‹ Œuvres de Descartes (volume 5)Chapitre 22 sur 63 · IO · texte numérisé non relu

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section conique donnée, avec le seul secours de la règle et du compas.

LETTRE DE M. MORUS

A M. DESCARTES

(Lettre 66 du tome I. Version.)

Monsieur,

Il n'y a que vons seul qui puissiez juger du plaisir que j'ai eu en lisant vos ouvrages. Je puis bien vous assurer que j'ai ressenti la même joie à comprendre et à adopter vos théorèmes, où je trouve une beauté merveilleuse, que vous en avez eu vousmême à les inventer, et que ces savantes productions de votre esprit me sont aussi chères que si c'étoient les miennes propres. Je vous dirai même que je m'imagine en être en quelque façon l'auteur: car toutes vos pensées se trouvent tellement conformes à mon entendement , que je ne crois pas que mon esprit puisse jamais rencontrer rien qui lui convienne mieux, et qui lui soit plus naturel, étant persuadé qu'elles sont de la même substance et d une union essentielle et nécessaire; et que tout esprit qui ne pense pas comme vous ne peut ne

pas s'écarter de la droite raison ; et pour vous dire naturellement ma pensée , tout ce qu'il y a jamais eu de grands philosophes , et d'intimes confidents des secrets de la nature, n'étoient que des nains et des pygmées auprès de vous. Dès la première lecture que je fis de vos ouvrages , je conjecturai que votre illustre disciple, la princesse Élizabeth, pour être entrée parfaitement dans l'intelligence de votre philosophie , étoit infiniment plus sage et plus philosophe que tous les sages et les philosophes de l'Europe. Je reconnus que je ne m'étais pas trompé , lorsque j'eus une plus parfaite connoissance de vos écrits. Enfin, la lumière cartésienne s'est montrée de toutes parts à mon esprit. Le raisonnement y est partout si libre, si naturel, si net', si uniforme et si bien suivi, qu'il a percé et dissipé avec un succès merveilleux les ténèbres répandues sur les abîmes de la nature , et a porté une clarté merveilleuse sur vos écrits ; de sorte qu'il ne reste que peu ou point d'endroits ténébreux que ce flambeau lumineux n'éclaire, ou qu'il ne soit en état d'éclairer, avec très peu de travail de ma part ; car tout ce que vous avez écrit dans votre livre des Principes, et dans vos autres ouvrages , est d'une si grande justesse, d'une beauté si bien proportionnée, et d'une conformité si parfaite avec la nature , qu'il n'est pas possible de procurer un spectacle plus agréable à l'esprit et à la raison humaine.

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On voit dans votre Méthode une espèce de jeu d'esprit, mais qui dans le fond est une modestie ingénieuse, qui nous représente comme dans un fidèle tableau le caractère le plus doux et l'esprit le plus aimable du monde , et en même temps le génie le plus noble et le plus élevé qu'on sauroit s'imaginer ou souhaiter. Je ne dis' point ceci dans la vue d'augmenter votre gloire, ou celle de la république des lettres; mais premièrement, parceque je ne puis me refuser de rendre hautement ce témoignage pour le plaisir et le fruit que j'ai trouvé dans la lecture de vos ouvrages; en second lieu, pour vous faire connoître qu'il y a des Ànglois qui savent estimer tout leur prix votre personne et vos productions, et qui sont remplis d'admiration pour vos divines qualités; qu'il n'y a même personne au monde qui ait pour vous un amour plus sincère et plus effectif, et qui embrasse de meilleur cœur les sentiments de vptré excellente philosophie. Cependant, pour ne vous rien dissimuler, Monsieur, bien que je sois éperdument amoureux de votre système, et de tout le corps de votre philosophie, jet vous avouerai qu'il vous est échappé quelque chose dans la seconde partie de vos Principes, ou que mon esprit n'a pas assez de lumières pour pénétrer, ou trop de répugnance pour admettre; mais ces difficultés ne portent point coup au fond de votre philosophie; car quand ce qui m'embar-

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rasse seroit ou faux, ou incertain , cela ne feroit rien à l'essence ou au fond de cette science, qui à cela près subsister oit toujours très bien.

