‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 39 sur 106 · RECUEILLIES PAR LE R. P. MERSENNB · texte numérisé non relu

RECUEILLIES PAR LE R. P. MERSENNB

néanmoins est entièrement impossible. Ajoutez à cela que Fidée de l'unité et simplicité d'une seule perfection qui embrasse et contienne toutes les autres se fait seulement par l'opération de l'entendement qui raisonne , tout ainsi que se font les unités universelles, qui ne sont point dans les choses, mais seulement dans l'entendement, comme on peut voir par l'unité générique transcendentale, etc.

En troisième lieu , puisque vous n^êtes pas encore assuré de l'existence de Dieu , et que vous dites néanmoins que vous ne sauriez être assuré d*aucune chose, ou que vous ne pouvez rien connaître clairement et distinctement si premièrement vous ne connaissez certainement et clairement que Dieu existe , il s'ensuit que vous ne savez pas encore que vous êtes une chose qui pense , puisque , selon vous , cette connaissance dépend de la connaissance claire d'un Dieu existant, laquelle vous n'avez pas encore démontrée aux lieux où vous concluez que vous connaissez clairement ce que vous êtes. Ajoutez à cela qu'un athée connaît clairement et distinctement que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits , quoique néanmoins il soit fort éloigné de croire l'existence de Dieu, puisqu'il la nie tout à fait : parce , dit-il , que si Dieu existait , il y aurait un souverain être et un souverain bien , c'est-à-dire un infini ; or , ce qui est infini en tout genre de perfection exclut toute autre chose que ce soit, non-seulement toute sorte d'être et de bien, mais aussi toute sorte de non-être et de mal ; et néanmoins il y a plusieurs êtres et plusieurs biens , comme aussi plusieurs non-êtres et plusieurs maux ; à laquelle objection nous jugeons à propos que vous répondiez, afin qu'il ne reste plus rien aux impies à objecter , et qui puisse servir de prétexte à leur impiété.

En quatrième lieu, vous niez que Dieu puisse mentir ou décevoir, quoique néanmoins il se trouve des scolastiques qui tiennent le contraire, comme Gabriel Ariminensis, et quelques autres, qui pensent que Dieu ment, absolument parlant, c'est-àdire qu'il signifie quelque chose aux hommes contre son intention et contre ce qu'il a décrété et résolu, comme lorsque, sans ajouter de condition, il dit aux Ninivites par son prophète : Eivcore quarante jours, etNirdveserasubvertie, et lors qu'iladit plusieurs autres choses qui ne sont point arrivées, parce qu'il n'a point voulu que telles paroles répondissent à sou intention ou à

BnnUËMES OBnCTtOHE

^ret. Que s'il a endurci et aveuglé Phaison, et «'il a es prophètes un esprit de mensonge, comment pou lire que nous ne pouToui être trompés par loi 1 Diei 1 pas se comporter envan les hommes comme un ni' ivera tel malades et tin père euTen lei enfmta, lesq t l'autre trompent M souvent, mais toi^ ours avec ] fi utililc? car si Dieu nous montrait la vérité toute i eii, ou plutât quel esprit aurait asseï de force pou nerî Combien qu'à «rai dir« il ne soit pas nécessair e un Dieu trompeur, afin que voiu so;ei dé(u dan I que vous penseï connaître clairemeal et disUncletn e la cause de cette déception peut être en vous, quo l'y soogiei seulem<^nt pas. Car que savei-vous si votrt l'est point telle qu'elle se trompe toujours, ou du m luventî Et d'où avea- vous appris que, touchant les ch vu* pensez connaître clairement et distinclemeot, il 1 que vous n'êtes jamais trompé, et que vous ne le j reî Car combien de fois avons-uoiis vu que des persoi it iTORtpéei en des choses qu'elles pensaient voir plus Jtque le solelll Et partant, ce principe d'une claire et connalseaDcs doit être expliq'jé si clairement et si nent que personne désormais, qui ail l'esprit riusonne issB être déçu dans les choses qu'il croira savoir cls et distinctement; auti'ement nous jje voyons point en DUS puissionf répondis avec cerlituda de U vérité d ihose.

cinquième lieu, si la volonté ne peut jamais faillir, oi point lorsqu'elle suit et &e laisse conduire par les lumi I et distinctes de l'esprit qui la gouverne, et ai, au < , elle se met en danger de faillir iorsquV'lle poursu isse les connaissances obscures et confuses de i'entei prenei garde que de Jii il semble que l'on puisse iiil s Turcs et les autres inlidèles non-seulement ne pëc lorsqu'ils n'embrassent pas la religion chréticoue el ue, mais même qu'ils pèchent loi'squ'ils l'embra» i'Us n'en connaissent point la vérité ni claii'ement ni ment. Bien plus, si cette règle que vous établissez il ne sera permis à la volonté d'embrasser que fort Mes, vu que nous ne connaissons quasi rien avec < et distinction que vous i-equérez pour foimer ime

BECUEILUES PAU ÎM ft« P. MERSEHIIB. 180

ttfade qni ne puisse être sujette à aucun doute. Prenez done garde, s*il vous plaît, que, voulant affeimir le parti de la vërité, vous ne prouviez plus qu^il ne faut, et qu^au lieu de Tappuyer vous ne la renversiez.

