PREMIÈRE PARTIE
de notre âme ce soit une action de yonloir quelque chose, on peut dire que c^est aussi en elle une passion d'apercevoir qu^elle veut. Toutefois, à cause que cette perception et cette volonté ne sont en effet qu*une même chose, la dénomination se fait toujours par ce qui est le plus noble : et ainsi on n'a point coutume de la nommer une passion, mais seulement une action.
Art. SO. Des imaginations et antres pensées qui sont formées par l'âme.
Lorsque notre âme s'applique à imaginer quelque chose qui n'est point, comme à se représenter un palais enchanté ou une chimâre; et aussi lorsqu'elle s'applique à considérer quelque chose, qui est seulement intelligible et non point imaginable, par exemple, à considérer sa propre nature, les perceptions qu'elle a de ces choses dépendent principalement de la volonté qui fait qu'elle les aperçoit : c'est pourquoi on a coutume de les considérer comme des actions plutôt que comme des passions.
Art SI . Des imaginations qui n*ont pour eanse que le eorps.
Entre les perceptions qui sont causées par le corps, la plupart dépendent des nerfs ; mais il y en a aussi quelques-imes qui n'en dépendent point et qu'on nomme des imaginations, ainsi que celles dont je viens de parler, desquelles néanmoins elles diffèrent en ce que notre volonté ne s'emploie point à les former, ce qui fait qu'elles ne peuvent être mises au nombre des actions de l'âme ; et elles ne procèdent que de ce que, les esprits étant diversement agités et rencontrant les traces de diverses impressions qui ont précédé dans le cerveau, ils y prennent leur cours fortuitement par certains pores plutôt que par d'autres. Telles sont les illusions de nos songes et aussi les rêveries que nous avons souvent étant éveillés, lorsque notre pensée erre nonchalamment sans s'appliquer à rien de soi-même. Or, encore que quelques-unes de ces imaginations soient des passions de l'âme, en prenant ce mot en sa plus propre et plus parfaite signification, et qu'elles puissent être toutes ainsi nommées si on le prend en une signification plus générale ; toutefois, pour ce qu'elles n'ont pas une cause si notable et si déterminée que les perceptions que l'âme reçoit par l'entremise des nerfs, et qu'elles semblent n'en être que l'ombre et la peinture, avant que nous les puissions bien distinguer il but considérer la différence qui est entre ces autres.