LES PASSIONS ME L*AXB
se persuadent facilement que chacun des autres hommes les peut aussi avoir de soi, pour ce qu^il n^y a rien en cela qui dépende d'autrui : c'est pourquoi ils ne méprisent jamais personne : et, bien qu'ils Toient souvent que les autres commettent des fautes qui font paraître leur faiblesse, ils sont toutefois plus enclios à les excuser qu'à les blAmer, et à croire que c'est plutôt par manque de connaissance que par manque de bonne volonté qu'ils les commettent ; et, comme ils ne pensent point être de beaucoup inférieurs à ceux qui ont plus de bien ou d'honneurs, ou même qui ont plus d'esprit, plus de savoir, plus de beauté, ou généralement qui les surpassent en quelques autres perfections, aussi ne s'estiment-ils point beaucoup au-dessus de ceux qu'ils surpassent, à cause que toutes ces choses leur semblent être fort peu considérables à comparaison de la bonne volonté, pour laquelle seule ils s'estiment, et laquelle ils supposent aussi être ou du moins pouvoir être en chacun des autreis honunes.
Art. ISS. Cn quoi consiste rhumiUté vertoense.
Ainsi les plus généreux ont coutume d'être les plus humbles ; et l'humilité vertueuse ne consiste qu'en ce que la réflexion que nous faisons sur l'infirmité de notre nature et sur les fautes que nous pouvons autrefois avoir commises ou sommes capables de commettre, qui ne sont pas moindres que ceUes qui peuvent être commises par d*autre, est cause que nous ne nous préférons à personne, et que nous pensons que les autres ayant leur libre arbitre aussi bien que nous, ils en peuvent aussi bien user.
Art. ISS. QneUes sont les propriétéf de la générosité, «t comment elle sert de remMe
contre tout les dérèglements des passions.
Ceux qui sont généreux en cette façon sont naturellement portés à faire de grandes choses, et toutefois à ne rien entre- 1 prendre dont ils ne se sentent capables ; et pour ce qu'ils n'estiment lien de plus grand que de faire du bien aux autres hommes et de mépriser son propre intérêt, pour ce sujet ils sont toujours parfaitement coiu'tois, affables et ofïïcieux envers un chacun. Et avec cela ils sont entièrement maîtres de leurs passions, particulièrement des désirs, de la jalousie et de l'envie, à cause qu'il n'y a aucune chose dont l'acquisition ne dépende "[tas d'eux qu'ils pensent valoir assez pour mériter d'être bean-
TROISIÉXE PARTtB. S93
coup souhaitée ; et de la haine envers les hommes* à cause qu^ils les estiment tous ; et de la peur, à cause que la confiance qu'ils ont en leur yertu les assure ; et, enfin, de la colère, à cause que, n'estimant que fort peu toutes les choses qui dépendent d'autrui , jamais ils ne donnent tant d'ayantage à leurs ennemis que de reconnaître qu*ils en sont offensés.
AH. 157. De rorgoeil.
Tous ceux qui conçoivent bonne opinion d'eux-mêmes pour quelque autre cause, telle qu'elle puisse être, n'ont pas une vraie générosité, mais seulement un orgueil, qui est toujours fort vicieux, encore qu'il le soit d'autant plus que la cause poui laquelle on s'estime est plus injuste ; et la plus injuste de toutes est lorsqu'on est orgueilleux sans aucun sujet ; c'est-à-dire sans qu'on pense pour cela qu'il y ait en soi aucun mérite pour le- V quel on doive être prisé, mais seulement pour ce ou'on ne fait point d'état dii mérite, et que, s'imaginant que la g] Mre n'est autre chose qu'une usurpation, l'on croit que ceux qui s'-'n attribuent le plus en ont le plus. Ce vice est si déraisonnable et si absurde que j'aurais de la peine à croire qu'il y eût des hommes qui s'y laissassent aller, si jamais personne n'était loué injustement ; mais la flatterie est si conunune partout qu'il n'y a point d'homme si défectueux qu'il ne se voie souvent estimer pour des choses qui ne méritent aucune louange, ou même qui méritent du blâme ; ce qui donne occasion aux plus ignorants et aux plus stupides de tomber en cette espèce d'orgueU.
