Vrrr t ^r^r^eZ f fe2 f |iff Seg f H
V^t-H-B f ffH 1 8 f fH* ^ \* + \Ze56. Comme vous pourrez aisément vérifier en
multipliant ces neuf termes par 3 — \/e 3 —
\/e 2; car le produit sera 12.
LÈTT RES. Zri'J
Les deux questions que vous nommez para* doxes sont bien résolues, et encore qu'il ne soit pas ordinaire qu'un homme qui a quelque bien se mette en compagnie arec un autre qui a moins xjue rien, il peut toutefois arriver, des cas auxquels cela se pratique. Par exemple, deux marchands d'Amsterdam ont chacun leur commis en Alep , et pourcequ'ils ne se fient pas trop en ces deux commis et qu'ils savent qu'ils sont ennemis l'un de l'autre, ils leur écrivent que du jour qu'ils auront reçu leurs lettres ils se rendent compte l'un à l'autre de tout ce qu'ils ont entre leurs mains du bien de leur maître, et que s'il se trouve que }'un d'eux doive plus qu'il n'a, que cela soit payé de l'argent de l'autre, et que le surplus soit mis en commun pour être employé en marchandise , sans que l'un des commis puisse rien vendre ni acheter sans le su de l'autre , et ils s'accordent entre eux qu'ils partageront ensemble le gain ou la perte, à rai ton de l'argent que leurs commis auront eu entre leurs mains lorsqu'ils recevront leiirs lettres. Ensuite de quoi , s'il arrive qu'un de ces commis ait cinq mille livres, et que l'autre doive deux mille livres , ayant payé ces deux mille livres dé l'argent du premier, il restera trois mille livres qu'ils emploieront en marchandise, et si de ces trois mille livres ils gagnent douze mille livres , c'eô* le quadruple de leur
3l8 LETTRES.
argent. C'est pourquoi celui qui avoit au commencement cinq mille livres en doit gagner vingt mille , et par conséquent l'autre qui étoit reliquataire de deux mille livres en doit perdre huit mille. Au contraire , s'il y a douze mille livres de perte , celui qui avoit cinq mille livres en doit perdre vingt mille, et l'autre par conséquent en gagner huit mille, pourcequ'ayapt payé ses deux mille livres de l'argent du premier , il l'a empêché de les employer en la marchandise où il y avoit te quadruple à perdre* Pour le portrait en tailledouce vous m'obligez plus que je ne mérite d'avoir pris la peine de le graver, et je le trouve fort bien fait , mais la barbe et les habits ne ressemblent aucunement. JLes vers sont aussi fort bons et fort obligeants; mais puisqu'ils ne satisfont pas assez leur auteur, j'approuve extrêmement le, dessein que vous m'avez dit que vous aviez de ne vous point servir du tout de ce portrait , et de ne le point mettre au-devant de votre livre. Mais en cas que vous l'y voulussiez mettre, je vous prierois d'en ôter ces mots, Perronii toparcha , naius die uttitnû martis i5g6. Les premiers , pourceque j'ai aversion pour toutes sortes de titres; et les derniers , poureeque j'ai aussi de l'aversion pour les laiseurs d'horoscope , à forreur desquels on semble contribuer quand on publie le jour de la naissance de quelqu'un. Je ne vous renvoie pas
LETTRES. 3l9
encore vos livres , pourceque je nTai pas eu le temps de les lire ; mais j'en ai assez vu pour remarquer un paralogisme dans la quadrature du cercle prétendue , et je n'ai encore rien rencontré dans tout ce gros livre , sinon des propositions si simples et si faciles, que l'auteur me semble avoir mérité plus de blâme d'avoir employé son temps à les écrire que de gloire de les avoir inventées. Pour trouver son paralogisme, j'ai commencé par la 1 i34e page , où il dit : Nota autem est proportio segmenti LMNK , ad segmentum EGFIF. Ce qui e$t faux : et pour en chercher la preuve, j'ai examiné les propositions qui précèdent jusqu'à la trente-neuvième du même livre, page 1 121, où j'ai vu que sa faute consiste en ce qu'il veut appliquer à plusieurs quantités conjointes ce qu'il a prouvé en la proposition trente-septième des mêmes quantités étant divisées , où sa conséquence est très fausse ; car ayant, par exemple, les quantités 2 ,
4> 8, etc., bien qu'il soit vrai que 8 est à 32 en raison doublée de 4 à 8 , et 1 8 à 5o , aussi en raison doublée de 6 à 10, ce n'est pas à dire que 8-j-i8, c'est-à-dire 26, soit à 32f5o, c'est-à-dire 82 , en raison doublée de celle qui est entre 4"f6 , c'est-à-dire 10, et Sf 1 o , c'est-à-dire 18. Tout ce qu'il décrit de proportionalitatibus et de duc ti bus ne me semble aussi d'aucun usage, et ne .lui a
servi que pour s*embrouiller, et se tromper soimême plus aisément. Je suis, etc.