En sixième lieu, dans vos réponses aux précédentes objections, il semble que vous ayez manqué de bien tirer la conclusion dont voici Fargument : a Ce que clairement et distincte- « ment nous entendons appartenir à la nature, ou à Tessence, « ou à la forme immuable et vraie de quelque cbose, èela peut « être dit ou affirmé avec vérité de cette cbose ; mais, après que « nous avons soigneusement observé ce que c^st que Dieu, nous « entendons clairement et distinctement qu^il appartient à sa « vraie et immuable nature qu'il existe. » 11 faudrait conclure : Donc, après que nous avons assez soigneusement observé ce que c*est que Dieu, nous pouvons dire ou affirmer cette vérité, qu^il appartient à la navire de Dieu qu*il existe. D*oii il ne s'ensuit pas que Dieu existe en effet, mais seulement qu'il doit exister si sa nature est possible ou ne répugne point, c*est-àdii« que la nature ou Tessence de Dieu ne peut être conçue sans existence, en telle sorte que, si cette essence est, il existe réellement ; ce qui se rapporte à cet argument, que d'autres proposent de la sorte : S'il n'implique point que Dieu soit, il est certain qu'il existe ; or il n'implique point qu'il existe : donc, etc. Mais on est en question de la mineure, à savoir : qu^il n^implique point qu'il existe ; la vérité de laquelle quelques-uns de nos adversaires révoquent en doute, etjd'autres la nient. De plus, cette clause de votre raisonnement, « après que « nous avons assez clairement reconnu ou observé ce que c'est « que Dieu, d est supposée comme vraie, dont tout le monde ne tombe pas encore d'accord, vu que vous avouez vous-même que vous ne comprenez l'infini qu'imparfaitement; le même faut-il dire de tous ses autres attributs : car tout ce qui est en Dieu étant entièrement infini, quel est Tesprit qui puisse comprendre la moindre cbose qui soit en Dieu que très-imparfaitoment? Conmient donc pouvez-vous avoir assez clairement et distinctement observé ce que c'est que Dieu?

En septième lieu, nous ne trouvons pas un seul mot dans vos Méditations touchant l'immortalité de l'âme de l'homme, laquelle néanmoins vous deviez principalement prouver, et ev faiie une très-exacte démonstration pour confondre ces pe^

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sonnes indignes de immortalité, puisqu'ils la nient e* peut-être ils la détestent. Mail, outre cela, nous craignons vous n'aj'ez pas encore assez prouvé la distinction qui est ei l'âme et le corps de l'homme, comme nous l'avons déjà rer que en la première de nos observations, à laquelle nous aj tons qu'il ne semble pas que de cette distinction de l'i d'avec le coys il s'ensuive qu'elle soit incorruptible ou mortelle; car qui sait si sa nature n'est point limitée seloi durée de la vie corporelle, et ai Dieu n'a point tellement i sure ses forces et son existence qu'elle finisse avec le corps Voilà, monsieur, les choses auxquelles nous désirons vous apportiez une plus grande lumière, afin que la lectur vos très-subtiles et, comme nous e^imons, très -véritables ditations soit profitable à tout ie monde. C'est pourquoi ce rait une chose fort utile si, à la fin de vos solutions, après a pi'emièrcment avancé quelques définitions, demandes et a mes, vous concluiez le tout selon la mAhode des géomètres laquelle vous êtes si bien versé, afin que tout d'un cou( comme d'une seule œillade, vos lecteurs y puissent voir de < se satisfaire, et que vous remplissiez leur esprit de la conu sauce de la divinité.

RÉPONSES DE L'AUTEUR

C'est avec beaucoup de sàtisracliou que j'ai lu' les obseï Uons que vous avez faites sur mon petit traité de la preni philosophie; car elles m'ont fait conniûtre la bienveilknce vous avez pourmoi, votre piété envers Dieu, et le soin que i prenez pour l'aToncement de sa gloire ; et je ne puis que ji me réjouisse non-seulement de ce que vous avez jugé mes Bons dignes de votre censure, mais aussi de ce que vous n'a' cez rien contre elles à quoi il ne me semble que je pourrai poudre assez commodément.

