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de lui - même , mais qui - lui avoit si mal suc* cédé, et dont il avoit été si sévèrement repris par ses collègues, que cela me faisoit croire qu'il n'entreprendroit plus rien dç semblable; et pourceque je voyois qu'en tout le reste il embrassoit avec grande affection des opinions que j'estimois être très véritables, j 'a ttribuois cela à la force et à la vivacité de son esprit. Mais maintenant plusieurs expériences m'obligent de croire que. c'est plutôt l'amour de la nouveauté que celle de la vérité qui l'emporte. Et d'autant qu'il trouve trop vieux et trop hors d'usage tout ce qu'il a appris d'autrui > et que rien ne lui paroît assez nouveau que; ce qu'il tire de sa propre cervelle , et aussi qu'il est si peu heureux en ses inventions, que je n'ai jamais remarqué aucun mot en ses écrits ( si ce n'est qu'il l'eût tiré de ceux dès autres) que je ne jugeasse contenir quelque erreur ; je me sens obligé d'ave*tir ici tous ceux qui le tiennent pour un grand défenseur de mes opinions qu'il n'y en a presque aucune, non seulement en ce qui concerne les choses métaphysiques, où il ne feint point de me contredire ouvertement, mais aussi en celles qui concernent les choses physiques , qu'il ne propose mal, et dont il ne corrompe le sens. De sorte que je suis plus indigné de voir qu'un tel docteur s'ingère d'enseigner mes opinions, et prenne à tâche d'interpréter mes écrits et d'y faire des cpmmen-
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t aires, que d'en yôir quelques autres qui les comptent avec aigreur et animosité. . , -, Car je n'en ai encore yu pas un qui ne mfait attribué des opinions tout-à-fait différentes des miennes, et, même si absurdes et si impertinentes, que je n'appréhende pas qu'on puisse jamais persuader à ides personnes tant soil^eu raisonnables que je sois l'auteur ..de telles opinions. C'est ainsi qu'à ce ïnon^enjt même que j'écris, on me .vieot d'apporter deux libelles tout nouvellement composés; par un écrivain de cette: farine, dans le premier desquels iLest dit qu'il y a çertains novateurs qui tâchent d'ôter toute la créance que l'on peut avoir aux sens, et qui soutiennent qu'un philosophe peut nier qu'il y ait un J)ieu> et douter de son existence , après avoir admis d'ailleurs que . l'idée, l'espèce et la. comojissance actuelle de Dieu est naturellement empreinte en notre esprit. Et dans l'autre il e#fc dit que ces novateurs prononcent hardiment que-Dieu ne doit pas être dit seulement négativement , mai$ même positivement la cause efficiente de çoi^même, Voilà tout ce dont il s'agit dans l'un et dans l'autre de ces libelles, qui ne contiennent rien de plus„ sinon un ramas d'arguments pour prouver , premièrement, que les enfants dans le ventre de leufs mères n'pnt aucune connaissance actuelle de Dieu, et partant , que nous n'avons aucune idée ou espèce actuelle de Dieu naturellement, empreinte en notre es*
prit; secondement, qu'il ne faut pas nier qu'il y ait un Dieu, et que ceux-là qui le nient doivent être tenus pour des athée*, êt sont punissables par les làis ; enfin, que Dieu n*est pas là cause efficiente de soitmême. Toutes lesquelles choses je pôurrois à la vérité dissimuler, comme n'étant point écrites contre wioî , à cause qfce mon nom ne se trouve point dans ees écrits, et qu'il n*y a pas une opinion 4e celles qui y sont impugnées que je ne tienne pour très fausse et tout-à-fait absurde : mais néanmoins, pourcèqu'elles ressemblent fort à quelques unes qui m'ont déjà été plusieurs fois faussement imputées p$r des gens de cette robè , et qu'bn n'en connolt point d'autres à qui on les puisse attribuer ; et aussi poureeque tout le monde sait que c'est contre moi que ces libelles ont été faits, je prendrai ici occasion d'avertir leur auteur, première*ment 9 que lorsque j'ai dit que Fidée de Dieu est naturellement en nous, je n'ai jamais entendu autre chose que ce que lui-même , dans la sixième section de son second livre , dit en termes exprès être véritable, c'est à savoir, que la nature a mis en nous une faculté par laquelle nous pouvons connottre Dieu >• mais que je n'ai jamais écrit ni pensé que telles idées fussent actuelles ou qu'elles fussent des espèces distinctes de la faculté même que nous avons de penser. Et même je dirai plus , qu'il ny a personne qui soit si éloigné que mo^ de tout ce
&tr*s d'entkée scolastiques; en sorte que je n'ai pu m empêcher de rire quand j'ai vu ce grand nombre de raisons que çet homme, sans doute peu méchant, a ramassées avec grand soin et travail, % pour montrer que les enfante n'ont point la con~ noissunce aciueUt de Dieu tandis qu'ils sont au ven» tre de leur mère, comme si par là il avoit trouvé un beau moyen de me combattre» Secondement, que je n'ai aussi jamais enseigné qu'il falioit nier qu'il y eût un Dieu, ou que Dieu pouvait nous tromper; ou qu'il fallait révoquer toutes clw~ êes en doute ; ou que l'on ne devait donner aucune créance aux sens; ou que le .sommeil ne se pouvoit distinguer de la veille , et autres choses semblables qui m'ont quelquefois été objectées par des calomniateurs ignorants; mais que j'ai rejeté toutes Ces choses en paroles très expresses > et que jç les ai même réfutées par des arguments très forts, et j'ose même dire plus forts qu'aucun autre ait fait avant moi : et afin de le pouvoir faire plus oommodément et plus efficacement , j'ai pro* posé toutes ces choses comme douteuses au commencement de mes Méditations; mais je ne suis pas. le premier qui les ai inventées; il y a longtemps qu'on a les oreilles battues de semblables doutes proposés par les sceptiques. Mais qu'ya-t»il de plus inique que d'attribuer à un auteur des opinions qu'il ne propose que pour les réfuter ?
