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:t\0 LETTRES.
par là connoître de quelle vitesse le poids commence à se mouvoir en descendant; mais je crois cette expérience moralement impossible.
La gageure dont vous avoit écrit M. Rio' n'est pas encore finie, mais vaut autant que finie, car • le délai qu'on lui a donné pour faire imprimer ses défenses n'est qu'afin de foire mieux voir son ignorance, qui est si extrême, que B. et P. sont des Archimèdes à comparaison. Je voudrais que vous entendissiez le flamand, afin de vous en envoyer l'histoire, qui sera imprimée dans quelques mois.
Toutes les parties du mouton ou marteau, etc., agissent en même temps, et non comme des soldats qui tirent l'un après l'autre : mais le temps qu'il faut pour aplatir une balle est afin que les parties de cette balle changent de situation, ce qu'elles ne peuvent faire en un instant, et selon que les parties des corps frappés requièrent plus ou moins de temps pour changer de situation et obéir au coup. Ils peuvent être frappés avec plus d'effet sur un coussin ou sur une enclume et avec un marteau de bois ou de fer, etc.; en sorte que ces proportions changent en infinies façons.
• « Rivet) , plutôt que Rio. »
Car les arbitres n'ont différé à donner leur avis que sur ce que ce badin a promis de faire imprimer ses défenses , ce qu'on sentit bien aise qu'il fit , afin que tout le monde pût mieux voir sa sottise ; mais je ne crois pas qu'il le fasse , et passé huit ou quinze jours on ne lui donnera plus de délais. Tontes les partie»...
Le mouvement des missiles s'anéantit *, comme vous écrivez, à cause qu'il se communique aux parties de l'air qu'ils rencontrent, et aussi à celles de la matière subtile qui les repousse en bas; et le même est d'un boulet de canon : mais je ne vois pas qu'on puisse savoir de là combien l'air est moins dense que ce boulet ; car on ne peut expé* rimenter combien il transfère de son mouvement aux parties de cet air.
L'histoire de la fille de la Basse-Bretagne est digne d'avoir été racontée par le sieur N.9, car c'est assurément une fable. Pour l'Italien3, il faudroit voir la chose, pour en bien juger; mais comme vous l'écrivez, je dirois qu'il doit avoir un trou sous le menton, qui lui est resté de quelque blessure, et que c'est par là qu'il fait passer ces liqueurs. Pour les convulsions de la sœur d'un de vos religieux , ce n'est rien sans doute de surnaturel , et les médecins la doivent guérir4. Je ne puis croire que ce que vous me mandez des parties de la pierre d'aimant de Chorez soit général , à savoir que les parties séparées lèvent beaucoup plus de fer à proportion que le tout , mais bien que quelque partie de cette
• - S'aff aiblit. »
» - Petit, r
» - Le buveur italien. -
* « Guérir. Pour moi, encore que je ne sois pas docteur, je ne désespérerais pas pour cela d'y trouver remède , mais il faudroit être sur les lieux, et voir le sujet. Je ne puis... »
pierre se sera trouvée beaucoup meilleure que le reste. En frappant d'un marteau sur le bassin dune balance, il est certain qu'on doit commencer à soulever autant pesant en l'autre bassin que le coup a de force ; mais ce commencer à soulever est insensibleou presque insensible, et incontinent après qu'il est commencé à soulever, le coup perd sa force.
Je n'ai point ouï parler de l'Anglois qu'on vous a dit promettre plus que l'ordinaire pour vider les marais de ce pays ; mais il se trouve partout assez de gens qui promettent sans effectuer f.
Pour celui de Grenoble, qui promet les longitudes , et donne de nouvelles distances du soleil , il faudroit voir ses raisons pour en juger. Vous envoyerez ce qu'il vous plaira de moi à M. Cavendisch, seigneur anglois dont vous m'écrivez; mais je vous prie que ce soit donc avec la glose que je ne vous écris jamais que fort à la hâte , ni à dessein qu'autre que vous le voie*. Je suis, etc.
» . Effectuer. // n'a fait ici 'grand froid qu'environ en m Ane temps qu'a Paris , et il a dégelé depuis douze ou quinze fours , nonobstant que le vent soit quasi toujours venu d'orient , ce qui est rare en ce pays ; et aujourtT hui il a fort neigé et fait encore assez froid. Pour... »
• « Vole. Et il faut , s'il vous plaît , être exact à bien transcrire ces choses de mathématiques , ou plutôt ne le point faire, car souvent une lettre changée gâte tout; et des choses qui ne sont déjà guère bonnes paroitroient encore plus mauvaises étant mal écrites. Je suis marri de l'accident qui est arrivé à M. de Beaune, mais je ne m'étonne point de ce qu'il n'est pas encore à bout de son entreprise, car je sais qu'elle est très dijf. cile. Voilà la réponse à tous les points que j'ai trouvés en ih>s quatre dernières lettres, dont j'ai reçu les deux dernières en même jour. Je suis de tout mon cœur, etc. 1 1 mars 1640."