A M. CHANUT •
(Lettre 42 du tome J.) Monsieur,
La dernière que vous avez pris la peine de m'adresser à Paris n'est point parvenue jusques à moi,
1 «« M. Chanut ayant envie que M. Descartes allât en Suède , le sollicita d'y aller, par des lettres qu'il adressa à M. Çicot à Paris, croyant que M. Descàrtes y étoit encore. M. Picot envoya ces lettres à M. Descartes, qui les reçut vers la mi-février , puisque , dans une lettre adressée à Picot, du ai février 1649, ^ 1* remercie de loi avoir envoyé des lettres. Cependant M, Cbannt ayant appris par M. Clerselier que M. Descartes étoit de retour en Hollande, lui récrivit de secondes lettres , datées du 27 février. M. Descartes, qui avoit négligé de répondre aux premières lettres suédoises que Picot lui avoit renvoyées de Paris, ayant reçu, sur la fin de mars , ces secondes lettres qui lui étoient adressées par la voie d'Alcraaer , répondit projnptement à M. Chanut, et ne témoigna pas , dans sa réponse, avoir reçu ces secondes ; cependant il les avoit reçues quand il répondit à Chanut le 3 1 mars ; car dans la 44e lettre du ier volume , adressée à la princesse Palatine, et écrite le icr avril 1649 , M. Descartes dit à cette princesse qu'il lui avoit écrit il y avoit un mois , qu'il avoit reçu des lettres de Suède (et cela vouloit dire les premières, qui avoient été le chercher à Paris), et qu'il en avoit reçu depuis peu de secondes , comme de la part de la reine de Suède , auxquelles il avoit fait la réponse qui est enfermée dans les 42 et 43e lettres du Ier volume. Tout cela me persuade que les 4» et
mais jé viens d'en recevoir la copie par le soin de M, Brassef , et je tiens à une très insigne faveur d'apprendre par elle qu'il plaît à la reine de Suède que j'aie l'honneur de lui aller faire la révérence. J'ai tant de, vénération pour les hautes et rares qualités de cette princessè , que les moindres de ses volontés sont des commandements très absolus à mon regard: c'est pourquoi je ne mets point ce voyage en délibération , je me résous seulement à obéir. Mais pourceque vous ne me prescrivez au>* cun temps , et que vous ne le proposez que comme une promenade dont je pourrois être dp retour dans cet été , j'ai pensé qu'il seroit malaisé que je puisse donner grande satisfaction à sa majesté en si peu de temps , et qu'elle aura peutêtre plus agréable que je prenne mes mesures plus
43* de ce volume , qui ont été envoyées à M. Chanut , sont bien datées du 3i mars 1649; premièrement, elles sont ainsi datées dans l'imprimé; et dans le catalogue des lettres reçues par M. Chanut il est marqué deux lettres de M. Descartes, reçues le3i mars 1649. Ainsi, ces deux lettres sont du 3i mars 1649.» — «La 4a" **u 1<îr volume, page i35, est de M. Descartes â M. Chanut ; il répond dans cette lettre à une que M. Chanut lui avoit écrite à Paris, l'y croyant encore , et que M. Descartes ne reçut que vers la mi-février , par le soin de M. Picot, qui lui en avoit envoyé la copie. Cette • lettre et la suivante étoient datées d*Egmond, du 3i mars 1648. Cependant il y a grande apparence que toute cette date et? fautive, et je me persuade que cette lettre et la suivante 43 e sont écrites en même temps, le i3 mars 1649. H est toujours constant que cette lettre de M. Descartes et la suivante, qui n'en font qu'une, sont du mois de mars 1649. »» #
io. 21
