PREMIÈRE PARTIE. 52S
Art 5. Que qfest qim erreur de croire, que l'Ame donne le moaTement et U chaleur an corps.
Au moyen de quoi nous éviterons une erreur très-considérable en laquelle plusieurs sont tombés, en sorte que j'estime qu'elle est la première cause qui a empêché qu*on n*ait pu bien expliquer jusques ici les passions et les autres choses qui appartiennent à Tâme. Elle consiste en ce que, voyant que tous les corps morts sont prîvés de chaleur, et ensuite de mouvement, on s'est imaginé que c'était l'absence de l'âme qui faisait cesser ces mouvements et cette chaleur ; et ainsi on a cru, sans raison, que notre chaleur naturelle et tous les mouvements de nos coi-ps dépendent de l'âme : au lieu qu'on devait penser au contraire que Fâmene s^abseiite.lorsgu'on meurt qu'à cause que cette chaleur cesse, et que le& organe» qui servent à moùvoîrlcrcôfps sé'corrompent.
Art. 6. Quelle différence il y a entre un corps ^ÎTant et un corps mort*
^fin Afxno q^ip T^piiy évitions ccttc erreur, considérons que la mnrf n'arrivp jnmi^j" pp la laute ue rftm«. mais seulement parce que quelqu'une dps principales parties du corps se corr^^pti P^ 1ufi;cons que le corps d'un homme vivant diffère autant de celui d'un^homme mort que faîtjune môntrp^ r^^ aiiirA automate (c'est-à-dire autre machine quilc meuf de soMiî^e), lorsqu'elle est m^înTée erqù^èHc "sTeiT SftlS principe corporel des mouvements pour lesquels elle e si.inâliluée avec tout ce qui est requis pour son action, et la même montre, ou autre machine, lorsqu'elle est rompue et que le principe de son mouvement cesse d'agir.
Art 7. BrièTo explication des parties'du corps, et de (pielquet-nnes de ses
Pour rendre cela plus ûitelligible, j^expliquerai ici en peu de mots toute la façon dont la machine de notre corps est composée. 11 n'y a personne qui ne sache déjà qu'il y a en nous un cœur, un cerveau, un estomac, des muscles, des nerfs, des artères, des veines, et choses semblables; on sait aussi que les viandes qu'on mange descendent dans l'estomac et dans les bojaux, d'où leur suc, coulaut dans le foie et dans toutes les
526 LES PASSIONS DE l'aME.
Teinea, se mêle avec le sang qu*elles contiennent, et par ce moyen en augmente la quantité. Ceux qui ont tant soit pea oui parler de la médecine savent, outre cela, comment le coeur est composé^ et comment tout le sang des veines peut iadleraent couler de la veine cave en son côté droit, et de là passer dans le poumon par le vaisseau qu'on nomme la veine artéricuse, puis retourner du poumon dans le côté gauche du coour par le vaisseau nommé l'artère veineuse, et enfin passer de là dans la giande artère, dont les brancties se répandent par tout le corps. Même tons ceux que Tautorité des anciens n*a point entièrement aveuglés, et qui ont voulu ouvrir les yeux pour examiner Topinion d'Hervaeus touchant la circulation du sang, ne doutent point que toutes les veines et les artères du corps ne soient comme des ruisseaux par où le sang coule sans cesse fort promptement en prenant son cours de la cavité droite du cœur par la veine artdrieuse , dont les branches sont éparses à tout le poumon, et jointes à celle de Tarière veineuse, par laquelle il passe du poumon dans le côté gauche du cœur ; puis de là il va dans la grande artère, dont les branches, éparses par tout le teste du corps, sont jointoi ■auy4Mant!ie^t'' fa nslim; q[tti f&ttent derechef le même sang en la cavité-droite du cœur: err sorte que ces deux cavités sont comme des écluses par chacune desquelles passe tout le sarig à bhaque tour qu'il fait dans le corps. De plus , on sait que tous les mouvements des membres dépendent des muscles, et que ces muscles sont opposés les uns aux autres, en telle sorte que lotsque Tun d'eux s'accourcit il tire vers soi la partie du coips à laquelle il est attaché , ce qui fait allonger au même temps le muscle qui lui est opposé ; puis s'il anive en un autre temps que ce dernier s'accourcisse, il fait que le premier se rallonge , et il retire vers soi la partie à laquelle ils sont attachés. Enfin on sait que tous ces mouvements des muscles, comme aussi tous les sens, dépendent des nerfs, qui sont comme de petits filets ou comme de petits tuyaux qui viennent tous du cerveau, et contiennent ainsi que lui un certain air ou vent très-subtil qu'on nomme les esprits animaux»
Art. 8« Qnel est le principe de toates œs fooctioiu.
Mais on ne sait pas communément en quelle façon ces esprits
animaux et ces nerfs contribuent aux mouvements et aux sens,
' ni quel est le principe corporel qui les fait agir ; c'est pourquoi.
