o juillet 1640. Voyez le nouveau cahier
je ne puis comprendre à quel dessein il a désiré que je la visse. Car il ne fait autre chose que m'attribner certaines chimères, que non seulement je n'ai jamais écrites ni pensées, mais même qui sont si éloignées de toute vraisemblance, qu'il n'y a pas d'apparence que jamais personne les puisse croire: et cependant c'est cela seul qu'il réfute. En quoi certes il paroît n'avoir pas eu dessein de me tailler beaucoup de besogne, ni même de faire paroi tre son esprit ou sa sincérité. Car qu'y a-t-il qui me soit plus facile, que de nier que j'aie écrit ce que je n'ai jamais écrit? et où est l'adresse qu'il a dû employer soit à inventer soit à réfuter des choses qui sont hors de raison, et qui n'ont aucune apparence de vérité? et enfin comment a-t-il pu me l'at tribuer à faux sans s'en apercevoir ? Toutefois je lui répondrai ici en peu de mots, non pas à la vérité que j'estime que son écrit soit digne d'aucune réponse , mais parceque son auteur pourroit me l'avoir envoyé sous cette confiance que je ne lui répondrois point, et que cependant il pourroit se vanter parmi les ignorants que je n'ai eu aucune réponse à lui faire. Et afin que la vérité paroisse tout entière, je mettrai ici ses propres paroles sans y changer une seule lettre , sur lesquelles je ferai ensuite mes observations.
ÉCRIT QUI M'a ÉTÉ ENVOYÉ SAKS LE NOM DE LAUTEU1.
Il semble ici qu'en m appelant un auteur anonyme, il veuille me reprocher de n'avoir pas mis mon nom en mes écrits ; mais s'il y a de la prudence en cela , je m'en rapporte1, puisque lui-même n'a pas voulu que son nom parût en l'écrit que vous m'avez envoyé de sa part; et certainement je n'ai pas peur que ceux qui sauront pourquoi lui et moi avons voulu taire nos noms, me blâment plus en cela que lui.
Ces mots, à savoir, la détermination vers te bas cesse , et cesse toute seule , etc. , ne sont pas rapportés de bonne foi comme venant de moi; car j'ai écrit que cette détermination étoit changée , savoir en maDioptrique, page 1 4 , ligne 1 6, et qu'elle étoit empêchée, page î f>, ligne 1 2; mais je n'ai écrit en aucun lieu qu'elle cessoit entièrement. J'ai aussi écrit que la détermination vers la droite restoit la même, et n'étoit point empêchée , mais non pas qu'elle restoit seule , comme si aucune détermination de bas en haut ne succédoit en la place de celle de haut en bas. Et j'admire l'esprit de cet homme, qui, me voulant attribuer quelques opinions qu'il pût réfuter, m'en a seulement attribué dételles, que jamais personne ne se persuadera vraisemblablement que j'aie eues ; et qui non seulement ne servent de rien pour ma conclusion, mais même qui lui sont manifestement
• Luex : Je m'en étonne, ou je ne l'entends pas.
contraires. Car qui pourra croire que, traitant de la réflexion , je n aie pas su que le mobile qui tendoit en partie en bas lorsqu'il étoit mû d'A vers B, tendoit après cela en partie en haut, lorsqu'il est réfléchi de B vers F, et quelle vraisemblance, je vous prie, auroient eue mes raisons, si j'eusse nié cela. Mais je n'ai pas expliqué le changement qui se fait de la détermination de haut en bas en celle de bas en haut , parceque ce changement est assez clair de soi - même ; car de ce qu'un corps qui se meut tombe perpendiculairement sur la superficie d'un corps dur , il s'ensuit qu'il doit de même perpendiculairement réfléchir ou rejaillir, ce que personne, que je sache, n'a encore jamaismis en doute, et ce n'est pas ma coutume de m'arrèter à expliquer des choses qui sont si communes ; et même je n'ai pas dû le faire en ce lieu-là , où je n'ai parié de la réflexion qu'en passant, et seulement par rapport à la réfraction , où il n'arrive aucun tel changement , et où une telle détermination n'est point changée en celle qui lui est contraire.
