INTRODUCTION. XVII
le monde comme créateur, conservateur et providence^ le degré et le mode d'efficace possédé par les causes secondes , le degré et le mode de réalité possédé par les substances créées, tout cela est attaché, dans la vérité et dans la philosophie cartésienne, à la théorie des idées innées
Les idées innées de Descartes sont ainsi appelées non qu'elles se présentent toujours à notre pensée, mais parce que nous apportons en naissant la faculté de les reproduire, et qu'elles ne procèdent ni des objets du dehors ni de la détermination de la volonté, mais seulement^ suivant l'expression dé Descartes, de la volonté qu'on a de penser *. Cette définition juste et vraie fait entrer la conception des idées innées dans la définition ou l'essence de l'esprit considéré en général, c'est-à-dire dans les conditions nécessairement requises pour qu'un esprit soit un esprit; et Descartfes aurait dû s'en souvenir quand il a décrit la nature de l'esprit par excellence. Il dit avec raison que les idées innées sont la marque de l'ouvrier imprimée dans son ouvrage-, et véritablement il suffit que de telles idées existent pour que l'existence de Dieu y leur substance, nous soit démontrée. En étudiant attentivement les idées de la raison pure, on comprend que la véritable démonstration de Texistence de Dieu est la démonstration à priori^ et que la question générale des rapports du fini et de l'infini commence, dans l'ordre de la science, aux rapports de chaque idée nécessaire conçue par notre esprit avec les idées contingentes de même définition, et dans l'ordre d'antériorité métaphysique, non pas à la
^ « Elles ne procèdent ni des objets du dehors ni de la détermination de ma volonté, mais seulement de la volonté que j'ai de penser.» {ELé^. à Leroy.) — « Lorsque je dis que quelque idée est née avec nous, ou qu'elle est natureUement empreinte en nos âmes, je n'entends pas qu'elle se présente toujours à notre pensée, car ainsi il n'y en aurait aucune ; mais j'entends seulement que nous avons en nousmêmes la faculté de la produire. *
'Rénonse à la dixième Objection de tiobhes,)
XVIII IHTRODDCTIOH.
création, mais à la simple conception du monde par la pensée divine,
DiMOKSTRATION DE l'EXISTENCE CE DIEU.
Descartes a donné trois démonstrations de Texistence de Dieu. 1° J'ai en moi Tidée de Dieu *. Par le nom de Dieu, j'entends une substance infinie, étemelle, immuable, indépendante, toute-connaissante et toute-puissante. Or, celle idée ne peut tirer son origine de moi-mt'^me, qui ne suis qu'une substance finie, et qui n'ai pas même la perfection en puissance. L'être objectif d'une idée ne peut être produit que par un être formel 5 et il y a pour le moins autant de réalité .dans la cause que dans son effet *. 2** Je suis, et j'ai ridée de Dieu 5 donc je ne suis pas l'auteur de mon être; car je me serais donné toutes les perfections dont j'ai en moi quelque idée, m'étant déjà donné de toutes les choses la plus difficile à acquérir, qui est, à savoir, la substance. Si
* « Je n'ai pas reçu cette idée (Vlàée de Dieu) par les sens, et Jamais eUe ne s'est offerte à mol contre mon attente» ainsi que font d'ordinaire les idées des choses sensibles lorsque ces choses se présentent ou semblent se présenter aux organes extérieurs des sens ; elle n'est pas aussi une pure production ou fiction de mon esprit, car il n'est pas en mon pouvoir d'y diminuer ni d'y ajouter aucune chose; et par conséquent il ne reste plus autre chose i\ dire sinon que cette idée est née et produite avec moi dès lors que j'ai été créé, ainsi que Test l'idée de moi-même. — Et de fait, on ne doit \ as trouver étonnant que Dieu en me créant ait mis en moi celte idée pour cire comme la marque de l'ouvrier empreinte sur son ouvrage. » [Troisième Méditation,)
* « Nous voyons par la lumière naturelle qu'il est impossible qu'il y ait en nous l'image de quoi que ce soit, s'il n'y a en nous ni ailleurs un original qui comprenne en effet toutes les perfections qui nous sont ainsi représentées ; mais comme nous savons que nous sommes sujets à beaucoup de défauts et que nous ne possédons pas ces extrêmes perfecUons dont nous avons l'idée, nous devons conclure qu'elles sont en quelque nature qui est difTérente de la nôtre, et en effet très-parfaite, c'est-à-dire qui est Dieu, ou du moins qu'elles ont été autrefois en cette chose : et il suit de ce qu'elles étaient lnfiniei> qu'elles le sont encore.» {Principes, 18.)
INTRODUCTION. XlX
Ton suppose que j'ai toujours été ce que je suis maiDtenanI, cela ne me dispense pas d'avoir une cause ; car la durée d*une substance n'est que la répétition non interrompue de l'acte par lequel elle est produite. Recourir à mes parents, ou à quelque autre cause moins parfaite que Dieu, ce n'est rien expliquer; car d'abord cette cause n'aura pas autant de réalité que son effet, et de plus on pourra démontrer qu'elle n'existe point par elle-même ] et comme il s'agit d'une cause actuelle et conservatrice, il ne peut y avoir de progrès à l'infini. ËnGn, plusieurs causes n'ont pas concouru à ma formation, et ajouté chacune l'idée de quelque perfection à la no-> tion que j'ai de la perfection de Dieu \ car l'unité et la simplicité est le principal caractèrede la perfex^tion quejelui attribue. Ainsi donc, de cela seul que f existe^ et que l'idée de Dieu est en moi, l'existence de Dieu est démontrée *. 3° L'idée ou l'essence de Dieu implique l'existence ; donc il y a identité entre concevoir l'idée de Dieu et concevoir clairement que Dieu est, 11 n'y a pas moins de répugnance de concevoir un Dieu, c'est-à-dire un être souverainement parfait, auquel manque l'existence, c'est-à-dire auquel manque quelque perfection, que de concevoir une montagne sans vallée^. De ces
* « Il est évident que ce qui connaît quelque chose de plus parfait que soi ne s'est point donné Tétre» à cause que, par même moyen, il se serait donné toutes les perfections dont il aurait eu connaissance, et par conséquent qu'il ne saurait subsister par aucun autre que par celui qui possède en effet toutes ces perfections , o'est«*à«*dire qui est Dieu. Et nous connaissons aisément qu'il n'y a point de force en nous par laquelle nous puissions subsister ou nous oonsenrer un seul moment, et que celui qui a tant de puissance qu'il nous fait subsister hors de lui, et qui nous conserve, doit se consenrer soi-même, ou plutôt n'a besoin d'être conservé par qui que ce soil, et enfin qu'il est Dieu. » (Principes, 90 et 3 1 .)
* « Lorsque l'âme fait une revue sur les diverses idées ou notions qui sont en sol, et qu'elle y trouve celle d*un être touV-connaissant, tout-puissant et extrêmement parfait, elle juge facilement par ce qu'elle aperçoit en cette idée que Dieu, qui est un être parfait, est ou existe :