DEUXIÈME PART
du corps qui peuvent servir aux actions requises pour cet effet, et particulièrement vers le cœur et les parties qui lui fournissent le plus de sang, adn qu'en recevant plus grande abondance que de coutume, il envoie plus grande quantité d'esprits vers le cerveau, tant pour y entretenir et fortifier l'idée de cette volonté que pour passer de là dans tous les organes des sens et tous les muscles qui peuvent être employés pour obtenir ce qu'on désire.
AH. i07. Quelle eit la eraie de les mouTemenU eo l'amonr.
Et je déduis les raisons de tout ceci de ce qui a été dit ci-dessus, qu'il y a telle liaison entre notre âme et notre corps, que lorsque nous avons une fois joint quelque action corporelle avec quelque pensée, Tune des deux ne se présente point à nous par après que Tautre ne s'y présente aussi : comme on voit en ceux qui ont pris avec grande aversion quelque breuvage étant malades, qu'ils ne peuvent rien boire ou manger par après qui en approche du goût, sans avoir derechef la même aversion ; et pareillement qu'ils ne peuvent penser à l'aversion qu'on a des médecines, que le même goût ne leur revienne en la pensée. Car il me semble que les premières passions que notre âme a eues lorsqu'elle a commencé d'être jointe à notre corps ont dû être que quelquefois le sang, ou autre suc qui entrait dans le cœur, était un aliment plus convenable que l'ordinaire pour y entretenir la chaleur, qui est le principe de la vie; ce qui était cause que l'âme joigndt à soi de volonté cet aliment, c'est-àdire l'aimait; et en même temps les esprits coulaient du cerveau vers les muscles qui pouvaient presser ou agiter les parties d'où il était venu vers le cœur, pour faire qu'elles lui en envoyassent davantage ; et ces parties étaient l'estomac et les intestins, dont l'agitation augmente Tappétit, ou bien aussi le foie et le poumon, que les muscles du diaphragme peuvent presser : c'est pourquoi ce même mouvement des esprits a toujours accompagné depuis la passion d^amour.
Art. 108. En la haioe.
Quelquefois, au contraire, il venait quelque «oc étranger vers le cœur, qui n'était pas propre à entretenir la chaleur, ou même qui la pouvait éti&iudre; ce qui était cause gue les esprits qui
B70 LEi PAiSlOHg »B L*ÀMB.
montaient dfi eœuv au cerveau eicitaient en Pâme la passion de la haine ; pt en môme temps aussi ees esprits allaient du cerveau vers les nerfs qui pouvaient, pousser du sang de la rata et des petites veines du foie vers le cœur, pour empêcher ce suc miisihle d'y entrer, let de plus vers ceux qui pouvaient répons- MT ee même sue vers les intestins et vers r^stomac, ou aussi queli;aefoi9 ol)liger l-pstomae à le ¥ûBiir t d'eu vient que ces mêmes mouvements ont coutume d'accompagner la passion de la haine. Et on peut voir à l'œil qu'il y a dans le foie quantité de veines ou conduits assez larges par où le suc des viandes peut ps^ss^r de 1^ yeine port^ er\ ]?l veiqç cay^, et 4^ \h ^u cour, sans s'arrêter aucunement ^u foie; m^i§ il y §m fi ^u^si unp ipfinité d'autres plus petites qù il peut s'ar^^ter, et qui contiennent toujours du sang de réserve, ^insi que fait aus^i l§.r^te ; lequel san^ étant plu^ grossier que c^li^i qui est dans (e^ autres parties du cprp^ peut miei^x servir d^alipiepj; ay fçu quj ^$\ ^d^ le cœur (][uand l'estomac et leç intestins n^anquent de lui en fournir.
Art, tM. |n ift Joii^
n est ^ussi (quelquefois arrivé au commencement de notre vie que le sang contenu dans les veines était un aliment assez convenable pour entretenir 1^ chaleur du cq^ur, pt qu'elles en contenaient en telle quantité qu'il n'avait ppint besoin de tirer aucune nourriture d'ailleurs ; ce quj a excité en l'^lme la passion de la joie, et a fait en même temps qup les orifices du cœur se sont plus ouverts que de coutume , et que les esprits coulant abondamment du cerveau, non-seulement dans )es nerfs qui ser\'ent à ouvrir ces orifices, mais aussi généralement en tous les autres qui poussent le ?ang des veines vers le cœur, empêchent qu'il n'y en vienne de nouveau du foie, de la rate, des in testins et de 1 estomac : c'est pourqupi ces mêmes mouvements accompi^nent la joie.