Il continue encore ici ses cavillations , et m'attribue une façon de parler fort impropre et tout-àfait inepte; car ce n'est pas cette détermination vers la droite qui porte le mobile à quatre pieds , ou qui fait quatre pieds (comme il dit un peu plus bas); mais c'est cette vertu et cette force même, en tant qu'elle est déterminée vers la droite; et il n'a pu in-
férer autre chose de mes écrits , comme il paroît en la page i5, ligne 12, et en tous les autres endroits où j'ai traité de cette matière : car j'ai dit que cette détermination étoit cause, non pas que le mobile se mût à quatre pieds, ni seulement qu'il se mût, comme si elle étoit la cause de son mouvement, mais qu'il se mût vers le côté droit, parcequ'en effet cette détermination est la cause, non pas de son mouvement, mais de ce que son mouvement se fait vers le côté droit.
Il nous apprend ici une chose fort difficile et fort cachée , comme si, de ce qu'ayant dit qu'il faut distinguer la figure de la quantité, il étoit nécessaire de m'avertir que je me ressouvienne que l'une ne peut être séparée de l'autre , et qu'il ne peut y avoir de corps étendu qui n'ait aussi sa quantité et sa figure.
Il se plaint en cet endroit de ce que je ne suis pas tombé dans la même faute ni dans les mêmes difficultés où lui-même est tombé incontinent après : car il faut remarquer que la rencontre de la superficie CBE 1 divise bien à la vérité la détermination en deux parties , et fait changer celle qu'avoit la balle d'aller en bas en celle d'aller en haut, mais qu'elle ne divise point pour cela la force; et cela ne doit point sembler étrange: car bien que la force ne puisse être sans détermination ,
» Figure 35.
toutefois la même détermination peut être jointe à une plus grande ou moindre force, et la même force peut rester, quelque changement qui arrive en la détermination : de même que, bien que la superficie n'existe point sans le corps , elle peut néanmoins être changée, c'est-à-dire être augmentée ou diminuée, quoique le corps ne change point; et bien que, par exemple, la superficie d'un cube soit divisée en six faces carrées, toutefois ce même cube n'est pas pour cela divisé en six parties, mais tout son corps repose sur chacune de ces six faces.
Il argumente ici aussi justement en forme que s'il disoit, pour écrire il faut nécessairement de l'encre et du papier: or est-il que le papier est blanc, donc il faut aussi que l'encre soit blanche. A votre avis n'est-ce pas bien raisonner , et n'est-ce pas bien ajuster ses raisons au niveau ou aux règles d'une exacte analyse ? Et de vrai, encore qu'ici, où il s'agit seulement de la réflexion , on ne laissât pas de pouvoir tirer une conséquence véritable , en feignant que la force et la détermination sont conjointement divisées , néanmoins il ne le fàudroit pas feindre, parceque la conclusion ne procèderoit pas de la force de cette division imaginaire et supposée, et cela ne serviroit qu'à faire naître de nouvelles et inutiles difficultés, quand on viendroit à expliquer commentées diverses forces, l'une de trois pieds et l'autre de quatre (ainsi qu'il parle), pour*
roient, étant jointes ensemble, composer la force de cinq pieds , etc. ; et de plus, lorsqu'il s'agiroit des réfractions, on ne pourroit plus de semblables fictions tirer aucunes conclusions véritables , mais seulement d'absurdes et entièrement fausses.
Il demeure ici d'accord de la vérité d'une chose qui seule suffit et est requise pour la force de ma conclusion.
Il faut remarquer que tout ce qu'il ne veut pas ici admettre dépend du mot de seule, qu'il m'attribueà tort, et dont il s'est fait une chimère qu'il a entrepris de combattre , ce qui est ici très évident , en ce qu'il ne prouve rien autre chose, sinon que la détermination vers la droite ne reste pas seule , parcequ'il y en a encore une autre qui tend vers le haut.
Il ne prouve encore rien ici; mais, comme s'il étoit lassé du combat, il semble vouloir capituler et traiter des conditions de paix; et premièrement il demande que je prouve pourquoi la détermination vers la droite demeure toujours la même sans être augmentée ni diminuée, et secondement pourquoi la détermination de haut en bas se change en celle de bas en haut, sans devenir plus grande ni moindre.
Or il est aisé de satisfaire à ces deux demandes, tant par ce qu'il accorde ici, que par ce qu'il a admis un peu auparavant : car certainement puis-
que la même force qui étoit auparavant demeure , et que la superficie CBE n'est point opposée à la détermination vers la droite , on ne sauroit rien imaginer par quoi cette détermination puisse être changée, et par conséquent elle doit persévérer sans être augmentée ni diminuée : et d'autant qu'il est possible que le mobile dans la seconde minute parcoure une ligne de cinq pieds , et qu'en même temps la même force demeure déterminée vers la droite comme auparavant (c'est-àdire en telle sorte que le mobile avance de quatre pieds vers la droite pendant cette seconde minute), à moins que la détermination de haut en bas ne soit changée en une de bas en haut qui ne soit ni plus grande ni moindre , il s'ensuit de là qu'elle doit être ainsi changée.
