans la sixième section de son second li\T*e , dit en termes exprès être véritable , c'est à savoir , que la nature a mis en nous 'une faculté par laquelle nous pouvons con- Hottre Dieu; mais que je n'ai jamais écrit ni pensé que telles idées fussent actuelles on qu'elks fussent des espèces distinctes de la faculté même que nous avons de penser. Et même je dirai plus , qu'il n y a personne qui soit si éloigné que moi de tout ce
iàèras d'eotttés scolasliqiies ; eo sorte que je n'ai pu m'empécher de rire quand j'ai vu ce grand nombre de raisons que cet homme, sans doute peu méchant, a ramassées avec grand soin et travail, poUr monirer qne^ Ub enfants n^ont point la c&nnaissance aetueiie de Dieu tandis qu^ils sont au Hn^ ire de leur mère^ comme si par là il avoit trouvé un beau moyen de me combattre. Secondement , que je n'ai aussi jamais enseigné- qu'il faltoH nier ïfu*H y eût un Dieu^ ou que Dieu pouvait noue tromper; ou qu'ail fallait révoquer U^utes cka-^ ses en doute ; ou que l'on ne devait donner aucune créance aux sens ; ou que le sommeil ne se pouvait distinguer de la veille ^ et autres choses semblables qui m'ont quelquefois été objectées par des calomniateurs ignorants; mais que j'ai rejeté toutes ces choses en paroles très expresses , et que je les ai même réfutées par des arguments très forts, et j'ose même dire plus forts qu'aucun autre ait fait avant moi : et afin de le pouvoir Ikire plus commodément et plus efficacement , j'ai proposé tout^es ces choses comme douteuses au commencement de mes Méditations; mais je ne suis pas le premier qui les ai inventées ; il y a long^ temps qu'on a les oreilles battues de semblables doutes proposés par les sceptiques. Mais qu'y a-t-il de plus inique que d'attribuer à un auteur de» opinions qui! ne propose que pour les >ré&iter ?
loS XKTTRES.
Qtt'y a-t-il de plus impertinent que de feindre qu'on les propose , et qu'elles ne sont pas encore réfutées, et partant que celui qui rapporte les arguments dont se servent les attires est lui-même un athée pour un temps ? Qu'y a-t-il de plus puéril que de dire que s'il vient à mourir avant que d'avoir écrit ou inventé la démonstration qu'il espère, il meurt comme un athée ; et qu'il a enseigné par avance une pernicieuse doctrine, contre la maxime communément reçue, qui dit qu'il n'est fas permis de faire du mal pour en tirer du bien^ et choses semblables? Quelqu'un dira peut-être que je n'ai pas rapporté ces fausses opinions comme venant d'autrui, mais comme miennes; mais qu'importe cela? puisque dans le même livre où je les ai rapportées, je les ai aussi toutes réfutées; et même qu'on peut voir aisément par le titré du livre que j'étois fort éloigné de les croire, puisque j'y p^omettois de^ démonstrations touchant l'existence de Dieu* Et peut-on s'imaginer qu'il y en ait de si sots, ou de si simples, que de se persuader que celui qui compose un livre qui porte ce titre ignore , quand il trace les premières par g^s , ce qu'il a entrepris de démontrer dans les suivantes? De plus,, la façon d'écrire que je m'étois proposée, qui étoit en forme de méditations, et que j'avois choisie comme fort propre pour expliquer plus clairement les raisons que j'avois à
déduire, m'obtigeott de ne pas proposer ces objections autrement que comme miennes. Que si cette raison ne satisfait p^s ceux qui se mêlent de censurer mes écrits , je voudrois bien savoir ce qu'ils disent des Écritures saintes, avec lesquelles nuls autres écrits qui viennent de la main des hommes ne doivent être comparés, lorsqu'ils y voient certaines choses qui ne se peuvent bien entendre, si l'on né suppose qu'elles sont rapportées comme étant dites par des impies, où du moins par d'autres que par le saint Esprit ou les prophètes; telles que sont ces paroles de FEcdé*siastique, chapitre second: Ne vaut-il pas> mieux boire et manger et faire goûter à son âme des fruits' de son travail ? et cela vient de la main de Dieu. Quu esUce'ijui en fourra dévorer autant y ou qui pourra se gorger de plaisirs autant que moi? Et au chapitre suivant: J*ai souhaiié en mrni cœur y pensant aux enfants dés hommes ^ que Dieu les éprouvât , et ftl connaître qu'ils sont semblables aux bêtes. C'est pourquoi, l'homme et les chevaux périssent de même façon y leur condition est pareille; comme l'homme meufty ceux-ci meurent ; ils ont tous une pareille ires^ piration , tt l'homme n'a rien de plus que le ehe^i val y etc. Pensent-ils que le saint Esprit nou» enseigne en. oe lieu-là qu'il faut faire bonne chère, qu'il n'y a qu'à se donner du bon temps, et que nos âfkiés ne sont pas plus immortelles que ceUes
des chevaux? Je ne pense pas qu'ils soient enragés et perclus à ce point; mais aussi ne doivent^ils pas me calomnier, si je n'ai pas gardé en écrivant des précautions qui n'ont jamais été observées par aucun autre qui ait écrit, non pas même par le Saint- Esprit*