AU R. P. MERSEN NE \
( Lettre 38 du tome II. ;
Mon révérend peke,
Quoique j'aie reçu trois de vos lettres depuis ma dernière , je n'y trouve pas toutefois assez de matière pour remplir cette feuille : caria première, du quatrième mars, ne contient que l'observation des déclinaisons de l'aimant, qui varient en Angleterre, avec un raisonnement qu'un mathématicien que vous ne nommez point a fait sur ce sujet, lequel raisonnement est fort bon pour en découvrir la cause à l'avenir ; mais si vous attendez que je vous dise par provision ma conjecture, comme je ne crois pas que les déclinaisons de l'aimant viennent d'ailleurs que des égalités de la terre, aussi ne croisje point que la variation de ces déclinaisons ait une autre cause que les altérations qui se font en la masse de la terre, soit que la mer gagne d'un côté et perde de l'autre, ainsi qu'on voit à l'œil qu'elle
• « Celle lettre est de 1640, et écrite depuis le ao mur», puisque Des cartes y répond à une lettre écrite de ce jour : je la crois donc écrite le 1" avril. »
2l4 LETTRES.
fait en ce pays , soit qu'il s'engendre d'un côté des mines de fer ou qu'on en épuise de l'autre , ou soit seulement qu'on ait transporté quelque quantité de fer, ou de brique, ou d'argile, d'un coté de la ville de Londres vers l'autre : car je me souviens que voulant voir l'heure à un cadran où il y avoit une aiguille frottée d'aimant, étant aux champs proche d'un logis qui avoit de grandes grilles de fer aux fenêtres, j'ai trouvé beaucoup de variation en l'aiguille, en m 'éloignant même à plus de cent pas de ce logis , et passant de sa partie orientale vers l'occidentale, pour en mieux remarquer la différence. Pour le ciel , il n'est pas croyable qu'il y soit arrivé assez de changement en si peu d'années pour causer cette variation, car les astronomes Pauroient aisément remarquée. Je vous remercie pour la seconde fois de la graine de l'herbe sensitive que j'ai trouvée en cette lettre, après en avoir reçu huit jours devant dans une autre. J'ai reçu aussi l'essai touchant les coniques du fils de M. Pascal , et avant que d'en avoir lu la moitié, j'ai jugé qu'il avoit appris de M. des Argues1 ; ce qui m'a été confirmé incontinent après par la confession qu'il en fit luimême.
Votre seconde lettre, du dixième mars, en con-
• Des personne» qui croient le bien savoir disent qne cela est faux : cela penl être faux ; mais je ne doute point qne M. Descartes ne dise vrai , car il n'étoit point homme à controuver des mensonges. {Note de Cltrsclier.)
LETTRES. 2l5
tenoit une autre de M. M. \ auquel je feroisréponse si je pensois que celle-ci vous dût encore trouver à Paris; mais si elle vous doit être envoyée plus loin, il n'y a pas d'apparence de la charger tant, et je puis mettre ici en peu de paroles tout ce que j'ai à lui faire savoir, ce qui sera, s'il vous plaît, pour lorsque vous lui écrirez ; qui est ( après mes remerciments pour la bienveillance qu'il me témoigne ) que pour les espèces qui servent à la mémoire, je ne nie pas absolument qu'elles ne puissent être en partie dans la glande nommée conarium, principalement dans les bêtes brutes, et en ceux qui ont l'esprit grossier: car pour les autres, ils n 'auraient pas* ce me semble, autant de facilité qu'ils ont à imaginer une infinité de choses qu'ils n'onl jamais vues, si leur âme n etoit jointe à quelque partie du cerveau qui fût fort propre à recevoir toutes sortes de nouvelles impressions , et par conséquent fort malpropre à les conserver. Or est-il qu'il n'y a que cette glande seule à laquelle l'Ame puisse être ainsi jointe; car il n'y a qu'elle seule en toute la tète qui ne soit point double. Mais je crois que c'est tout le reste du cerveau qui sert le plus à la mémoire , principalement ses parties intérieures , et même aussi que tous les nerfs et les muscles y peuvent servir; en sorte que, par exemple, un joueur de luth a une partie de sa mémoire
» Mcissonnier.
ai6 LETTRES.
en ses mains; car la facilité de plier et de disposer ses doigts en diverses façons, qu'il a acquise par habitude, aide à soutenir des passages pour 1 exécution desquels il les doit ainsi disposer. Ce que vous croirez aisément , s'il vous plaît de considérer que tout ce qu'on nomme mémoire locale est hors de nous; en sorte que, lorsque nous avons lu quelque livre , toutes les espèces qui peuvent servir à nous faire souvenir de ce qui est dedans ne sont pas en notre cerveau, mais il y en a aussi plusieurs dans le papier de l'exemplaire que nous avons lu; et il n'importe pas que ces espèces n'aient point de ressemblance avec les choses dont elles nous font souvenir , car souvent celles qui sont dans le cerveau n'en ont pas davantage, comme j'ai dit au quatrième discours de ma Dioptrique. Mais outre cette mémoire, qui dépend du corps, j'en reconnois encore une autre, du tout intellectuelle, qui ne dépend que de l'âme seule. Je ne trouverois pas étrange que la glande conarium se trouvât corrompue en la dissection des léthargiques, car elle se corrompt aussi fort promptement en tous les autres ; et la voulant voir à Leyde , il y a trois ans , en une femme qu'on anatomisoit , quoique je la cherchasse fort curieusement, et susse fort bien où elle devoit être, comme ayant accoutumé de la trouver, dans les animaux tout fraîchement tués, sans aucune difficulté, il me fut toutefois im-
possible de la reconnoître : et un vieux professeur qui faisoit cette anatomie , nommé Valcher , me confessa qu'il ne l'avoit jamais pu voir en aucun corps humaiu ; ce que je crois venir de ce qu'ils emploient ordinairement quelques jours à voir les intestins et autres parties avant que d'ouvrir la téte. Pour la mobilité de cette glande, je n'en veux point d'autre preuve que sa situation : car n'étant soutenue que par de petites artères qui l'environnent , il est certain qu'il faut très peu de chose pour la mouvoir ; mais je ne crois pas pour cela qu'elle se puisse beaucoup écarter ni cà ni là.