Je vais donc vous proposer en deux mots mes doutes si vous le trouvez bon.

i . Vous définissez la matière ou le corps d'une manière trop générale , car il semble que non seulement Dieu, mais les anges mêmes, et toute chose qui existe par soi-même, est une chose étendue; en sorte que l'étendue parote être enfermée dans les mêmes bornes que l'essence absolue des choses , qui peut néanmoins être diversifiée selon la variété des essences mêmes. Or la raison qui me fait croire que Dieu est étendu à sa manière , c'est qu'il est présent partout, et qu'il remplit intimement tout l'univers et chacune de ses parties; car comment eommuniqueroit-il le mouvement à la matière, comme il a fait autrefois , et qu'il le fait actuellement selon vous, s'il ne touchoit pour ainsi dire précisément la matière, ou du moins s'il ne l'avoit autrefois touchée? ce qu'il n'auroit certainement jamais fait s'il ne se fût trouvé présent partout, et s'il n'avoit rempli chaque lieu et chaque contrée. Dieu est donc étendu et répandu à sa manière ; par conséquent Dieu est une chose étendue.

Il ne s'ensuit pourtant pas de là qu'il soit ce corps ou cette matière que votre esprit, comme Hn habile ouvrier \ a su si bien figurer en globules

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et en parties cannelées; c'est pourquoi la substance étendue est quelque chose de plus général que le corps. Cette preuve louche, ou plutôt cette espèce de sophisme dont vous vous servez pour confirmer votre définition , me donne encore du courage pour vous combattre sur cet article. Le corps, ditesvous, peut être sans mollesse, sans dureté, sans poids, sans légèreté, etc., et la matière subsister en son entier sans ces qualités , et les autres que les sens aperçoivent en elles; c'est comme si vous disiez qu'une livre de cire pourroit être ce qu'elle est, quoiqu'elle ne fut ni ronde, ni cubique, ni pyramidale, et demeurer livre de cire, sans avoir aucune figure , ce qui ne se peut pas ; car bien qu'une telle ou telle figure ne soit pas tellement adhérente à la cire , qu'elle ne puisse s'en dépouiller, cependant il est d'une nécessité indispensable que la cire ait une figure. Ainsi , quoique la matière ne soit nécessairement ni molle, ni dure, ni chaude, ni froide, il est cependant absolument nécessaire qu'elle soit sensible, ou si vous voulez tactile , comme l'a très bien défini Lucrèce.

Toucher , être touché n'appartient qu'au seul corps.

Cette notion doit être d'autant moins éloignée de votre manière de penser, que votre philosophie, d'accord avec celle des anciens , dont parle Théophraste , place tout sentiment dans le toucher : ce

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que je crois la chose du monde la plus véritable. Que si vous ne voulez pas définir le corps par le rapport qu'il a à nos sentiments , je veux bien que le toucher soit pris d'une manière plus générale et plus diffuse, et qu'il signifie le contact mutuel et ce pouvoir de toucher; soit que ces corps soient animés ou inanimés , et que ce soit la position immédiate de deux superficies ou de plusieurs corps» Ce tjui nous découvre une autre propriété de la matière ou du corps , que vous pourrez appeler impénétrabilité, laquelle consiste à ne pouvoir pénétrer les autres corps , ni à en être pénétré : de là cette différence manifeste entre la nature corporelle et la nature divine. Celle-ci peut pénétrer les corps , et l'autre ne se peut pénétrer soi-même; d'où je vois que Virgile a mieux rencontré en philosophie avec ses platoniciens , que Descartes luimême , lorsque ce poète fait dire à Ânchise selon leurs principes :

Par le vaste univers cette âme répandue De ces immenses corps anime l'étendue.