longues , et fasse mon compte de passer l'hiver à Stockholm. De quoi je tirerai un avantage que j'avoue être considérable à un homme qui n'est plus jeune, et qu'une retraite de vingt ans a entièrement désaccoutumé de la fatigue; c'est qu'il ne sera point nécessaire que je me mette en chemin au commencement du printemps, ni à la fin de l'automne , et que je pourrai prendre la saison la plus sûre et la plus commode , qui sera je crois, vers le milieu de l'été , outre que j'espère avoir cependant le loisir de mettre ordre à quelques affaires qui m'importent. Ainsi je me propose d'attendre l'honneur de recevoir encore une fois de vos lettres avant que je parte d'ici, et je ne manquerai pas d'obéir très exactement à tout ce qui me sera commandé de la part de sa majesté, ou bien à ce qu'il vous plaira me faire savoir lui être agréable ; car je ne sais s'il est à propos qu'elle sache que j'ai demandé ce délai , et je n'oserois prendre la liberté de lui écrire, pojirceque le respect çt le «èle que j'ai me font juger que mon devoir seroit de me rendre au lieu où elle est, avant que les courriers y pussent porter des lettres ; mais je me fie en votre amitié et en votre adresse pour ménager mes excuses. Au reste , je ne sais en quels termes je vous puis remercier de toutes les offres qu'il vous plaît me faire, jusques à me vouloir même loger chez vous. Je n'ose les accepter ni les refuser. Je
LETTRES* 3a3
vous puis seulement assurer que je ferai tout mon. possible pour n'en user qu'en telle sorte que ni vous ni aucun des vôtres n'en serez incommodés, et que je serai toute ma vie, etc.
A M. CHANUT
( Lettre 4^ du tome I. ) MoWSfEUB,
Je vous donnerai, s'il vous plaît* la peine de lire cette fois deux de mes lettres, çar jugeant que vous en voudrez peut-être faire voir une à la r^ipe de Suède, j'ai réservé pour celle-ci ce que je pensois n'être pas besoin qu'elle vît,, à savoir que j'ai beaucoup plus fie difficulté à me résoudre à ce voyage que je ne me serois ,moi-jnême imaginé. Ce n'est pas que je n'aie un très grand désir de rendre service à çetje princesse. J'ai tant^-de créance à yos paroles, et voqs me IVveç reprisent tée av«c dés mœtfrs et un esprit qtle j'admire et estime si fort, qu'encore qu'elle lie seroit point en la haute fortune où elle , est, et n'auroit qu'une naissance, commune , si seulement j'o^ois espérer
ai.
3a4 LJETTJRES.
que mon voyage lui fût utile, j'en voudrais entreprendre un plus long et plus difficile que celui de Suède , pour avoir l'honneur de lui offrir tout ce que je puis contribuer pour satisfaire à son désir. Mais l'expériencé m'a enseigné que même entre les personnes de très bon esprit, et qui ont un grand désir de savoir, il n'y en a que fort peu qui se puissent donner le loisir d'entrer en mes pensées, en sorte que je n'ai pas sujet de l'espérer d'une reine qui a une infinité d'autres occupations. L'expérience m'a aussi enseigné que, bien que mes opinions surprennent d'abord , à cause qu'elles sont fort différentes des vulgaires , toutefois , après qu'on les a comprises, on les trouve si simples et si conformes au sens commun, qu'on cesse entièrement de les gdmirer, et par même moyen d'en faire cas, à cause que le naturel des hommes est tel, qu'ils n'estiment que les choses qui leur laissent de l'admiration, et qu'ils ne possèdent pas tout-à-fait. Ainsi, encore que la santé soit le plus grand de tous ceux de nos biens qui concernent le corps, c'est toutefois celui auquel nous faisons le moins de réflexion , et que nous goûtons lé moins. La fconnoissance de la vérité est comme la santé de l'âme : lorsqu'on la possède on n'y pense plus. Et , bien que je ne désire rien tant que de communiquer ouvertement et gratuitement à un chacun tout le peu que je pense savdir, je ne
