‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 93 sur 106 · DEUXIÈME PARTIE. (S · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. (S

>loîe tous les esprits qui sont dans le cerveau à lui en repréicnter rimage, et arrête tous Içs mouvements de la glande qui le servent point à cet efiet. Et il faut remarquer, touchant le iésir, que la propriété (JUe* je lui ai attribuée de tetidre le corps )lus mobile tie lui convietit (|1iô Idtsqu'oii imagitle Tobjet déliré êtî*e tel (Ju'on peut dès ce tetnps-lâ faii'e quelque chose qlii lerve à Tâcquérir; car si, au contraire, bn imagitae qu'il est imjossible pour lors de rien fabe qui y soit litile, toute l*agitAtion lu déâirdetnéui'edatis le cet'teail sàtiâ passer aucuhement dans es nerfs, et, étant entièrement employée à y fortifier Tidée de *objet désiré, elle laisse le reste du corps languissant.

àH, Iti. Qu'elle peut anssi être causée par d*antrei pasiioni.

Il eât vtdi que la haine, la tristesse, et même la joie, peuvéîit causer aussi quelqud langueur lorsqil'éllës sont fort violentes, L cÂuse qu'elle!^ occuf^etit ëtitîèi'etnent Tâme ft coiisidëtër leur >bjet, prificipaleiïletit loifeque le dëfeit* d'tiné Chose à FacqUliiiion de laquelle oti tie pébt rietl cdnttibUel* dti temps présent est oint atec elle. Uâis poMt Ce qu'on s'arrête bien plus à considë- •er les objets qu'ôti joint à soi de volonté que deux qu'on en sé- >afe et qU^aucUnfe antres, et que la latlfeUeur ne dépend pdint l'aune surprise, mais a be&ôlh de cpièlctuè ievàp^ pOUr être fornée, elle se rencontre bien plus en Tamour qu'en toutes les mires passions.

Art 112. De la famoison.

La pamoiêon n'est pas fort éloignée de la mort, car on meurt orsque le fôti qui est datis le cû&Ur s'éteint tout à fâit^ et on otribé seulement en pâmoison lorsqu'il e6t étouffé en teUe sorte |tiMi demeui*e encore quelques restes de chaleur qui peuvent yBt après le ralluiUet. Of U y a (tlusieurli hidispositions du lOrpi qui peuvent faire qu'on totnbe aiusi eu dëfaillluiee, mais ïtitre les passion^ il U'y ft ({Ue l'extrême joie qu'on remarqué ;ri avoir le pouvoir: et la façon dont Je crois qu'elle cause eet ïiTet est qu'ouvrant extraordinabement les orifices du cœur, le ^ng des veines y entre si à coup et en si grande quantité qu'il l'^y peut étte raréfié par la chaleur assee promptement pour ever les petites peaux qui ferment les entrées de ces veines : KU moyen de quoi il étouffe le feu, lequel il a coutume d'entre«> ienir lorsqu'il n'entre dans k e«ur que par meiurei

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Art ItS. Powquoi OD M pane point de triflHitb

Il semble qu'une grande tristesse qui survient inopinément doit tellement serrer les orifices du cœur qu'elle en peut aussi éteindre le feu, mais néanmoins on n'observe point que cela arrive, on s'ilai'rive c'est très-rarement; dont je crois que la raison est qu'il ne peui guère y avoir si peu de sang dans le cœur qu*il ne suffise pour entretenir la chaleur lorsque ses ori> fices sont presque fermés.

▲ftlM. Durit.

Le ris consiste en ce que le sang qui vient de la cayité droite du cœur par la veine artérieuse, enflant les poumons subitement et à diverses reprises, fait que l'air qu'ils contiennent est contraint d'en sortir avec impétuosité par le sifflet, où il forme une voix inarticulée et éclatante: et tant les poumons en s'enflant, que cet air en sortant, poussent tous les muscles du dia* chragme, de la poitrine et de la gorge, au moyeu de quoi ili font mouvoir ceux du visage qui ont quelque connexion avec eux ; et ce n'est que cette action du visage, avec cette toiz inarticulée et éclaumte, qu'on nomme le ris.