Je passe sous silence plusieurs autres qualités x plus remarquables de l'étendue divine, qu'il n'est pas besoin d'expliquer ici. En voilà assez pour démontrer qu'il auroit mieux valu définir le corps une substance tactile, ou , comme j 'ai dit ci-dessus, une substance impénétrable, qu'une chose éten-

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due ; car le toucher ou l'impénétrabilité conviennent totalement au corps ; au lieu que votre définition pèche contre les règles . et né convient point au seul défini.

2. Quand vous insinuez que Dieu même ne sauroit faire qu'il y ait véritablement du vide dans la nature , et que si par exemple on ôtoit d'un vase tout l'air qu'il contient, ou tout autre corps , ses côtés se joindraient nécessairement; ce sentiment me paroît non seulement faux , mais contraire à ce que vous avez dit auparavant ; . car si c'est Dieu qui imprime le mouvement à la matière , comme vous l'avez avancé, ne peut-il pas imprimer un mouvement contraire , qui empêche que les côtés du vase ne s'approchent ; mais il y a de la contradiction , dites-vous , qu'il y ait une distance entre les côtés du vase , et qu'il n'y ait rien, cependant au milieu. La savante antiquité, Épicure, Démocrate , Lucrèce , et les autres philosophes ne le croyoient pas.

Mais laissons cette preuve, qui n'est pas assez considérable pour nous arrêter. Je soutiens que l'extension divine remplit cet espace , et que votre principe , qu'il n'y a que la matière qui soit étendue , est un faux principe ; qu'à la vérité ces côtés ne s'approcheroient pas l'un de l'autre par une nécessité absolue , mais par une nécessité naturelle, et que Dieu seul peut empêcher cette réunion: car

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comme les parties du premier et du second élément sont agitées par un mouvement violent et rapide , il est nécessaire qu'elles se jettent avec impétuosité dans l'endroit qui cède, et qu'elles entraînent même avec elles les parties voisines. Il est donc fâcheux pour vous que vous appuyiez sur un fondement si peu solide votre beau théorème de la manière dont se font la raréfaction et la condensation , lequel je crois très vrai d'ailleurs.

3. Je ne comprends pas la subtilité du raisonnement dont vous vous servez pour prouver qu'il n'y a point d'atomes , ou de parties de matière indivisibles de leur nature ; car quoique Dieu ait fait , dites-vous , ces parties telles que nulle créature ne sauroit les diviser, il n'a pu s'ôter ce pouvoir à lui-même sans diminuer sa puissance ; or on pourroit prouver par la même raison que Dieu ne fit pas lever hier le soleil , puisque sa puissance ne sauroit faire que le soleil d'hier ne soit pas levé , et que le plus vil insecte ne peut pas même mourir ,

S'il est vrai qu'étant déjà mort , On ne puisse sabir ce sort.

Comme le dit élégamment Ovide de soi-même ; ou que Dieu n'a pas créé la matière, puisqu'elle est divisible en des parties qui peuvent toujours se diviser, division qui épuiseroit enfin la puis-

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sance divine ; car il resterait toujours une partie non divisée, quoique divisible : ainsi la puissance divine seroit sans effet , et Dieu ne pourroit exercer tout son pouvoir et parvenir à sa fin*

4* Je ne comprends pas mieux cette étendue indéfinie du monde ; car ou elle est infinie en ellemême , ou par rapport à nous. Si vous l'entendez dans le premier sens , pourquoi vous envelopper dans des mots obscurs et affectés. Si elle n'est infinie que par rapport à nous , cette étendue est réellement finie ; car notre esprit n'est ni la mesure, ni la règle des choses et de la vérité ; ainsi , comme il y a une autre étendue absolument infinie qui appartient à l'essence divine, la matière de vos tourbillons s'éloignera de leurs centres f et toute la machine du monde se perdra en atomes et en petites parties qui se dissiperont ça et là dans cette vaste immensité de Dieu.