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Qu'y a-t-il de plus impertinent que de feindre qu'on les propose , et qu'elles ne sont pas encore réfutées, et partant que celui qui rapporte les arguments dont se servent les athées est lui-même un athée pour un temps? Qu'y a-t-il déplus puéril que de dire que s'il vient à mourir avant que d'avoir écrit ou inventé la démonstration qu'il ^espère , il meurt comme un athée ; et qu'il a enseigné par avance une pernicieuse doctrine, contre la maxime communément reçue, qui dit qu'il n'est pas permis de faire du mal pour en tirer du bien, et choses semblables? Quelqu'un dira peut-être que je n'ai pas rapporté ces fausses opinions comme venant d'autrui, mais comme miennes; mai^ qu'importe cela? puisque dans le même livre ou je les ai rapportées, je les ai aussi toutes réfutées; et même qu'on peut voir aisément par le titre du livre que j'étois fort éloigné de les croire, puisque j'y promettois des démonstrations- touchant l'existence de Dieu. Et peut-on s'imaginer qu'il y en ait de si sots, ou de si simples, que.de se persuader que celui qui compose un livre qui porte ce titre ignore, quand il trace les premières pages, ce qu'il a entrepris de démontrer dans les suivantes? De plus, la façon cFécrire que je m'étois proposée, qui étoit en forme de méditations, et que j'avois choisie comme fort propre pour expliquer plus clairement les raisons que j'avois à
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déduire, m'obligeoit de ne pas proposer ces objections autrement que comme miennes. Que si cette raison ne satisfait pas ceux qui se mêlent de censurer mes écrits , je voudrois bien savoir ce qu'ils disent des Écritures saintes, avec lesquelles nuls autres écrits qui viennent de la main des hommes ne doivent être comparés, lorsqu'ils y voient certaines choses qui ne se peuvent bien entendre, si l'on ne suppose qu'elles sont rapportées comme étant dites" par des impies, ou du moins par d'autres que par le saint Esprit ou les prophètes; telles que sont ces paroles de l'Ecclésiastique, chapitre second : Ne vaut-il pas mieux boire et manger et faire goûter à son âme des fruits de son travail? et cela vient de la main de Dieu. Qui est-ce qui en pourra dévorer autant, ou qui pourra se gorger de plaisirs autant que moi? Et au chapitre suivant: J'ai souhaité en mon cœur, pensant aux enfants des hommes , que Dieu les éprouvât, et fit eonnottre qu'ils sont semblables aux bêtes. C'est pourquoi, l'homme et les chevaux périssent de même façon, leur condition est pareille; comme l'homme meurt, ceuto* ci meurent; ils ont tous une pareille respiration, et l'homme n'a rien de plus que le cheval, etc. Pensent-ils que le s?int Esprit nous enseigne en ce lieu-là qu'il faut faire bonne chère, qu'il n'y a qu'à se donner du bpn temps, et que nos âmes ne sont pas plus immortelles que celles
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des chevaux? Je ne pense pas qu'ils soient enragés et perdus à ce point; mais aussi ne doivent-ils pas me calomnier, si je n'ai pas gardé en écrivant des précautions qui n'ont jamais été observées par aucun autre qui ait écrit, non pas même par le Saint- Esprit.
