‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 12 sur 106 · INTRODUCTION. XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXI

réalité que dans Teffel, il ne Test pas autant qu'il y ait autant de réalité formelle dans la cause que dansTeffet de réalité objective. Le second argument introduit toutes les difficultés qui se peuvent faire sur la notion de substance, notion de soi fort obscure, sur laquelle on le fait rouler tout entier-, et quand il serait vrai de dire qu'il est plus facile de se donner à soimême des qualités que de la substance, on peut demander, dans la supposition que je suis cause de ma substance, si cette substance est supposée finie ou infinie : car, si elle est finie, c'est-à-dire, selon Topinion cartésienne, défectible, qu'est-ce qu'une telle réalité comparée aux modes de la perfection absolue? et si elle est infinie, c'est-à-dire si elle est l'unique substance indéfectible, ou elle est Dieu, ou toute la tbéologie de Descartes est renversée.

Il faut remarquer dans ce second argument que Descartes, ayant à montrer que je ne suis pas par moi, le prouve par cette raison : a car |e me serais donné toutes les perfections dont j'ai l'idée; » et non par celle-ci, qui semble se présenter naturellement à l'esprit : « car je ne puis être la cause efficiente de moi-naême. >» Il lui a semblé que la lumière naturelle ne nous apprenait pas que ce fût le propre de la cause efficiente de précéder son effet dans le temps, et qu'à proprement parler la cause efficiente n'est que contemporaine de son effet. De plus, être par soi se prend positivement et non négativement. Qu'est-ce en eflet qu'être par soi négativement, c'est-à-dire non par autrui? C'est n'avoir pas eu de cause; mais ce n'est pas seulement n'en avoir pas eu, c'est n'en avoir point : car chaque moment de la durée est indépendant du moment qui le précède, et la conservation d'un être est une création successive. Un être donc qui se conserve et qui n'a pas de cause extérieure à lui, ne se conçoit que s'il a en soi une telle plénitude d'être et de puissance qu'il n'ait besoin que de sa propre vertu pour se conserver luimême. Enfin, je ne puis supposer que cette puissance de con-

Page 1