Mais néanmoins il se tourne ici derechef vers sa chimère , et se mettant en posture pour la combattre, il y a, dit-il, ici beaucoup de choses embrouillées , il est vrai; mais c'est lui-même qui les a ainsi brouillées et confondues : il y en a d'autres, ajoute-til, qui ne sont pas bien liées; j'en demeure d'accord : mais ce sont celles qu'il a lui-même désunies et détachées. Il ne trouve rien qui soit bien déduit des antécédents; mais il ne s'en faut pas étonner, puisqu'il les a tournés à contre-sens par ce misérable mot de seule, qu'il a lui-même introduit sur la scène , comme je le ferai voir tout main
tenant; et tout de même que les gentils et idolâtres adorotent des dieux qu'ils avoient eux-mêmes fabriqués de leurs propres mains, ainsi cet homme redoute un monstre qu'il s'est forgé lui-même en sa fantaisie , et qui n'est autre que cette façon de parler impropre que j'ai marquée plus haut. Cependant , pour foire voir combien exacte est l'analyse dont il se sert, et combien fortes ont été les raisons qu'il a eues de se figurer un tel monstre, incontinent après il me met en jeu , et me fait dire, la même force demeure; et un peu après, la détermination vers la droite demeure (car ici le mot de seule ne fait rien au sujet), donc le mobile se mouvera vers la droite, et avancera autant vers ce côté-là en la seconde minute qu'en la première , c'est-à-dire qu'il avancera de ce côté-là de quatre pieds, ou qu'il sera autant mû vers la droite qu'auparavant ; mais en tout cela il n'y a rien d'embrouillé , rien qui ne s'entretienne ou qui soit mal déduit des antécédents : mais, afin qu'il puisse avoir ici un fantôme à combattre, il feint que j'ai dit que la détermination vers la droite a fait quatre pieds, ne se ressouvenant pas que cela vient d'être dit tout à l'heure du mobile , et non pas de la détermination.
Il continue jusqu'à la fin de se tourmenter beaucoup et de ne rien faire. 11 interroge, il presse, il répond, et écrit de telle sorte , qu'il semble se tré-
mousser, et être tout en sueur; car on ne trouvera pas dans toute cette excellente pièce 1$ moindre chose que j'aie ou écrite ou pensée , qui soit tant soit peu combattue, et tout son feu n'est employé qu'a insulter contre ces deux vaines fictions que j'ai ci-devant remarquées.
Toutefois il veut paroître ici avoir vaincu; car il ma, dit-il, contraint d'avouer que la force de cinq pieds et la détermination vers la droite demeure , non plus seule (comme il prétend que j'aie dit ) , parcequ a la détermination de haut en bas il en succède une autre toute semblable de bas en haut, ce qui devoit, dit-il, avoir été dit dès le commencement, oui bien par lui, s'il eût voulu agir de bonne foi.
Mais je m'aperçois ici qu'il se dispose à une nouvelle expédition ; car je vois qu'il prépare de nouvelles chimères qu'il doit peut-être combattre une autre fois : car il répète ici qu'une force ou une vertu de cinq pieds est la même chose qu'une force de trois pieds et une autre de quatre, et qu'à la détermination de haut en bas il en succède une autre toute semblable de bas en haut, ou dans le mot de semblable il y a de la captation.
Mais certes, qu'il combatte en l'air tant qu'il lui plaira, s'il ne dit rien meilleur, je ne crois pas que cela vaille la peine que je lui réponde davantage : car ceux qui liront ceci connoîtront assez quel i|
ÔJO LETTRES.
est; et encore que je pusse écrire beaucoup de choses, je ne*pourrois pas néanmoins faire en sorte quelles fussent lues de plusieurs , et de plus j'attends des objections sur ce même sujet de la part des révérends pères jésuites; car j'apprends que depuis peu ils ont impugné dans leurs thèses publiques ce que j'ai écrit de la réflexion et de la réfraction, c'est pourquoi je les ai priés, il y a huit jours, par mes lettres, de me vouloir apprendre les raisons qu'ils allèguent contre mes opinions ; et je m'assure qu'ils ne refuseront pas de me les apprendre : et même je vous dirai que j'aimerois mieux être vaincu par ces vieux guerriers armés de toutes pièces, que de triompher de ce carabin armé à la légère. Je suis , etc.