Art. 115. Pourquoi il n'aoeompagne point les pins grandes joie&

Or, encore qu*il semble que le ris soit un des principaux signes de la joie, elle ne peut toutefois le causer que lorsqu'elle est seulement médiocre et qu'il y a quelque admiration oa quelque haine mêlée avec elle : car on trouve par expérience |ue lorsqu'on est extraordinairement joyeux, jamais le sujet de cette joie ne fait qu'on éclate de rire, et même on ne peur pas si aisément y être invité par quelque autre cause que lorsqu'on est triste; dont la raison est que, dans les grandes joies, le poumon est toujours si plein de sang qu'il ne peut être davantage enflé par reprises.

Art iS6. Qndles sont ses prindpales oanso.

Et je ne puis remarquer que deux causes qui fassent ainsi subitement enfler le poumon. La première est la surprise de l'admiration, laquelle, étant jointe à la joie, peut ouvrir si promptement les orifices du cœur, qu'une grande abondance

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de sang, entrant tout à coup en son côté droit par la \eine cave, s'y raréfie, et, passant de là par la veine aiiérieuse, enfle le poumon. L'autre est le mélange de quelque liqueur qui aug* mente la raréfaction du sang ; et je n'en trouve point de propre à cela que la plus coulante partie de celui qui vient de la rate, laquelle partie du sang étant poussée vers le cœur par quelque légère émotion de haine, aidée par la suri)rise de l'admiration, et s'y mêlant avec le sang qui vient des autres endroits du corps, lequel la joie y fait entrer en abondance, peut faire que ce sang s'y dilate beaucoup plus que Tordinaire : en même façon qu'on voit quantité d'autres liqueurs s'enfler tout à coup étant sur le feu lorsqu'on jette un peu de vinaigre dans le vaisseau où elles sont ; car la plus coulante partie du sang qui vient de la rate est de nature semblable au vinaigre. L'expérience aussi nous fait voir qu'en toutes les rencontres qui peuvent produire ce ris éclatant qui vient du poumon, il y a toiyours quelque petit sujet de haine, ou du moins d'admiration. Et ceux dont la rate n'est pas bien saine sont sujets à être non* seulement plus tiistes, mais aussi, pai: intervalles, plus gais et plus disposés à rire que les autres : d'autant que la rate envoie deux sortes de sang vers le cœur, l'un fort épais et grossier, qui cause la tristesse ; l'autre fort fluide et subtil, qui cause la joie. £t souvent, après avoh* beaucoup ri, on se sent naturellement enclin à la tristesse, pour ce que, la plus fluide partie du sang de la rate étant épuisée, l'autre, plus grossière , la suit vers le cœur.

Art 127. Qu«Ue est la cause en rindignatioa.

Pour le ris qui accompagne quelquefois l'indignation, il est ordinairement artificiel et feint ; mais, lorsqu'il est naturel, il semble venir de la joie qu'on a de ce qu'on volt ne pouvoir être offensé par le mal dont on est indigné, et, avec cela, de ce qu'on se trouve surpris par la nouveauté ou par la rencontre inopinée de ce mal : de façon que la joie, la haine et l'admira* tioQ y contribuent. Toutefois je veux croire qu'il peut aussi être produit, sans aucune joie, par le seul mouvement de l'aversion, qui envoie du sang de la rate vers le cœur, où il est ra* réfié et poussé de là dans le poumon, lequel il enfle facilement lorsqu'il le rencontre presque vide; et généralement tout ce qui peut enfler subitement le poiunon en cette façon cause racés

578 LES FASSIONS PB |.'aMB.

^ion extérieure du rs, excepté lorsque la tristesse la change u celle des gémissements et des cris qu^ accon^pagnent les larmes. A propos de quoi Vives écrit de soinoDéme q[ue lorsqu^il avait été longtemps sans manger, les premiers morceaux qu'il mettait en sa bouche Tobligeaient à rire; ce qui pouvait venir de ce que son poumon, vide de sang par faate de nourriture, était promptement enflé par le premier suc qui passait de son estomac vers le cœur, et que la seul^ imagination de manger y pouvait conduire, avant même que celui des viandes qu'il mange«^t y fût parvenu.

Art. 118. De l'origiiM dflt lames.

