‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 88 sur 106 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

même à la tristesse et à la haine, lorsque ces passions ne sont causées que par les aventures étranges qu*on yoit représenter sur un théâtre, ou par d'autres pareils sujets, qui, ne pouvant nous nuire en aucune façon, semblent chatouiller notre âme en la touchant. Et la cause qui fait que la douleur produit ordinairement la tristesse est que le sentiment qu'on nomme douleiur vient toujours de quelque action si violente qu'elle pffense les nerfs; en sorte qu'étant institué de la nature pour signifier à l'âme le dommage que reçoit le corps par cette action, et sa faiblesse en ce qu'il ne lui a pu résister, il lui représente l'un et l'autre commet des maux qui lui sont toujours désagréables, excepté lorsqu'ils causent quelque bien qu'elle estime plus qu'eux.

Art. 95. Comment elles peutent auni être ezeitées par des biens et des maux que l'àme ne remarque point, encore qu'ils lui appartiennent; comme est le plaisir qu'on prend à se hasarder ou à se souTenir du mal passé.

Ainsi, le plaisir que prennent souvent les jeunes gens à entreprendre des choses difficiles et à s'exposer à de grands péri Is, encore même qu'ils n'en espèrent aucun profit ni aucune gloire, vient en eux de ce que la pensée qu'ils ont que ce qu'ils entreprennent est difficile fait une impression dans leur cerveau qui, étant jointe avec celle qu'ils pourraient former s'ils pensaient que c'est un bien de se sentir assez courageux, assez heureux, assez adroit ou assez fort pour oser se hasarder à tel point, est cause qu'ils y prennent plaisir; et le contentement qu'ont les vieillards lorsqu'ils se souviennent des maux qu'ils ont soufierts vient de ce qu'ils se représentent que c'est un bleu d'avoir pu nonobst^t cela subsister.

ÂtU 96. Quels sont les mouTements du sang et des esprits qui causent les dnq

passions précédcatas.

Les cinq passions que j'ai ici commencé à expliquer sont tellement jointes ou opposées les unes aux autres, qu'il est plus aisé de les considérer toutes ensemble que de traiter séparément de chacune, ainsi qu'il a été traité de l'admiration ; et leur cause n'est pas comme la sienne dans le cerveau seul, mais aussi dans le cœur, dans la rate, dans le foie, et dans toutes les autres parties du corps, en tant qu'elles servent à la production du sang et ensuite des esprits : car» encore que toutes les veines

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