AU R. P. MEKSENNE \
(Lettre 44 du tome II.)
Mon révérend père,
Je ne saurois assez vous exprimer combien vous m'avez obligé lorsque vous dites publiquement au père B. dans sa classe, que s'il avoit quelque chose de bon à m'objecter il me le devoit envoyer : c'a été le plus insigne trait d'ami que vous pouviez jamais faire. Je m'assure qu'il se fût bien gardé de m'envoyer sa vélitation sans cela; mais c'est une pièce que je garderai pour m'en servir à bonne bouche: car enfin s'ils s'abstiennent dorénavant lui et les siens de parier de moi , je serai bien aise d'oublier le passé, et de ne point publier les fautes qu'il a faites en me reprenant ; mais si j'apprends qu'il y en ait aucun qui blâme mes opinions sans m'envoyer les raisons pour lesquelles il les blâme, je croirai avoir droit de publier ce qui s'est passé entre eux et moi ; et afin d'avoir toutes les pièces en bonne forme, je vous écris encore ici une lettre
* - Celte lettre est la 37' des manuscrits de Lahirc, datée de Leyde, du a 8 octobre 1640. Elle est awi conforme à l'original. -
latine pour servir de réponse à celles que vous nravez envoyées de leur part. Vous leur ferez voir, s'il vous plaît, et même, s'ils en désirent copie, je serai bien aise qu'ils l'aient, aussi bien que les précédentes, afin qu'ils aient plus de temps à les voir, et qu'ils prennent mieux mon intention, car je n'ai point envie de les surprendre, et s'ils n'y font réponse que de bouche, je serois bien aise, si cela ne vous importune, que vous voulussiez prendre la peine de mettre en latin en cinq ou six lignes ce que vous aurez à m écrire sur ce sujet , et même vous leur pourriez faire voir avant que de me l'envoyer, et y faire mention en passant que vous leur avez fait voir ou donné copie de ce que je vous ai envoyé pour eux. Je vous prie aussi , en cas que le père B. voulût en son particulier vous donner quelques objections pour m'envoyer, de ne me les envoyer qu'après en avoir averti ses supérieurs , ce que vous avez raison de faire pour l'amour d'euxmêmes , à cause que je vous ai ci-devant mandé que je prendrai dorénavant tout ce qui viendra de quelques uns des leurs comme s'il venoit de tout leur corps. Ce qui me fait prévoir ' à ceci , est qu'il pourroit arriver que le père B. , pour n'avoir pas la honte de se dédire et de souffrir que le démenti lui demeure, seroit bien aise de m'envoyer quelques objections tant mauvaises qu'elles
t « Pourvoir. »
puissent être, pour gagner cependant du temps et m'en faire perdre ; mais quand ils verront qu'il y va de l'honneur de toute la société, je crois qu'ils aimeront mieux le faire taire, car je sais bien qu'il n'a rien de bon à dire.
M. de Zuytlichem m'a envoyé quatre traités que vous lui avez fait copier, l'un des cercles qui se font dans l'eau, où je vois que l'auteur a fort bon style, et qu'il tâche de philosopher à la bonne mode; mais les fondements lui manquent , et il emploie beaucoup de paroles pour une chose dont la vérité se pourroit expliquer en peu de mots. Le second est la lettre du géostaticien contre M. des Argues , auquel je ne vois pas qu'il fasse grand mal. Le troisième est de M. F. 1 , pour les tangentes, où le premier point n'est rien de nouveau , et pour le second qu'il dit que j'ai jugé difficile, il n'est aucunement résolu ; et bien qu'en l'exemple qu'il donne de la roulette le fait ■ viennebien, ce n'est pas toutefois par la force de sa règle , mais plutôt il paroît qu'il a accommodé sa règle à cet exemple. Le quatrième est pour le mouvement journalier de la terre, où je ne vois guère rien qui ne soit ailleurs. Pour les Caractères des passions, il ne me les a point envoyés, non plus que l'Institution du dauphin.
* Fermât.
• •■ Facit. » Ce mot est souligné dans l'exemplaire de la bibliothèque oV l'Institut.