Et en troisième lieu, je donne avis à l'auteur de ces libelles que je n'ai jamais écrit que Dieu ne dûitpas être dit seulement négativement, mais mime positivement la cause efficiente de soi-même , ainsi qu'il assure fort inconsidérément en la page 8 de son dernier livre. Qu'il cherche dahs mes écrits , qu'il les Use , qu'il les parcoure d'un bout à Tau^ tre,. i^\x lieu d'y trouver rien de semblable , il j trouvera tout fe contraire. Et il n'y. a pasun.de ceux qui put lu mes écrits, ou qui nie connt^isf sent tant soit peu, ou du moins qui^ne me tienv nent pas toiit*à*feît pour un fat ou pour un in-: sensé, qui ne sache que je suis fort éloigné d'^voiv des opinions si monstrueuses. Et c'est) o^ qtii fait que j'admire grandement qitôl peut être le dessein de ces calomniateurs; car s'ils prétendent de per* suader aux hommes que j'ai écrit des choses tourtes contraires ji celles qui se trouvent dans mes écrits, ils devrotent auparavant prendre le soin de supprimer tous ceux que j'ai publiés, et mémo d'effacer de la mémoire de ceux qui les ont lus tout ce qu'ils en ont retenu ; car tandis qu'ils ne le Sont
L9>TTR£S. III
point, ils se nuisent plus qu'à moi. J'admire aussi qu'ils s'élèvent si fort-, et avec tant àfi cbalein' et d'animosité , contre une personne qui ne les a jamais ni attaqués, ni nui eh atieune chose, mais qui pourroit peut-être bien leur nuire s'ils m'avoient irrité; et que cependant ils ne disent mot à plusieurs autres qui ont réfuté leur doctrine par des livres entiers ^ et qui se sont moqués d'eux , comme de gens simples et extravagants. Je ne veux pourtant rien ajouter ici qui puisse davantage les détourner du dessein qu'ils peuvent avoir de m'attaquer par Içurs libelles; c^est avec plaisir que je vois qu'ils m'jestiment assez pour m'attaquer de la sorte ; mais cependant je souhaite qu'ils reviennent en leur bon sens.
Ceci a étéé«rit à ^gmont, en HoUan4ei^ sur la fin da iiD^is de décembre e;a Tannée 1647,
•fl»^»'^
A MONSIEUR
. (Lettre iiadu toilie III.)
MoiïSIEUR,
Il semble, je crois, au pèreMersenne que je sois encore soldat , et que je suive Tannée, puisqu'il m'adresse les lettres qu'il vous écrit. Celle que vous trouverez avec celle-ci a été huit jours à venir de Leyde ici , et si vous êtes parti de La Haye, ainsi que la gazette me fait croire, je ne sais quand elle vous pourra atteindre. Le principal est qu'il n'y a rien dedans d'im porlance ; cdît , ni'ayant été envoyée ouverte , j'ai eu le privilège de la lire; et pourcequ'il y philosophe principalement de la propriété de l'aimant, je joindrai ici mon avis au sien , a6n que ma lettre ne soit pas entièrement vide. Je croîs vous avoir déjà dit que j'explique toutes les propriétés de l'aimant par le moyen d'une certaine matière fort subtile, et imperceptible, qui sortant continuellement de la terre , non seulement par le pôle, mais aussi par tous les autres
I « M. Haygena de Zuitlichem. » Cette lettre n'est datée ni dans l'imprimé nî dans l'exemplaire de la bibliothèque de l'Institaf. Je la meta id très arbitrairement avec la t 1 8*.
CETTRES. Il3
endroits de Thémisphère boréal , passe de là vers rhémîsphère austral ', par tous les endroits duquel elle entre derechef dans la terre; et d'une autre pareille matière, qui sort de la terre, par Thénûsphère austral , et y rentre par le boréal ; à cause que les parties de ces deux matières sont de telle figure, que les pores de la terre, ou de Faimant, ou du fer touché de raimaht , par où peuvent passer celles qui viennent d'un hémisphère'; ne peuvent donner passage à celles qui viennent de l'autre hémisphère, comme je pense démontrer dans ma physique , où j'explique l'origine de ces deux matières subtiles, et les figures de leurs parties, qui sont longues et entortillées en forme de vis, les boréales au contraire des australes. Or ce qui cause la déclinaison des aiguilles qui sont parallèles à l'horizon est que la matière subtile qui les fait mouvoir , sortant des parties de la terre assez éloignées de là , vient quelquefois plus abondamment des lieux un peu éloignés de pôles, que des pôles mêmes *; laquelle cause cesse en partie lorsque les aiguilles sont perpendiculaires sur l'horizon; car alors elles sont principalement dressées par la matière subtile qui sort de l'endroit de la terre où elles sont; mais à cause que l'autre matière subtile , qui vient du pôle opposé, aide aussi à les dresser, je crois bien qu'elles doivent moins décliner que les autres;
■ Figare i. — * Figur« a.
1 |4 LETTKES.
mais non pas qu'elles ne déotinent point du tout, et si l'expérience exacte s'en peut faire , je serai bien aise* de la savoir. Pour la raison qui fait que ces aiguilles peirpendiculaires se tournant toujours vers le même côté, je l'explique quasi comme le père Mersenne; car je crois quelle vi«nt de ce que le fer a quelque latitude, et que la matière subtile qui passe par dedaj)ë n^ monte pas tout droit de bas en haut, mais prend son cours en décliqant du pôle boréal vers l'austral en cet hémisphère ; comme si l'aiguille est ACBD, ' la matière subtile qui sort de la terre se forme des pores dans cette aiguille qui sont penchés de B vers A; et l'aciiçr est.de telle nature que ses pores peuvent ainsi être disposés à recevoir cette matière subtile , par l'attouchement d'une pierre d'aimant y et qu'ils retiennent après cette disposition. Mon papier finit, et je crains de vous enouyer. Jesuis^ etc.
» Figtrre 3.
lETTRES. Jj5