AUX DEUXIÈMES OBJECTIONS. i6l

En premier lieu, \ous m*avertissez de me ressouvenir que « ce n'est pas tout de bon et en vérité, mais seulement par une a fiction d'esprit, que j*ai rejeté les idées ou les fantômes des a corps pour conclure que je suis une chose qui pense, de peur « que peut-être je n*estime qu'il suit de là que je ne suis qu'une « chose qui pense. » Mais j'ai déjà fait voir dans ma seconde Méditation que je m'en étais assez souvenu, vu que j'y ai mis ces paroles : « Mais aussi peut-Q arriver que ces mêmes choses a que je suppose n'être point, parce qu'elles me sont inconnues, « ne sont point en e£fet différentes de moi que je connais : je « n'en sais rien, je ne dispute pas maintenant de cela, » etc. ; par lesquelles j'ai voulu expressément avertir le lecteur que je ne cherchais pas encore en ce lieu4à si Tesprit était différent du corps, mais que j'examinais seulement celles de ses propriétés dont je puis avoir une claire et assurée connaissance. Et, d'autant que j'en ai là remarqué plusieurs, je ne puis admettre sans distinction ce que* vous ajoutez ensuite : que « je ne sais pas néanmoins ce que c'est a qu'une chose qui pense. » Car, . bien que j'avoue que je ne savais pas encore si cette chose qui pense n'était point différente du corps, ou si elle l'était, je n'avoue pas pour cela que je ne la connaissais point ; car qui a jamais tellement connu aucune chose qu'il sût n'y avoir rien en elle que cela même qu'U connaissait ? Mais nous pensons d'autant mieux connaître une chose qu'il y a plus de particularités en elle que nous connaissons : ainsi nous avons plus de connaissance de ceux avec qui nous conversons tous les jours que de ceux dont nous ne connaissons que le nom ou le visage; et toutefois nous ne jugeons pas que ceux-ci nous soient tout à fait inconnus; auquel sens je pense avoir assez démontré que l'esprit, considéré sans les choses que l'on a coutume d'attri* buer au corps, est plus connu que le corps considéré sans l'esprit : et c'est tout ce que j'avais dessein de prouver en cette seconde Méditation.

Mais je vois bien ce que vous voulez dire : c*est à savoir que, n'ayant écrit que six Méditations touchant la première philosophie, les lecteurs s'étonneront que dans les deux premières je ne conclue rien autre chose que ce que je viens de dire tout maintenant, et que pour cela ils les trouveront trop stériles, et indignes d'avoir été mises en lumière. A quoi je réponds seulement que je ne crains pas que ceux qui auront lu avec juge-

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ment le reste de ce que j'ai écrit aient occasion de soupçonner que la matière m'ait manqué, mais qu'il m'a semblé très-rai- .sonnable que les choses qui demandent une particulière attention, et qui doivent être considérées séparément d'avec les autres, fussent mises dans des Méditations séparées. C'est pourquoi, ne sachant rien de plus utile pour parvenir à une ferme et assurée connaissance des choses, que si, avant de rien établir, on s'accoutume à douter de tout et' principalement des choses corporelles, encore que j'eusse vu il y a longtemps plusieurs livres écrits parles sceptiques et académiciens touchant cette matière, et que ce ne fût pas sans quelque dégoût que je remâchais une viande si commune, je n'ai pu toutefois me dispenser de lui donner une Méditation tout entière ; et je voudrais que les lecteurs n'employassent pas seulement le peu de temps qu'il faut pour la lire, mais quelques mois, ou du moins quelques semaines, à considérer les choses dont elle traite, avant que de passer outre; car ainsi je ne doute point qu'ils ne fissent bien mieui leur profit de la lecture du reste.

De plus, à cause que nous n'avons eu jusques ici aucune idée des choses qui appartiennent à l'esprit qui n'aient été très-con« fuses et mêlées avec les idées des choses sensibles, et que c'a été la première et principale cause pourquoi on n'a pu entendre assez clairement aucune des choses qui se sont dites de Dieu et de l'âme, j'ai pensé que je ne ferais pas peu si je montrais comment il faut distinguer les propriétés ou qualités de l'esprit des propriétés ou quaUtés du corps, et comment il les faut recon naître ; car, encore qu'il ait déjà été dit par plusieurs que, pour bien concevoir les choses immatérielles ou métaphysiques, il faut éloigner son esprit des sens, néanmoins personne, que je sache, n'avait encore montré par quel moyen cela se peut foire. Or le vrai et, à mon jugement, l'unique moyen pour cela est contenu dans ma seconde Méditation ; mais il est tel que ce n'est pas assez de l'avoir envisagé une fois, il le fleuit examiner souvent et le considérer longtemps, afin que l'habitude de confondre les choses inicilcctueiles avec les corporelles, qui s'est enracinée en nous pendant tout le cours de notre vie, puisse être cfiacéc par une habitude contraire de les distinguer, acquise par ^exercice de quelques journées. Ce qui m'a semblé une cause assez juste pour ne point traiter d'autre inatière en la se* ^2 Méditation.