Vous demandez d'où je sais que la balle venant de D1 vers B retourne vers E plutôt que de s'opiniâtrer à demeurer vers B; ce que j'apprends par la connoissance des lois de la nature, dont Tune est que , quidqitid est, manel in eodem statu in quo est , nisi a causa externa mutetur, ainsi, quod est quadratum manet quadratum, etc. , et, quod est semel in motu, semper movetur, donec aliquid impediat; et la seconde est que, unum corpus non potestalterius motum tollere, nisi illum in se sumat. D'où vient que si la superficie ABC est fort dure et immobile, elle ne peut empêcher que la balle qui va de D vers B ne continue vers E; mais si cette superficie est molle , elle ne peut l'arrêter, et c'est pour cela que j'ai supposé en ma Dioptrique que la superficie et la balle sont parfaitement dures, et que la balle n'a ni pesanteur ni grosseur , etc. , pour rendre ma démonstration mathématique. Car je sais bien que la réflexion d'une balle commune ne se fait jamais exactement à angles égaux, ni peut-être celle d'aucun rayon de lumière; mais toutefois pour les rayons , d'autant qu'ils peuvent venir du ciel jusqu'à nous sans perdre leur force, ce qu'ils en peuvent perdre en donnant contre un corps poli n'est .mcunement considérable.
Les expériences de frapper des boules également fort avec un grand et petit mail, ou tirer des
■ Figure 36.
flèches avec un grand ou petit arc , sont presque impossibles à faire , mais la raison est très évidente et très certaine. Car soit que l'arc ou le mail soient grands ou petits, s'ils touchent de même force et vitesse, ils auront le même effet; mais ce qui trompe est qu'il faut sans comparaison moins de force à la main pour frapper avec un grand mail aussi fort qu'avec un petit, ou pour bander un grand arc en sorte qu'il ait autant de force qu'un petit; et pour les longues arquebuses, elles ne portent plus loin que les courtes qu'en tant que la balle demeurant plus long-temps dans le canon est plus long-temps poussée par la poudre, et par conséquent aussi plus vite. De dire qu'un boulet tiré d'un canon ait plus de force après ses derniers bonds, que s'il étoit poussé de la rnain, en sorte qu'il se mût de même vitesse, je crois que ce n'est qu'une imagination, et j'en ai vu l'expérience en une cuirasse faussée par le bond d'un boulet sans que celui qui la portoit fût tué; car sans doute que si le boulet eût été jeté par une moindre force, mais qui eût été capable de lui faire faire un bond de quatre ou cinq pieds de haut comme il avoit fait en venant contre la cuirasse, il n'avoit pas moins fait que la fausser. Il est vrai que la blessure d'un boulet tiré d'un canon est plus dangereuse que s'il n'étoit que poussé de la main; mais c'est pour une autre raison, à savoir qu'il est plus
échauffé, et souvent tournoie autour de son centre, et qu'il retient encore autour de soi le vent de la poudre qui peut aisément causer uue gangrène.
La difficulté des parties des métaux qui flottent dans l'eau-forte se peut résoudre par ce que j'ai dit en mes Météores de celles du sel qui flottent dans l'eau , à savoir que leurs parties se mêlent et s'engagent en telle façon dans celles de l'eau-forte que celles-ci en sont aidées en leur mouvement et non empêchées : mais ce n'est pas le même de la poussière; et il n'y a point de doute que la matière subtile ne soit dans l'eau et dans tous les corps terrestres en grande abondance.
Quand j'ai dit qu'une boule qui en rencontre une autre qui lui est double en grosseur lui doit donner les deux tiers de son mouvement, cela s'entend afin qu'elle se joigne à elle, et qu'elles se meuvent ensemble après cela, et qu'elles soient parfaitement dures et sur un plan parfaitement poli, etc.; d'où il est facile à calculer, suivant la loi de la nature que j'ai tantôt touchée, à savoir que si un corps en meut un autre, il doit perdre autant de son mouvement qu'il lui en donne : car si A et B se meuvent ensemble, chaque moitié de B a autant de mouvement qu'A, et ainsi B a deux tiers et A un tiers de tout le mouvement qui étoit auparavant en A seul.
Pour le flux et reflux, il n'y a aucune apparence
que les étangs ou lacs en puissent avoir, par la raison que j'en donne, si ce n'est qu'ils communiquent avec l'Océan par plusieurs conduits souterrains, ainsi que font quelques uns, et même aussi quelques puits qui ont flux et reflux. Car il n'y a que cette grande masse d'eau qui environne la terre qui puisse sentir en même temps en toutes ses parties, de deux côtés, plus grande liberté que devant pour se hausser, et de deux autres un peu de contrainte pour se baisser.
