‹ Œuvres de Descartes (volume 4)Chapitre 4 sur 23 · A M. DE BALZAC · texte numérisé non relu

A M. DE BALZAC

(Lettre loi du tome I.)

Monsieur ,

Encore que, pendant que vous avez été à Balzac, je susse bien que tout autre entretien que celui de vous-même vous devoit être importun, si est-ce

> « Cette lettre est écrite le 29 mars i63i , selon ma pensée , la réponse » de M. de Balzac étant du a5 d*avril. »

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que je n'eusse pu m'^mpécher de vous y envoyer parfois quelque mauvais coflapliment, si j'eusse cru que vous y eussiez dû dooneura* si long-temps , comme vous avez fait; mais ayant eu Thcmneur de recevoir une de vos lettres, par laquelle vous me faisiez e^rer que vous seriez bientôt à la cour, je fis un peu de scrupule d'allar troubler votre repos jusque dans le désert , et crus qu'il valoit mieux que j'attendisse à vous écrire que vous en fussiez sorti; c'est ce qui m'a feit différer d'un voyage à l'autre l'espace de dix-kuit mois ce que je n'sd jamais eu intention de différer plus de huit jours : et ainsi , sans que vous m'm ayez obligation , je vous ai exempté tout ce temps-là de l'importunité de mes lettres. Mais, puisque vous êtes maintenant à Paris, il faut que je vous demande ma part du temps que vous avez résolu d'y perdre à l'entretien de ceux qui vous iront visiter, et que je vous dise que depuis deux ans que je suis dehors, je n'ai pas été une seule fois tenté d'y retourner, sinon depuis qu'on m'a mandé que vous y étiez; mais cette nouvelle m'a fait connoître que je pourrois être maintenant quelque autre part plus heureux que je ne suis ici; et si l'occupation qui m'y retient n'étoit, selon mon petit jugement, la plus importante en laquelle je puisse jamais être employé, la seule e^>érance d'avois l'honneur de votre conversation , et de von* ndtre naturelle-

ment devant moi ces fortes pensées que nous ad* mirons dans vos ouvrages, seroit suffisante pour m'en faire sortir. Ne me demandez point, s'il vous plaît, quelle peut être cette occupation que j'estime si importante, car j'aurois honte de vous la dire; je suis devenu si philosophe, que je méprise la plupart des choses qui sont ordinairement esti* mées, et en estime quelques autres dont on n'a point accoutumé de faire cas: toutefois^ pource^ que vos sentiments sont fort éloignés de ceux du peuple, et que vous m'avez souvent tânoigné que vous jugiez plus favorablement de moi que je ne méritois, je ne laisserai pas de vous en entretenir plus ouvertement quelque jour si vous ne l'avez point désagréable: pour cette heure, je me contenterai de vous dire que je ne suis plus en humeur de rien mettre par écrit, ainsi que vous m'y avez autrefois vu disposé: ce n'est pas que je ne fasse grand état de la réputation, lorsqu'on est certain de l'acquérir bonne et grande, comme vous avez £sdt; mais pour une médiocre et incertaine, telle que je la pourrois espérer , je l'estime beaucoup moins que le repos et la tranquillité d'esprit que je possède. Je dors ici dix heures toutes lés nuits, et sans que jamais aucun soin me réveille. Après que le sommeil a long-temps promené mon esprit dans des bois, de^ jardins, et des palais enchantés, où j'éprouve tous les plaisirs qui sont

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imaginés dans les fables, je mêle insensiblement mes rêveries du jour avec celles de la nuit; et quand je m'aperçois d'être éveillé, c'est seulement afin que mon contentement soit plus parËdt, et que mes sens y participent; car je ne suis pas si sévère que de leur refuser aucune chose qu'un philosophe leur puisse permettre sans offenser sa conscience. Enfin il ne manque rien ici que la dou* ceur de votre conversation; mais elle m'est si nécessaire pour être heureux, que peu s'en faut que je ne rompe tous mes desseins, afin de vous aller dire de bouche que je suis de tout mon cœur, etc.

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