‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 81 sur 106 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

quelque temps un Qiême objet^ cette volonté retient la glande pendant ce ten)ps-là penchée vers un même côté ; ainsi, enfin, quand on veut marcher ou mouvoir spn corps en quelque façon, cette volonté fait que la glande pousse les esprits vers leg muscles qui servent à cet effet.

Art. 44. Que chaque Tolonté est naturellement jointe à quelque mouvement de la glande ; mds que, par industrie ou par habitude, on la peut joindre à d*autret.

Toutefois ce n'est pas toujours la volonté d'exercer en nous quelque mouvement ou quelque autre effet qui peut faiic qu^ nous l'excitons ; mais cela change selon que la nature ou l'habitude ont diversement joint chaque mouvement de la glande k chaque pensée. Ainsi, pares^emple, sionvçut disposer sesyeu^ i regarder un objet fort éloigné, cette volonté fait que leurpru' aelle s'élargit ; et si on les veut disposer à reg^der un obj^ fort croche, cette volonté fait qu'elle ^'étréçit : mais si on pen^ îeulement à élargir la pnmeUe, on a beau en p-voir la volonté, )n ne l'élargit point pour cela, d'autant que la nature p'a pa^ oint le mouvement de la glande qui sert à pousser les esprits rers le nerf optique en la mçon qui est requise pour élargir pu îtrécir k prunelle avec la volonté de l'élargir ou étrécir, mai? )ien avec celle de rega^det de§ objets éloigué? ou prppb^s. Et orsqu'en parlant nous pe peuspuç qu'au sens de ce qup uoij^j oulons dire, cela fait que nous remuous 1^ langue ^t le3 len&l beaucoup plu9 promptement et beaucoup mieux que ^i uou| tensions à les remuer en toutes Iqs façons qui $PPt requUe$ ppu; Toférer les mêmes paroles, d'autant quQ l'habitude qu^ nou^ YODS acquise en apprenant à parl&r a, fait que UPU$ 9rfOnfi joiut

action de Fâmei qui, par l'entremise 4e la glande, peut mou^f oir la langue et les lèvres, avep la «igoifipaUou de« poules quî uivent de ces mpuyements plutôt <{U'fLv^ le» mouveou^nti lêmes»

Art. 45. Quel e^t I4 pouvoir de l'Ame i^orçg^rd ^ 9» passiont.

N09 passions ne peuvent pas aussi directement être excita i ôtées par l'action de notre volontét mais eUef |>euvent l'être idirectement parla représentation des choses qui ont coutume *être jointes avec les passions que nous voulons avoir, et qui >nt contraires à celles que nous voulons rejeter, Ainsi, pouv Kciter en soi la hardiesse et ôter la peur, il ne sufQt pas d'en

544 tn PÀSsioivs de l^ahe.

avoir la Tolonté, nuds îl faut s'appli({uer à considérer les rai- • sons, les objets ou les exemples qui persuadent que le péril n'est pas grand; qu'il y a toujours plus de sûreté en la défense qu'en la fuite ; qu'on aura de la gloire et de la joie d'avoir vaincu, au lieu qu'on ne peut attendre que du regret et de la honte d'avoir fui, et choses semblables.

art. 4t. Quelle ett U raison qù empêche qae Tâme ne poisie entièremcnl

disposer de ses passions.

n y a une raison particulière qui empêche l'âme de pouvoir prompteraenl changer ou arrêter ses passions, laquelle m'a donné sujet de mettre ci-dessus en leur définition qu'elles sont non -seulement causées, mais aussi entretenues et fortifiées par quelque mouvement particulier des esprits. Cette raison est qu'elles sont presque toutes accompagnées de quelque émotion qui se fait dans le cœur, et par conséquent aussi en tout le sang et les esprits : en sorte que, jusqu'à ce que cette émotion ait cessé, elles demeurent présentes à notre pensée en même façon que les objets sensibles y sont présents pendant qu'ils agissent contre les organes de nos sens. Et comme l'âme, en se rendant fort attentive à quelque autre chose, peut s'empêcher d'ouïr un petit bruit ou de sentir une petite douleur, mais ne peut s'empêcher en même Ikçon d'ouïr le tonnerre ou de sentir le feu qui brûle la main, ainsi elle peut aisément surmonter les moindres passions, mais non pas les plus violentes et les plus fortes, sinon après que l'émotion du sang et des esprits est apaisée. Le plus que la volonté puisse faire pendant que cette émotion est en sa vigueur, c'est de ne pas consentir à ses efiFets, et de retenir plusieurs des mouvements auxquels ^e dispose le corps. Par exemple, si la colère fait lever la main pour frapper, la volonté peut ordinairement la retenir ; si la peur incite les gens à fuir, la volonté les peut arrêter, et ainsi des autres.

Art 47. En quoi consistent les combats qu'on a coutume d'imaginer eatrt la partie inférieure et supérieure de l'Ame.