Art. 158. Que ees effets sont contraires à oeax de la générosité.
Mais, quelle que puisse être la cause pour laquelle on s'estime, fi elle est autre que la volonté qu'on sent en soi-même d'user tovjours bien de son libre arbitre, de laqueUe j'ai dit que vient la générosité, elle produit toujours un orgueil très-blâmable, et qui est si différent de cette vraie générosité qu'il a des effets entièrement con^xaires ; car tous les autres biens, comme l'esprit, la beauté, les richesses, les honneurs, etc., ayant coutume d'être d'autant plus estimés qu'ils se trouvent en moins de personnes, et même étant pour la plupart de telle nature qu'ils ne peuvent être communiqués à plusieurs, cela fait que les orgueilleux tâchent d'abaisser tous les autres honunes, et qu'étan^
si
S94 Le§ i>A0BiO!f8 01 l'ave.
esclaves de leurs ééûr^i ib ont râtne intessaminetit àgilée d« haine, d^etlViey de jaleusie ou de cdère.
Art. 151. De l'biaiiliK lûA^Hm.
t^our la b&ssèssë ou humilité vicieuse, elle côhsîste pHndpalement en ce qu^on se sent faible ou ^éix fésold, et quë, cdmme si on n*ayait pas Fusage entier de son lîlire arbitre, on ne se peut empêcher de faire des choses dont on sait qu^on se repentira par après \ pùiè aussi en ce qu*on croit Hé (^mTÔir subsista par soi-même, ni se passer de plusieurs choses dont l^acquisitioti dépend d^authii. Ainsi elle est directement oppbsëe à la générosité ; et il arrive souvent que ceux qUi (mt Tesprit le plus bas sont les plue arrogants ëi superbes, en lUême fkçbn que les plUâ gétléreux sont les plus thôdestes et les plus humbles. Mais, au lieu niif rr*iiT yi< nnt Tryp^'^-f^*^ «t ^néfi\(x ne r%^gAnt point d*hlihieiir4>ûiit ^''\rrjpfrf*'''' ^'^ à(lTfir{^''tés qui leurar-
71 vent, ceux qui Foitt ^iU<^^ nhjftM no <nnf PAni^n^ff^
la fortune^ et Ji& prospérité ni^ \n CTlflp P"* n%n\t%^ gtna |^||^^^>- ^tc les rcnà humhlas. Même on voit souvent qu'ils s^abaissent honteusement auprès dé ceux dont ils attendent quelque profit otL craignent qilelqile mal, et qu'au tiiêttie tetrïj[>s ils é'ëlèvent insolemment au-dessus de ceux de^uéls il n'espèrent ni ne craignent aucune chose.
Art I60« Quel éA le meoTètteiit dit êSj^ritfe ed eei ^iilltiis.
