II
point parlé en ce lieu-là du mensonge qui s^exprime par des paroles, mais seulement de la malice interne et formelle qui se rencontre dans la tromperie , quoique néanmoins ces paroles ■que vous apportez du prophète : Encore quarante jours, et Ninive sera subvertie , ne soient pas même un mensonge verbal , mais une simple menace, dont Tévénement dépendait d'une, condition ; et lorsqu^U est dit que Dieu a endurci le cœur de Pha-^ raon, ou quelque chose de semblable , il ne faut pas penser qu'il ait fait cela positivement , mais seulement négativement , à savoir, ne donnant pas à Pharaon une grâce efficace pour se convertir.
Je ne voudrais pas néanmoins condamner ceux qui disent que Dieu peut proférer par ses prophètes quelque mensonge verbal, tels que sont ceux dont se servent les médecins qtiand ils déçoivent leurs malades pour les guérir, c'est-à-dire qui fût exempt de toute la malice qui se rencontre ordinairement dans la tromperie ; mais , bien davantage , nous voyons quelquefois que nous sommes réellement trompés par cet instinct naturel qui nous a été donné de Dieu, comme lorsqu'un hydropique a soif; car alors il est réellement poussé à boire par là nature qui lui a été donnée de Dieu pour la conservation de son corps , quoique néanmoins cette nature le trompe, puisque le boire lui doit être nuisible ; mais j'ai expliqué dans la sixième Méditation comment cela peut compatir avec la bonté et la vérité de Dieu. Mais dans les choses qui ne peuvent pas être ainsi expli- quées, à savoir , dans nos jugements très-clairs et très-exacts , lesquels, 8*ils étaient faux, ne pourraient être corrigés par d'autres plus clairs , ni par l'aide d'aucune autre faculté naturelle , je soutiens hardiment que nous ne pouvons être trompés. Car Dieu étant le souverain Être, il est aussi nécessairement le souverain bien et la souveraine vérité, et partant il répugne que quelque chose vienne de lui qui tende positivement à la fausseté. Mais puisqu'il ne peut y avoir en nous rien de réel qui ne nous ait été donné par lui, comme il a été démontré en prouvant son existence, et puisque nous avons en nous une faculté réelle pour connaître le vrai et le distinguer d'avec le faux, comme on le peut prouver de cela seul que nous avons en nous les idées du vrai et du faux, si cette faculté ne tendait au vrai , au moins lorsque nous nous en servons comme il faut (c'est-à-dire lorsque nous ne donnons notre consentement
AUX DEUXIÉHES OBJECTIONS* 173
qu*aux choses que nous concoYons clairement et distinctement, car on ne saurait feindre un autre bon usage de cette faculté), ce ne serait pas sans raison que Dieu, qui nous Fa donnée , serait tenu pour un trompeur.
Et ainsi vous voyez qu'après avoir connu que Dieu existe il est nécessaire de feindre qu'il soit trompeur si nous . voulons révoquer en doute les choses que nous concevons clairement et distinctement ; et parce que cela ne se peut pas même feindre, il faut nécessairement admettre ces choses comme très-vraies et très-assurées. Mais d'autant que je remarque ici que vous vous arrêtez encore aux doutes que j'ai proposés dans ma première Méditation, et que je pensais avoir levés assez exactement dans les suivantes, j'expliquerai ici derechef le fondement sur lequel il me semble que toute la certitude humaine peut être appuyée.
Premièrement, aussitôt que nous pensons concevoir clairament quelque vérité, nous sommes naturellement portés à la croire. Et si cette croyance est si ferme que nous ne puissions jamais avoir aucune raison de douter de ce que nous croyons de la sorte, il n'y a rien à rechercher davantage, nous avons touchant cela toute la certitude qui se peut raisonnablement souhaiter. Car que nous importe si peut-être quelqu'un feint que cela même de la vérité duquel nous sommes si fortement persuadés parait faux aux yeux de Dieu ou des anges, et que partant, absolument parlant, il est faux ? qu'avons-nous à faire de nous mettre en' peine de cette fausseté absolue, puisque nous, ne la croyons point du tout, et que nous n'en avons pas même le moindre soupçon? Car nous supposons une croyance ou une persuasion si ferme qu'elle ne puisse être ébranlée, laquelle par conséquent est en tout la même chose qu'une très-parfaiite certitude. Mais on peut bien douter si l'on a quelque certitude de cette nature, ou quelque persuasion qui soit ferme et immuable.