Pour les marques d'envie , ce qui vous fait croire qu'elles ressemblent fort parfaitement aux objets ne vient que de ce que vous trouvez étrange qu'elles puissent tant ressembler qu'elles font; mais si vous les comparez avec les portraits des plus mauvais peintres, vous les trouverez encore beaucoup plus défectueuses. Mais pour l'urine des enragés, c'est une question de fait en laquelle je ne vois rien d'impossible, non plus qu'en ce que vous m'écrivez de la fécondité d'un grain de blé, après avoir été trempé dans du sang ou du suc de fumier. Et pour ce que le sieur N.1 vous a dit de l'aimant, il suffit que vous m'ayez nommé votre auteur pour m'em pécher d'y ajouter foi.
Je viens à votre dernière, du vingtième mars, où
< » Je * roi» qne c'est Petit. »
2l8 LETTRES.
vous mandez me renvoyer le petit catalogue des plantes que je vous avois envoyé, que je ne trouve pas toutefois avec votre lettre, mais aussi n'en ai-je nullement affaire, non plus que de celui des plantes du jardin royal, que vous avez pris la peine de m'envoyer , sans que je l'aie encore reçu ; mais j'apprends qu'ils l'ont à Leyde. Je n'ai point du tout ouï parler de ce que vous me mandez qu'on vous a écrit d'Angleterre qu'on étoit sur le point de m'y faire aller. Mais je vous dirai entre nous que c'est un pays dont je prétérerois la demeure à beaucoup d'autres ; et pour la religion , on dit que le roi même est catholique de volonté : c'est pourquoi je vous prie de ne point détourner leurs bonnes intentions. Je ne me saurois maintenant remettre aux mathématiques pour chercher le solide de la roulette , mais je ne le crois point impossible. Je vous ai mandé en ma précédente l'unique raison que je sache qui puisse empêcher qu'un mousquet ne fasse tant fort proche qu'un peu loin , et il n'y a aucune apparence de vérité en celle que vous me mandez de M. Mydorge. Je suis, etc.
A M. REGIUS '
(Lettre 81 du toiue I. Version.)
Monsieur ,
Vous m'avez sensiblement obligé , vous et M. Émiiius, d avoir examiné et corrigé l'écrit que je vous avois envoyé 1 ; car je vois que vous avez porté l'exactitude jusqu'à mettre les points et les virgules, et corriger les fautes d'ortbographe. Vous m'auriez fait encore un plus grand plaisir, si vous eussiez voulu changer quelque chose dans les mots et dans les pensées. Quelque petits qu'eussent été ces changements, j'aurois pu me flatter que ce que vous auriez laissé auroit été moins fautif; au lieu que je crains que vous n'ayez pas voulu tenter cette entreprise, parcequ 'il y auroit eu trop à corriger, ou peut-être parcequ'il auroit fallu tout effacer.
» •• Cette lettre répond à la 1 r** des manuserits de Regius, datée du i5 mai 1640; et la iae des manuscrits de Regius , do 3o niai 1640, répond à celle-ci , si bien que celle-ci a été écrite depuis le i5 jusqu'au 3o mai. C'est pourquoi je la fixe au 9.2 mai 1640. ■
• " Il s'agit d'une copie manuscrite des Médii«tti< »n . qu'il avoitenvoyée i Regiuft et à Emilins. »
A l'égard des objections , vous dites dans la première, que de ce qu'il y a en nous quelque sagesse, quelque pouvoir, quelque bonté, quelque quantité, etc., nous nous formons l'idée d'une sagesse, d'une puissance, d'une bonté infinie, ou du moins indéfinie, et des autres perfections que nous attribuons à Dieu comme l'idée d'une quantité infinie. Je vous accorde volontiers tout cela, et je suis pleinement convaincu que nous n'avons point d'autre idée de Dieu, que celle qui se forme en nous de cette manière; mais toute la force de ma preuve consiste en ce que je prétends que ma nature ne pourroit être telle que je pusse augmenter à l'infini par un effort de ma pensée ces perfections qui sont très petites en moi, si nous ne tirions origine de cet être en qui ces perfections se trouvent actuellement infinies. De même que par la seule considération d'une quantité fort petite, ou du corps fini, je ne pourrois jamais concevoir une quantité indéfinie, si la grandeur du monde n'éloit ou ne pouvoit être indéfinie.
Vous dites dans la seconde , que la vérité des axiomes qui se font recevoir clairement et distinctement à notre esprit est claire et manifeste par elle-même. Je l'accorde aussi pour tout le temps qu'ils sont clairement et distinctement compris , pareeque notre âme est dételle nature, qu'elle n< peut refuser de se rendre ,< ce qu'elle comprend
distincte ment ; mais parceque nous nous souvenons souvent des conclusions que nous avons tirées de telles prémisses, sans faire attention aux prémisses mêmes , je dis alors que sans la connoissance de Dieu nous pourrions feindre qu'elles sont incertaines, bien que nous nous souvenions que nous les avons tirées de principes clairs et distincts, parceque telle est peut-être notre nature, que nous nous sommes trompés dans les choses les plus évidentes, et par conséquent que nous n'avions pas une véritable science, mais une simple persuasion, lorsque nous les avons tirées de ces principes ; ce que je fais pour mettre une distinction entre la persuasion et la science. La première se trouve en nous, lorsqu'il reste encore quelque raison qui peut nous porter au doute; et la seconde, lorsque la raison de croire est si forte qu'il ne s'en présente jamais de plus puissante, et qui est telle enfin, que ceux qui ignorent qu'il y a un Dieu ne sauroient en avoir de pareille : mais quand on a une fois bien compris les raisons qui persuadent clairement l'existence de Dieu, et qu'il n'est point trompeur, quand même on ne feroit plus attention à ces principes évidents, pourvu qu'on se ressouvienne de cette conclusion , Dieu n'est pas trompeur , on aura non seulement la persuasion, mais encore la véritable science de cette conclusion, et de toutes les autres dont on se
LKTTKES.
souviendra avoir eu autrefois des raisons fort claires.