Au reste, il est aisé à connaître que i'orgued et la bassesse ne sont pas seulement des vices, mais aussi des passions, à cause ^^ que leur émotion paî'àtt fort à l'extérieur èii céiii qui sôht subitement enflés ou abattus par quelque nouv^e ooëa^n; àiais on peut douter si la générosité et l'humilité) qui tont des yeat^ tus, peuvent aussi être des passdehs, pour ee que leurs moûirements paraissent moins, et qu'il seilible que la vertu ne sympathise pas tant avec la passion que fait le vice; Toutefiiis, je ne tds point de raison qui empêche que le même mouvement des esprits qdi sert à fbrtiflei une pensée lorsqu'elle a un fondement qui est mauvais^ ne la ouisae aussi fbrtifier lorsqu'elle en a un qui est juste ; et pOui ce que l'orgueil et la générosité ne -insistent qu'en la benne opinion qu'cMi a de s^^même, et ne Vent qu*en ce qtle cette of^nien est ii^uste ta Tun et juste
m raatre^ il me semble qu'on les peut rapporter à une même ^sion, laqtiehë '^ éttitëe par ntl «atmteillefil^ composé de ^ux de Tadmiration, de la joie et de Tamour, tant de celle ffu'on a pour soi qua cte cdle qu*on à pour la éhosè qui fait qtlhon 8 estime : comme, au contraire^ le mouvement qui excite rhu* milité, soit Vertueuse, soit vicieuse, est côlhposé de ceux de ^admiration, de la tristesse, et dé raînotir qii*bô a ^ur ëdU même, mêlée i^vec la haine qù^on a poiir ses défauts ^Ui Ml qu'on ée mieprise ; et ioute la différence qiie Je i'etiiaixjùë eti cc!^ mouvements est qile celui de IWmiràtioh à deux |;)ropriétés : la première, que la surprise le rend Fort dès son comtneiicément ; et Tautre, qu'il est égal en sa continuation, ë'eét-à-dirë que les esprits continuent à se mouvoir d^unë mêiUe tenéùi^ dans le cerveau : desquelles propriétés là prëiilièré se rencotiti^ bien plus en l'orgueil et en là bassesse qu en lé générosité et en rhumiiité vertueuse i et au conlraii^e, la dei*tiière se i^marquô mieux en celles-ci qu^aux deux autres : dont la raison est qiie le vice vient ordinairement de l'ignorance, et que ce sont ceui qui se connaissent le moins qui sonî le pltiS sujets à s^enorgueillir et à s'humilier plus qu^ils ne doivent, à cause que tout ce qui leur arrive de nouveau les surprend, et fait (^ue, se l'attribuant k eux-mêmes, ils s*admirent, et qu'ils s^estimetit ou se méprisent selon qu^ils jugept que ce qui leur arrive est à leur avantage ou n*y est pas. Mais, pour ce que souvent après uiie chose qui les a eùcn^ueillis il en survient une autre qiii les bumilie, le mouvement de leurs passions est variable ; au contraire, il n'y a rien en la générosité qui ne soit compatible avec l'humilité vertueuse, ni rien ailleurs qui lés j[>uissé changer, ce qui fait que leurs mouvements sotit fermes, constante, et totljôtlii fort semblables à eux^mèmts. Mais ils n^ viennent pas tant de surprise, pour ce que ceux qui s'estiment en cette façon connaissent assez quélleà sont lés causes qUi Ibnt qu'ils s'estinsetit ; toutefois on peut dire que ces causes sotit Si merteilleuses ( à Bavoir, la puissance d'user de son libre at'bitriB, qui fait qu'on se prisé soi-même, et les infirmités du sujet en qui est cette puissance, qui font qu^on ne s'estinie pas trop ) qu'à toutes tels fois qu'on se les représente de nouveau elles donnent toujoniv une nouvelle admiration.
590 LES PASSiom ht l'akb.
Art 161. Goomeot la générofUé peut être leqBiM.
Et il faut remarquer que ce qu'on nomme communément des ▼ertus sont des habitudes en Tàme qui la disposent à certaines pensées, en sorte qu'elles sont différentes de ces pensées, mais qu'elles les peuvent produire, et réciproquement être produites par elles. Il faut remarquer aussi que ces pensées peuYent être produites par Tâme seule, mais qu^il arrive souvent que quelque mouvement des esprits les fortiûe, et que pour lors eUes sont des actions de vertu et ensemble des passions de Tâme : ainsi, encore qu'il n'y ait point de vertu à laquelle il semble que la bonne naissance contribue tant qu'à celle qui fait qu'on ne s'estime que selon sa juste valeur, et qu'U soit aisé à croire que toutes les âmes que Dieu met en nos corps ne sont pas également nobles et fortes ( ce qui est cause que j'ai nommé cette vertu générosité, suivant l'usage de notre langue, plutôt que magnanimité, suivant l'usage de l'école, où elle n^est pas fort connue), il est certain néanmoins que la bonne institution sert beaucoup pour corriger les défauts de la naissance, et que si on s'occupe souvent à considérer ce que c'est que le libre arbitre, et combien sont grands les avantages qui viennent de ce qu'on a une ferme résolution d'en bien user, comme aussi, d'autre côté, combien sont vains et inutiles tous les soins qui travaillent les ambitieux, on peut exciter en soi la passion et ensuite acquérir la vertu de générosité, laquelle étant comme la clef de toutes les autres vertus, et un remède général contre tous les dérèglements des passions, il me semble que cette considération mérite bien d'être remarquée.
