DEUXIÈME PARTIE
plus vite en toutes les veines, et que, devenant plus chaud et plus subtil, il enfle médiocrement toutes les parties du visage, ce qui en rend Fair plus riant et plus gai.
Art. 116. Comment ta tristesse fait pâlir.
La tristesse, au contraire, eii étrécissant les orifices du cœur, fait que le sang coule plus lentement dans les veines, et que, devenant plus froid et plus épais, il a besoin d'y occuper moins de place; en sorte que, se retirant dans les plus larges, qui sont les plus proches du cœur, il quitte les, plus éloignées, dont les plus apparentes étant celles du visage, cela le fait paraître pâle et décharné, principalement lorsque la tristesse est grande ou qu'elle survient promptement : comme on voit en Tépouvante, dont la surprise augmente Faction qui serre le cœur.
Art. 117. (>>mment on rouget souyent étant tristt.
Mais il arrive souvent qu^on ne pâlit point étant triste, et qu'au contraire on devient rouge ; ce qui doit être attribué aux autres passions qui se joignent à la tristesse, à savoir, ou au désir, et quelquefois aussi à la haine : ces passions échauffant ou agitant le sang qui vient du foie, des intestins et des autres par ties intérieures, le poussent vers le cœur, et de là par la grande artère vers les veines du visage ; sans que la tristesse qui serre de part et d'autre les orifices du cœur le puisse empêcher, excepté lorsqu'elle est fort excessive. Mais, encore qu'elle ne soit que médiocre, elle empêche aisément que le sang ainsi venu dans les veines du visage ne descende vers le cœur pendant que Tamour, le désir ou la haine y en poussent d'autres des partie intérieures ; c'est pourquoi ce sang étant arrêté autour de la face, il la rend rouge, et même plus rouge que pendant la joie, à cause que la couleur du sang parait d'autant mieux qu'il coule moins vite, et aussi à cause qu'il s'en peut ainsi assembler davantage dans les veines de la iàce que lorsque les orifices du cœur sont plus ouverts. Ceci parait principalement en la honte, laquelle est composée de l'amour de soi-même et d'mi désir pressant d'éviter l'infamie présente, ce qui fait venir le sang des parties intérieures vers le cœur,- puis de là par les artères vers la face; et avec cela d'une médiocre tristesse, qui empêche ce sang de retoumei vers le cœur. Le même parait
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aussi ordinairement lorsqu'on pleure ; car, comme je dirai ciaprès, c'est Tampur jointe à la tristesse qui cause la plupart des larmes ; et le même parait en la colère, où souvent un prompt désir de vengeance est mêlé avec Tamour, la haine et la tristesse.
Art. IIS* Dm tremblémeats*
ha$ trefublemeuts ont deux diyersea causes : Fui^e est qu'il vf^nt quelquefois trop peu d'esprits du cerveau dans les nerfs, et l'autre qu'il 7 en vient quelquefois trpp, pour pouvoir fermer bien justement les petits passages des muscles, qui, suivant ce qui a été dit en Tarticle li, doivent être fermés pour déterminer les mouvements des membres. La première cause parait en la tristesse et eu la peur, cemme aussi lorsqu'on tremble de froid ; car ces passions peuvent aussi bien que la froideur de l'air tellement épaissir le sang qu'il ne fournisse pas assez d'esprits au cerveau pour en envoyer dans les nerfs. L'autre c^use parait souvent en ceux qui désirent ardemment quelque chose, è\ en ceui qui sont fort én^us de colère, comme aussi en ceux qui sont ivres : car ces deux passions, aussi bien que le vin, font aller quelquefois tant d'esprits dans le cerveau qu'ils ne peuvent pas être règlement conduit de là daps les muscles.
Art. 119. De 1» laogueur.
Lft langueur ert un^ disposition h m reliche; et êtve sans TUQUYmuent, qui est sentie en tous les membres; eUe vient, ainsi que le tremblemept» de oq qu'il ne va pas aaseï d'esprits dans les nerfs; mais d'une façon diffiivente } car- la cause du tremblement est qu'il u^y pn a pas as^es dans le cerveau pour obéir aux dét^n)inationa de la glande Ipcsqu^elle les pousse vers quelque muscle, au ^eu que la langueur vi^nt de ce que la glande ne les détermine point à aller vers aucuns muscles plutôt que Vf ra d'autres.
Et la passion qui cause le plus ordinairement cet effet est Pamour joint au désir d'une chose dpiit Tacquisition n*est pas imaginée comme possible pour le temps présent; car Tamour occupe tellement I^me à considérer l'objet aimé, qu'elle em-