rencontre presque personne qui le daigne apprendre. Mais je vois que ceux qui se vantent d'avoir des secrets, par exemple en la chimie ou en l'astrologie judiciaire, ne manquent jamais, tant ignorants et impertinents qu'ils puissent être , de trouver des curieux qui achètent bien cher leurs impostures. Au reste, il semble que la fortune est jalouse de ce que je n'ai jamais rien voulu attendre d'elle , et que j'ai tâché de conduire ma vie en telle sorte qu'elle n'eût sur moi aucun pouvoir; car elle ne manque jamais de me désobliger , sitôt qu'elle en peut avoir quelque occasion. Je l'ai éprouvé en tous les trois voyages que j'ai faits en France, depuis que je suis retiré en ce pays; mais particulièrement au dernier* qiji m'avoit été commandé comme de la part du roi. Et pour me convier à le faire, on m'avoit envoyé des lettres en parchemin , et fort bien scellées , qui contenoient des éloges plus grands que je n'en méritois, et le don d'une pension assez honnête ; et de plus, par des lettres particulières de ceux qui m'envoyoient celles du roi , on me promettoit beaucoup plus que cela , sitôt que je serois arrivé. Mais lorsque j'ai été là, les troubles inopinément survenus ont fait qu'au lieu de voir quelques effets dç ce qu'on m'avoit promis, j'ai trouvé qu'on avoit fait paye* par l'un de mes proches les expéditions des lettres qu'on m'avoit envoyées , et que je lui en devois
rendre Taisent ; en sorte qu'il semble que je n'étois allé à Paris que pour acheter un parchemin, le plus cher et le plus inutile qui ait jamais été entre mes mains. Je me soucie néanmoins fort peu de cela : je ne l'aurais attribué qu'à la fâcheuse rencontre des affaires publiques, et n'eusse pas laissé d'être satisfait si j'eusse vu que mon voyage eût pu servir de quelque chose à ceux qui m'avoient appelé. Mais ce qui m'a le plus dégoûté, c'est qu'aucun d'eux n'a témoigné vouloir connoître autre chose de moi que mon visage; en sorte que j'ai sujet de croire qu'ils me vouloient seulement avoir en France comme un éléphant ou une panthère, à cause de la rareté, et non point pour y être utile à quelque chose. Je n'imagine rien de pareil du lieu où vous êtes ; mais'les mauvais succès de tous les voyages que j'ai faits depuis vingt ans me font craindre qu'il ne me reste plus pour celui-ci que de trouver en chemin des voleurs qui me dépouillent , ou un naufrage qui m'ôte la vie. Toutefois cela ne mp retiendra pas, si vous jugez que cette incomparable reine continue dans le désir d'examiner mes opinions , et qu'elle en puisse prendre le loisir; je serois ravi d'être si heureux, que de lui pouvoir rendre service. Mais si cela n'est pas, et qu'elle ait seulement eu quelque curiosité qui lui soit maintenant passée, je vous supplie et vous conjure de faire en. sorte que sans
lui déplaire je puisse être dispensé de ce voyage; et je serai toute ma vie, etc.
D*Egmond , le 3i mars 1648 *.
A MADAME ÉLIZABETH
PRINCESSE PALATINE, etc. \ (Lettre 44 du tome I.)
Madame,
Il y a environ un mois que j'ai eu l'honneur d'écrire à votre altesse , et de lui mander que j'avois reçu quelques lettres de Suède; je viens d'en recevoir derechef, par lesquelles je suis convié de la part de la reine d'y faire un voyage à ce printemps, afin de pouvoir revenir avant l'hiver: mais j'ai répondu de telle sorte , que bien que je ne refuse pas d'y aller, je crois néanmoins que je ne partirai point d'ici que vers le milieu de l'été. J'ai demandé ce d^iai pour plusieurs considérations , et pàrticu-
« 1 Daté* du 3t mu» 1649. Voyez l'appendice de la lettre précédente. »
» « Pas datée, mais la 43e étant dn 3i mars , celle-ci est immanquablement du 3i avril 1649. Voyez le commencement de la lettre, et son rapport avec les deux précédentes. »
3a8 LETTRES.