•^ly

AUX DEUXIÈMES OMECTIONS. 109

Vous demandes ici comment je démontre qae le corps nepeut penser ; mais pardonnez-moi si je rëponds que je n'ai pas ^ encore donné lieu à cette question, n'ayant commencé à en trai* ter que dans la sixième Méditation, par ces paroles : & C'est as» « sez que je puisse clairement et distinctement concoToir une « chose sans une autre pour être certain que Tune est distincte « ou différente de l'autre, n etc. ; et un peu après : « Encore « que j'aie un corps qui me soit fort étroitement conjoint, néan* « moins, parce que, d'un côté, j'ai une claire et distincte idée a de moi-même en tant que je sens seulement une chose qui « pense, et non étendue, et que, d'un autre, j'ai une claire et a distincte idée du corps, en tant qu*il est seulement une chose «( étendue et qui ne pense point, il est certain que moi, c'est-à* «( dire mon esprit ou mon ânàe, par laquelle je suis ce que je a suis, est entièrement et yéritablement distincte de mon corps, a et qu*elle peut être ou exister sans lui. » A quoi il est aisé d'ajouter : « Tout ce qui peut penser est esprit ou s'appelle es* prit. 1» Mais, puisque le oorps et Fesprit sont réellement distincts, nul corps n'est esprit, donc nul corps ne peut penser. Bt, certes, je ne vois rien en cela que vous puissiez nier; car nierez-vous qu'il suffît que nous concevions clairement une chose sans une autre pour savoir qu'elles sont réellement distinctes ? Donnez* nous donc quelque signe plus certain de la distinction réelle, si toutefois on en peut donner aucun. Car que direz-vous t Sera-ce que ces choses-là sont réellement distinctes, chacune desquelles peut exister sans l'autre? Mais derechef je vous demanderai d'où vous connaissez qu'une chose peut exister sans une autre : car, afin que ce soit un signé de distinction, il est nécessaire qu'il soit connu. Peut-être direz-vous que les sens vous le font connaître, parce que vous voyez une chose en l'ahsence de Tautre, ou que vous la touchez, etc. Mais la fpi des sens est plus incertaine que celle de l'entendement; et il. se peut faire en plusieurs façons qu'une seule et même chose paraisse à nos sens sous diverses formes, ou en plusieurs lieux ou manières, et qu'ainsi elle soit prise pour deux. Et enfin, si vous vous ressouvenez de ce qui a été dit de la cire à la fin de la seconde Méditation, vous saurez que les corps mêmes ne sont pas proprement connus par les sens, mais par le seul entendement; en telle sorte que sentir une cUose sans une autre n'est rien autre chose sinon avoir l'idée d'une chose, el savoir que cette idée

IH liPONSES

n'est pu la même que l'idée d'une autre : or cela ne p connu d'ailleurs que de ce qu'une chose est conçue sans I et cela ne peut être certainement connu si l'on n'a l'idé et distincte de ces deux choses : et ainsi ce signe de rée tinction doit être réduit au mien pour être certain.

Que s'il j en a qui nient qu'ils aient des idées distin l'esprit et du corps, je ne puis autre chose que les prier < sidérer assez attentivement les choses qni sont contenu cette seconde Méditation, et de remarquer que l'opinioi ont que les parties du cerveau concourent avec l'espr former nos pensées n'est fondée sur aucune raison pi mais seulement sur ce qu'ils n'ont jamais expérimenté été sans coips, et qu'assez souvent ils ont été empêchés dans leurs opérations; et c'est le même que si quelqu'ui que dès son enfance il aurait eu des fers aux pieds, estim ces fers fissent une partie de son corps, et qu'ils lui nécessaires pour marcher.

