DEUXIÈME PARTIE
qui le gèlent et communiquent leur froideur au reste du corps; et que cependant on ne laisse pas d'avoir quelquefois bon ap* petit, et de sentir que Testomac ne mancjue point à faire son devoir, pourru qu^il n'y ait point de haine mêlée avec la tristesse.
Art. 101. Au désir.
Enfin je remarque cela de particulier dans le désir, qu'il agite ie cœur plus violemment qu'aucune des autres passions, et fournit au cerveau plus d'esprits, lesquels, passant de là dans les muscles, rendent tous l& sens plus aigus et toutes les parties du corps plus mobiles.
Art. 102. Le mouvement du sang et des espriti en l'amour.
Ces observations, et plusieurs autres ({ui seraient trop Ipn • gués à écrire, m'ont donné sujet déjuger que, lorsque l'enteiifdement se représente quelque objet d'amour, l'ipapï-ession que cette pensée fait dans le cerveau conduit les esprits animaux, par les nerfs de la sixième paire, vers les musclés qui sont ^i;tour des intestins et de l'estomac, en la façon qui est reqqise pour faire que le suc des viandes, qui se convertit fiu nouveau sang, passe promptement vers le cœur sans s'arrêter dans le foie, et qu'y étant poussé avec plus de force que celui qui est dans 1^ autres parties du corps, il y entre en plus gr&nde abondance et y excite une chaleur plus forte, à cause qu'u est plus grossier qu^ celui qui a déjà été raréfié plusieurs fois en passant et repassant par le cœur ; ce qui fait qu'il envoie aussi des esprits vers le cerveau, dont les parties sont plus grosses et plus agitées qu'à l'ordinaire : et ces ^sprit^ . fortifiant l'impression que I4 première pensée de l'objet aimable y a faite, obligent l'^me à s'arrêter pur cette pei^sée; et c'est eu cela que consiste la pa^sio^i d'amquf.
Art. IM. Ba la haine.
Au contraire, en I4 haine, la première p^nnéB de Tabjet qui 4Qnpj9 de l'ftver^iqn popdviit t^}l^rnfint les esprits qui lont daus le cerveau vers les muscle^ de l'estomac et des intestins, qu'ils empêchent que le suc des viandes ne se mêle avec le sang en iwsseri'ant tpules les ouvertures par où il a coutume d'y couler; Qt elle les conduit aussi tellement vers les petits nerfs de la rate #t de la pailifi inférieure du foie, où est le réceptacle de labi^
568 LES PASSIONS DE l\iIE.
que les parties du sang qui ont coutume d'être rejetées vers ces endroits-là en sortent et coulent avec celui qui est dans les rameaux de la veine cave vers le cœur : ce qui cause beaucoup d'inégalités en sa chaleur, d'autant que le sang qui vient de û rate ne s'échauffe et se raréfie qu'à peine , et qu'au contraire, celui qui vient de la partie inférieure du foie , où est iofijoars le fiel, s'embrase et se dilate fort promptement; ensuite^ âo que: les esprits qui vont au cerveau ont aussi des parties P-yrt :n<> gales et des mouvements fort extraordinaires ; d'où vient qu'ils y fortifient les idées de haine qui s'y trouvent déjà imprimées, et disposent l'âme à des pensées qui sont pleines d'aigreur et d'amertume.
▲rt. i04. En la joie.
En la joie ce ne sont pas tant les nerfs de la rate, du foie, de l'estomac ou des intestins qui agissent , que ceux qui sont en tout le reste du corps, et particulièrement celui qui est autour des orifices du cœur, lequel ouvrant et élargissant ces orifices, donne moyen au sang que les autres nerfs chassent des veines vers le cœur d'y entrer et d'en sortir en plus grande quantité que de coutume ; et pour ce que le sang qui entre alors dans le cœur y a déjà passé et repassé plusieurs fois , étant venu des artères dans les veines, il se dilate fort aisément, et produit des esprits dont les parties étant fort égales et subtiles sont propres à former et fortifier les impressions du cerveau qui donnent à l'âme des pensées gaies et tranquilles.
Art. 105. En la tristesse.
Au contraire, en la tristesse les ouvertures du cœur son fort rélrécies par le petit nerf qui les environne, et le sang des vei' nés n'est aucunement agité, ce qui fait qu'il en va fort peu vers le cœur ; et cependant les passages par où le suc des viandes coule de l'estomac et des intestins vers le foie demeurent ouverts, ce qui feit qoe l'appétit ne diminue point, excepté lorsque la haine, laquelle est souvent jointe à la tristesse, les ferme.
Art. 106. Au désir.
Enfin la passion du désir a cela de propre , que la volonté
qu'on a d'obtenir quelque bien , ou de ftiir quelque mal, en-
^ie promptement les esprits du cerveau vers toutes les parties