lièrement afin que. je puisse avoir l'honneur de recevoir les commandements de votre altesse avant que <Je partir. J'ai déjà si publiquement déclaré le zèle et la dévotion que j'ai à votre, service, qu'on auroit plus de sujet d'avoir mauvaise opinion de moi si on remarquoit que je fusse indifférent en ce qui vous touche, que l'on n'aura si on voit que je recherche avec soin les occasions de m'acquitter de mon devoir. Ainsi je supplie très humblement votre altesse de me faire tant de faveur que de in'instruire de tout ce en quoi elle jugera que je lui puis rendre service, à elle ou aux siens, et de s'assurer qu'elle a sur moi autant de pouvoir que si j'avois été toute ma vie son domestique. Je la supplie aussi de me faire savoir ce qu'il lui plaira que je réponde, s'il arrive qu'on se souvienne des lettres de votre altesse, touchant le souverain bien , dont j'avois fait mention Tan passé dans les miennes, et qu'on ait la curiosité de les voir. Je fais mon compte de passer l'hiver en ce pays-là, et de n'en revenir que Tannée prochaine ; il est à croire que la paix sera pour lors en toute l'Allemagne, et si mes désirs sont accomplis, je prendrai au retour mon chemin par le lieu où vous serez, afin de pouvoir plus particulièrement témoigner que je suis, etc.
A M, ÇHANUT \
(Lettre 45 du tome I.)
La philosophie que j'étudie ne m'enseigne point à rejeter l'usage des passions, et j'en ai d'aussi violentes pour souhaiter le calme et la dissipation des orages de France, qu'en sauroit avoir aucun de ceux qui y sont le plus engagés ; d'où vous jugerez, s'il vous plaît, combien est grande l'obligation' que je vous ai d'avoir pris la peine de me faire part des bonnes nouvelles que vous avez eues de Saint-Germain. Ma joie auroit été parfaite, si je n'avois point lu dans les dernières gazettes que l'archiduc s'avance vers Paris , et qu'on l'a laissé passer comme ami jusques à Soissons. C'est porter les choses à une grande extrémité , que d'attendre du secours de ceux dont on sait que le principal intérêt est de faire que notre mal dure. Je prie
» « Par deux lettres de M. Descartes à M. Picot, datées des 7 et 14 de mai , M. Chanut n'étoit pas encore venu de Suède en Hollande. Ainsi , il n'arriva que sur la fin de mai, et l'ayant sn , il lui écrivit cette lettre 45, qué je date du a5 mai 1649. "
Dieu que la fortune de la France surmonte les efforts de tous ceux qui ont dessein de lui nuire. Pour la promenade à laquelle on m'a fait l'honneur de m'inviter, si elle étoit aussi courte que celle de votre logis jusques au bois de La Haye, j'y serois bientôt résolu ; la longueur du chemin mérite bien qu'on prenne quelque temps pour délibérer avant que de l'entreprendre; ainsi , encore qu'il soit malaisé que je résiste à un commandement qui vient de si bon lieu , je ne crois pas néanmoins que je parte d'ici de plus de trois mois. Et je vous supplie de croire qu'en quelque lieu du monde que j'aille, je serai toujours avec un même zèle, etc.
A M. CHANUT
(Lettre 46 du tome I.)
On n'a point trouvé étrange qu'Ulysse ait quitté les îles enchantées de Calypso et de Circé, où il
» « M. Descartes n'ayant pas témoigné , dans les 42 et 43e, du 3 1 mars 1649, qu'il avoit reçu la lettre du 27 février, il y fait ici une espèce de réponse, sans marquer qu'il Fait reçue depuis. C'est en témoignage de la peine qu'il avoit de quitter son ermitage d*Egmond. Je la date du 4 avril 1649. »
LETTRES. 35l
pouvoit jouir de toutes les voluptés imaginables , et qu'il ait aussi méprisé le chant des sirènes , pour aller habiter un pays pierreux et infertile , d'autant que c'étoit le lieu de sa naissance : mais j'avoue qu'un homme qui est né dans les jardins de la Touraine, et qui est maintenant en une terre où s'il n'y a pas tant de miel qu'en celle que Dieu avoit promise aux Israélites, il est croyable qu'il y a plus de lait, ne peut pas si facilement se résoudre à la quitter pour aller vivre au pays des ours, entre des rochers et des glaces. Toutefois à cause que ce même pays est aussi habité par des hommes, et que la reine qui leur commande a toute seule plus de savoir , plus d'intelligence et plus de raison que tous les doctes des cloîtres et des collèges que la fertilité des pays où j'ai vécu a produits, je me persuade que la beauté du lieu n'est pas nécessaire pour la sagesse, et que les hommes ne sont pas semblables aux arbres, qu'on observe ne croître pas si bien lorsque la terre où ils sont transplantés est plus maigre que celle où ils avoient été semés. Vous direz que je ne vous rends ici que des imaginations et des fables , pour les importantes et véritables nouvelles dont il vous a plu me faire part; mais ma solitude ne produit pas à présent de meilleurs fruits, et l'aise que j'ai de savoir que la France a évité le naufrage en une très grande tempête emporte tellement mon es-
prit, que je ne puis rien dire ici sérieusement , sinon que je suis, etc.