Vous dites aussi dans votre dernière lettre, que je reçus hier , et qui ma fait souvenir de répondre à vos précédentes, que la précipitation de nos jugements dépend du tempérament du corps, soit qu'il nous soit naturel, soit que nous l'ayons formé par habitude; ce que je n'admets point du tout, parceque ce seroit ôter la liberté et l'étendue de notre volonté , qui peut corriger une telle précipitation; ou que ne la corrigeant pas , l'erreur qui en naît est une privation par rapport à nous, et une pure négation par rapport à Dieu.
Je viens présentement aux thèses que vous m'avez envoyées 1 : comme je sais que vous voulez que je vous écrive librement ma pensée, je vais vous obéir. Au lieu de ces mots, l'air voisin dont les petites parties, etc., j'aime mieux l'air voisin gui, etc., peut; car ce n'est pas chacune de ces parties qui se condensent, mais toute la masse de l'air, en ce que ses petites parties s'approchent plus les unes des autres que dans son état ordinaire. Je ne vois pas aussi pourquoi vous prétendez que l'idée des universaux appartienne plutôt à l'imagination qu'à l'intellect. Pour moi je l'attribue au seul intellect qui rapporte à plusieurs sujets une idée singulière.
• «« Ces thèses dévoient iMrc soutenne», lr i o juin ifi,'4o , par les écoliers de Repins. -
J'aurois aussi voulu que vous n'eussiez pas dit qu'il n'y a que deux affections ou passions , la joie et la tristesse; car noifs sommes bien autrement affectés par la colère que par la crainte , quoique la tristesse se trouve dans l'une et dans l'autre, et ainsi du reste. Quant aux oreillettes du cœur, j'aurois ajouté, ce qui est vrai en effet, que je n'en ai pas traité à fond, parceque je les considère seulement comme les extrémités de la veine cave et de l'artère veineuse, etc. J'avois passé votre doute de la fermentation du cœur : il me paroit que vous en avez donné une solution suffisante; car, comme les parties du cœur s'affaissent d'elles-mêmes, les vaisseaux par lesquels le sang sort étant encore ouverts , le sang ne cesse d'en sortir , et ces vases ne se ferment que quand le cœur est affaissé.
Je ne mettrois point dans le titre, de la triple coction , mais seulement de la coction. Je vous prie aussi d'effacer toute la neuvième ligne. Il ne sert de rien de citer ici l'exemple d'Hervaeus , qui est plus éloigné de cet avis que moi , et qui n'est pas si uni à Vallée que je le suis à vous; et quand même la chose seroit, l'exemple ne me touche pas tant que la cause. Dans la première ligne de vos thèses , j'oterois ces paroles, de la chaleur vivifiante, etc. Et à la fin, au lieu de ces paroles, Dans la droite conformation, etc.. j'aimerois mieux, Dans la préparation des petites parties insensibles,
dont les aliments sont composés , afin qu'elles acquièrent une conformation propre à composer le corps humain. Cette préparation est, ou commune, ou moins importante, qui se fait dans toutes les voies par lesquelles passent les petites parties, ou particulière et spécifique, qui est triple : i° dans le ventricule et dans les intestins, 2° dans le foie, 3° dans le cœur. La première se fait dans le ventricule et dans les intestins , lorsque la nourriture broyée par les dents et avalée par la bouche, ce qui s'entend du boire et du manger , est dissoute et convertie en chyle par la force de la chaleur que le cœur lui communique, et de l'humeur que les artères y ont poussée. La seconde se fait dans le foie lorsque le chyle y étant porté, non par une force attractrice, mais par sa seule fluidité, et par la compression des parties voisines, et étant mêlé au reste du sang, s'y fermente , s'y digère, et se change en chyme, c'est-à-dire en suc. La troisième se fait dans le coeur, lorsque le chyme mêlé au sang qui retourne du reste du corps au cœur, est préparé avec lui dans le foie, se change en un sang parfait et véritable, par une fermentation qui cause le battement du pouls et cette troisième coction, etc. Vous comprenez aisément pourquoi j'ai dit que je mettrois dans le titre la coction générale qui se fait dans toutes les voies, et par conséquent dans chaque partie du corps, parceque partout où il y
a du mouvement, il peut s'y faire quelque altération des parties qui sont mues , et je ne vois pas que la coction puisse être autre chose qu'une telle altération. Je ne vois pas pareillement pourquoi vous voulez qu'elle se fasse plutôt dans les veines gastriques et mésaraïques que dans toutes les autres. Je ne voudrais pas me servir de ces termes, suc spiritueux , parceque je ne comprends pas clairement ce qu'ils signifient. Je ne me servirois pas non plus de ces autres, les meilleures parties du chyle : mais je dirois simplement le chyle , parceque toutes ses parties servent à la nourriture du corps ; et, à bien examiner les choses , les excréments mêmes, surtout ceux qui sont poussés hors des veines, doivent être censés partie du chyle, au moins tant# qu'ils sont dans le corps , car ils y ont leurs fonctions, et il n'y en a aucune qui ne s'en aille enfin en excréments, pourvu que vous appeliez excréments ce qui sort par la transpiration insensible. Quant au chyme, je crois qu'il fermente dans le foie, et qu'il s'y digère dans le sens que les chimistes donnent à ce mot; c'est-à-dire qu'il y est altéré à cause de quelque séjour qu'il y fait.