Et en troisième lieu, je donne avis à l'auteur de ces libelles que je n'ai jamais écrit què Dieu ne doit pas être dit seulement négativement, mais même positivement la cause efficiente de soi-même , ahisi qu'il assure fort inconsidérément en la page 8 de son dernier livre. Qu'il cherche dans mes écrits , qu'il les lise , qu'il les parcoure d'un bout à l'autre, au lieu d'y trouver rien de semblable, il y trouvera tout le contraire. Et il h'y a paa un de ceux qui ont lu mes écrits, ou qui me eonnoissent tant soit peu, ou dû moins qui ne me tiennent pas tout-à-fait pour un fat ou pour un insensé, qui tie sache que je suis fort éloigné d'avoir des opinions si monstrueuses. Et c'est ce qui feit que j'admire grandement quel peut être le dessein de ces calomniatéurs; car â'Ms prétendent de persuader aux hommes que j'ai écrit des choses toutes contraires à celles qui se trouvent dans més écrits, ils devroient auparavant prendre le soin de supprimer tous ceux que j'ai publiés, et même d'effacer de la mémoire de ceux qui les ont lus tout ce qu'ils en ont retenu; car tandis qu'ils ne te font
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point, ils se nuisent plus qu'à moi. J'admire aussi qu'ils s'élèvent si fort, et avec tant de chaleur et d'animosité, contre une personne qui ne les a jamais ni attaqués, ni nui en aucune chose, mais qui pourroit peut-être bien leur nuire s'ils m'avoient irrité; et que cependant ils ne disent mot à plusieurs autres qui ont réfuté leur doctrine par des livres entiers , et qui se sont moqués deux , comme de gens simples et extravagants. Je ne veux pourtant rien ajouter ici qui puisse davantage les détourner du dessein qu'ils peuvent avoir de m'attaquer par leurs libelles; c'est avec plaisir que je vois qu'ils m'estiment assez pour m'attaquer de la sorte ; mais cependant je souhaite qu'ils reviennent en leur bon sens.
Ceci a été écrit k Egmont, en Hollande, sur la fin dn mois de décembre en l'année 1647.
A MONSIEUR
(Lettre na du tome III.) Monsieur,
Il semble, je crois, au père Mersenne que je sois encore soldat, et que je suive l'armée, puisqu'il m'adresse les lettres qu'il vous écrit. Celle que vous trouverez avec celle-ci a été huit jours à venir de Leyde ici, et si vous êtes parti de La Haye, ainsi que la gazette me fait croire, je ne sais quand elle vous pourra atteindre. Le principal est qu'il n'y a rien dedans d'importance; car, m'ayant été envoyée ouverte , j'ai eu le privilège de la lire; et pourcequ'il y philosophe principalement de la propriété de l'aimant, je joindrai ici mon avis au sien , afin que ma lettre ne soit pas entièrement vide. Je crois vous avoir déjà dit que j'explique toutes les propriétés de l'aimant par le moyen d'une certaine matière fort subtile, et impêrceptible, qui sortant continuellement de la terre , non seulement par le pôle, mais aussi par tous' les autres
i « M. Huygens de Zuitlichem. >» Cette lettre n'est datée ni dans l'imprimé ni dans l'exemplaire de la bibliothèque de l'Institut. Je la mets ici \rès arbitrairement avec la 1 1 8e.
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endroits de l'hémisphère boréal, passe de là vers l'hémisphère austral îy par tous les endroits duquel elle entre derechef dans la terre; et d'une autre pareille matière^ qui sorti de la terre, par Fhémisphère austral, et y rentre par* le boréal1; à cause que les parties de ces dewç matières sont de telle figure, que les poresde la! terre,, ou de l'aimant, qu du fer touché de l'akttànt, par o&pepuvent passer celles qui viennent d'un hémisphère, né peuvent donner passage à ceHes qui viennent dè l'autre hémisphère,, cortroe j e pense démoatreD dans ma physique, où j'explique l'origine de ces . cjeux matière^ subtiles, et les figures de leurs parties^ qui sofit longues et entortillées en forme de vis, les boréales iau contraire>des australes; Or ce qui causp la déclinai^ son des aiguilles qui. son^ parallèles à l'horizènj est que la matière subtile(qjiii lesikit mouvoir , sortant des partÎQ$k^e la ;teri^ assez éloigoées de;,là^ ylefié quelquefois plus abondamment des lieux un peu éloignés de pôles, que des pôles mêmes "; laquelle cause cesse en partie lorsque les aiguilles sont perpendiculaires sur l'horizon ; car alors elles sont principalement dressées par la matière subtile qui sort de l'endroit de la terre où elles sont; mais à cause que l'autre matière subtile , qui vient du pôle opposé, aide aussi à les dresser, je crois bien qu'elles doivent moins décliner que les autres;
» Figure i. — ■ Figure a.
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mate non pas qu'elles ne déciment point du tout, et ai l'expérience exacte s'en peut faire , je serai bien aise de la savoir. Pour la raison qui fait que ces aiguilles perpendiculaires se tournent toujours vers le îftéme coté, je l'explique quasi comme le père Mersenne; car je crois qu'elle Tient de ce que Le fer a quelque latitude, et que la matière subtile qui passe par dedans ne monte pas tout droit (le bas en haut, mais prend son cours en déclinant du pèle boréal vers l'austral en cet hémisphère; comme si l'aiguille est ÀCBD, 1 la matière subtile qui sort de la terre se forme des pores dans cette aiguille qui sont penchés de B vers A; et l'acier est de telle nature que ses pores peuvent ainsi être disposés à recevoir cette matière subtile, par l'attouchement d'une pierre d'aimant, et qu'ils redament après cette disposition. Mon papier finit, et je crains de vous ennuyer. Je suis, etc
■ Figure 3.
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