‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 60 sur 106 · CONTRE LA CINQUIÈME HËDITATIOII · texte numérisé non relu

CONTRE LA CINQUIÈME HËDITATIOII

DB l'essence des choses NtTÉniRLLES, KT DE l'existence de I

I. 'Vous dites, premièrement, que « vous ioiaginez distir « ment la quantité, c'est-à-dire l'eilension en longueur, s geur et profondeur ; comme aussi le nombre, la âgure, 1 « tuation, le mouvement et la durée, n Entre toutes ces ch dont vous dites que les idées sont en vous, vous prenez h gui'e, et entre les flgures le triangle rectiligne, touchant le voici ce que vous dites : a Encore qu'il n'y ait peut-être en

■ cun heu du monde hors de ma pensée une telle flgur « qu'il n'y en ait jamais eu , il ne laisse pas néanmoins « avoir une certaine nature , ou forme ou essence déterm a de cette flgure, laquelle est immuable et étemelle, que je • point inventée, et qui ne dépend en aucune façon de mo. « prit; comme il paraît, de ce que l'on peut démontrer divi > propriétés de ce triangle , à savoir , que ses trois angles (' égaux à deux droits, que le plus grand angle est soutenu « le plus grand c*té, et autres semblables; lesquelles mai B nant, soit que je le veuille ou non, je reconnais très-ci» B ment et très-évidemment être en lui, encore que je n';

■ pensé auparavant en aucune fagon lorsque je me suis ima

CTNQtJlEMKS OBJECTIONS. 321

« la première fois un tiiaugle ; et partant od ne peut pas dire « que je les aie feintes et inventées. » En ceci consiste tout œ que vous dites touchant Tessence des choses matérielles ; car le peu que vous ajoutez de plus tend et revient à la même chose : aussi n'est-ce pas là où je me veux an*êter.

Je remarque seulement que cela semble dur de voir établir quelque nature immuable et éternelle autre que celle d'un Dieu souverain. Vous direz peut-être que vous ne dites rien que ce que Ton enseigne tous les jours dans les écoles, à savoir, que les natures ou les essences des choses sont éternelles, et que les propositions que l'on en forme sont aussi d'une éternelle vérité. Mais cela même est aussi fort dur, et fort diificile à se persuader;, et d'ailleurs le moyen de comprendre qu'il y ait une nature humaine lorsqu'il n'y a aucun homme^ ou que la rose soit une fleur lors même qu'il n'y a encore point de rose ?

Je sais bien qu'ils disent que c'est autre chose de parler do l'essence des choses, et autre chose de parler de leur' existence, et qu'ils demeurent bien d'accord que l'existence des choses n'est pas de toute éternité, paais cependant ils veulent que leur essence soit éternelle. Mais si cela est vrai, étant certain aussi que ce qu'il y a de principal dans les choses est l'essence, qu'estce donc que Dieu fait de considérable quand il produit l'existence ? Cei'tainement il ne fait rien de plus qu'un tailleur lorsh qu'il revêt tm homme de son habit. Toutefois comment soutiendront-ils que l'essence de l'homme, qui est, par exemple, dans Platon, soit éternelle et indépendante de Dieu ? En tant qu'elle est universelle, diront-ils. Mais il n'y a rien dans Platon que de singulier ; et de fait l'entendement a bien de coutume, de tontes les natures semblables qu'il a vues dans Platon, dans Socrate et dans tous les autres hommes, d'en former un certain concept conmiun en quoi ils conviennent tous, et qui peut bien par conséquent être appelé une nature universelle ou l'essence de l'homme, en tant que l'on conçoit qu'elle convient à tous en général ; mais qu'elle ait été universelle avant que Platon fût et tous les autres honmies, et que l'entendement eût fait cette abstraction universelle, certainement cela ne se peut expliquer.