Je passe à la lettre du médecin de Sens, où je trouve qu'en tout le raisonnement qu'il fait du sel , il prouve seulement que les corps terrestres se font les uns des autres , mais non point que l'air ou la terre se fassent du sel plutôt que le sel de l'air ou de la terre; et ainsi il devoit seulement conclure que tant le sel que tous les autres corps ne sont faits que d'une même matière; ce qui est très vrai et s'accorde tant à la philosophie de l'école qu'avec la mienne, sinon qu'en l'école on n'explique pas bien cette matière , en ce qu'on la fait puram po~ tentiam, et qu'on lui ajoute des formes substantielles et des qualités réelles qui ne sont que des chimères.
Pour la force de la percussion, il est certain qu'elle peut être égalée par la pesanteur; et ce qu'il dit que le poids F dessus D est en son repos, etc., n'est nullement recevable; car il est certain qu'un corps ainsi appuyé sur un autre ne pèse pas moins
38/f LETTRES.
pour être appuyé sur lui ; et l'exemple que vous donnez de la presse dont on marque les pistoles est fort à propos : car on peut aisément calculer par son moyen de combien de livres pesant devroit être le poids qui , étant appuyé sur une pistole sans percussion, seroit suffisant pour la marquer , et ainsi égaler la force du coup de marteau qui la peut aussi marquer.
Je viens à l'autre lettre d'un de vos religieux de Blaye; et pourceque je ne sais point quels sont les deux points dont vous vouliez avoir mon sentiment, je dirai ici un mot de chacun de ceux qu'il traite. i° Je vois bien qu'on peut expliquer un même effet particulier en diverses façons qui soient possibles, mais je crois qu'on ne peut expliquer la possibilité des choses en générai que d'une seule façon , qui est la vraie. 2° Il a raison de dire qu'on a eu grand tort d'admettre pour principe que nul corps ne se meut de soi-même : car il est certain que de cela seul qu'un corps a commencé de se mouvoir, il a en soi la force de continuer à se mouvoir, ainsi que de cela seul qu'il est arrêté en son lieu , il a la force de continuer a y demeurer ; mais pour le principe de mouvement qu'il imagine différent en chaque corps, il est du tout imaginaire. 5° Je n'approuve point non plus ces indivisibles, ni les naturelles inclinations qu'il leur donne; car je ne puis concevoir de telles inclinations sans entendement , et je n'en
attribue pas même aux animaux sans raisou ; mais j'explique tout ce que nous appelons en eux appétits ou inclinations par les seules règles des mécaniques. Je n'approuve point non plus tous ces éléments qui sont autant de choses non intelligibles , qu'il en veut faire entendre d'autres par son moyen. 4° Deux indivisibles ne pourroient faire, à tout rompre, qu'une chose divisible en deux; mais de dire qu'ils puissent faire un corps, il faut savoir ce qu'on entend par le nom de corps, à savoir une chose longue, large et étendue; ce qui ne peut être composé d'indivisibles, à cause qu'un indivisible ne peut avoir aucune longueur, large ur et profondeur, ou bien , s'il en avoit , nous pourrions derechef le diviser par notre imagination , ce qui suffit pour montrer qu'il n'est pas indivisible; car si nous la pouvons ainsi diviser, un ange, ou Dieu même le peut diviser réellement. Pour ce qu'il ne veut pas qu'on n'admette point d'autres principes que la figure et le mouvement , à cause qu'il craint qu'on ne puisse expliquer par leur moyen toutes les diverses qualités qui sont dans le vin, vous pourrez lui ôter cette crainte en l'assurant qu'on les a déjà toutes expliquées et avec cela toutes les autres qui se peuvent présenter à nos sens. Pour le miracle qu'il rapporte ici, il auroit besoin d'être vu pour être cru. 5° Je n'entends pas le sujet de cet article, faute d'avoir vu votre lettre à laquelle il répond; mais il
est certain que la plus grande vitesse de la corde n'est pas ni au commencement ni à la fin, mais environ le milieu de chaque tour ou retour. 6° Je ne dis rien à tout cet article qui regarde la lumière, à cause qu'il n'y a rien que je ne croie que vous puissiez aisément résoudre; et ce n'est pas merveilleque ceux qui n'ont ouï que quelques mots de mes pensées touchant cela les interprètent mal , et y trouvent plusieurs choses incompréhensibles. 7* Pour ce qu'il dit ici que ce qui lui fait admettre tous ces éléments est qu'il ne voit pas qu'on puisse expliquer les phénomènes de la nature avec moins de suppositions, je m'assure que si on les lui explique tous par les seules figures et mouvements, on pourra aisément le convertir : car aussi bien ne peut-il pas entendre tous ces éléments qu'il suppose , et ainsi il ne fait que tâcher d'expliquer obscurum per obscurius*. 8° Je ne vois pas pourquoi il confond la doctrine des athées avec celle de ceux qui expliquent la nature par les figures et par les mouvements, comme s'il y avoit quelque affinité entre l'une et l'autre; mais quand il dit que l'idée d'un être simple que nous concevons contenir tout être ne pourroit être conçue si elle n'avoit un exemplaire véritable, et que nous ne pouvons concevoir (supple distinctement) que les choses possibles et vraies, il semble avoir lu mes écrits, car
• « Aut $altcm aequc obscurum. -
ils contiennent cela même; mais il met ensuite beaucoup de choses que je ne puis approuver, comme que cet être ait des dimensions, et qu'on puisse concevoir des dimensions sans composition de parties , ou au moins sans que ce qui a des dimensions soit divisible, etc. Il a raison aussi, que tout ce que nous ne concevons pas distinctement n'est pas faux pour cela, et il l'applique bien au mystère de la Trinité , qui est de la foi , et qui ne peut être connu par la seule raison naturelle. Je ne trouve rien aux autres articles à remarquer \ Je suis, etc.