Eu second lieu, lorsque vous dites que • nous trouv a nous-mêmes un fondement suffisant pour fonner Y Dieu, ■» vous ne dites rien de contraire à mon opinion ; dit moi-même en termes exprès, à la fin de la troisièmt M tation, ■ que cette idée est née avec moi, et qu'elle

■ vient point d'ailleurs que de moi-même. J'avoue au « nous la pourrions former encore que nous ne sussic « qu'il y a un souverain Être, mais non pas si en elTet il «avait point; car au contraire j'ai averti que toute la f «mon allument consiste en ce qu'il ne se pourrait faire

■ faculté de former cette idée fût en moi ai je n'avais é

■ de Dieu. *

Et ce que vous dites des mouches, des plantes, etc., ne en aucune façon que quelque d^é de perfection peut êl un effet qui n'ait point été auparavant dans aa cause. il est certain qu'il n'y a point de perfection dans les ai qui n'ont ptdnt de raison qui ne se rencontra aussi d corps inanimés, ou, s'il y en a quelqu'une, qu'elle lei d'ailleurs, et que le soleil, la pluie et la terre ne sont p causes totales de ces animaux. Et ce serait une chose fc gnéc de la raison si quelqu'un, de cela seul qu'il nu point de cause qui concôU]« ù la génération d'une mo qui iiit autant de àc^vs de perfeition qu'eu a une n

AUX DEUXIÈMES OBJECTIONS. i65

n^ét^nt pas cependant assuré qu'il n*y en ait point d^auti^s que celles qu'il connaît, prenait de là occasion de douter d'une chose laquelle, comme je dirai tantôt plus au long, est manifeste par la lumière naturelle.

A quoi j'ajoute que ce que vous objectez ici des mouches, étant tiré de la considération des choses matérielles, ne peut venir en l'esprit de ceux qui, suivant l'ordre de mes méditations, détourneront leurs pensées des choses sensibles pour commen« cer à philosopher.

Il ne me semble pas aussi que vous prouviez rien contre moi en disant que « l'idée de Dieu qui est en nous n'est qu'un être « de raison, i» Gsur cela n'est pas vrai, si par un être de raison l'on entend une chose qui n'est point, mais seulement si toutes les opérations de l'entendement sont prises pour des ares de raison, c'est-à-dire pour des êtres qui partent de la raison ; auquel sens tout ce monde peut aussi être appelé un être de raison divine, c'est-à-dire un être créé par un simple acte de l'entendement divin. Et j'ai déjà suffisamment averti en plusieurs lieux que je parlais seulement delà perfection ou réalité objective de cete idée de Dieu, laquelle ne requiert pas moins une cause qui contienne en effet tout ce qui n'est contenu en elle qu'objectivement ou par représentation que fait l'artifice objectif ou représenté qui est en l'idée que quelque artisan a d'une machine fort artificielle.

Et certes je ne vois pas que l'on puisse rien ajouter pour faire connaître plus clairement que cette idée ne peut être en nous si un souverain Être n'existe, si ce n'est que le lectem*, prenant garde de plus près aux choses que j'ai déjà écrites, se délivre lui-même des préjugés qui offusquent peut-être sa lumière naturelle, et qu'il s'accoutume à donner créance aux premières notions, dont les connaissances sont si vraies et si évidentes que rien ne le peut être davantage, plutôt qu'à des opinions obscu* res et fausses, mais qu'un long usage a profondément gravées en nos esprits. Car, qu'il n'y ait rien dans un effet qui n'ait été d'une semblable ou plus excellente façon dans sa cause, c'est one première notion, et si évidente qu'il n'y en a point de plug daire ; et cette autre commune notion, que de rien rien ne se fait, la comprend en soi, parce que, si on accorde qu'il y ait quelque chose dans l'effet qui n'ait point été dans sa cause, il ^ut aussi demeurer d'accord oue cela procède du néant ; et s'î

est ëfî4eat9ue le néant ne peut être la canw de quelque ( c'est Beulement parce que dans cette cau«e il n'y aurait i même cliose que dans l'efTet. Cest auEsi une première t que toute la rcalitë, ou toute la perfection, qui n'est qu'( tivemeot dans les idéea, doit Être formellemeut ou émi ment dans leurs causes; et tonte l'opinioa que nous avoi mais eue de l'existence des choses qui sont hors de nptre n'est appujde que sur elle seule. Car d'où nous a pu vc •oupçoD qu'elles existaient, sinon de cela seul que leurs venaient par les sens frapper notre esprit T Or, qu'il ; nous quelque idée d'un Stre souverainement puissant Cl Tait, et aussi que la réalité objective de cette idiic ne se l point en nous, ni fonnellement, ni éminemment, cela de an. maniTeste à ceux qui y penseront sérieusement, et qu dront avec moi prendre la peine d'y méditer ; mais je ne I rais pas mettre par force en l'esprit de ceux qui ne lii'oi] Méditations que comme un roman, pom- se désennuyer, e j avoir grande attention. Or de tout cela on conclut trëtfeslement que Dieu existe. Et toutefois, en faveur de ceu: la lumière naturelle est si faible qu'ils ne voient pas qm une première notion que a toute la perfection qui est ol a vement dans une idée doit être réellement dans quelq « de ces causes,» je l'ai encore démontré d'une Eaçoa plu à concevoir, en montrant que l'esprit qui a cette idée ni pas exister par soi-même ; et partant je ne vois pas ce qu pourriez désirer de plus pour donner les mains, ainsi qu< avez promis.