Quoi donc ! direz vous, cette proposition : Lhomme est anima/, n'était-elle pas vraie avant même qu'il y eût aucun homme, et conséquemment de toute éternité ? Pour moi, je vous dira? franchement que je ne conçois point qu'elle fût vraie, sinon en

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ce sens, que si jamais il y a aucun homme, de nécessité I animal. Car, en effet, bien qu'il semble y aToir de la diffi entre ces deux propositions : L'homme est, et : L'homme « mal, en ce que par la première l'eïistence est plus spécial signiliée, et par la seconde l'essence, néanmoins il est c que ni l'essence n'est point exclue de la première, ni l'eiî de la seconde ; car, quand on dit que l'homme est ou i l'on entend l'homme animal ; et lorsque l'on dit que llii est animal, l'on entend l'homme lorsqu'il est ou qu'il ( De plus, celte proposition: L'homme est ammal, n'étai d'une vérité plus nécessaii'c que celle-ci ; Platon est hom s'ensuivrait par conséquent aussi que cette dernière serait éternelle vérité, et que l'essence singulière de Platon ne pas moins indépendante 'de Dieu que l'essence univers* l'homme, et autres choses semblables qu'il serait cnnujt poursuivre. J'ajoute à cela néanmoins que lorsque l'on d l'homme est une telle nature qu'il ne peut être qu'il i animal, il ne faut pas pour cela s'imaginer que cette i soit quelque chose de réel ou d'existant hors de l'entende mais que cela ne veut dire auti'e chose sinon qu'afin q chose soit homme elle doit être semblable à toutes les i choses auxquelles, à causé de la mutuelle ressemblance ( entre elles, on a donné le même nom d'homme : ressemb dis-je, des natures singulières, au sujet de laquelle l'ent ment a pris opcasion de former un concept, ou idée, ou d'une nature commune, de laquelle rien ne se doit élolgi tout ce qui doit être homme.

Cela ainsi expliqué, j'en dis de même de votre triangle ■a nature; car il est bien vrai que le triangle que vous dans l'esprit est comme une règle qui vous sert pour exai ù quelque chose doit être appelée du nom de triangle ; n ne faut pas pour cela penser que ce triangle aoit quelque de réel, ou une nature vraie existante hors de l'entende puisque c'est l'esprit seul qui l'a formée sur le modèle di angles matériels que les sens lui ont fait apercevoir, et d a ramassé toutes les idées pour en faire une commun a manière que je viens d'expliquer touchant la natu l'homme.

C'est pourquoi aussi il ne se faut pas imaginer que le; priétés que l'on démontre appartenu' aux triangles ma

leur conviennent pour les avoir empruntées de ce triangle idéal et universel ; puisque tout au contraire ce sont eux qui les ont véritablement en soi, et non pas l'autre, sinon en tant que Tentendement lui attribue ces deux propriétés, après avoir reconnu qii^elles sont dans les autres, dont puis après il leur doit rendre compte, et les leur restituer quand il est question de faire quelque démonstration. Tout ainsi que les propriétés de la nature humaine ne sont point dans Platon ni dans Socrate, par emprunt qu'ils eu aient fait de cette nature universelle ; car tout au contraire cette nature universelle ne les a qu'à cause que rentendement les lui attribue, après qu'il a reconnu qu'elles ët^ent dans Platon, dans Socrate et dans tout le reste des hommes; à condition néanmoins de leur en tenir compte, et de les restituer à chacun d'eux lorsquMl sera besoin de faire un argument. Car c'est chose claire et connue d'un chacun que l'entendement ayant vu Platon, Socrate, et tant d'autres hommeSi tous raisonnables, a fait et formé cette proposition universelle, Tout hopime est raisonnable; et que lorsqu'il veut puis après prouver que Platon est raisonnable, il la prend pour le principe de son syllogisme.

