LVI INTRODUCTION
phénomènes frappent nos sens. La distinction à laquelle îl arrive ainsi est d'autant plus radicale que, sous le point do vue de la logique, la conscience est certaine d'une certitude immédiate, et la perception sensible d*une certitude indi* recte et à /)05/^ori seulement. Entre la pensée, d'une part, et l'étendue, de l'autre, il n'y a point d'analogie. Ellesontde commun, dans la nature de l'homme, de tomber sous la quantité ; mais avec cette différence profonde, que la quantité, du moins quant à l'espace, qui est une de ses deux formes, est inhérente à la nature du corps, et même la oonsti* tue ^ tandis qu'elle ne se rencontre que comme un accident et un défaut dans la nature de l'esprit. La pensée dans le temps est une pensée enveloppée et caduque ; la mémoire, Pinduction, le raisonnement , ou ne s'étendent pas au loin, ou ne donnent que des probabilités, et tiennent par conséquent, non à la nature de notre &me, mais à ses défauts. Elles sont en nous pour suppléer à ce qui nous manque, et parce que l'àme n'est pas actuellement une entéléchie, mais une puissance qui se développe successivement dans le temps.
La pensée et l'étendue diffôrent donc de la façon la plus complète*, et Descartes, en employant ces deux attributs pour éléments différentiels des deux substances, les a éloignées l'une de l'autre autant que cela se pouvait faire. Aussi la distinction de l'&me et du corps est-elle un des dogmes les mieux établis dans son école ; et Halebrancbe put dire qu'elle n'avait Jamais été bien connue « que dans ces derniers temps. » Descartes, Malebranche et Leibniz ont, en effet si bien connu la séparation de l'&me du corps, qu'ils n'en ont pas vu l'union. Tout est passif d'ailleurs dans la psychologie de Descartes : il faut qu'il monte jusqu'à Dieu pour trouver une cause libre, et jusqu'aux lois de la nature pour trouver des causes secondes. Quand il sort de son doute méthodique, la première pensée qu'il admet est une pensée qu'il
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ne peut pas De pas admettre, et à laquelle il se résigne pour cet unique motif. Il est vrai qu'elle est précédée d'un effort volontaire (le doute méthodique)*, mais Descartes néglige cet effort, et fait commencer la science au moment où il a cessé, et où l'esprit subit, quoiqu'il fasse, une croyance. Plus tard, en examinant nos idées, Descartes reconnaîtra des idées factices, mais perdues au milieu d'idées innées à la production desquelles nous n'avons aucune part, et d'idées adventices dans l'acquisition desquelles il ne voyait pas l'emploi et la part de notre activité. Enfin lorsqu'il admet la volonté il la fait dépendre du jugement, se condamnant ainsi à ignorer toujours le vrai sens de la liberté ; et ce qui prouve qu'il en avait, comme dit Leibniz, une idée fort extraordinaire, c'est qu'il voulait ensuite admettre la liberté en Dieu, tout en lui ôtant la raison, et qu'il lui 6ta même la raison, tout exprès, à ce qu'il pensait, pour rendre la liberté plus entière. Ce caractère de passivité des deux substances a été cause que Descartes et son école ont expliqué le mouvement de la pensée et le mouvement corporel par l'existence abstraite d'un mouvement général gouverné par des lois mécaniques, ou par l'intervention actuelle de la volonté de Dieu, seul et unique agent de toutes choses-, et en même temps ces différences profondes établies dès le commencement entre les deux substances ont conduit Descartes à cette opinion, que l'esprit a ses lois et la matière les siennes -, en sorte que, pour avoir fait mieux que. personne une distinction importaùte entre les deux parties du monde, il a fini par admettre deux mondes, séparés l'un de l'autre par un abîme infranchissable que peut seule combler la toute-puissance de Dieu, soit qu'elle s'exerce par des lois mécaniques, ou par une action providentielle continue, ou par une harmonie préétablie entre les développements successifs des deux mondes.