A M. CHANUT
(Lettre 47 du tome 1.)
Monsieur,
Si votre dernière lettre, du 6 mars, m'eût été rendue au temps que les messagers la dévoient apporter, je crois que j'aurois eu l'honneur de vous voir à Stockholm avant que vous eussiez reçu celle-ci; mais ayant été retenue douze ou treize . jours entre La Haye et Alkmaar ,k il est arrivé que M. l'amiral Fl. 1 a pris la peine de venir ici avant qu'elle m'eût appris qui il étoit ; en sorte que, bien qu'il ait usé de plus de civilités que je n'en méritois, pour me convier à faire le voyage en sa compagnie, il ne m'a pas semblé que cela me dût faire prendre une résolution contraire à ce que je vous avois écrit quelques jours auparavant, à savoir que j'attendrois l'honneur de recevoir encore une fois de vos lettres avant que je partisse d'ici. Car j'apprenois seulement de ses paroles que vous lui aviez écrit en ma faveur, ce que je ne considérois que
comme un effet de votre amitié; et les offres qu'il me faisoit me sembloient n'être que des excès de sa courtoisie, à cause que ne sachant point qu'il est l'un des amiraux de Suède, je ne voyois pas en quoi sa compagnie me pouvoit aider pour la sûreté et la commodité du voyage. Et je n'avois point assez de présomption pour m'imaginer qu'une reine qui a tant de grandes choses à foire , et qui emploie si dignement tous les moments de sa vie , eût voulu avoir la bonté de vous charger de me recommander à lui de sa part. Je me tiens si obligé de cette faveur, que je vous puis assurer qu'il n'y aura rien qui me retienne, sitôt que j'aurai eu de vos lettres, et que j'ai un extrême désir de vous aller dire que je suis, etc.
A MADAME ÉLIZABETH
PRINCESSE PALATINE, CtC. *.
(Lettre 48 du tome I.) Madame,
Puisque votre altesse désire savoir quelle est ma résolution touchant le voyage de Suède , je lui dirai
■ « Je la crois du 4 juin 1649 , ou environ. »
que je persiste dans le dessein d'y aller , en cas que la reine continue à témoigner qu'elle veut que j'y aille, et M. Chanut, notre R.' en ce pays-là, étant passé ici il y a huit jours, pour aller en France , m'a parlé si avantageusement de cette merveilleuse reine , que le chemin ne me semble plus si long ni si fâcheux qu'il faisoit auparavant ; mais je ne partirai point que je n'aie reçu encore une fois des nouvelles de ce pays:là , et je tâcherai d'attendre le retour de M. Chanut pour faire le voyage avec lui , pourceque j'espère qu'on le renverra en Suède* Au reste , je m'estimerois extrêmement heureux si , lorsque j'y serai, j'étois capable de rendre quelque service à votre altesse. Je ne manquerai pas d'en rechercher avec^soin les occasions , et ne craindrai point d'écrire ouvertement tout ce que j'aurai fait ou pensé sur ce sujet r à cause que ne pouvant avoir aucune intention qui soit préjudiciable à ceux pour qui je serai obligé d'avoir du respect , et tenant pour maxime que les voies justes et honnêtes sont les plus utiles et les plus sûres , encore que les lettres que j'écrirai fussent vues , j'espère qu'elles ne pourront être mal interprétées , ni tomber entre les mains de personnes qui soient si injustes que de trouver mauvais que je m'acquitte démon devoir* et fasse profe&Gion ouvérte d'être, etc.