Et certes, il est manifeste qu'on n'en peut pas avoir des choses obscures et confuses, pour peu d'obscurité ou de confusion que nous y remarquions ; car cette obscurité, quelle qu'elle soit, est une cause assez suffisante pour nous faire douter de ces choses. On n'en peut pas avoir aussi des choses qui ne sont, aperçues que par les sens, quelque clarté qu'il y ait en leur perception, parce que nous avons souvent remarqué que dans le sens il peut y avoir de l'erreur, comme lorsqu'un hydropique a soif ou que
la neige paraît janne i celui qui a la jaunitM; car celui la voit pas moins clairement et dUtinctement de la ion nous, à qui elle parait blanche ; il rcBle donc que, si on ei avoir, ce soit seulement des choses que l'esprit conçoit t ment et distinctement
Or, entre ces choses il 7 en a de si claires et tout ensem 16 simples, qu'il nous est impossible de penser à elles que ne les croyions être vraies : par exemple, que j'existe le je pensa ; que les choses qui ont une fois été faites ne pe D'avoir point été faites, et autres choses semblables, donl manifeste que nous avons une parfaite certitude. Car m pouvons pas douter de ces cfaoïes-là sans penser à elles, nous n'y pouvons jamais penser sans croire qu'elles sont t comme je viens de dire ; donc noua n'en pouvons doutt nou3 ne les croyions Être vraies, c'e^-&-dira que uoui pouvons jamais douter.
Et il ne sert de rien de dire que « nous avons souvent e: < mente que des personnes se sont trompées en des ( « qu'elles pensaient voir plus durement que le soleil; nous n'avons jamais vu, ni nous ni personne, que cela si .livé à ceux qui ont tiré toute la clarté de leur perceptii Tentendement seul, maïs bien à ceux qui l'ont prise des of de quelque fauj préjugé. Il ne sert aussi de rien de v feindre que peut-être ces choses semblent fausses à Di aux anges, parce que révidence de notre perception ne permettra jamais d'écouter celui qui le voudrait feindre 1 nous le voudrait persuader.
Il y a d'autres choses que nob« entendement conçoit fort dairement lorsque nous prénom garde de près aux r d'ojt dépend leur connaissance, et pour ce nous ne po pas alors en douter ; mais parce que nous pouvons oubb raisons, et cependant uouB ressouvenir des oonclusions ( ont éié tirées, on demande si on peut avoir une ferme t muable persuasion de ces conclusions tandis que nous ressouvenons qu'elles ont été déduites de principes tràs-évù car ce souvenir doit être supp<»é pour pouvoir être ap des conclusions. Et je réponds que ceux-là en peuvent ave connaissent tellement Dieu qu'ils savent qu'il ne se pei foire que la facullé d'eut^idre, qui leur a été donnée pa ait autre chose que la vérité pour objet; mais que les 1
n^en ont point : et cela a été si clairement expliqué à la hn de la cinquième Méditation, que je ne pense pas y devoir ici rien ajouter.
En cinquième lieu, jo m^étonne que vous niiez que la volonté se met en danger de faillir lorsqu'elle poursuit et embrasse les connaissances obscures et confuses de Tentendement ; car, qu'est-ce qui la peut rendre certaine si ce qu'elle suit n*est pas clairement connu? Et quel a jamais été le philosophe ou le théologien, ou bien seulement Thomme usant de raison, qui n'ait confessé que le danger de faillir où nous nous exposons est d'autant moindre que plus claire est la chose que nous concevons auparavant que d'y donner notre consentement ; e{ que ceux-là pèchent qui, sans connaissance de cause, portent quelque jugemett? Or, nulle conception n'est dite obscure ou confuse, sinon parce qu'il y a en eUe quelque chose de contenu qui n*est pas connu.