11 est bien vrai que vous dites, 6 esprit, « que vous avez en a vous l'idée du triangle, et que vous n'auriez pas laissé de l'a- « voir, encore que vous n'eussiez jamais vu dans les corps au- « cune figure triangulaire ; de même que vous avez en vous « l'idée de plusieurs autres figures qui ne vous sont jamais « tombées sous les sens. v^Mais si, comme je disais tantôt, vous eussiez été tellement privé de toutes les fonctions des sens que vous n'eussiez jamais rien vu, et que vous n'eussiez point touché diverses superficies ou extrémités des corps, pensez-vous que vous eussiez pu former en vous-même l'idée du triangle ou d'aucune autre figure t )> Vous en avez maintenant plusieurs qui jamais ne vous sont tombées sous les sens; )> j'en demeure d'accord, et il ne vous a pas été difficile, parce que sur le modèle de celles qui vous ont touché les sens vous avez pu en former et composer une infinité d'autres en la manière que je l'ai ci-devant expliqué.

11 faudrait ici outre cela parler de cette fausse et imaginaire nature du tiiangle, par laquelle on suppose qu'il est composé^ de lignes qui n'ont point de largeur, qu'il contient un espace 4ui n'a point de profondeur, et qu'il se termine à trois points

324 anQttËHES ouECTtoiu.

qui n'ont point de parties; mais cela nous ëcarierail tt

sujet.

II. Ensuite de cela tous entreprenes derechef la prei l'existence d'un Dieu, dont la force consiste en ces pa « Quiconque ; pense scrieusement trouve, dites-Tous, qt

■ manifeste que l'existence ne peut non plus être sépa

■ l'essence de Dieu que l'essence d'un triangle rectilignE o grandeur de ses trois angles égaus k deux droits, ou b « l'idde d'une montagne l'idée d'une vallée; en sorte qu « a pas moins de répugnance de concevoir on Dieu, c'est A un Etre souverainement parEkit, auquel manque Venh

. « c'esl-à-dirc auquel manque quelque perfection, que di I ■ cevoir une montagne qui n'ait point de vallée. « Où remai'quer que votre comparaison semble n'être pas asse et exacte. Car d'un côté vous avez bien raison de cou comme vous faites, l'esset-ue avec l'essence; mais apn vous ne comparez pas l'existence avec l'eiistence, ou 1 priété avec la propriété, mais l'existence avec la pro C'est pourquoi il faJlait, ce semble, dire ou que la toute sance, par exemple, ne peut non plus être séparée de Ve de Dieu que de l'essence do trian^ cette égalité de la grt de ses angles, ou bien que l'existence ne peut non plus i parée de l'essence de Dieu, que de l'essence du triangle se tence; car ainsi l'une et l'autre comparaison aurait et faite, et non-seulement la première vous aurait été ac( mais aussi la dernière; et néanmoins ce n'aurait pas é preuve convaincante de l'existence nécessaire d'un Diei plus qu'il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il j ait au aucun triangle, quoique son essence et sou existence soi elfet ipséparables, quelque division que notre esprit en c'èst-à-dire quoiqu'il les conçoive séparément, en même qu'il peut aussi concevoir séparément l'essence et Ter de Dieu.

11 faut ensuite remarquer que vous mettez l'existeDO les perfections divines, et que vous ne la mette! pas entr d'un triangle ou d'une montagne, quoique néanmoins e autant, et selon la manière d'être de chacun, la perfect l'un que de l'autre. Mais, à vrai dire, soit que vous cons l'existence en Dieu, soit que vous la considériez en q autre sujet, 'elle n'est point une perfection, mais seuleme