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PREMléRB PARTIE. hT!
encore que j'en aie déjà touché quelque chose en d'autres écrits, je ne laisserai pas de di^e ici succinctement que, pendant que
Inous vivons, il y aune chaleur continuelle en notre cœur, qui est une espèce de feu que le sang des veines y entretient, et que ce feu est le principe corporel de tous les mouvements de nos membre^.
Art 9. Gomment se fait le mouTemeot du cœur.
Son premier effet est qu'il dilate le sang dont les cavités du cœur sont remplies ; ce qui est cause que ce sang, ayant besoin d'occuper un plus grand lieu, passe avec impétuosité de la cavité droite dans la veine artérieuse , et de la gauche dans la grande artère; puis, cette dilatation cessant, il entre incontinent de nouveau sang de la veine cave en la cavité droite du cœur, et de Failère veineuse en la gauche : car il y a de petites peaux aux entrées de ces quatre vaisseaux , tellement disposées qu'elles font que le sang ne peut entrer dans le cœur que par les deux derniers, ni en sortir que par les deux autres. Le nouveau sang entré dans le cœur y est incontinent après raréfié en même façon que Je précédent, et c'est en cela seul que consiste le pouls ou battement du cœur et des artères; en sorte que ce battement se réitère autant de fois qu'il entre de nouveau sang dans le cœur. C'est aussi cela seul qui donne au sang son mouvement, et fait qu'il coule sans cesse très-vite en toutes les artères et les I veines; au moyen de quoi il porte la chaleur qu'il acquiert '{dans le cœur à toutes les autres parties du corps, et il leur sert 'de nourriture.
Art 10. Gomment les etprtti «ninaiif font prodnitt dent le eervean.
Mais ce qu'il y a ici de plus considérable, c'est que toutes Jes plijs vives et les plus subtiles parties du sang que la chaleur a raré-
* ûces dans le cœur entrent sans cesse en grande quantité dans les cavités du cerveau. Et la raison qui fait qu'elles y vont plutôt qu'en aucun autre lieu est qu^ tout le sang qui sort du
I cœur par la grande artère prend son cours en ligne droite vers
ice lieu-là, et que, n'y pouvant pas tout entrer à cause qu'il n'y
a que des passages fort étroits, celles de ces parties qui sont ]^
• plus agitées et les plus subtiles y passent seules, pendant que >ie reste se répand en tous les autres endroits du corps. Or cef
S28 tes PASSIONS DE l'aME.
'' parties du sang très-subtiles composent les esprits animant ; et "^ elles n'ont besoin à cet effet de recevoir aucun autre changement dans le cerveau, sinon qu'elles y sont séparées des autres parties du sang moins subtiles : car ce que je nomme ici des .J esprits ne sont que des corps, et ils .n'ont point d'autre propriété sinon que ce sont des corps très-petits et qui se menrent très-vite, ainsi que les parties de la flamme qui sort d'un flambeau ; en sorte qu'ils ne s'arrêtent en aucun lieu, et qu'à mesure qu'A en entre quelques-uns dans les cavités du cerveau, il en sort aussi quelques autres par les pores qui sont en sa sub* ' stance, lesquels pores les conduisent dans les nerfs, etdelàdans les muscles, au moyen de quoi ils meuvent le corps en tontes les diverses façons qu'il peut être mu.
Art 11. Comment se font leslmouTements des moscles.
Car la seule cause de tous les mouvements des membres est que quelques muscles s'accourcissent et que leurs opposés s'allongent, ainsi qu'il a déjà été dit; et la seule cause qui fait qu'un muscle s'accourcit plutôt que son opposé est qu'il vient tant soit peu plus d'esprits du cerveau vers lui que vers l'autre. Non pas que les esprits qui viennent immédiatement du cerveau suffisent seuls pour mouvoir ces muscles , mais ils déterminent les autres esprits qui sont déjà dans ces deux muscles à sortir tous fort promptement de l'un d'eux et passer dans l'autre : au moyen de quoi celui d'où ils sortent devient plus long et plus lâche ; et celui dans lequel ils entrent, étant promptement enflé par eux, s'accourcit et tire le membre auquel il est attaché. Ce qui est facile à concevoir, pourvu que Ton sache qu'il n'y a que fort peu d'esprits animaux qui viennent continuellement du cerveau vers chaque muscle, mais qu'il y en a toujours quantité d'autres enfermés dans le même muscle qui s*y meuvent très-vite, quelquefois en tournoyant seulement dans le lieu oîi ils sont, à savoir, lorsqu'ils ne trouvent point de passages ouverts pour en sortir, et quelquefois en coulant dans le muscle opposé: et d'autant qu'il y a de petites ouvertures en chacun de ces muscles, par où ces esprits coulent de l'un dans l'autre, et qui sont tellement disposées que lorsque les esprits qui viennent du cerveau vers l'un d'eux ont tant soit peu plus de force que ceux qui vont vers l'autre, ils ouvrent toutes les entrées par où les esprits de l'autre muscle peuvent passer en
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MfiMtÈRC PAftTnS. S20
Celui-ci, et ferment eu même temps toutes celles par où les esprits de celui-ci peuvent passer en Fautre : au moyen de quoi tous les esprits contenus auparavant en ces deux muscles s'assemblent en Fun d^eux fort promptement, et ainsi Fenflent et raccourcissent, pendant que Fautre s'allonge et se relâche.