^J Et cb n*est qu'en la répugnance qui est entre les mouvement que le corps par ses esprits et l'âme par sa volonté tendent i exciter en même temps dans la glande, que consistent tous les combats qu'on a coutume d'imaginer entre la partie inférieure de l'âme qu'on nomme sensitive et la supérieure qui est raisonnable,

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OU bien entre les appétits naturels et la volonté ; car il n'y a en nous qu'une seule âme, et cette âme n'a en soi aucune diversité de parties : la même qui est sensitive est raisonnable, et tous ses appétits sont des volontés. L'erreur qu'on a commise en lui faisant jouer divers personnages qui sont ordinairement contraires les uns aux autres ne vient que de ce qu'on n'a pas bien distingué ses fonctions d'avec celles du corps, auquel seul on doit attribuer tout ce qui peut être remarqué en nous qui répugne à notre raison; en sorte qu'il n'y a point en ceci d'autre combat sinon que, la petite glande qui est au milieu du cerveau pouvant être poussée d'un côté par l'âme et de l'autre par les esprits animaux, qui ne sont que des corps, ainsi que j*ai dit ci-dessus, il arrive souvent que ces deux impulsions sont contraires, et que la plus forte empêche l'effet de l'autre. Or ou peut distinguer deux sortes de mouvements excités par les es* prits dans la glande: les uns représentent à l'âme les objets qui meuvent les sens, ou ]es impressions qui se rencontrent dans le cerveau et ne font aucun effort sur sa volonté ; les autres y font quelque effort, à savoir, ceux qui causent les passions ou les mouvements du corps qui ]es accompagnent : et, pour les premiers, encore qu'ils empêchent souvent les actions de l'ânfe, ou bien qu'ils soient empêchés par elles, toutefois, à cause qu'ils ne sont pas directement contraires, on n'y remarque point de combats. On en remarque seulement entre les der« niers et les volontés qui leur répugnent : par exemple, entre l'effort dont les esprits poussent la glande pour causer en l'âme le désir de quelque chose, et celui dont l'âme la repousse par la volonté qu'elle a de fuir la même chose: et ce qui fait principalement paraître ce combat, c*est que la volonté n^ayant pas le pouvoir d'exciter directement les passions, ainsi qu'il a déjà été dit, elle est contrainte d'user d'industrie et de s'appliquer à considérer successivement diverses choses dont, s'il. arrive que Tune ait la force de changer pour un moment le cours des esprits, il peut arriver que celle qui suit ne l'a pas, et qu'ils le reprennent aussitôt après, à cause que la disposition qui a pré* cédé dans les nerfs, dans le cœur et dans le sang n'est pas changée, ce qui fait que l'âme se sent poussée presque en même temps à désirer et ne pas désirer une même chose ; et c'est de là qu'on a pris occasion d'imaginer en elle deux puissances qui se combattent. Toutefois on peut encore concevoir

946 U8 PASSioro de l*air.

quelque eombat, en ce que souvent la même cause qui exdte en Fâme quelqne passion excite aussi ealains mouTemeQto dans le corps auxquels TAme ne contribue point, et lesquels elle arrête ou tâche d*arréter sitôt qu*elle les aperçoit, comme on éprouve lorsque ce qui excite la peur fait aussi que les esprits entrent dans les muscles qui serrent à remuer les jambes poo; lùîr, et que la volonté qu*on a d*ètre hardi les arrête.

Or. c^Mt par le succès de œi corabatf que chaemi peut connâltre la forçê ou la fki))le88e de son Ame ; car ceux en qui na* turellement la vdonté peut le plus aisément Taincre les pasr sionf et arrêter les mouvements ds corps qui le9 accompagnent ont sans donte lei Ames les plus fortes, mais il y 0n a qui n^ peuvent éprouver leur farce, pour ea qn^ils ne font jamais comibattre leur volonté «vtc ses propres armes, raaia seulemeat fivec celles que lui fommissant quelqms passions peur pësisterà quelques autres. Ge que i^ nomn^e ses propres armes sont des jugements fermes et déterminés touchant la conoaissatice du bfen et du mal, suivant lesquels elle a résolu de conduire les actions de sa vie; et l«s kam las plus faible» de t^ute» sont eelles dont la volonté ne se dëtet mine point ainsi à suivre certains jugements, mais se laisse oontinuellement empoplep aui passions présentes, lesquelles, étant souvent contraires les unes aux autres, la tirevt tour à tour à leur parti, et, l^employant ï combattre eentre elle-même, mettent Fâme n| plus déplorable état qu'elle puisse être. Ainsi, lorsque ta peur représente It mort comme un mal extrême et qui ne peut être évité que par la fuite, Tambitlon, d^autre côté, représente Pinfamie de celtt fuite éomme un mal pire que la mort; ces deux passions agitent diversement la volonté, laquelle^ obéissant tantét à Tunf, tantêt à Tautre, s^oppose continuellement à soi-même, et ainsi Ni^nd l'Ame esolave et malheureuse.

Art, 1^ Qu9 U fon^ df Cinie ^ v^f^\ pas ^| )a «oiuMim»»» ||e Vl yMih

I II est vrai qu^îl y a fbrt peu d'hommes si faibles et irrésolus qu'ils ne veulent rien que ce que leur passion leur dicte. La plupart ont des jugements déterminés, suivant lesquels ils règlent une partie de leurs actions; et, bien qfie souvent ces jvigemenU

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