1 « Résident. »
LBTTRHS.
A M. FREINSHEMIUS \
(Lettre 49 àu tome I.) MoHSIEUR ,
Entre les excellentes qualités de M. Chanut , celle qui me semble mériter le plus d'amitié est qu'il a soin de faire que tous ceux qu'il aime soient aussi amis les uns des autres. Et outre qu'il m'a assuré en passant ici qu il vous a déjà inspiré quelque bonne volonté pour moi , il m'a si bien décrit votre vertu et votre franchise , que je ne laisserais pas d être entièrement à vous, encore que je n'espérasse aucune part en votre affection. Ainsi , monsieur, je me promets que vous ne trouverez pas étrange que je m'adresse librement à vous et\ son absence , et que je vous supplie de me délivrer d'un scrupule qui vient de l'extrême désir que j'ai d'obéir ponctuellement à lareine votre maîtresse, touchant la grâce qu'elle m'a faite d'agréer que j'aie l'honneur de lui aller faire la révérence à Stockholm. M. Chanut vous sera témoin qu'avant -
* * Pas datée ; mais om y voit qu'elle est postérieure à l'arrivée de M. Charnu* «n Hollande ; aussi je la fixe an 10 juin 1649. »
qu'il fut arrivé ici , j'avois préparé mon petit équipage , et tâché de vaincre toutes les difficultés qui se présentent à un homme de ma sorte, et de mon âge , lorsqu'il doit quitter sa demeure ordinaire pour s'engager à un si long chemin. Mais nonobstant qu'il m'ait trouvé ainsi disposé à partir, et que j'aie trouvé aussi qu'il étoit disposé à user de toutes sortes de raisons pour nie persuader ce voyage, en cas que je n'y eusse pas été résolu ; toutefois pourcequ'il ne m'a point dit qu'il eût aucun ordre de sa majesté pour me commander de me hâter, et que l'été est encore long , je lui ai proposé une difficulté dont il a trouvé bon que je vous priasse de m'éclaircir : c'est que n'ayant pu me préparer à ce voyage sans que plusieurs aient su que j'avois intention de le faire, et qu'ayant quantité d'ennemis, non point, grâce à Dieu, à cause de ma personne , mais en qualité d'auteur d'une nouvelle philosophie , je ne doute point que quelques uns n'aient écrit en Suède , pour tâcher de m'y décrier. Il est vrai que je ne crains pas que les calomnies aient aucun pouvoir sur l'esprit de sa majesté , pourceque je sais qu'elle est très sage et très clairvoyante ; mais à cause que les souverains ont grand intérêt d'éviter jusqu'aux moindres occasions que leurs sujets peuvent prendre pour désapprouver leurs actions, je serois extrêmement marri que ma présence servît de sujet à la médisance de ceux qui
LET4TRKS.
pourraient avoir envie de dire qu'elle est trop as-*, sidue à l'étude , ou bien qu'elle reçoit auprès de soi des personnes d'une autre religion , ou choses semblables; et biefc que je désire extrêmement Fhonneur de m'aller offrir à sa majesté, je souhaite plutôt de mourir dans le voyage , que d'arriver là pour servir de prétexte à des discours qui lui pussent être tant soit peu préjudiciables. C'est pourquoi , monsieur , je vous supplié , non point de parler de ceci à sa majesté, mais de prendre la peine de me mander , sur ce que vous jugerez de ses inclinations , et de la conjoncture des temps , ce qu'il est à propos que je fasse , et je manquerais pas d'y obéir exactement, soit que vous ordonniez que j'attende le retour de M. de Chanut ( car , quoi qu'il puisse dire , je ne crois pas qu'il ait laissé là madame sa femme, afin qu'elle retourne en France toute seule), soit que vous aimiez mieux que je me mette en chemin aussitôt après que j'aurai eu de vos nouvelles. Je vous demande encore une autre grâce , c'est qu'ayant été importuné par un ami de lui donner le petit Traité des passions que j'ai eu l'honneur d'offrir ci-devant à sa majesté , et sachant qu'il a dessein de le faire imprimer, avec une préface de sa façon, je n'ai encore osé lui envoyer , pour ce qùe je ne sais si sa majesté trouvera bon que çe qui lui a été présenté en particulier soit rendu public, même sans