CINQUIEMES QBJËCnOM. d2S

fonne on un acte sans lequel il n'y en peut avoir. Et de fait, ce qui n^existe point n*a ni perfection ni imperfection ; mais ce qui existe, et qui outre Texistence a plusieurs perfections, n*a pas Fexistence comme une perfection singulière et Tune d^entre eUes, mais seulement comme une forme ou un acte par lequel la chose même et ses perfections sont existantes, et sans lequel ni la chose ni ses perfections ne seraient point. De là vient ni qu^on ne dit pas que Texistence soit dans une chose comme une perfection, ni, si une chose manque d'existence, on ne dit pas tant qu'elle est imparfaite ou qu'elle est privée de quelque perfection, que l'on dit qu'elle est nulle ou qu'elle n'est poiitt du tout. C'est pourquoi, comme en nomhrant les perfections du triangle vous n'y comprenez pas l'existence et ne concluez pas aussi que le triangle existe, de même en faisant le dénombrement des perfections de Dieu vous n'avez pas dû y comprendre l'existence pour conclure de là que Dieu existe, si vous ne vouliez prendre pour une chose prouvée ce qui est en dispute, et faire de la question un principe.

Vous dites que, « dans toutes les autres choses, l'existence est distinguée de l'essence, excepté en Dieu. » Mais comment, je vous prie, l'existence et l'essence de Platon sont-elles distinguées entre elles, si ce n'est peut-être par la pensée ? Car, supposé que Platon n^existe plus, que deviendra son essence? Et pareillement en Dieu Fessence et l'existence ne sont-elles pas distinguées par la pensée?

Vous vous faites ensuite cette objection : a Peut-être que, c comme de cela seul que je conçois une montagne avec une « vallée ou un cheval ailé, il ne s'ensuit pas qu'il y ait au monde « aucune montagne ni aucun cheval qui ait des aQes ; ainsi, de « ce que je conçois Dieu comme existant, il ne s'ensuit pas « qu'il existe ; » et là-dessus vous dites qu'il y a un sophisme caché sous l'apparence de cette objection. Mais il ne vous a point été fort difficile de soudre un sophisme que vous vous êtes feint vous-même, principalement vous étant servi d'une si manifeste contradiction, à savoir, que Dieu existant n'existe pas, et ne prenant pas de la même façon, c'est-à-dire comme existant, le cheval ou la montagne. Mais si, comme vous avez enfermé dans votre comparaison la montagne avec la vallée et le cheval avec des ailes, de même vous eussiez considéré Dieu avec de la icience» de la puissance, ou avec d'autres attributs, pour lors

sa

326 CINQUIÈMES ONGcnons.

la difficulté eût été oui entière et fort bien établie ; et c'i h T0U9 à nous expl'quer comment il se peut faire qui puissions concevoir une montagne rampante ou un chev sans penser qu'ils existent, et cependant qu'il soit impossi concevoir un Dieu tout connaissant et tout-puissant si n( le concevons en mfme temps existant.

Vous dites « qu'il ne nous est pas libre de concevoir ui «sans existence, c'esl-à-dirc un Être souverainement ] « sans une souveraine perfection, comme il nous est 11b • mariner un cheval sans ailes ou avec des ailes. » Hais ï rien à ajouter à cela sinon que, comme il nous est ii concevoir un cheval qui a des ailes sans penser à Vexii laquelle, si elle lui arrive, ce sera selon vous une perfect lui; ainsi il nous est libre de concevoir un Dieu ayant en science, la puissance et toutes les autres perfections, san ser ^ l'existence, laquelle si elle lui aixive, sa perfectioi lors sera consommée et du tout accomplie. C'est pou comme, de ce que je conçois un cheval qui a la perfectic voir des aile», on n'infère pas pour cela qu'il a celje de tence, laquelle selon vous est la principale de toutes; de aussi, de ce que je conçois un Dieu qui possède la scie toutes lea autres perfections, ou ne peut pas conclure poi qu'il existe, mais son existence a encore besoin d'être pr

Et encore que vous disie» que, « dans ridée d'un êtr « verainement parfait, l'existence et toutes les autres perTi

■ y sont comprises, j> vous avancez sans preuve ce qui question, et vous prenez la couclusiou pour us princip autrement je dirais aussi que, dans Vidée d'un Pégase par perfoction d'avoir des ailei n'est pas seulement contenue celle aussi de l'existenca ; car, comme Dieu est conçu par tout genre de perfection, de même un P^ase eil con^u on son genre ; et il ne semble pas que l'on puisse ici rien quer que, la m£me proportion étent gardée, on ns puit pliquer à l'un et i l'autre.