Je ne vois pas aussi que vous prouviet rien contre moi sant que j'ai peut-être reçu l'idée qui me r^réseate Dieu ■ pensées que j'ai eues auparavant des enseignements d « vres, des discours et entreliens de mes amis, etc., etnoit , ■ mon esprit seul. » Car mon ai^umenl aura toujours la force, si, m'adressent à ceux de qui l'on dit que je l'ai : je leur denlandc s'ils l'ont par eux-mêmes ou bien par a au lieu de le demander de moi-même ; et je conclurai toi que celui-là est Dieu de qui elle est premièrement dérivé

Quant à ce que vous ajoutes en ce lieu-là, qu'elle peu formée de la considération des choses corporelles, cela semble pas plus vraisemblable que si vous disiez que noi vous aucune faculté poui' ouïr, mais que, par la seule vi

couleurs, nous parvenons à la connaissance des sons. Car on peut dire qu'il y a plus d'analogie ou de rapport entre les couleurs et les sons qu'entre les choses corporelles et Dieu. Et lorsque vous demandez que j'ajoute quelque chose qui nous élèv^ jusqu'à la connaissance de Têtre immatériel ou spirituel, je ne puis mieux faire que de vous renvoyer à ma seconde Méditation, afin qu'au moins vous connaissiez qu'elle n'est pas tout à fait inutile; car que pourrais-je faire ici par une ou deux périodes, si je n'ai pu rien avancer par un long discours préparé seulement pour ce sujet, et auquel il me semBle n'avoir pas moins apporté d'industrie qu^en aucun autre écrit que j'aie publié 1

Et encore qu'en cette Méditation j'aie seulement traité de l'esprit humain, elle n'est pas pour cela moins utile à faire connaître la différence qui est entre la nature divine et celle des cho* ses matérielles. Car je veux bien ici avouer franchement que l'idée que nous avons, par exemple, de l'entendement divin ne me semble point différer de celle que nous avons de notre propre entendement, sinon seulement comme l'idée d'un nonîbre infini diffère de Tidée du nombre binaire ou du ternaire ; et il en est de même de tous les attributs de Dieu dont nous reconnaissons en nous quelque vestige.

Mais outre cela, nous concevons en Dieu une immensité, simplicité ou unité absolue, qui embrasse et contient tous ses autres attributs, et de laquelle nous ne trouvons ni en nous ni ailleurs aucun exemple ; mais elle est, ainsi que j'ai dit auparavant, comme la marque de f ouvrier imprimée sur son ouvrage. Et, par son moyen, nous connaissons qu'aucune des choses que nous concevons être en Dieu et en nous, et que nous considérons en lui par parties, et comme si elles étaient distinctes, à cause de la faiblesse de notre entendement, et que nous les expérimentons telles en nous, ne conviennent point à Dieu et à nous en * la façon qu'on nomme univoque dans les écoles ; conune aussi nous connaissons que de plusieurs choses paxiiculières qui n'ont point de un, dont nous avons les idées, comme d'une connaissance sans fin, d'une puissance, d'un nombre, d'une longueur, etc., qui sont aussi sans fin, il y en a quelques-unes qui sont contenues formellement dans Tidée que nous avons de Dieu, comme la connaissance et la puissance, et d'autres qui n'y sont qu'éminenmient, comme le nombre et la longueur;

468 BÉPONSES

ce qui certes ne serait pas ainsi si cette idée n*ëtait rien autre chose en nous qu*une fiction.

Et elle ne serait pas aussi conçue si exactement de la même façon de tout le monde; car c'est une chose très-remarqjial^lc que tous les métaphysiciens s'accordent unanimement dans la description qu'ils font des attributs de Dieu, au moins de ceux qui peuvent être connus par la seule raison humaine, en telle sorte qu'il n'y a aucune chose physique ni sensible, aucune chose 4ont nous ayons une idée si expresse et si palpable^ ton* chant la nature de laquelle il ne se rencontre chez les piiiloso* plies une plus grande diversité d^pinions qu'il ne s'en rencontre touchant celle de Dieu.