Et partant, ce que vous objectez touchant la foi qu'on doit em^ brasser n'a pas plus de force contre moi que contre tous ceux qui ont jamais cultivé la raison humaine, et, à vrai dire, elle n'en a aucune contre pas un. Car, encore qu'on die que la foi a pour objet des choses obscures, néanmoins ce pourquoi nous les croyons n'est pas obscur, mais il est plus clair qu'aucune lumière naturelle. D'autant qu'il faut distinguer entre la matière ou la chose à laquelle nous donnons notre créance et la raison formelle qui meut notre volonté à la donner, car c'est dans cette seule raisqp formelle que nous voulons qu'il y ait de la clarté et de l'évidence. Et quant À la matière, personne n'a jamais nié qu'elle peut être obscure, voire l'obscurité même ; car, quand je juge que l'obscurité doit être ôtée de nos pensées pour leur pouvoir donner notre consentement sans aucun danger de faillir, c'est Tobscurité même qui me sert de matière, pour former un jugement clair et distinct.
Outre cela, il faut remarquer que la clarté ou l'évidence par laquelle notre volonté peut être excitée à croire est de deux sortes : l'une qui part de la lumière naturelle, et l'autre qui vient de la grâce divine.
Or, quoiqu'on die ordinairement que la foi est des choses obscures, toutefois cela s'entend seulement de sa matière, et non point de la liaison formelle pour laquelle nous croyons ; car, au contraire, cette rason formelle consiste en une certaine
176 UÉPOKSFil
lumière intérieure, de laquelle Dieu nous ayant surnatui-ellement éclairés, nous avons une confiance certaine que les cho* ses qui nous sont proposées à croire ont été révélées par lui, et qu'il est entièrement impossible qu^il soit menteur etqu^ilnous trompe, ce qui est plus assuré que toute autre lumière natu* relie, et souvent même plus évident à cause de la lumière de la grâce. Et certes les Turcs et les autres infidèles, lorsqu'ils n'embrassent point la religion chrétienne, ne pèchent pas pour ne vouloir point ajouter foi aux choses obscures comme étant obscures; mais ils pèchent, ou decequ'ils résistent à la grâce divine qui les avertit intérieurement, ou que, péchant en d'au* très choses, ils se rendent indignes de cette gîrâce. Et je dirai 'hardiment qu'un infidèle qui, destitué de toute grâce surnaturelle et ignorapt tout à fait que les choses quegious autres chrétiens croyons ont été révélées de Dieu, néanmoins , attiré par quelques faux raisonnements, se porterait à croire ces mêmes 'choses qui lui seraient obscures, ne serait pas pour cela fidèle, mais plutôt qu'il pécherait en ce qu'il ne se servirait pas conouue il faut de sa raison.
Et je ne pense pas que jamais aucun théologien orthodoxe ait eu d'autres sentiments touchant cela ; et ceux aussi qui liront mes Méditations n'auront pas sujet de croire que je n'aie point connu cette lumière smnaturelle, puisque, dans la quatrième, où j'ai Soigneusement recherché la cause de l'erreur ou fausseté, j'ai dit, en paroles expresses, a qu'elle dispose l'inté- « rieur de noire pensée à vouloir, et que néanpioins elle ne di« « minue point la liberté. » .