Entre la psychologie de Leibniz et celle de Descartes il y a une différence capitale, qui modifie profondément la na-
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ture des deux syatèmes. Doacartes s^arrète à la fonne extérieure de la coQSctence : Je penee, ou je me pense; et concluant immédiatement la nature du sujet» de cette opération primitife par laquelle le siûet se saisit lui-même, il définit Tâme une substance pensante ; plus tard il définira le oorps une substance étendue. Leibniz n'envisage pas seulement la réflexion dans la conscience; dans le fait complexe de Vnr perception du moi par le moi, il tient compte, noD-eeuleoseot du fait d'apercefoir, mais de la nature de l'être aperçu. Cet être lui apparaît comme acfir, c'est-à-dire non^aeulement comme un acte, mais comme un acte qui sort actuellement d'une puissance qui le contenait. L'esprit a donc oonscienoe de lui-même comme d'une force en exerdce; il ccmnalt à la fois son acte, sa puissance, et le rapport de son acte à ta puissance. Il s'afBrme donc, dans le premier fait de oonscience, comme une puissance enveloppant l'efiTort. L*aete ne donne à l'esprit que l'existence présente ; la oontinuité des actes ne donne qu'une succession d'existence : c'est la conscience de la puissance dans son rapport avee l'acte, rapport et acte dont on a également conscience, qui donne l'idée d'identité personnelle, impliquée dans le premier MX de conscience. Donc la notion de substance est proprement la notion d'une ibrœ qui sa développe. Ainsi les phénomènes sortent naturellement de la notion même de substanee, el ne s'y appliquent pas d'une façon tout extérieure, comme à la substance inerte des cartésiens. Leibnii n'a pas profité de sa théorie de la force, car il n'a admi^ que la forée qui se modifie elle-même, et non pas celle qui produit des modifl«> cations dans un sujet étranger. Voilà ce qui l'a forcé de recourir à Dieu, comme les cartésiens, pour expliquer ou plutôt pour remplacer Tinfluence de l'esprit sur le corps. Seulement l'action de Dieu, pour Leibnix, s'exerce en produisant lee substances, c'est-à-dire des forces organisées pour produire régulièrement ime série d'actes (harmonie préétablie), tandis
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que pour Malebranclie elle s'exerce en produisant directement la série des phénomènes (causes occasionnelles). Le système de Leibniz ^st dynamique, celui des caKMens mécanique. Les cartésiens ont une conséquence fftcheuse à 8up«> porter de pitis qtie LeibnlÈ : Ceât que leurs substances ne sont guère capables dMd^ntité, Jusque-là même que Fessetice des corps est mise dans retendue^ laquelle n^eit pas distinguée de l'espace et ne constitue par conséquent qu'une simple juxtaposition dephénomèties. Ils tombent dans cette erreur, p6uf atoir absolument négligé Tectiirlté^ la théorie des causes ocoàsfohnelies et celle de l'harmonie prééta^ blie pebteut tenir d'une eonnaissanoe incomplète de i'acti- Tité.
8f , par une analyse psychologique plus oomplète. Désertes atait reconnu l'impiM-tanoe de la notion de cause, tfi\ atnit vu que la liberté est te fond mente de la conception du moi, œla seul eût nécessairement miNiiAé tout l'en*» semble de sa doctrine) car des causes secondes une flois ad^^ mises, il aurait fallu constater et expliquer leur concours dans te développement successif du monde; la subêtanœ aurait été ttie force, la forée aurait eiisté dans une pufts^ aanoe, le rapport du phénomène à l'être aurait ëa sa raison dans i'aetuatiiMitioii de la puissance; de plus, la notion de fbroe, au lieu de les agraire, eût produit les aaaiogies ^tre le monde physique et le monde moral. Que la foras soit ou non imelUgente et libre , elle ii^en est pas moins une forées ae développant dans les mêmes cenditiona on daas das coqdttioos analogues ^ la sdence eomplète lie ie phénomène produit à l'eflbrt, et l'effort à la Tokmlé. Ainsi la notion gé>néraie de ciuse a'achèTe at s'aoeomplit ; la cause n'est plue reni^prméa dans le dévetoppenrat interne, dans la aiaoïple MtualisatiOQ des phénomènes virtueiiemeBt contenus danë non essenœ ; «Ile agit au dehors^ eUe modifie les autrea èbn^\ le monde^ au lieu de n'être qu'un automata ou une