Et certes jamais les hommes ne pourraient s'éloigner de la vraie connaissance de cette nature divine s'Ms voulaient seulement porter leur attention sur l'idée qu'ils ont de l'Être souverainement parfait. Mais ceux qui mêlent quelques autres idées avec celle-là composent par ce moyen un Dieu chimérique, en la nature duquel il y a des choses qui se contrarient ; et, après l'avoir ainsi composé, ce n'est pas merveille, s'ils nient qu'un tel Dieu, qui leur est représenté par une fausse idée, existe. Ainsi, loreque vous parlez ici d'un être corporel très-parfait si vous prenez le nom de très-parfait absolument, en sorte que vous entendiez que le corps est un être dans lequel toutes les pcrfcclions se rencontrent, vous dites des choses qui se contrarient, d'autant que la nature du corps enferme plusieurs imperfections : par exemple, que le corps soit divisible en parties, que chacune de ses parties ne soit pas l'autre, et autres semblables; car c'est une chose de soi manifeste que c'est une plus grande perlcction de ne pouvoir être divisé que de le pouvoir être, etc. ; que si vous entendez seulement ce qui est très-parf&it dans le genre du corps, cela n'est point le vrai Dieu.

Ce que vous ajoutez dé l'idée d'un ange, laquelle est plus parfaite que nous, à savoir, qu'il n*est pas besoin qu'elle ait été mise en nous par un ange, j'en demeure aisément d'accord ; car j'ai déjà dit moi-même, dans la troisième Méditation, qu'elle « peut êti^ composée des idées que nous avons de Dieu et de l'homme. » Et cela ne m'est en aucune façon contraire.

Quant à ceux qui nient d'avoir en eux l'idée de Dieu, et qui au lieu d'elle forgent quelque idole, etc., ceux-là, dis-je, nient le nom et accordent la chose : certainement je ne pense pas

aux DEUXIÈMES OBJECTIONS. i69

que cette idée soit de même nature que les images des choses matérielles dépeintes en la fantaisie ; mais, au contraire, je crois qu'elle ne peut être conçue que par l'entendement seul, et qu'en effet elle n'est que cela même que nous apercerions par son moyen, soit lorsqu'il conçoit, soit lorsqu'il juge, soit lorsqu'il raisonne. Et je prétends maintenir que de cela seul que quelque perfection qui est au-dessus de moi devient l'objet de mon entendement, en quelque façon que ce soit qu'elle se présente à lui : par exemple, de cela seul que j'aperçois que je ne puis jamais, en nombrant, arriver au plus grand de tous les nombres, et que de là je connais qu'il y a quelque chose en matière de nombrer qui surpasse mes forces, je puis conclure nécessairement, non pas ^ la vérité qu'un nombre infini existe, ni aussi que son existence implique contradiction, comme vous dites ; mais que cette puissance que j'ai de comprendre qu'il y a toujours quelque chose de plus à concevoir dans le plus grand des nombres que je ne puis jamais concevoir, ne me vient pas de moi-même, et que je l'ai reçue de quelqueautre être qui est plus parfait que je ne suis.

Et il importe fort peu qu'on donne le nom d'idée à ce concept d'un nombre indéfini, ou qu'on ne le lui donne pas. Mais, pour entendre quel est cet être plus parfait que je ne suis, et si ce n'est point ce même nombre dont je ne puis trouver la fin qui est réellement existant et infini, ou bien si c'est quelque autre chose, il faut considérer toutes les autres perfections, lesquelles, outre la puissance de me donner cette idée, peuvent être en la même chose en qui est cette puissai^; et ainsi on trouvera que cette chose est Dieu.

Enfin, lorsque Dieu est dit être inconcevable, cela s'entend d'une pleine et entière conception qui comprenne et embrasse paifaîtement tout ce qui est en lui, et non pas de cette médiocre et imparfaite qui est en nous, laquelle néanmoins sufQt pour, connaître qu'il existe. Et vous ne prouvez rien contre moi en disant que l'idée de l'unité de toutes les perfections qui sont en Dieu est formée de la même façon que l'unité générique et celle des autres universaux. Mais néanmoins elle en est fort différente ; car elle dénote une particulière et positive perfection en Dieu,^ au lieu que l'unité générique n'ajoute rien de réel à la nature de chaque individu.