1U R. P. MERSENNE
(Lettre 4r» du tome II. )
Je vous remercie des nouvelles du sieur N \ j<* n'y trouve rien d étrange , sinon qu il ait ignoré ce
• ■ Et mon papier manque. J'espère vous envoyer ma Métaphysique dans huit ou quinze jours , pour le plus tard , puisqu'il vous plaît de la prendre sous -votre protection. Je T enverrais dès à présent , sinon que /en veux faire faire auparavant une copie. Je l'enverrai peut-être par M. de Znytlichem. »
• - Voëtio». »
que je vous suis; car il n'y a personne ici qui me connoisse tant soit peu qui ne le sache : c'est le plus franc pédant de la terre , et il crève de dépit de ce qu'il y a un professeur en médecine en leur académie d'Utrecht, qui fait profession ouverte de ma philosophie , et fait même des leçons particulières de physique, et en peu de mois rend ses disciples capables de se moquer entièrement de la vieille philosophie. Voètius et les autres professeurs ont fait tout leur possible pour lui faire défendre par le magistrat de l'enseigner; mais tout au contraire le magistrat lui a permis malgré eux. Ce Voètius a gâté aussi la demoiselle de Schurmans; car au lieu qu'elle avoit l'esprit excellent pour la poésie, la peinture, et autres telles gentillesses, il y a déjà cinq ou six ans qu'il la possède si entièrement, qu'elle ne s'occupe plus qu'aux controverses de la théologie, ce qui lui fait perdre la conversation de tous les honnêtes gens ; et pour son frère, il n'a jamais été connu que pour un homme de petit esprit. J'ai fait rendre une lettre pour Voètius au messager, afin qu'il en paie le port, comme si elle n'étoit point venue sous couvert , et que vous soyez par là un peu vengé des six livres qu'il vous a fait payer pour ses thèses.
Pour la philosophie de l'école, je ne la tiens nullement difficile à réfuter, à cause des diversités de leurs opinions; car on peut aisément renverser
tous les fondements desquels ils sont d'accord entre eux, et cela fait, toutes leurs disputes particulières paroissent ineptes. J'ai acheté la Philosophie du frère Eust. à Sancto P. qui me semhle le meilleur livre qui ait jamais été fait en cette matière, je serai bien aise de savoir si l'auteur vit encore.
Votre supputation de la force de la presse, composée avec la pesanteur, est fort bonne , et je n'y saurois rien ajouter. Pour la vis d'Àrchiroède, elle n'a point d'autre raison, sinon que le creux ou la concavité qui contient l'eau monte toujours, à mesure que la vis tourne : car , par exemple , le creux Aa , dans lequel est l'eau , sera monté à B lorsque la vis aura fait un tour, et cette eau ne peut sortir de ce creux pendant que la vis tourne, ou bien il faudroit qu'elle montât; car A est plus bas que C et D, et B est aussi plus bas que G et E.
Je répondrois très volontiers à ce que vous demandez touchant la flamme d'une chandelle, et choses semblables ; mais je vois bien que je ne vous pourrai jamais bien satisfaire touchant cela, jusques à ce que vous ayez vu tous les principes de ma philosophie ; et je vous dirai que je me suis résolu de les écrire avant que de partir de ce pays, et de les publier peut-être avant qu'il soit un an.
• • Eustachius à Sancto Paulo , vulgo le Feuillant. - » Figure 37.