Art 16i. De la i4iiér«iioiu
La vénération ou le respect est une inclination de Pâme nonseulement à estimer l'objet qu'elle révère, mais aussi à se soumettre à lui avec quelque crainte, pour tâcher de se le rendre favorable; de façon que nous n'avons de la vénération que pour les causes libres que nous jugeons capables de nous faire du bien ou du mal, sans que nous sachions lequel des deux elles feront : car nous avons de l'amour et de la dévotion plutôt qu'une simple vénération pour ceUes de qui nous n'attendons ue du bien, et nous avons de la haine pour celles de qui nous
TROISIÉlfB PART». 597
n'attendons que du mal ; et si nous ne jugeons point que la cause de ce bien ou de ce mal soit libre, nous ne nous soumettons point à elle pour tâcher de Tavoir favorable. Ainsi, quand les païens ayàîent de la vénération pour des bois, des fontaines ou des montagnes, ce n'était pas proprement ces choses mortes quUls révéraient, mais les divinités qu'ils pensaient y présider. Et le mouvement des esprits qui excite la vénération est composé de celui qui excite Tadmiration et de celui qui excite la crainte, de laquelle je parlerai ci-après.
Afft ItS. Du dédaia.
Tout de même, ce que je nomme le dédain est Tinclination qu'a Fâme à mépriser une cau^ libre en jugeant que, bien que de sa nature elle soit capable de faire du bien et du mal, elle est néanmoins si fort au-dessous de nous qu'elle ne nous peut faire ni l'un ni l'autre. Et le mouvement des esprits qui l'excite est composé de ceux qui excitent l'admiration et la sécurité ou la hardiesse.
▲rt. 164« De l'msage de cet deux passions.
Et c'est la générosité et la faiblesse de l'esprit ou la bassesse qui déterminent le bon et le mauvais usage de ces deux passions : car d'autant qu'on a l'âme plus noble et plus généreuse, d'autant a-t-on plus d'inclination à rendre à chacun ce qui lui .appartient ; et ainsi on n'a pas seulement une très-profonde humilité au regard de Dieu, mais aussi on rend sans répugnance tout l'honneur et le respect qui est dû aux hommes, à chacun selon le rang et l'autorité qu'il a dans le monde, et on ne mé* prise rien que les vices. Au contraire, ceux qui ont l'esprit bas et faible sont sujets à pécher par excès, quelquefois en ce qu'ils révèrent et craignent des choses qui ne sont dignes que de mé* pris, et quelquefois en ce qu'ils dédaignent insolemment celles qui méritent le plus d'être révérées; et ils passent souvent fort promptement de l'extrême impiété à la superstition, puis de la superstition à limpiété, en sorte qu'il n'y a aucun vice ni aucun dér^lement d'esprit dont ils ne soient capables.
Art US. De VespéraDce ^ de la crainte.
L'espérance est une disposition de Tâme à se persuader que
M8 tB9 PAIWHIS M t'àSB.
ce qu'elle désire adviendra* laqudte est cftiuëe par un motte* ment particulier des esprits, i savoir, par celui de la joie et du désir mêlés ensemble; et la crainte est une antre disposition de Pâme qui lui persuade qu'il n^adviendra pas : et il est à remarquer que bien que ces deux passions sment contraires, on les peut néanmoins avoir toutes deux ensemble, à savoir, lorsqu'on se représente en même temps diverses raisons dont les unes font juger que Faccomplissement du désir est déile, les autres le font paraître difficile.
▲rt tes. Delà séeviléct te déietpoir.