En troisième lieu, où j'ai dit que nous ne pouvons rien sais

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oir certain cmeut, si nous ne conDaissons premièrement q lieu existe, j'ai dit en termes exprès que je ne parlais que 1 science de ces conclusions, a dont la mémoire nous pi revenir en l'esprit lorsque nous ne pensons plus aux riùsc

d'où nouslesavom tirées. B Car la connaissance des premii rincipes ou axiomeo n'a pas accoutumé d'être appelée sciei ar les dialecticiens. Mais quand nous apercevons que nt Dmmes des choses qui pensent, c'est une première notion < 'est tii'ée d'aucun syllc^sme : et lorsque quelqu'un dit : ense, donc je suit, ou j'existe, il ne conclut pas son existm e sa pensée comme par la force de quelque sjUogisme, m omme une chose connue de soi ; il la voit par une sim| nspection de l'esprit : comme il parait de ce que, s'il la < uisait d'un syllogisme, 11 aurait (A auparavant connal ette majeure : Tout ce qui pense est ou em'sle. Mais au ce raire elle lui est enseignée de ce qu'il sei\t en lui-même qi le se peut pas faire qu'il pense s'il n'existe, t^ c'est le pro] le notre esprit de former les propositions générales de la ce Laissaoce des particulières.

Or, qu'un aUiée puisse connaître clairement que les tr nglee d'un triangle sont égaux à deux droits, je ne le nie pi Qais je maintiens seulement que la connaissance qu'il ei l'eit pas une vraie science, parce que toute connaissance < •eut être rendue douteuse ne doit pas être appelée du nom cience ; et puisque Ton suppose que celui-là est un athée le peut pas être certain de n'être point déçu dans les cbo |ui lui semb^t être très- évidentes, comme il a déjà ' nontré ci-devant ; et encore que peut-être ce doute ne ienne point en la pensée, il lui peut néanmoins venir 'examine, ou s'il lui est proposé par un autre , et jamais il era hors du danger de l'avoir si premiàremenl 11 ne recc laît un Dieu.

Et n'importe pas que peut-être il estime qu'il a des démoi rations pour prouver qu'il n'y a point de Dieu; carcesdgmo rations prétendues étant fausses, on lui en. peut toujoi aire connaître la fausseté, et alors on le fera changer d'oj lion. Ce qui, à la vérité, ne sera pas difficile, si, pour tou disons, il appoiie seulement celles que vous alléguei ici : c' I savoir que l'in/ini en tout genre de perfection eaxlut toute au mte <f Are, etc.

AUX DEUXIEMES OBJECTIONg. 171

Car, premièrement, si on lui demande d^où il a prib que cette exclusion de tous les auti*es êtres appartient à la nature deFinfini, il n'aura rien qu'il puisse répondre pertinemment; d'autant que, par le nom d'inûni, on n'a pas coutume d'entendre ce qui exclut l'existence des choses finies, et qu'il ne peut rien savoir de la nature d'une chose qu'il pense n'être rien du tout, et par conséquent n*avoir point de nature, sinon ce qui est contenu dans la seule et ordinaire signification du nom de cette chose.

De plus, à quoi servirait Tinfinie puissance de cet infini imaginaire , s'il ne pouvait jamais rien créer? et enfin de ce que nous expérimentons avoir en nous-mêmes quelque puissance de penser , nous concevons facilement qu'une telle puissance peut être en quelque autre , et même plus grande q^'en nous ; mais encore que nous pensions que celle-là s'augmente à Tinfini , nous ne craindrons pas pour cela que la nôtre devienne moindre. Il en est de même de tous les autres attributs de Dieu, même de la puissance de produire quelques efiets hors de soi , pourvu que nous supposions qu'il n'y en a point en nous qui ne soit soumise à- la volonté de Dieu ; et partant fi peut être conçu tout à fait infini sans aucune exclusion des choses créées.

En quatrième lieu , lorsque je dis que Dieu ne peut mentir ni être trompeur , Je pense convenir avec tous les théologiens qui ont jamais été et qui seront à l'avenir. Et tout ce que vous alléguez au contraire n'a pas plus de force que si , ayant nié que Dieu se mit en colère ou qu'il fût sujet aux autres passions de rame, vous m'objectiez les lieux de TÉcriture oh il semble que quelques passions humaines lui sont attribuées. Car tout le monde connaît assez la distinction qui est entre ces façons de parler de Dieu dont TÉcriture se sert ordinairement , qui sont accommodées à la capacité du vulgaire, et qui contiennent bien quelque vérité, mais seulement entant qu'elle est rapportée aux hommes ;,et celles qui expriment une vérité plus simple et plus pure, et qui ne change point de nature, encore qu'elle ne leur soit point rapportée , desquelles chacun doit user en philosophant, et dont j'ai dû principalement me servir dans tne$ Méditations, vu qu'en ce lieu-là même je ne supposais pas encore ^'aucun homme me fût connu , et que je ne me considérais pas non plus en tant que composé de corps et d'esprit , mais comme un esprit seulement. D'où il est évident que je n''

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