Au reste, je vous prie ici de vous souvenir que, touchant les choses que la volonlc peut embrasser, j'ai toujours mis une très-grande distinction entre l'usage de la vie et la contemplation de la vérité. Car, pour ce qui regarde l'usage de la vie, tant s'en faut que je pense qu'il ne faille suivi*e que les choses que nous connaissons très-clairement, qu'au contrante je tiens qu'il ne faut pas même toujours attend ixî les plus vraisemblables, mais qu'il faut quelquefois, entre plusieurs choses tout à fait inconnues et inccrlainies, en choisir une et s'y déterminer, et après cela s'y arrêter aussi fermement (tant que nous lie voyons point de raisons an contraire) que si nous l'avions choisie pour des raisons certaines et très-évidentes, ainsi que je l'ai déjà
pliqué dans le Discours de la Méthode, Mais où il ne s'agit
que de la coiiteiuplation de la \érité, qui a Jamais nié qu'il faDle suspendre son jugement à Fégard des choses obscures et qui ne sont pas assez distinctement connues ? Or, que cette seule contemplation de la vérité soit le seul but de mes Méditor tionSf outre que cela se reconnaît assez clairement par ellesmêmes, je Fai de plus déclaré en paroles expresses sur la fin de la première, en disant que a je ne pouvais pour lors, user de « trop de défiance, d'autant que je ne m'appliquais pas aux « choses qui regaident Fusage de la vie, mais seulement à la « recherche de la vérité. )>
En sixième lieu, où vous reprenez la conclusion d*un syllogisme que j'avais mis en forme, il semble que vous péchiez vous-mêmes en la forme; car pour conclure ce que vous voulez, la majeure devait être telle : «Ce que clairement et distinc- « tement nous concevons appartenir àla nature de quelque chose, « cela peut être dit ou affirmé avec vérité appartenir à la nature a de cette chose ; » et ainsi elle ne contiendrait rien qu^une inutile et superflue répétition. Mais la majeure de mon argument a été telle : a Ce que clairement et distinctement nous concevons « appartenir à la nature de quelque chose, cela peut être dit ou « affirmé avec vérité de cette chose. » C'est-à-dire, ^ être animal appartient à Tessence ou à la nature de l'homme, on peut assurer que l'homme est animal; si avoir les trois angles égaux à deux droits appartient à la nature du triangle rectiligne, on peut assurer que le triangle rectiligne a ses trois angles égaux à deux droits ; si exister appartient à la nature de Dieu, on peut assurer que Dieu existe, etc. Et la mineure a été telle : « Or est-il qu*il appartient à la nature de Dieud*exister.»D*oùil est évident qu*il faut conclure comme j'ai fait, c'est à savoir : « Donc on peut avec vérité assurer de Dieu qu'il existe; » et non pas, comme vous voulez : a Donc nous pouvons assurer « avec vérité qu'il appartient à la nature de Dieu d'exister. » Et partant, pour user de l'exception que vous apportez en« suite, il vous eût fallu nier la majeure, et dire que ce que nous concevons clairement et distinctement appartenir à la nature de quelque chose ne peut pas pour cela être dit ou affirmé de cette chose, si ce n'est que sa nature soit passible ou ne répugne point. Mais voyez, je vous prie, la faiblesse de cette exception. Car, ou bien par ce mot de possible vous entendez, comme Ton fait d'ordinaire, tout ce qui uq répugne point à la pensée hu-
!^ 178 RÉPOMGS
l maine, auquel 0ens fl est manifeste que la nature de I^u, de
^ k. façon que je Tai décrite, est possible, parce que je n'ai rien
! supposé en elle, sinon ce que nous concevons clairement et dis-
• tinctement lui devoir appartenir, et ainsi je n^ai rien supposé
qui répugne à la pensée ou au concept humain ; ou bien vous vous feignez quelque autre possibilité , de la part de Tobjet même, laquelle, si elle ne convient avec la précédente, ne peut jamais être connue par Tentendement humain, et partant elle j n'a pas plus de force pour nous obliger à nier la nature de Dieu
l bu son existence que pour détruire ioutes les autres choses
qui tombent sous la connaissance des hommes; car, par la V même raison que Ton nie que la nature de Dieu est possible,
encore qu'il ne se rencontre aucune impossibilité de la part du concept ou de la pensée, mais qu'au contraire toutes les choses qui sont contenues dans ce concept de la nature divine soient 'c teUement connexes entre eUes qu'il nous semble y avoir de la
contradiction à dire, qu'il y en ait quelqu'une qui n'appartienne pas à la nature de Dieu, on pourra aussi nier qu'il soit possible que les trois angles d'un triangle soient égaux à deux droits, ou t que celui qui pense actuellement existe ; et à bien plus forte
I raison pourra-t-on nier qu'il y ait rien de vrai de toutes les
choses que nous apercevons par les sens; et ainsi toute la connaissance humaine sera renversée sans aucune raison ni fondement.