A la page 5 , j'efîacerois ces mots , qui naît de ces esprits abondants et d'un suc huileux modéré; car cela n'explique pas bien la chose. Je trouve une seconde fois mon nom à la fin de la huitième page,
ce que ma modestie peut mieux souffrir que dans ». tô
le titre, pourvu, s'il vous plaît , que vous n'y ajoutiez pas tant d'épithètes; j'aime mieux aussi qu'on m'appelle par mon véritable nom Descartes , que par cet autre qu on a forgé, Cartesius. A l'endroit où vous dites pourquoi Pl. 1 a tronqué mes réponses, on pourrait peut-être en ajouter la preuve, savoir que plusieurs les ont vues et transcrites deux ans avant que son livre parût. Il me paroît même qu'il faudrait effacer ces paroles, vel callido vel ignorante; que c'est un trait ou de mauvaise finesse ou d'ignorance. Les termes les plus honnêtes prouveront mieux la justice de votre cause. Je changerais aussi de cette sorte la fin de la neuvième page: «En second lieu, parceque le fœtus, qui est encore dans le sein de la mère, où il est privé de l'usage de la respiration , a deux conduits qui se ferment d'euxmêmes dans les adultes : Pun qui ressemble à un petit canal par lequel une partie du sang se raréfie dans la cavité droite du cœur, passe dans l'aorte, et l'autre partie coulant vers les poumons ; et le second, par lequel une partie du sang qui doit se raréfier dans la cavité gauche du cœur sort de la veine cave et se mêle à cette autre partie qui revient du poumon : car on ne peut pas nier que dans le fœtus une partie du sang ne passe par les poumons. » Outre cela l'explication de l'usage de la respiration, qui est page 10, doit précéder ses
1 l'iempin».
causes qui sont à la page 8. Je ne définis rien sur les veines lactées, parceque je ne les ai pas encore vues; mais je connois ici deux jeunes docteurs en médecine, MM Silvius et Schagen , qui paroissent avoir de la science, et qui assurent les avoir observées plusieurs fois, et que leurs valvules empêchent le retour de la liqueur vers les intestins ; tellement qu'ils sont d'un sentiment tout différent du vôtre. Pour moi je penche beaucoup pour eux . en sorte que je crois que les veines lactées diffèrent seulement des mésaraïques en ce qu'elles ne sont jointes à aucune artère, ce qui fait qu'en elles le suc des viandes est blanc , et qu'il devient sur-le-champ rouge dans les autres, parcequ'il se mêle au sang qui a circulé par les artères. Nous les chercherons ensemble à la première occasion dans un chien en vie. En attendant, si vous me croyez , vous effacerez tout ce corollaire. Quant à la difficulté comment le cœur peut se désenfler s'il y reste une partie de sang raréfié, elle est aisée à résoudre, parcequ'il n'en reste qu'une autre très petite partie , qui ne suffît pas pour remplir les ventricules; car l'effort avec lequel il sort suffiroit à l'en faire tout sortir, si les valvules de la grande artère et de la veine artérieuse ne se fermoient avant que tout le sang fut échappé, et la plus petite quantité qui reste dans les ventricules suffit pour la fermentation.
Enfin, après avoir bien attendu, j'ai reçu au-
jourd'hui la sentence pour I. A. W.1 Je lui enverrai l'original dès que j'en aurai fait tirer une copie , c'est-à-dire dans deux jours au plus tard. Elle est conçue en termes si doux et si modérés, que les juges n'auroient pu s'exprimer autrement, s'il leur avoit fallu condamner quelque homme de grande qualité; cependant ils approuvent tout ce que W. a écrit et condamnent tout ce qu'a dit son adversaire. S'il y a quelque autre chose sur quoi vous demandiez une explication plus ample , vous me trouverez toujours prêt à vous servir, ou de ma plume ou de ma langue. Bien plus , si vous trouvez à propos que je me rende à Utrecht lorsqu'on soutiendra ces thèses, je le ferai avec plaisir, pourvu que personne ne le sache, et que je puisse me tenir caché dans les écoutes d'où mademoiselle de Schurroans a coutume d'entendre vos leçons. Adieu.
AU R. P. MERSENNE
(Lettre 33 du tome H.)
Mon révérend père,
Je confesse que j'ai tardé long-temps à vous écrire, mais mon changement de demeure fut cause que je ne fis pas réponse à votre lettre du vingt-cinquième mars, qui est celle de la plus ancienne date que j'aie reçue ; et je viens de recevoir vos deux dernières en même temps, quoique Tune soit du sixième juin et l'autre du sixième mai. Je ne sais qui peut être la cause que cette dernière a tant tardé; c'est celle où étoit la lettre que M. le comte d'Igby vous a écrite : mais, afin de ne rien oublier à quoi je doive réponse , je commencerai par la plus ancienne, en laquelle vous mandez m'avoir envoyé le jardin des plantes par la voie du Maire, par laquelle je ne 1 ai point reçu; mais je l'ai reçu depuis peu par M. de Z\ lorsqu'il étoit sur le point de partir pour l'armée, et il me man-
• « Cette lettre est la 3o* des manuscrits de Lahire. et datée da 1 1 juin 1640. »
• Znytlichcfi.
doit avoir encore d'autres choses de votre part à me communiquer, desquelles il m'écriroit une autre fois, mais je n'ai pas encore eu depuis de ses nouvelles. Je vous remercie bien humblement de ce livre, mais il est peu à mon usage, car il ne contient rien que des noms, et je ne cherche que des choses. U [m'importe peu que le sieur N. et ses semblables fassent imprimer tout ce qu'il leur plaira, et je ne cherche point l'approbation de telles gens. Vous m'écrivez de Galilée comme s'il étoit encore vivant, et je pensois qu'il fut mort il y a long-temps ; s'il est vrai qu'il ait des tables très exactes pour les aspects et éclipses des planètes joviales, il est certain qu'il mérite l'honneur d'avoir trouvé le plus pour les longitudes ; mais je m'étonne fort qu'il en ait pu faire d'exactes pour ces planètes , vu qu'on n'en a pu faire jusqu'à présent d'exactes pour la lune.