Vous dites : a De même qu'en concevant un triangle ;

■ pas nécessaire de penser qu'il a ses trois imgles égaux . « droits, quoique cela n'en soit pas moins véritable, cor « paiatt par après à toute personne qui l'examine avec « ainsi on peut bien concevoir les autres perfections d

■ saas penser k TaxistencA ; mai» il n'eat pu pour cela

GrïQUlEMES OBJECTIONS. È^l

« vrai qu'il la possède, comme on est oblige d'avouer lOttipi'on « vient à reconnaître qu*elle est Une perfection. )> Toutefois vous jugez bien ce que Ton peut répondre : c'est à savoir que, comme on reconnaît par après que cette propriété se trouve dans le triangle, parce qu'on le prouve par une bonne démonstration; ainsi, pour reconnaître que l'existence est nécessairement en Dieu, il le faut aussi démontrer par de bonnes et solides raisons; car autrement il n'y a chose aucune qu'on ne puisse dire ou prétendre être de l'essence de quelque autre chose que ce soit.

Vous 41tes que ce lorsque vous attribuez à Dieu toutes sortes « de perfections, vous ne faites pas de même que si vous pen- « siez que toutes les figures de quatre côtés pussent être inscri- « tes dans le cercle : autant que, comme vous vous trompez en « ceci, parce que vous reconnaissez par après que le rhombe « n'y peut être inscrit, vous ne vous trompez pas de même en fi l'autre, parce que par après vous venez à reconnaître que « Texistence convient effectivement à Dieu. » Mais certes il semble que vous fassiez de même; ou, si vous ne le faites paS, il est nécessaire que vous montriez que l'existence ne répugne point à la nature de Dieu, comme on montre qu'il répugne que le rhombe puisse être inscrit dedans le cercle.

Je passe sous silence plusieurs dutres choses, lesquelles auraient besoin ou d^une ample explication ou d'une preuve plus convaincante, ou même qui se détruisent par ce qui a été dit auparavant : par exemple, « qu'on ne saurait concevoir autre a chose que Dieu seul à Tessenoe de laquelle Texistence apparfi tienne avec nécessité ; » puis aussi a qu'il n'est pas possible fi de concevoir deux ou plusieurs dieux de même façon : et, posé « que maintenant il y en ait un qui existe, il est nécessaire qu'il « ait été auparavant de toute éternité, et qu'il soit éternellement fi à l'avenir ; » et que vous concevez une fi infinité d*autres fi choses en Dieu dont vous ne pouvez rien diminuer ni chan- « ger ; n et enfin que fi ces choses doivent être considérées de « près, et très-soigneusement examinées pour les apercevoir et « en connaître la vérité. )>

m. Enfin vous dites que la certitude et vérité de toute science dépend si absolument de la connaissance du vrai Dieu, que sans elle il est impossible d'avoir jamais aucune certitude ou vérité dans les sciences. Vous en apportez cet exemple : fi Lorsque je « considère, dites-vous, la nature du trianglei je connais évi-

3!8 ORQinJïiiES OBirmom;

X demment, moi qui suis un peu versé dans la gdom^trie « ses trois angles sont ^aui à deux droits, et il ne m'es « possible de ne le point croire pendant que j'applique me « sée à sa démonstration ; mais aussitôt que je l'en détoi a encore que je me ressouvienne de l'^roir clairement

■ prise, toutefois il se peut faire aisément que je doute i « Téritë, si j'ignore qu'il y ait un Dieu ; car je puis me pei « der d'avoir été fait tel par la nature que je me puisse « ment tromper, même dons les choses que je pense compn