Et pour oe qui est de cet argument, que vous comparez avec . • le mien^ à savoir: « S*il n'implique point que Dieu existe, il
« est certain qu*il existe ; mais il n'implique point : donc » etc., matériellement parlant il est vrai, mais formellement, c'est ua sophisme ; car dans la majeure ce mot 41 implique regarde le ! concept de la cause par laquelle Dieu peut être, et dans la mi-
neure il regarde le seul concept de l'existence et de la nature de Dieu, comme il paraît de ce que si on nie la majeure il la faudra prouver ainsi : Si Dieu n*existe point encore, il implique qu'il existe, parce qu'on ne saurait assigner de cause suffisante pour le produire ; mais il n'implique point qu'il existe, comme il a été accordé dans la mineure; donc, etc. Et si on nie la mineure, il la faudra prouver ainsi : Celte chose n'implique point, dans le concept formel de laquelle il n'y a rien qui enferme contradiction; mais dans le Concept formel de l'existence ou de la nature divine, il n'y arien qui enferme contradiction : donc, etc. Et ainsi ce mot
Uimpliqueest pris en deux divers sens. Car il se peut faire qu'on ne concevrarien dans lacJiose même qui empêche qu'elle ne puisse eiîBter, et que cependant on concevra quelque chose de la part de sa cause qui empêche qu'elle ne soit produite. Or, encore que nous ne ooocevions Dieu que très-imparfaitement, cela n'empêche pas qu'il ne soit certain que sa nature est possible, ou qu'elle n'implique point ; ni aussi que nous ne pidssions assurer avec vérité que nous l'avons assez soigneusement examiàée et assez clairement connue, à savoir, autant qu'il sufQt pour connaître qu'elle est possible, et aussi que l'existence nécessaire lui appartient. Car toute impossibilité, ou, s'il m^est permis de me servir ici du mot de récde, toute implicance consiste seulement en notre concept ou pensée, qui ne peut conjoindre les idées qui se conti^arient les unes les autres ; et elle ne peut con« sister en aucune chose qui soit hors de rentendement, parce que décela même qu'une chose est hors de l'entendement il est manifeste qu'elle n'impUque point, mais qu'elle est possible. Or l'impossibilité que nous trouvons en nos pensées ne vient que de ce qu'elles sont obscures et confuses, et il n'y en peut avoir aucune dans celles qui sont claires et distinctes; et partant, afin que nous puissions assurer que nous connaissons assez la uatme de Dieu pour savoir qu'il n'y a point de répugnance qu^elle existe, il suffit que nous entendions clairement et distinctement toutes les choses que nous apercevons être en elle, quoique ces choses ne soient qu'en petit nombre au regard de celles que noiis n'apercevons pas, bien qu'elles soient aussi en elle, et qu'avec cela nous remarquions que l'existence nécessaire est l'une des choses que nous apercevons ainsi être en Dieu.
Kn septième lieu» j'ai déjà donné la raison, dans l'abrégé de mee Méditations, pourquoi je n'ai rien dit ici touchant l'immortalité de rdme ; j'ai aussi fait voir ci-devant comnj^ quoi j'ai suffisamment prouvé la distinction qui est entre l'esprit et toute loile de corpji»
Quant à ce que vous^joutez, que « de la distinction de l'âme « d'avec le corps il ne s'ensuit pas qu'elle soif immortelle, « Ikarce que jionobstaut cela on peut dire que Dieu l'a faite < d'une telle nature que sa durée finît avec celle de la vie du « corps, » je confesse que je n'ai rien à y répondre; car je n'ai pas tant de pi'ésoinption qued'^treprendie de déterminer par
lement humain une chose qui ne dép ! de Dieu.