La raison pourquoi un os de mouton se casse mieux sur la main que sur une enclume ne me semble pas pouvoir être qu'il supporte davantage le coup : car soit qu'AB soit une enclume ou la main d'un homme , quand on frappe sur le milieu de l'os C, il supporte tout le coup, ou bien même lorsqu'il est sur la main, elle lui aide plus à le supporter que ne fait l'enclume, à cause qu'elle obéit davantage. Et je ne doute point que la seule raison qui le rend plus aisé à casser sur la main ne soit
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que le marteau appuie plus long-temps dessus ; mais la proportion qui doit être entre la force du coup et sa durée, pour rendre l'action plus grande , varie selon que les parties du corps frappé requièrent plus ou moins de temps pour se déjoindre.
Je n'ai pas à présent la mémoire de ce que je vous ai ci-devant écrit de la vitesse du coulement de l'eau, mais il se rapportoit, cerne semble, à l'expérience que vous en aviez faite.
Pour entendre ce que vous demandez de la part de M. des Argues, comment la dureté des corps peut venir du seul repos de leurs parties, il faut remarquer que le mouvement est différent de la détermination qu'ont les corps à se mouvoir plutôt vers un côté que vers un autre, ainsi que j'ai écrit en ma Dioptrique; et qu'il ne faut proprement de la force que pour mouvoir les corps, et non pour déterminer le côté vers lequel ils se meuvent ; car cette détermination ne dépend pas tant de la force du moteur que de la situation tant de ce moteur que des autres corps ci rcon voisins. Il faut remarquer aussi qu'il n'y a point de vide en la nature , ni de raréfaction et condensation, telles que les décrivent les philosophes; mais que quand un corps se raréfie, c'est qu'il entre quelque autre corps plus subtil dans ses pores , etc. : d'où il suit qu'aucun corps ne peut se mouvoir qu'il ne chasse au
î>3a LETTRES.
même instant quelque autre corps de sa place , et que cet autre n'en chasse derechef un autre et ainsi de suite, jusqu'au dernier qui rentre en la place que laisse le premier; en sorte qu'aucun corps ne peut se mouvoir qu'il n'y ait tout un cercle de corps qui se meuvent ensemble au même temps. Et enfin il faut remarquer que tous les corps qui se meuvent en rond, ou autrement , tendent à continuer leur mouvement en ligne droite , comme on voit qu'une pierre étant agitée en rond dans une fronde continue son mouvement en ligne droite lorsqu'elle en est sortie. Soit donc maintenant A 1 une pierre autour de laquelle je suppose qu'il n'y n que l'air, et que les parties de cet air se meuvent continuellement, non toutes d'un même côté comme lorsqu'il fait vent, car ce n'est pas cela qui le rend liquide, mais en divers sens, ou même afin d'avoir mieux sur quoi y arrêter son imagination, on peut penser que chacune de ses parties tournoie en rond dans l'endroit où elle est, et pensons que cette pierre est poussée d'A vers M% il est évident qu'elle n'aura aucune difficulté à continuer son mouvement vers là , bien que pour le faire elle doive chasser devant soi les parties d'air qui sont vers B, et celles-ci les parties qui sont vers C et celles qui sont vers D, lesquelles doivent rentrer en la place
1 Figure a i .
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que laisse cette pierre : car toutes ces parties clair se mouvoient déjà, et elle ne change rien en elles, sinon qu'au lieu que leur mouvement étoit resserré en de petits cercles, elle le leur fait continuer suivant un plus grand cercle; ce qui leur est même plus naturel, à cause que plus un cercle est grand, plus il approche de la ligne droite ; mais quand la pierre A est arrivée jusques au corps M, que je suppose être dur, c est-à-dire être composé de parties qui se reposent et qui sont jointes à la masse de la terre, elle y trouve de la résistance, à cause que, pour passer outre, il ne faut pas seulement qu'elle détermine vers quel côté les parties de ce corps M se doivent mouvoir pour lui faire place , mais il faut, outre cela, qu'elle leur communique de son mouvement, à quoi il est besoin de plus de force; et il peut aisément arriver qu'elle n'aura pas la force de remuer aucune des parties de ce corps, à savoir si elles sont toutes plus fermement jointes l'une à l'autre que ne sont les siennes. Mais si on suppose que ce corps M ne soit pas joint à la masse de la terre et qu'il soit environné d'air tout autour, il faut remarquer qu'il interrompt le cours des parties de cet air, qui, au lieu de continuer leurs mouvements en lignes droites , sont contraintes en le rencontrant de se réfléchir; en sorte qu'il n'y a rien qui empêche que ces parties d'air ne meuvent ce corps, sinon qu'elles ne sont pas toutes détermi-
nées à le pousser vers un même côté, à quoi la pierre A leur aide sans beaucoup de force quand elle rencontre ce corps M : et de là on entend pourquoi un tas de sable n'est pas un corps si dur qu'un gros caillou, dont les parties ne diffèrent de ces grains de sable , sinon qu'elles se touchent immédiatement Tune l'autre : car chaque grain de ce sable étant environné d'air presque tout autour, n'est pas si joint aux autres grains que les parties qui composent le caillou sont jointes l'une à l'autre.