Au reste, j'admire ici votre retenue, et votre crainte , de prendre tant de précautions pour ne pas admettre une matière infinie , tandis que vous reconnoissez des parties actuellement infinies et divisées, dans l'art. 34 et 35 , p. 98 et 99 , et quand vous ne l'avoueriez pas , on pourroit vous contraindre de le faire en cette manière. La quantité étant divisible à l'infini, elle doit avoir des parties actuellement infinies; car comme il est absolument impossible de séparer réellement avec un couteau ,

ou tout autre instrument que vous voudrez , un corps en parties sensibles et palpables , et qui ne soient point actuellement telles , de même il est contre toute raison de diviser par la pensée une quantité en des parties qui n'existent point réellement et actuellement dans le tout.

A quoi on peut ajouter qu'en supposant le monde réellement et simplement infini , il sera aussi aisé d'expliquer et de prouver par <œtte hypothèse la raréfaction et la condensation des corps dont vous parlez aux art. 6 et 7 , p. 70 , qu'en établissant votre principe , que le seul corps est étendu , et que le rien ne peut avoir de l'étendue ; car ce que vous y établissez par une suite nécessaire de raisonne* ments, se fera de même par la nécessité des opéra* tions physiques et métaphysiques.

Car tout étant rempli à l'infini de matière ou de corps , la loi de la pénétration empêchera , ou qu'il ne se rencontre un espace entièrement vide de corps dans la raréfaction , ou que dans la con* densation les parties ne puissent s'unir sans chasser les petits corps qui étoient auparavant entre elles.

Ce que j'ai dit jusqu'ici parent extrêmement clair à mon esprit , et même beaucoup plus certain que votre sentiment. Au reste, de toutes vos opinions sur lesquelles je pense différemment de vous, je ne sens pas une plus grande révolte dans mon esprit, soit mollesse ou douceur de tempérament,

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que sur le sentiment meurtrier et barbare que vous avancez dans votre Méthode, et par lequel vo»s arrachez la vie et le sentiment à tous les animaux; ou plutôt vous soutenez qu'ils n'en ont jamais joui ; car vous ne sauriez souffrir qu'ils aient jamais vécu. Ici les lumières pénétrantes de votre esprit ne me causent pas tant d'admiration que d'épouvante: alarmé du destin des animaux, je considère moins en vous cette subtilité ingénieuse, que ce fer cruel et tranchant dont vous paroissez armé pour ôter comme d'un seul coup la vie et le sentiment à tout ce qui est presque animé dans la nature, et pour les métamorphoser en marbres et en machines. Mais voyons , je vous prie , le motif qui vous porte à prononcer un édit si sévère sur toutes les bêtes. Elles ne sauroient parler, ni plaider leur cause devant leur juge , quoiqu'elles aient ( ce qui aggrave leur crime) tous les organes nécessaires pour user de la parole, comme on le remarque aux pies et aux perroquets; vous prenez de là un sujet de les priver du sentiment et de la vie.

Mais , de bonne foi , est-il possible que les perroquets ou les pies pussent imiter nos sons , s'ils n'entendoient et s'ils n'apprcevoient par leurs organes ce que nous disons ;i mais ils ne comprennent pas, dites-vous , ce que signifient les paroles qu'ils prononcent par imitation : mais pourquoi ne voulez-vous pas qu'ils prononcent ce qu'ils désirent,