Quelquefois, au contrftjy^, |1 ^st ftrrivé que le corps a eu faute de nourriture, et c'est ce qui doit faire sentir à l'âme sa première tristesse, au moinp qui B'a point été jointe à la h^ne : cela même a fait ^ussi que les orifices du cœur se sont étrécis, à i^i^use qu'ils ne n^çoivent que peu de s«ng ; et qu^une assez ni>-
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table partie de saag est venue de^ la rate, à cause qu'elle est comme le dernier réservoir qui sert à en fournir au cœur lorsquMl ne luiep vient pas assea d'ailleurs : c'est pourquoi les mouvements des esprits et des nerfo qui servent à étrécir ainsi les oriûoes du coeur et à y oonduive du sang de )a rate accompa* gnent toujours la tristesse.
Art. 114* 4i) désir.
Enfin, tous les premiers désirs que Fâme peut avoir eus lorsqu'elle était nouvellement jointe au corps ont été de recevoir les choses qui lui étaient convenables, et de repousser celles qui lui étaient nuisibles; et ç*a été pour ces mêmes effets que les esprits ont commencé dès lors à mouvoir tous les muscles et tous les* organes des sens en toutes les façons qu^ils les peuvent mouvoir; ce qui est cause que maintenant, lorsque Fâme désire quelque chose, tout le corps devient plus agile et plus disposé à se mouvoir qu'il n^a coutume d'être sans cela. Et lorsqu'il arrive d'ailleurs que le corps est ainsi disposé, cela rend les désirs de l'âme plus forts et plus ardents.
Art. lit. QmIs loat Im tignei eitérienrs de ces passioot.
Ce que j'ai mis ici fait assez entendre la cause des différences du pouls et de toutes les autres propriétés que j'ai ci-dessus attribuées à ces passions, sans qu'il soit besoin que je m'arrête à leq expliquer davantage ; mais, pour ce que j'ai seulement remarqué en chacune ce qui s'y peut observer lorsqu'elle est seule, et qui fier( h, connaître les mouvements du sang et de^ esprits qui les produisent, il me reste encore à traiter de plusieurs signes extérieur^ qui ont coutume de les accompagner, et 4ui se remarquent liien mieux lorsqu'elles sont mêlées plur sieurs ensemble, aipsi qu'elles put coutume d'être, que lorsqu'elle» sont séparées. Les principaux de ces signes sont lei étions des yeux et du visage, les changements de couleur, les tremblenients, la longueur, la pâmoison^ \^ xih 1^ larmes, \e$ gémissements et les soupirs.
Art. iil. Iket lettons des yeoz el ia «Inge.
n n*y a aucune passion que quelque partioulièie action des yeux ne déclare t et cela est si manifeste en queiques^unei, que
inS LES PASSIOIIS DE L*AMB.
ménie les valets les plus stapides peurent remarquer à Fœil de leur maître s^ii est fâche contre eux ou s*il ne Test pas. Mai» encore qu^.on aperçoive aisément ces actions des yeux et qu'on sache ce qu'elles signifient, il n'est pas aisé pour cela de les décrire, à cause que chacune est composée de plusieurs changements qui arrivent au mouvement et en la figure de rœil, lesquelles sont si particulières et si petites, que chacune d'elles ne peut être aperçue séparément, hien que ce qui résulte de leur conjonction soit fort aisé à remarquer. On peut dire quasi le même des actions du visage qui accompagnent aussi les pas dons : car, bien qu'elles soient plus grandes que celles des yeux, U est toutefois malaisé de les distinguer ; et elles sont si peu différentes qu'il y a des hommes qui font presque la même mine lorsqu'ils pleurent que les autres lorsqu'ils rient. U est vi*ai qu'il y en a quelques-unes qui sont assez remarquables, comme sont les rides du front en la colère, et certains mouvements du nez et des lèvres en l'indignation et en la moquerie ; mais elles ne semblent pas tant être naturelles que volontaires. ' Et généralement toutes les actions tant du visage que des yeux peuvent être changées par l'âme lorsque, voulant cacher sa passion, elle en imagine fortement une contraire ; en sorte qu'on s'en peut aussi bien servir à dissimuler ses passions qu'à les déclarer.
Art. il 4. Des ehangemeoto de ooidear.
On ne peut pas si facilement s'empêcher de rougir ou de pâlit* lorsque quelque passion y dispose, pour ce que ces changements ne dépendent pas des nerfs et des muscles, ainsi que les précédents, et qu'ils viennent plus immédiatement du cœur, lequel on peut nommer la source des passions, en tant qu'il prépare le sang et les esprits à les produire. Or il est certain que la couleur du visage ne vient que du sang, lequel, coulant continuellement du cœur par les artères en toutes les veines, et de toutes les veines dans le cœur, colore plus ou moins le visite, selon qu'il remplit plus ou moins les petites veines qui sont vers sa superficie.
Art. 115. Comment U joie fait roagir.
Ainsi, la joie rend la couleur plus vive et plus vermeille, pour ce qu'en ouvrant les écluses du cœur elle fait que le sang coule