‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 82 sur 106 · PREMIÈRE PARTie · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTie

soient . fauï, et mèxnG fondée sur quelques ps^ssîons par les- (}ûelle3 ki volonté s'est ftup^ra^ant laissé vj^cre ou ^(Juir^^ toutefois, à cause qu'ejjp poutinue de Jes suivre lorsque la pas- §ioa qui les fi ^^aiusés est absent^, oji les peut considérer copame seg propres arwes, et penser (\\ie le^ ftme? §opt plu? fortes ou plu§ faiWes à raison de ce qu'elles peuvent plus ou moins suivre aes jugements et résister aux; passions présentes qui leur sont contraires. Mais il y a pourtant grande différence entre les résolutions qui procèdent de quelque fausse opinion et celles qi4 ne sont appuyées que sur la connaissance de la yérité ; d'autant qne si on suit ces dernières on est assuré de n'en avoir jamais de regret ni de repentir, au lieu qu'on en a toujours d'avoir suivi les premières lorsqu'on en découvre l'erreur,

Art 50. Qu'il n'y a peint d'âme si faible qu'elle ne puisse, étant bita conduite, 'Acquérir an pouvoir absolu sur «eii pa^içm.

Et il est utile ici de savoir que, comme il a déjà ëtë dit cidessus, encore que chaque mouvement de la glande semble avoir été joint par la nature à chacune de nos pensées dès le v^oramencement de notre vie, on les peut toutefois joindre à d'autres par habitude, ainsi que Texpérience fait voir aux paroles, qui excitent des mouvements en la glande, lesquels, selon rinstîtùtion de la nature, ne représentent à l'âme que leur son lorsqu'elles sont proférées de la voix, ou la figure de leurs lettres lorsqu'elles sont écrites, et qui, néanmoins, par l'habitude qu'on a acquise en pensant à ce qu'elles signifient lorsqu'on a ouï leur son ou bien qu'on a vu leurs lettres , ont coutume de faire concevoir cette signification plutAf que la figure de leurs lettres ou bien le son de leurs syllabes. Il est utile aussi de savoir qu'encore que les mouvements, tant de la glande que des esprits du cerveau, qui représentent à Pâme certains objets, soient naturellement joints avec ceux qui excitent en elle certaines passions, ils peuvent toutefois par habitude en être séparés et joints à d'autres fort différents, ^t même que cette habitude peut être acquise par une seule action, et ne re-. quiert point un long usage, Ainsi, lorsqu'on rencontre inopinément quelque chose de fort sale en une viande qu'on mange avec appétit, la surprise de cette rencontre peut tellemeni changer la disposition du cerveau qu'on ne pourra plus voir par

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après de telle Tiande qu^avec horreur, au lieu qu*on la mangeait auparayant avec plaisir. Et on peut remarquer la même chose dans les bêtes ; car encore qu'elles n'aient point de raison, ni peut-être aussi aucune pensée, tous les mouvements des esprits et de la glande qui excitent en nous les passions ne laissent pas d'être en elles et d'y servir à entretenir et fortifier, et non pas comme en nous, les passions, mais les mouvements des nerfs et des muscles qui ont coutume de les accompagner. Ainsi, .lorsqu'un chien voit une perdrix, il est naturellement porté à courir vers elle ; et lorsqu'il voit tirer un fusil, ce bruit l'incite naturellement à s*enfuir; mais néanmoins on dresse ordinairement les chiens couchants en telle sorte que la vue 'une perdrix fait qu'ils s'arrêtent, et que le bruit qu'ils oient après lorsqu'on tire sur elle fait qu'ils y accourent. Or, ces choses sont utiles à savoir pour donner le courage à un chacun d'étudier à regarder ses passions : car, puisqu'on peut, avec un peu d'industrie, changer les mouvements du cerveau dans les animaux dépourvus de raison, il est évident qu'on le peut encore mieux dans les hommes, et que ceux même qui ont les plus faibles âmes pourraient acquérir un empire très-absolu sur toutes leurs passions, si on employait assez d'industrie à les dresser et à les conduire.

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