X. « U me reste seulement, dites-vous, à examiner de quelle
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a façon j'ai acquis cette idée; car je ne Tai pas reçue fiar les « sens, et jamais elle ne s'est offerte à moi par rencontre ; elle « n'est pas aussi une pure production ou fiction de mon esprit, « car il n'est pas en mon pouvoir d'y diminuer ni d^y ajouter « aucune chose, et partant il ne reste plus autre chose à dire sia non que, conune idée de moi-même, elle est née et produite « avec moi dès lors que j'ai été créé, v Mais j'ai déjà fait yoir plusieurs fois comment en partie vous pouvez l'avoir reçue des sens, et on partie vous pouvez l'avoir inventée de vous-niême. Quant à ce que vous dites, que vous ne pouvez « y ajouter ni diminuer aucune chose, » souvenez-vous combien imparfaite était l'idée que vous en aviez au commencement; pensez qu'il peut y avoir des hommes, ou des anges, ou d'autres natures plus savantes que vous, de qui vous pouvez apprendre qudque chose touchant l'essence de Dieu que vous ne savez pas encore; pensez au moins que Dieu peut vous instruire de telle sorte, et rehausser tellement votre connaissance, soit en cette vie, soit en l'autre, que vous réputerez comme rien tout ceqne vous avez jamais connu de lui; et, enfin, pensez comme quoi, de la considération des perfections des créatures, on peut mon» ter et arriver jusqu'à la connaissance des perfections de Dieu, et que, comme elles ne peuvent pas toutes être connues en un moment, mais que de jour en jour on peut en découvrir de nouvelles, ainsi nous ne pouvons pas avoir tout d'un coup une idée parfaite de Dieu, mais qu'elle va se perfectionnant à mesure que nos connaissances s'augmentent.
Vous poursuivez ainsi : « Et certes on ne doit pas trouver a étrange que Dieu, en me créant, ait mis en moi cette idée a pour être comme la marque de l'ouvrier empreinte sur son « ouvrage. Et il n'est pas aussi nécessaire que cette marque soit « quelque chose de différent de ce même ouvrage; mais, de cela a seul que Dieu m'a créé, il est fort croyable qu'il m'a en quela que façon produit à son image et semblance, et que je conçois « cette ressemblance dans laquelle l'idée de Dieu se trouve con- « tenue par lamême faculté par laquelle je me conçois moHnéme, a c'est-4-dire que, lorsque je fais réflexion sur moi, non-^euleoient « je connais que je suis une chose imparfaite, incomplète et déa pendante d'autrui, qui tend et qui aspire sans cesse à quelque « chose de meilleur et de plus grand que je ne suis; mais jecon- « nais aussi en même temps que celui duquel je dépends possède
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«en 8oi toutes ces grandes choses auxquelles j'aspire, et dont je « trouve en moi les idée», non pas indéfiniment et seulen^ent « en puissance, mais qu'il en jouit en ed'et, actuellement et in- « uniment, et ainsi qu'il est Dieu. » Certainement toutes ces choses sont fort spécieuses et fort belles, et je ne dis pas qu'elles ne soient point vraies; mais je voudrais bien pourtant vous demander de quels antécédents vous les déduisez. Car, pour ne me plus arrêter à ce que j'ai objecté ci-devant, s'il est vrai que « ridée de Dieu soit en nous conmie la marque de l'ouvrier a empreinte sur son ouvrage, » dites-moi, je vous prie, quelle est la manière de cette impression, quelle est la forme de cette marque, et comment vous en faites le discernement ? Que si elle n'est point différente de l'ouvrage ou de la chose même, a vous n'êtes donc vous-même qu'une idée? vous n'êtes rien autre chose qu'une manière ou façon de penser? vous êtes et la marque empreinte, et le sujet de l'impression? a 11 est fort croyable, « dites-vous, que Dieu vous a fait à son image et çemblaiice. » A la vérité cela se peut croire par les lumières de la foi et de la religion; mais comment cela se peut-il concevoir par raison naturelle, si vous ne supposez que Dieu a la forme d'un homme? et en quoi peut consister cette ressemblance? Pouvez-vous présumer, vous qui n'êtes que cendre et poussière, d'être semblable à cette nature étemelle, incorporelle, immense, très-parfaite, très-glorieuse, et, qui plus est, très-invisible et très-incompréhensible au peu de lumière et à la faiblesse de nos esprits ? L'avez-vous vue face à face, pour pouvoir assurer, faisant comparaison de vous à elle, que vous lui êtes conforme? Vous dites que « cela est fort croyable, parce qu'il vous a créé. » Au contraire, pour cela même cela est incroyable. Car l'ouvrage n'est jamais semblable à l'ouvrier, sinon lorsqu'il est par lui engendré par une communication de nature. Mais vous n'êtes pas ainsi engendré de Dieu; car vous n'êtes pas son fils, et vous ne participez point avec lui sanature; mais vous êtes seulement créé par lui, c'est-à-dire fait selon l'idée qu'il en a conçue ; en sorte que vous ne pouvez pas dire que vous ayez plus de ressemblance avec lui qu'une maison en a avec un maçon. Et même cela s^'entend, supposé que vous ayez été créé de Dieu ; ce que vous n'avez point encore prouvé. « Vous concevez, dites-vous, « cette ressemblance à même que vous concevez que vous êtes « une chose incomplète, dépendante, et qui aspire san^ cesse à
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« des choses plus grandes et meilleures, v Mais pourquoi ceh n'est-il pas plutôt une marque de dissemblance, puisque Diea au contraire est ti*ès-parfait, très-indépendant, trës-sufûsant à soi-même, étant très-grand et très-bon? Pour ne pas dire que lorsque tous vous concevez dépendant, tous ne concevei pas pour cela tout aussitôt que celui duquel vous dépendei soit autre que vos parents? ou, si vous concevez qu'il soit autre, il n'y a point de raison pourquoi vous vous croyiez semblable à lui, pour ne pas dire aussi qu'il est étrange pourquoi le reste des hommes, ou, si vous voulez, des esprits, ne conçoit pas la même chose que vous, principalement n'y ayant point de raison de croire que Dieu ne leur ait pas empreint Tid^ de soi-même comme il a fait en vous. Et certes cela seul est plus que suffisant pour faire voir que ce n'est pas une idée empreinte de la main de Dieu, vu que si cela était, tous les hommes l'auraient empreinte en même feçon dans leurs esprits, et concevraient Dieu d'une même façon et sous une même espèce; tous lui attribueraient les mêmes choses, tous auraient de lui les mêmes sentiments ; et cependant nous voyons manifestement le contraire. Mais ce n'en est déjà que trop touchant cette matière.
GONTRiS LA QUAIlUilfB lliDITATION»