XIV INTRODUCTION
La force invincible qui est dans celle proposition, Je pense ^ donc je suis^ tient à la nature même de la pensée, et c'est ce que Descartes aurait fait voir s'il eût approfondi le phénomène delà conscience. Qu'est-ce que la connaissance, sans la conscience de la connaissance ? Mais qu'est-ce que la conscience, sinon l'appropriation de la connaissance, la conception d'un rapport entre le moi et la pensée ou l'idée même prise comme objet? Dans tout fait de conscience il y a un jugement, e* la conception de l'intervention du moi dans le prononcé de ce jugement. On appelle précisément rendre claire une idée, se la rendre propre , la mettre à sa portée , en harmonie avec la nature et les habitudes du sujet pensant. Je puis douter de la légitimité d'un jugement , non de Texisteuce du jugement lui-même. De ces trois termes, moi, ma pensée et son objet, je puis nier l'objet sans difficulté 5 mais quand je m'efforcerais de douter aussi de ma pensée, je ne pourrais le faire sans avoir conscience de le faire, et par conséquent sans m'aifirmer moi-même. J'élimine l'objet externe, j'élimine la pensée en tant que réalité objective ; mais je ne puis éliminer la conscience même, qui est la condition de tout jugement, même négatif. L'acte par lequel je prononce la négation la plus radicale n'existe pour moi qu'à condition qtie je le connaisse comme mien, c'est-à-dire que je me connaisse dans un rapport d'appropriation avec lui, c'est-àdire que j'en aie conscience. De sorte que TafTirmation de moi-même comme être pensant est la condition du scepticisme le plus radical '.
A « Nous supposons facilement qu'il n'y a point de Dieu, ni de ciel, ni de terre, et que nous n'avons point de corps; mais nous ne sau* rions supposer de même que nous ne sommes point pendant que nous doutons de la vérité de toutes ces clioses; car nous avons tant de répugnance à concevoir que ce qui pense n'est pas véritablement au même temps qu'il pense, que, nonobstant toutes les plus extravagantes suppositions, nous ne saurions nous empêcher de croire que cette conclusion. Je penst, donc je suis, ne soit vraie, et par consé-