irU 13. ConmMnt lat objets de deliorf igitsent contre let organes des sens.
n reste encore ici à savoir les causes qui font que les esprits ne coulent pas toujours du cerveau dans les muscles en même façon, et qu'il en vient quelquefois plus vers les uns que vers les autres. Car, outre Faction de Fâme, qui véritablement est en nous Fune de ces causes, ainsi que je dirai ci-après, il y en a encore deux autres qui ne dépendent que du corps, lesquelles il est besoin de remarquer. La première consiste en la diversité des mouvements qui sont excités dans les organes des sens par leurs objets, laquelle j'ai déjà expliquée assez amplement en la Dioptrique ; mais, afin que ceux qui verront cet écrit n'aient pas besoin d'en avoir lu d'autres, je répéterai ici qu'il y a trois choses à considérer dans les nerfs, à savoir: leur moelle ou substance intérieure, qui s'étend en forme de petits filets depuis le cerveau, d'où elle prend son origine, jusques aux extrémités des autres membres qui les environnent, et qui, étant contiguês avec celles qui enveloppent le cerveau, composent de petits tuyaux dans lesquels ces petits filets sont enfermés; puis enfin les esprits animaux, qui, étant portés par ces mêmes tuyaux depuis le cerveau jusques aux muscles, sont cause que ces filets y demeurent entièrement libres et étendus, en telle sorte que la moindre chose qui meut la partie du corps où l'extrémité de quelqu'un d'eux est attachée, fait mouvoir par même moyen la partie du cerveau d'où il vient, en même façon que lorsqu'on tire un des bouts d'une corde on fait mouvoir Fautre.
irt. tS. Que cette aetîeo des objets de deborspeol eondaire dhersenMOl les esprits dans les muscles.
Et j'ai expliqué en la Dioptrique comment tous les objets de la vue ne se communiquent à nous que par cela seul qu'ils meuvent localement, par Fentremise des corps transparents qui sont entre eux et nous, les petits filets des nerfs optiques qui Bont au fond de nos yeux, et ensuite les endroits du cerveau
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S30 LES e4$&t01«8 DE l'iMB.
d'où yienncnt ces nerfs; qu'ils les meuvent, dis>je, en autant de diverses façons qu'ils nous font voir de diversités dans les choses ; et que ce ne sont pas immédiatement les mouvements qui se font en Tceil, n^ais ceux qui se font dans le ce^'veau, qui représentent à ràine ces objets. A Texefpple de quoi U est aisé de concevoir que les sons, les odeurs, les saveurs, la chaleur, la douleur, la faim, la soif, et généralement tous les objets tant de nos autres sens extérieurs que de nos appétits intérieurs, excitent aussi quelque mouvement en nos ner&, qui passe par leur moyen jusqu'au cerveau; et outre que ces divers mouTenoeuts du cerveau font voir à notre âme divers sentiments, ils peuvent aussi faire sans e)le que les esprits prennent leur cours vers certains muscles plutôt que vers d*autres, et ainsi qu'ils meuvent nos membres ; ce que je prouverai seulement ici par uo exemple. Si quelqu'un avance promptement sa main contre nos yeux, comme pour nous frapper, quoique nous sachions qu'il est notre ami, qu'il ne fait cela que par jeu, et qu'il se gardera bien de nous faire aucun mal, nous avons toutefois de la peine à nous empêcher de les fermer : ce qui montre que ce n^est point par Tentremise de notre âme qu'ils se ferment, puisque c'est contre notre volonté, laquelle est sa seule ou du moins sa principale action ; mais c'est à cause que la machine de notre corps est tellement composée que le mouvement de cette main vers nos yeux excite un autre mouvement en notre cerveau, qui conduit les esprits animaux dans les muscles qui font ahaiser les paupières.
Art 14. Qae la dîTerailé qid est enfcrs te «fpriti peol Miniilîninlfiiii leur oonri.
L'autre cause qui sert à conduhre diversement les esprits animaux dans les muscles est l'inégale agitation de ces esprits et la diversité de leurs parties. Car lorsque quelques-unes de leurs parties sont plus grosses et plus agitées que les autres, elles passent plus avant en ligne droite dans les cavités ^ dans les pores du cerveau, et par ce moyen sont conduites en d'autres muscles qu'elles ne le seraient si elles avaient ipo|ns de force.
Art IS. QueUet tont te eauwi ^Ater dhertflé.
Et cette inégalité peut procéder des diverses matière^ dont ils sont composés, cooune on voit en ceux qui ont bu }»eyaooiip
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