Pour les muscles de notre corps, ils ne sont durs et tendus qu'à cause qu'ils sont pleins d'esprits animaux , ainsi qu'un ballon est dur quand il est plein d'air : ce qui ne fait rien contre la question précédente; car les parties extérieures du muscle ou du ballon étant jointes et sans mouvement au respect l'une de l'autre, les intérieures ne servent qu'à remplir la place qui est au dedans, ce qu'elles font aussi bien avec les mouvements qu'elles ont, que si elles n'en a voient aucun. Au reste , je me suis un peu étendu sur ce sujet, à cause que vous le demandiez au nom de M. des Argues , à qui je serois bien aise de témoigner que je suis son très humble serviteur.
Les graines de l'herbe sensitive ne sont point encore levées ici en aucun lieu, quoique plusieurs en aient semé*.
/a page 104 de ma Dwptrtque ,jai ejfacé depuit la ligne 10,0k
La raison qui me fait dire que les corps qui descendent sont moins poussés par la matière subtile à la fiii de leur mouvement qu'au commencement, n'est autre chose, sinon qu'il y a moins de disproportion entre leur mouvement et celui de cette matière subtile; ainsi que si le corps A, étant sans mouvement , est rencontré par le corps B qui tende à se mouvoir vers C de telle vitesse qu'il puisse faire, par exemple, une lieue en un quart d'heure, il sera davantage poussé par ce corps B qu'il ne seroit s'il se mouvoit déjà de soi-même vers C de telle vitesse qu'il pût faire une lieue en demi -heure, et il n'en sera point poussé du tout s'il se meut déjà vers C de telle vitesse qu'il fasse une lieue en un quart d'heure , etc.
La façon dont s'explique la pesanteur n'a aucune affinité avec celle dont s'explique la lumière , et je ne vois aucune raison pourquoi les corps pèseroient moins l'hiver que l'été.
Je ne mets point ici comment on peut calculer combien il faudroit de coups d'un petit marteau pour égaler la force d'un gros , à cause qu'il y a
sont ces mots, si on tire du point B, jusqu'à V antépénultième ligne , où sont ces mots , de plus si on tire ; et /ai mis au lieu de cela , à cause qne tant les ligue» AB et NI que les lignes AL et GI sont paraUèles, les triaugle» ALB et IGN sont semblables ; d'où il suil que AL est à IG comme AB est a NI . on bien parceque AB et BI sont égales , comme BI est à I. Puis si on tin* , etc. »
tant de choses à considérer en tels calculs , et ils s'accordent si difficilement avec les expériences et servent si peu, qu'il est, ce me semble, mieux de n'en point parler. Voilà pour votre lettre du vingtcinquième mars. Je viens à la suivante du sixième mai. Je vous remercie de la pierre qui se remue dans le vinaigre; j'en viens de faire l'expérience, et je l'ai mise aussi dans l'esprit de vitriol , où elle s'est remuée encore plus que dans du vinaigre, ce qui me fait croire qu'elle fait le même en toutes sortes d'eaux fortes : et je n'en puis dire autre chose, sinon qu'elle a plusieurs pores qui reçoivent facilement les parties de ces liqueurs, mais qui n'ont pas la figure propre à recevoir les parties de l'eau douce ni des autres liqueurs qui n'ont point cet effet; et que lorsque les parties du vinaigre entrent dans les pores qui sont au-dessous de cette pierre, elles en font sortir des parties d'air ou d'eau qui y étoient, et qui se dilatant lorsqu'elles sortent, comme prouvent les petits bouillons qu'on voit alors autour de la pierre, la soulèvent et la remuent, ensuite de quoi elle doit couler vers le penchant de l'assiette ainsi qu'elle fait.
Les efforts du géostaticien me touchent fort peu , et je serai bien aise de ne les point voir jusques à ce qu'ils soient imprimés, ou du moins que M. de Beaune ait pris la peine de les voir et qu'il les approuve.
Je n'ai point oui parler ici de l'ingénieur qui fiche des pieux en terre sans frapper, mais je ne doute point que cela ne se puisse faire par la force de la presse, qui peut par ce moyen être comparée avec celle de la percussion; mais il en faudroit plusieurs diverses expériences, autant qu'on en pût faire des règles générales. Je ne sache point qu il y ait d'autre raison pourquoi un oeuf se rompt moins lorsqu'on le presse par les deux bouts que par le côté, sinon que ses parties étant plus égales en ce sens-là, il faudroit qu'il y en eût plus qui commençassent à se séparer dès le premier moment qu'il commenceroit à se rompre.
J'explique comment la lumière trouve des pores droits de tous côtés dans les corps transparents par exemple d'un tas de boules rondes , qui étant jointes l'une à l'autre, composent un corps dix fois plus solide que n'est aucun de ceux qui sont transparents , comme je puis prouver; et toutefois, sur quelque côté que soit tourné ce corps composé de boules, si on jette du sable dessus , ce sable passera au travers, en lignes assez droites pour transférer son action en lignes exactement droites : car j'ai dit en divers lieux que l'action de la lumière suit des lignes exactement droites, nonobstant que la matière subtile qui la transmet ne compose pas de telles lignes.