: naturelle nous apprend que l'esprit es ii'ilcst une substance; et aussi que 1 l'il diffère des autres corps, est seuleme le configuration de membres, et autn et enfin que la mort du corps dépend sei m on changement de figure. Or, nous ai aucun exemple qui nous persuade issement d'une substance teUe que i cause si légère comme est un ciion t autre chose qu'un mode, et encore u mais du corps, qui est réellenient dis nous n'avons aucun argument ni eien ader qu'il j a des substances qui sont Ce qui suffit pour conclure que l'es I, autant que cela peut être connu par , est immortelle.
Inde si Dieu, par son absolue puissai léterminé que les ftmes des hommes imps que les corps auxquels elles sot ta Dieu seul d'en répondre. Etpuisqu ^lé que cela n'arrivera point, il ne no nt cela aucun doute, ïaucoup à TOUS remercier de ce que to sèment et avec tant de franchise m' s choses qui vous ont semblé dignes i des difQcultés qui pouvaient m'ètr par quelques envieux et médisants. ' e rien entre les choses que vous m'av isse auparavant rejeté ou ^pUqué de ae, par exemple, ce que tous avez sont produites par le soleil, des Cau Tares, et autres choses semblables, i de cenx qui, suivant l'ordre de ces ] part pour quelque temps toutes les des sens, pour prendre garde à ce qi plus saine raison, c'est pourquoi je toutes ces choses), encore, dis-je, q oioins que ces objections seront fort :
mon dessein, d^autant que je ne me promets pas d^avoir beaucoup de lectem-s qui veuillent apporter tant d'attention aux choses que j'ai écrites, qu'étant parvenus à la fin ils se ressouviennent de tout ce qu'ils auront lu auparavant; et ceux qui ne le feront pas tomberont aisément en des difficultés auxquelles ils verront par après que j*aurai satisfait par cette réponse, ou du moins ils prendront de là occasion d'examiner plus soigneusement la vérité.
Pour ce qui regarde le conseil que vous me donnez de disposer mes raisons selon la méthode des géomètres, afin que tout d'un coup les lecteurs les puissent comprendre, je vous dimi ici en quelle façon j'ai déjà tâché ci-devant de la suivre, et comment j'y tâcherai encore ci-après.
Dans la façon d'écrire des géomètres je distingue deux choses, à savoir, Tordre et la manière de démontrer.
L'ordre consiste en cela seulement quf les choses qui sont proposées les premières doivent être connues sans l'aide des suiyantes. et oue les suivantes doivent après être disposées de telle façon qu'elles soient démontrées par les seules choses qui les précèdent. Et certainement j'ai tâché autant que j'ai pu de suivre cet ordre en mes Méditations. Et c'est ce qui a fait que je n'ai pas traité^ dans la seconde de la distmction qui est entre Tesprit et le corps, mais seulement dans la sixième; et que j'ai omis tout exprès beaucoup de choses dans tout ce traité, parce qu'elles présupposaient l'explication de plusieurs autres.
La manière de démontrer est double: l'une se fait par IV naisse ou résolution, et l'autre parla synthèse ou composition. L'analyse montre la vraie voie par laquelle une chose a été méthodiquement inventée, et fait voir comment les effets dépendent des causes ; en sorte que si le lecteur la veut suivre et jeter les yeux soigneusement sur tout ce qu'elle contient, il n'entendra pas moins parfaitement lachose ainsi démontrée, et ne la rendra pas moins sienne que si lui-même l'avait inventée. Mais cette sorte de démonstration n'est pas propre à convaincre les lecteurs opiniâtres ou peu attentifs ; car si on laisse échapper sans y prendre garde la moindre des choses qu'elle propose, la nécessité de ses conclusions ne paraîtra point; et on n'a pas coutume d'y exprimer fort amplement les choses <iui sont assez claires d'elles-mêmes, bien que ce soit ordinairement celles auxquelles il faut le plus prendre garde.