■ avec le plus d'évidence et de certitude; vu priucipalemen a je me ressouviens d'avoir souvent estimé beaucoup de c a pour vraiesetcertaines, lesquelles, par après, d'autres ra a m'ont porté à juger absolument fausses. Hais après qu « reconnu qu'il y a un Dieu, pour ce qu'en raSme temp a reconnu aussi que toutes choses dépendent de lui et qu'û «point trompeur, et qu'ensuite de cela j'ai jugé que tout a B je conçois clairement et distinctement ne peut manquer < « vrai, encore que je ne pense plus aux raisons pour lesqi • j'aurai jugé une cbose Stre véritable, pourvu que je me a souvienne de l'avoir clairement et distinctement compris « ne me peut apporter aucune raison contraire qui me ta « jamais révoquer en doute ; et ainsi j'en ai une vraie et a tainc science ; et cette même science s'étend aussi à touti « autres choses que je me ressouviens d'avoir autrefois dé « trées, comme aux vérités de géométrie et autres semblât A cela, monsieur, voyant que vous parlez si sérieusemei croyant aussi que vous le dites tout de t>on, je ne vois paj j'aie autre cbose k dire sinon qu'il sera difGcile que vous 1 viez personne qui se persuade que vous ayez été autrefois n assuré de la vérité des démonstrations géométriques que l'êtes à présent qU'e voua avez acquis la counaissauce d'un I Cai', en effet, ces démonstrations sont d'une telle éviden certitude, que, sans attendre notre délibération, elles nous i chent d'elles-mêmes le consentement ; et lorsqu'elles sont fois comprises, elles ne permettent pas à notre esprit de de rerdavantageen suspens touchant la créance qu'il en doit a de façon que j'estime que vous avez autant de raison de ni craindre en ceci les ruses de ce mauvais génie qui tâche îr samment de vous surprendre, que lorsque vous avezsoutei aflirmativement quil était imfossiblâ que vous pussies

cmQtntMGS oBiEcnoKS.

prendre tonchant cet antëcédeDt et sa conséquence, J X je lui», quoique pour lors tous ne fussiez pas encon l'existence d'un Dieu. Et même, encore qu'il soit tr nme en effet il n'y a rien de plus véritable, qu'il ; a u uel est l'auteur de toutes choses, et qui n'est point tro tefois, parce que cela ne semble pas être si évident qu. démonstrations de géométriu (de quoi il ne faut pas uve sinon qu'il y en a plusieurs qui mettent en q Listence de Dieu, la création du monde, et quantité i >ges qui se disent de Dieu, et que pas un ne révoque e: démonstrations de géométrie), qui sera celui qui se iser persuader que celles-ci empruntent leur évidenci titudedes autresî Et quipourra croire queDiagore, Th tous les autres semblables athées, ne puissent Être taius de la vérité de ces sortes de démonstrations ? E trouTerez-Touspersonnequi, étant interrogé sur la et il a qu'en tout triangle rectangle le carré de la base ■ : carrés des cdlés, réponde qu'il en est assuré parce q il y a un Dieu qui ne peut Stre trompeur, et quiestlui iteur de cette vérité et de toutes les choses qui i nde 1 Hais plutôt, où est celui qui ne répondra qu'il uré parce qu'il sait cela certainement, et qu'il en es ut p'ersuadéparunetrës-inraillibledémonBtrationîCo usforierai8on,est-il à présumer que Pythagore, Platon de, Euclide, et tous les autres anciens mathématiciens, I nëme réponse, n'y ayant, ce me semble, pas un d'en ait eu aucune pensée de Dieu pour s'assurer de la vi es démonstrations ! Toutefois, parce que peut-être ne z-vous pas des autres, mais seidement de vous-même lleurs c'est une chose louable et pieuse, il n'y a pas lii er sur cela davantage.

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