Et jamais Tune de ces passions n'accompagne le désir qu'elle ne laisse quelque place à l'autre : car^ lorsque l'espéranee est si forte qu'elle chasse entièrement la crainte, elle change de nature et se nomme sécurité ou assurance ; et, quand on est assuré que ce qu'on désire adviendra, qu'on continue à Touloir quil advienne, on cesse néanmoins d'être agité de la passion du désir, qui en faisait rechercher l'événement avec inquiétude ! toat de même, lorsque la crainte est si extrême qu'elle ôte tout lieu à l'espérance, elle se convettlf en désespoiti et te désespoir, représentant la chose comme impossible, éteint entièrement le désir, lequel ne se porte qu'aux choses possibles.
Art. iS7. De U jiloasie.
La jalousie est une espèce de crainte qui se rapport au désir qu'on a de se conserver la possession de quelque bien ; et elle ne vient pas tant de la fE>roe des raisons qui font jugei^ quViii le peut perdre que la grande estime qu'on en fiiit^ laquelle eit cause qu'on examine jusques aux moindres sujets de sôupfon, et qu'on les prend pour des raisons £9rt considéFabljest
Art. 168. En quoi cette pueion peut être honnête.
Et, pour ce qu'oti doit avoit plus de soin de coiiàervër lés biéris qui sont foH grands qde cetix qui sont moindres, cette passion peut être juste et honnête en quelr^ues occasiohs. Ainsi, par exemple, un capitaihe qui gardé une placé de grande importance a droit d'en être jaloux, c'est-à-dire de se défier de tous les moyens par lesquels elle pourrai! être surprise; et une honnête femme n'est pas blâmée d'être jalouse de sob henacitr^ e^est-
.TROISIËMB PARTIE. 59S
k-dire de ne se garder pas seulement de mal faire, mais aussi févitev jusques aux moindres sujets de médisance.
Art. 169. Bn ipioi eUe «tt MâaMbte.
Mais on se moque d'Un ^yaricieipL lorsqu'il est jaloux de son trésor, c'est-à-dire lorsqu'il le couve des yeux et ne s'en yei^t jamais éloigner de peur qi^'il liji soit dérp})é; car Farge^t ne vaut p£^s la peine d'être gçiri)é ^\pç tant d^ soin : et on n^éprise im homme qui est jaloux de sa femme, pour ce que c'est un témoignage qu'il ne l'aime pas de la bonne sorte, et qu'il a Diauyaise opinion da soi ou d^elle : je dis qu'il ne l'aime pas de la bonne sorte ; car, s'il avait une vraie amour pour elle, il n'aurait aucune inclination à s'en défier ; mais ce n^est pas proprement elle qu*il aime, c'est seulement le bien qu'il imagine consister à en avoir seul la possession ; et il ne craindrait pas de perdre ce bien s'il ne jugeait pas qu'il en est indigne ou bien que sa fisinme est infidèle. Au reste, cette passion ne se rapporte qu*au]^ soupçons et aux défiances , car ce n'est pas proprement être jaloux que de tâcher 4*éTiter quelque mal lorsqu'on a juste sujet de le craindre.
Art. i^, De rircéadiitioB.
L^irrésolution est aussi une espèce de crainte qui, retenant l'âme comme en balance entre plusieurs actions qu^elle peut ikire, est cause qu'elle n'en exécute aucune, et ainsi qu'eUe a du temps pour choisir avant que de se déterminer, en quoi véritablement elle a quelque usage qui est bon ; mais lorsqu'elle dure plus qu'il ne faut, et qu'elle fait employer à délibérer le temps qui est requis pour agir, elle est fort mauvaise. Or je dis qu'elle est une espèce de crainte, nonobstant qu'il puisse arriver, lorsqu'on a le choix de plusieurs choses dont la bonté paraît fo: t égale, qu'on demeure incertain et irrésolu sans qu'oQ uit potu* cela aucune crainte ; car cette sorte d'irrésolution vient seulement du sujet qui se présente, et non point d'aucune émotion d<ss ^^rits : c'est pourquûî elle n'est pas une passion, si ce n'est que la crainte qu'on a de manquer en son choix en augmente Hnoertitude. Mais cette crainte est si ordinaire et si forte en quelques-uns, que souvent, encore qu'ils n'aient point à choisir et qu'ils ne voient qu'une seule chose à prendre ou à