182 ftÉPOifscs
La synthèse^ au contraire, par une yoie toute différente) et comme en examinant les causes par leurs effets, bien que la preuve qu'elle contient soit souTent aussi des effets par les eau ses, démontre à la vérité clairement ce qui est contenu en ses conclusions, et se sert d'une longue suite de définitions, de demandes, d'axiomes, de théorèmes et de problèmes^ afin que si on lui en nie quelques conséquences, elle fasse voir comment elles sont contenues dans les antécédents, et qu'elle arrache le consentement du lecteur, tant obstiné et opiniâtre ^u'il puisse être ; mais elle ne donne pas conune l'autre une entière satisfaction à l'esprit de ceux qui désirent d'apprendre, parce qu'elle n'enseigne pas la méthode par laquelle la chose a été inventée.
Les anciens géomètres avaient coutume de se Servir seulement de cette synthèse dans leurs écrits : non qu'ils igno-^ rassent entièrement l'jinalyse^ mais à mon avis parce qu'ils en faisaient tant d'état qu'ils la réservaient pour eux seuls comme un secret d'importance.
Pour moi, j'ai suivi seulement la voie analytique dans mes Méditations, pour ce qu'elle me semble être la plus vraie et la plus propre pour enseigner; mais quant à la synthèse, laquelle sans doute est celle que vous désirez de moi, encore que, touchant les choses qui se traitent en la géométrie, elle puisse utilement être mise après l'analysé, elle ne convient pas toutefois si bien aux matières qui appartiennent à la métaphysique. Car il y a cette différence que les premières notions qui sont Supposées pour démontrer les propositions géométriques, ayant de la convenance avec les sens, sont reçues facilement d'un chacun ; c'est pourquoi il n'y a point là de difficulté, sinon à bien tirer les conséquences, ce qui se peut faire par toutes sortes de personnes^ même par les moins attentives, pourvu seulement qu'elles se ressouviennent des choses précédentes ; et on les oblige aisément à s'en souvenir en distinguant autant de diverses propositions qu'il y a de choses à remarquer dans lA difficulte proposée^ afin qu'elles s'arrêtent séparément sur chacune, et qu'on les leur puisse citer par après pour les avertir de celles auxquelles elles doivent penser. Mais, au contraire, touchant les questions qui appartiennent à la métaphysique, la principale difficulté est de concevoir clairement et distinctement les preftiisres notions. Car, encore que de leur nature elles ne soient
pas moins claires, et même que souvent elles soient plus claires que celles qui sont considére'es par les géomètres, néanmoins, d'autant qu'elles semblent ne s'accorder pas avec plusieurs préjugés que nous avons reçus par les sens, et auxquels nous sommes accoutumés dès notre enfance, elles ne sont parfaitement comprises que par ceux qui sont fort attentifs et qui s'étudient à détacher autant qu'ils peuvent leur esprit du commerce des sens; c'est pourquoi, si on les proposait toutes seules, elles seraient aisément niées par ceux qui ont l'esprit porté à la contradiction. Et c'est ce qui a été la cause que j'ai plutôt écrit des Méditations que des disputes ou des questions, comme font les philosophes, ou bien des théorèmes ou des problèmes, comme les géomètres, afin de témoigner par là que je n'ai écrit que pour ceux qui se voudront donner la peine de méditer avec moi sérieusement et considérer les choses avec attention. Car, de cela même que quelqu'un se prépare à combattre la vérité, il se rend moins propre à la comprendre, d'autant qu'jl détourne son esprit à:, la considération des raisons qui la persuadent pour rappliquer à la recherche de celles qui la détruisent. Mais néanmoins, pour témoigner combien je défère à votre conseil, je tâcherai ici d'imiter la synthèse des géomètres, et y ferai un abrégé des pripcipales raisons dont j'ai usé pour démontrer l'existence de Dieu et la distinction qui est entre l'esprit et le corps humain ; ce qui ne servira peut-être pas peu pour soulager Pattention des lecteurs.