savoir leur nourriture qu'ils viennent à bout d'obtenir de leur maître par ce moyen. Donc ils croient demander comme par charité leur nourriture, puis qu'à force de parler ils obtiennent si souvent ce qu'ils désiroient; et sans cela les oiseaux qui peuvent chanter apporteroient-ils tant d'attention à écouter ce qu'on leur dit, s'ils n'a voient ni sentiment ni réflexion ? D'où pourroit venir sans cela cette finesse et cette sagacité des renards et des chiens? D'où vient que les menaces et les paroles répriment les bêtes quand elles donnent des marques de leur férocité ? Pourquoi , lorsqu'un chien pressé par la faim a volé quelque chose , s'enfuitil, et se cache-t-il comme sachant qu'il a mal fait, et marchant avec crainte et défiance, ne flatte personne en passant, mais se détournant de leur chemin, cherche la tête baissée un lieu écarté, usant d'une sage précaution , pour n'être pas puni de son crime? Comment expliquer tout cela sans un. sentiment intérieur? Le nombre infini de petits contes qu'on fait pour prouver qu'il y a de la raison dans les animaux ne doivent-ils pas du moins prouver qu'il y a en eux du sentiment et de la mémoire? On n'auroit jamais fait de rapporter ici tout ce qu'on dit là-dessus; mais je sais bien qu'il y a tels faits qui dénotent en eux une force et une subtilité d'esprit <Jui est au-dessus de la matière , et qu'on ne , saurait éluder. Je vois bien que le motif qui

vous a porté à regarder les brutes # comme des machines, est l'immortalité de l'âme, que vous avez voulu établir. Ayant donc supposé que le corps étoit incapable de penser, vous avez conclu que partout où se trouvoit la pensée, là devoit être une substance réellement distincte du corps, et par conséquent immortelle; d'où il s'ensuit que si les bêtes pensoient, elles auraient des âmes qui seraient des substances immortelles.

Mais dites-moi, je vous prie, monsieur, puisque votre démonstration vous conduit nécessairement, ou à priver les bêtes de tout sentiment , ou à leur donner l'immortalité , pourquoi aimez-vous mieux en faire des machines inanimées , que des corps remués par des âmes immortelles ; d'autant plus que le premier sentiment est absolument contraire aux phénomènes de la nature, et entièrement inouï jusqu'ici , au lieu que l'autre a été suivi par les plus savants philosophes de l'antiquité, Pythagore, Platon et tant d'autres; d'ailleurs, il n'y a rien qui puisse confirmer davantage tous les platoniciens dans leur sentiment sur l'immortalité de l'âme des bêtes , que de voir un aussi grand génie que le vôtre réduit à n'en faire que des machines insensibles, 4e peur de le& rendre immortelles.

Voilà, monsieur, les seuls endroits de votre philosophie sur lesquels je n'ai pas cru devoir être

de votre sentiment ; tout le reste est tellement de mon goût, et me plaît si fort , que j'en fais mes délices; et ces sentiments se rapportent si intimement aux miens , et me sont si propres, que je me sens la force et le courage , non seulement de les expliquer facilement à ceux qui auraient de la peine à les entendre, mais encore de les défendre hardiment contre ceux qui seroient les plus aguerris à la dispute sur ces matières, et qui oseroient les attaquer.

Je n'ai plus qu'une prière à vous faire, monsieur, c'est de prendre en bonne part ce que j'ai pris la liberté de vous proposer, et de ne pas croire que je l'aie entrepris ou par légèreté ou par vaine gloire , et pour ambitionner la connoissance et l'amitié des hommes illustres, puisque, s'il dépendoit de moi, je tâcherois de ne pas me faire connoître , regardant le nom et la réputation comme sujet à l'orage , et ennemi du loisir d'un particulier.

Au reste, quelque penchant que je sente en moi pour votre personne, je ne vous eusse jamais découvert mes pensées , si je n'y avois été poussé par d'autres ; je me serois contenté d'aimer votre personne et vos ouvrages en secret, et de vous honorer dans le silence.

Je n'ose pas même vous demander avec empressement une réponse , parceque je vous crois occupé à des méditations très profondes, et à des ex*

périences aussi utiles que difficiles. Je vous permets donc d'user de votre droit, afin de ne point pécher contre le public. Que si vous voulez pourtant honorer mes petites questions d'une réponse telle que vous le jugerez à propos, vous vous acquerrez june éternelle reconnoissance sur le plus humble et le plus obéissant de vos serviteurs.

A Cambridge, du Collège de Christ, le n décembre 1648.

ANNÉE l64j> V -

RÉPONSE DE M. DESCARTE&

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