Et mon dessein est d'écrire par ordre tout un cours de ma philosophie en forme de thèses , où , sans aucune superfluité de discours , je mettrai seulement toutes mes conclusions avec les vraies raisons d'où je les tire, ce que je crois pouvoir faire en fort peu de mots ; et au même livre , de faire imprimer un cours de la philosophie ordinaire, tel que peut être celui du frère Eustache , avec mes notes à la fin de chaque question , où j'ajouterai les diverses opinions des autres, et ce qu'on doit croire de toutes; et peut-être à la fin je ferai une comparaison de ces deux philosophie»: mais je vous supplie de ne rien encore dire à personne de ce dessein , surtout avant que ma Métaphysique soit imprimée; car peut-être que si les régents le savoient, ils feroient leur possible pour me donner d'autres occupations, au lieu que, quand la chose sera faite, j'espère qu'ils en seront tous bien aises. Cela pourroit aussi peut-être empêcher l'approbation de la Sorbonne , que je désire, et qui me semble pouvoir extrêmement servir à mes desseins : car je vous dirai que ce peu de métaphysique que je vous envoie contient tous les principes de ma physique. La raison pour la divinité du livre dont vous m'écrivez, que si le soleil a lui éternellement il n'a pu illuminer un hémisphère avant l'autre , etc. , ne prouve rien, sinon que notre âme étant finie, ne peut comprendre l'infini. Je vous ai déjà écrit
que j'ai vu quatre des discours que vous avez fait écrire pour M. Huygens j'aurai soin de lui demander encore celui du flux et reflux, et celui de la réflexion. Je verrai aussi le cours de philosophie de M. Draconis % qui, je crois, se trouvera ici : car s'il étoit plus court que l'autre, et autant reçu , je L'aimerois mieux; mais je ne veux rien faire en cela sur les écrits d'un homme vivant, si ce n'est avec sa permission, laquelle il me semble que je devrois aisément obtenir, lorsqu'on saura mon intention , qui sera de considérer celui que je choisirai comme le meilleur de tous ceux qui ont écrit de la philosophie , et de ne le reprendre point plus que tous les autres. Mais il n'est point temps de parler de ceci que ma Métaphysique n'ait passé.
Pour la vitesse des balles qui sortent d'un mousquet , je crois qu'elle est plus grande en sortant de la bouche du canon qu'en aucun autre lieu, et la raison que vous m'écrivez est du tout nulle; car l'impétuosité qui est dans la balle ne sert qu'à lui faire conserver son mouvement , et non point à l'augmenter, au lieu que la pesanteur produit à chaque moment une nouvelle impétuosité , et ainsi augmente la vitesse. Je suis bien aise de ce que M. le cardinal de Bagné se souvient encore de moi , il lui faudra envoyer ma Métaphysique lorsqu'elle
t Huygens cl Zuytlichcin est ic même nom. - » « De Raconis. »
sera imprimée. Il n'est point besoin que vous m'adressiez rien pour M. de Zuytlichem , mais plutôt lorsque vous m'enverrez quelque paquet un peu gros vous lui pourrez adresser, pendant qu'il n'est point à l'armée ; car j'ai pris garde qu'on me rend ici souvent de vos lettres qui ont été ouvertes , ce que j'attribue à l'infidélité du messager, qui s'accorde avec quelqu'un qui est curieux de savoir ce que vous m'écrivez. Le bon est qu'il n'y a jamais rien qui ne puisse bien être vu. J'ai envoyé dès hier ma Métaphysique à M. de Zuytlichem pour vous l'adresser , mais il ne l'enverra que dans huit jours, car je lui ai donné ce temps pour la voir. Je n'y ai point mis de titre , mais il me semble que le plus propre sera de mettre Benati Descartes Meditationes de prima philosophia ; car je ne traite point en particulier de Dieu et de 1 ame, mais en général de toutes les premières choses qu'on peut connoître en philosophant. Vous verrez assez par les lettres que j'y ai jointes quel est mon dessein ; et je n'en dirai ici autre chose sinon que je crois qu'il n'y aura pas de mal , avant que de la faire imprimer, de stipuler avec le libraire qu'il nous en donne autant d'exemplaires que nous en aurons de besoin et même qu'il les donne tout reliés, car il n'y a pas plaisir d'acheter ses propres écrits ; et je m'assure que le libraire pourra bien faire cela sans y perdre. Je n'aurai besoin ici que d'environ trente
exemplaires ; pour Paris c'est à vous de juger combien il nous en faudra. Je suis, etc.
D« Leyde, 11 novembre 1640.
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