Je crois avoir mis au second discours de ma Diop-
trique la raison à priori pourquoi la réflexion se fait à angles égaux , et je m étonne que vous la demandiez encore. La méthode que j'ai donnée pour les tangentes est bonne pour les conchoïdes et la cissoïde, et semblables, mais non pas pour la quadratrice si on n'y ajoute quelque chose : car cette quadratrice est du nombre des lignes que j'ai dit n'être que mécaniques. Pour les retours géométriques des choses trouvées par l'algèbre, ils sont toujours si faciles, mais avec cela si longs et si ennuyeux aux plus grandes questions, qu'ils ne méritent pas qu'un homme qui sait quelque chose prenne la peine de les écrire, et ne sont bons que pour le géostaticien ou ses semblables.
Il ne faut pas estimer la pesanteur des nues par celle de l'eau qui en vient, mais penser que les parties de cette eau étant séparées l'une de l'autre, ainsi qu'elles doivent être pour composer une nue, ont incomparablement plus de superficie selon l'étendue de laquelle il faut qu'elles divisent l'air pour descendre, qu'elles n'en ont lorsqu'elles les composent des gouttes d'eau.
Lorsque le bout d'une apréte de mie de pain frais est mis sur de l'eau ou sur du vin , et qu'elle l'attire à deux ou trois pouces, cela vient de ce que les pores de ce pain , étant plus grands qu'il n'est besoin pour ne recevoir que de l'air, y sont environnés tout autour de la matière subtile, qui les fait
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mouvoir plus vite qu'ils ne se meuvent ailleurs, où ils s'entre- touchent : et pourceque tous les corps qui se meuvent tendent à sortir des lieux où ils sont, quand ces parties d'air sortent de ceux de ces pores qui touchent la superficie de l'eau, les parties de cette eau succèdent en leur place , et à cause qu'elles remplissent mieux les pores de ce pain , elles ne s'y meuvent pas si vite que faisoient les parties de l'air; d'où vient qu'elles n'en sortent pas, si ce n'est pour monter encore plus haut, en la place de Pair qui tend à sortir des pores de ce pain; et c'est le même dans tous les corps brûlés ou calcinés par la force du feu. J'en suis à votre dernière du premier juin.
Pour la circulation du sang , il ne faut pas penser qu'elle ne se fasse qu'aux extrémités du corps ; mais il faut prendre garde qu'on ne sauroit couper les bras en aucun lieu qu'il n'y ait plusieurs petites veines et artères qui se terminent en ce lieu-là, et par lesquelles se fait aisément la circulation , nonobstant que les plus gros tuyaux qui passoient vers la main soient bouchés.
Il n'y a point de doute que les plis de la mémoire s'empêchent les uns les autres, et qu'on ne peut pas avoir une infinité de tels plis dans le cerveau, mais on peut bien y en avoir plusieurs; et la mémoire intellectuelle a ses espèces à part, qui ne dépendent nullement de ces plis, dont je ne
crois pas que le nombre soit guère grand. Je n explique pas sans âme le sentiment de la douleur , etc., car1 ce sentiment est en lame ou en l'entendement même, mais bien tous les mouvements extérieurs qui accompagnent en nous ce sentiment , lesquels seuls se trouvent aux bètes. Je pensois aller voir aujourd'hui M. de F.' pour lui demander des nouvelles de l'histoire que vous me mandez de son père et des trois prodiges qu'on lui a écrits, comme venant de ce pays, où je n'en ai point ouï parler qu'à lui seul, qui les raconta il y a quelque temps; à savoir qu'à Wesçl une dent étoit crue fort longue à un pendu, non pas en une nuit, mais en peu de temps; ce qui ne laissera pas sans doute d être faux aussi bien que les deux autres : car nous avons ici des gazettes qui n'auroient pas oublié de telles choses. Je ne sais que dire de la déclinaison de l'aiguille, est questio facti. Je suis fort peu curieux de voir ce que M. F. a écrit de nouveau sur les tangentes; et pour ceux qui veulent gloser sur ce que j'ai écrit de la conchoide, ce ne peuvent être que des hommes de grand loisir : car je n'en ai donné que la construction , qui est courte, en avertissant que, par la façon que j'avois donnée, on s'y pou-
• Car, selon moi, la douleur n'est que dans l'entendement , mais /explique bien tous lesquels seuls et non la douleur proprement
dite , trouvent... »
■ m Saunmise »
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voit engager en de longs calculs; d'où ils dévoient connoître que j'avois d'autres moyens pour y parvenir, mais que je n'avois pas voulu leur dire tout, ni m expliquer plus clairement pour les tangentes, comme ils auroient aisément reconnu de mon style s'ils avoient eu de l'esprit. Il n'y a point de faute au bas de la page 35 1 , car le sens est qu'on pourroit s'engager dans un long calcul si on cherchoit le point où CG coupe BH, etc.
Il y a long-temps que j'ai su les passages du Deutéronome, $anguis enim eorum anima est^ etc., et je l'ai cité en ma réponse aux objections de M. Fromond, que je lui ai envoyée il y a plus de deux ans. La matière subtile n'élargit pas indifféremment les pores de tous les corps, mais seulement ceux qui se trouvent trop larges d'un côté et trop étroits de l'autre, comme sont ceux d'un arc plié et non ceux de l'or ou du plomb, etc. La façon dont j'explique le flux et reflux de la mer n'a rien du tout de commun avec celle de Galilée. L'observation qu'il y a toujours une nue proche du soleil qui reçoit les rayons pour faire l'arc -en -ciel est entièrement imaginaire, car on voit l'arc-enciel en des fontaines où il n'y a point de telles nues ». Je suis , etc.
. - J'écrirai à M. Zuytlichen pour lui demander le livre de M. de la Chambre , et vous en dirai mon sentiment. Je ne vous réponds rien touchant ce qu'on vous a écrit et Angleterre , parceque je ne crois pas qu'on 8. 16
LBTTR ES.