Gomme le ris n*est jamais causé par les plus grandes joies, ainsi les larmes ne viennent point d'une extrême tristesse, mais seulement de celle qui est médiocre et accompagnée ou suivie de quelque sentiment d'amour, ou aussi de joie. Et, pour bien entendre leur origine, il faut remarquer que bien qu^U sorte continuellement quantité de vapeurs de toutes les parties de notre corps, il n'y en a toutefois aucune dont il en sorte tant que des yeux, à cause de la grandeur des nerfs optiques et de la multitude des petites artères par où elles y viennent ; et que, comme la sueur n'est composée que des vapeurs qui, sortant des autres parties, se convertissent en eau sur leur superficie, ainsi les larmes se font des vapeurs qui sortent des yeux.

Art. 129. De la façon que les Tapeurt se changent en ean.

Or, comme jlai écrit dans les Météores, en expliquant en quelle façQp 1^ vfipeurs de Fair se convertissent en pluie, que cela vient de ce qu'elles sont iQoins agitées ou plus abondantes qu'à l'orc^inaire, ainsi je crois que lorsque celles qui sortent du corps sont beaucoup moins agitées que de coutume, encore qu'elles ne soient pas si abondantes, elles ne laissent pas de se convertir en eau, ce qui cause les sueurs froides qui viennent quelquefois de faiblesse qus^nd on est ipalade ; et je crois que lorsqu'elles soi^t beaucoup plus abondadte^, pourvu qu'elles ne soient pas avec cela plus çigitées, elles se cpnyertissent aussi en eau, ce <|ui est cause de la sueur qui yi^ut quand oo fait qudque exercice, Mais alors les yeux ne suent point, pour ce que, pendant les exercices du corps, la plupi^rt des esprits allant dans l6«

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muscles qui servent à le mouvoir, il en va moins par le nerf optique vers les yeux. Et ce n'est qu'une même matière qui compose le sang pendant qu'elle est dans les veines ou dans les ai-tères, et les esprits lorsqu'elle est dans le cerveau, dans les nerfs ou dans lès muscles, et les vapeurs lorsqu*elle en sort en rortbe d'air, et, etififl, la sueui* ou les larmes lorsqu'elle s'épfekissit en eau Hut la superficie du corps ou des yeux.

▲rt. 150. Gomment ee qni fait de la dovletur àP/Bil Tezeiteà pleater.

Et je ne puis remarquer que deux causes qui fassent que les vaj>ettrs qui sortent dés yeux se changent en larmes. La première est quand la figure des porcs par où elles passent est chatigée par quelque accident que ce piiisse être : car cela retardant le mouvement de ces vapeurs, et changeant leur ordre, peut faire qu'elles se convertissent en eau. Ainsi il ne failt qu'un fétu qui tombe dans l'œil pour en tirer qiuelques larmes, à cause qu'en y excitant de la douleur il change la disposition de ses pores : en sorte que, quelques-ims devenant plus étroits, les petites parties des vapeurs y passent moins vite, et qu'au lieu qu'elles en sortaient auparavant également distantes les unes des autres, et ainsi deqpieuraient séparées, elles viennent à se rencontrer, à cause que Tordre de ces pores est troublé, au moyen de quoi elles se joignent, et ainsi se coavertissent en larmes.

Arti 191. CmuaiflDt ou j^leeté di tristMia.

L'autre cause est la trlsteisse suivie d^amour ou de joie, ou généralement de quelque cause qui fait que le cœur pousse beaucoup de sang par les artères ; là tristesse y est requise, à cause que, refroidissant tout le sang, elle étrécit les pores des yeux : tttais, pour ce qu'à liiesure qu'elle les étrécit, elle diminue aussi la quantité des vapeiii's autqitelles ils doivent donner passage, cela ne suffit pas pottr ^i^oduiî'e des larmes si la quantité de ces vapeurs n'est à même temps augmentée par quelque * autre cause ; et il n'y a rien qui l'augmente davantage que le sang qui est envoyé vers 4e cœur en la passion de l'amour : aussi voyons-nous que ceux qui sont ttistes ne jettent pas continuellement des larmes, mais seulement par intervalles, lorsqu'ils font quelque nouvelle réflexion sur les objets qu'ils affectionnent.

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