VERITATIS
QVAM • VNICE • COLVIT
CONSPECTV
FRVITVR.
Les restes de Descartos se trouvent places entre ceux de Mabillon et de Montfaucon ; au-dessous des trois inscriptions relatives à ces hommes célèbres, on en lit une collective, qui serait, comme les prc'cédentcs, de M. Petit-Radel, membre de l'Institut :
QVORVM • CINERES • RELIGIOSE • PRIMVM • LOCVLIS • SVIS • CONDITOS • DKHINC • COMMVNl • FATO • PER • XXV • ANNOS | INTKR • PROFANA • EXVLES • QVVM • TERRAE • SACRAE • RE NOVATA • PIARVM • EXEQVIARVM • POMPA • REDDERENTUR j REGIA • INSCRIPTIONVM • ET • HVMANIORVM • LITTERARVM • ACADEMIA I TITVLIS-ADSCRIPTIS-SERIORIBVS-AETATIBVS' COMMENDAVIT • XXVI • KEBR • MnCCCXIX.
Quant au médaillon en terre cuite et aux deux inscriptions sur marbre, qui faisaient partie du tombeau de Descartes en l'Église Sainte-Geneviève, et qui furent aussi transporte^ en i']Ç)2 au Musée des Monuments français, on les trouve maintenant au Musée de Versailles.
Appendice. 617
Crâne prétendu de Descartes au Muséum.
Le Muséum d'Histoire naturelle à Paris possède, dans ses collections anthropologiques, un crâne qui passe pour avoir été celui de Descartes. Les documents relatifs à ce crâne se trouvent consignés dans un Registre au Laboratoire d'anthropologie du même Muséum. Ils comprennent :
1° Une lettre de Ber^elius à Cuvier, datée de Stockholm, 6 avril 1821. Le chimiste suédois, membre de l'Acadi^mie des Sciences de Stockholm depuis 1808, et même Secrétaire perpétuel depuis 1818, était venu à Paris en 1819 {l'année de la translation des restes de Descartes à Saint-Germain-des-Prés). De retour en Suède, une occasion s'offrit, dont il profita aussitôt, d'être agréable à l'Académie des Sciences de Paris, dont plusieurs membres étaient devenus ses amis, entre autres Cuvier.. Il lui envoya donc un crâne, qu'il venait d'acquérir tout exprès, et qu'on disait être celui de Descartes.
2° Deux notes de l'astronome Delambre, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences depuis i8o3 (il en était membre depuis 1792), lesquelles devaient être annexées aux procès-verbaux des séances de l'Académie. La première note est du 8 mai 1821, pour la séance du 14 mai; et la seconde note, du 17 octobre 1821. Delambre, qui avait soixante-douze ans (il mourut l'année suivante, le 19 août 1822, et il était né le 19 septembre 1749), discute l'authenticité du crâne en question, et demeure dans l'incertitude.
A ces trois documents, qu'on peut voir au Muséum, nous en ajouterons trois autres, qui appartiennent à la collection du baron Georges de Courcel. Ce sont trois lettres, datées des i5, 16 et 19 mai 1821. La première est une demande de renseignements, adressée par Cuvier à Alexandre Lenoir, sur la translation des restes de Descartes du Musée des Monuments français à Saint- Germain-des-Prés en 1819, et même aussi sur la translation de ces mêmes restes de l'église Sainte-Geneviève au Musée en 1792. La seconde lettre est la réponse de Lenoir; et la troisième, le remercîment de Cuvier. Il demeure perplexe ; toutefois, sauf une difficulté qui l'arrête encore, il penche plutôt pour l'authenticité du crâne.
V» DE Descartes. jH
ôi8 Vie de Descartes.
Lettre de M. Ber:{elius à M. le baron G. Cuvier.
« Stockholm, ce 6 avril 1821.
« Monsieur,
« Je vais avoir l'honneur de vous faire une communication assez » curieuse. Dans une séance de votre Académie des sciences, où je » fus présent pendant mon séjour à Paris, j'entendis le rapport fait » par des Membres de l'Académie qui avaient été présents au trans- » port des ossements de Descarte^, je crois de l'Eglise de Sainte- » Geneviève à un autre endroit. On y annonça qu'il y avait des » parties manquantes au squelette, et si je ne me trompe, que » c'était la tête qui manquait. Quelqu'un parmi les Académiciens » répondit alors, que les ossements de Descartes, étaient arrivés de » Suède dans cet état incomplet. Cette circonstance me frappa. » Une chose qui avait appartenu à Descartes, était certainement » une relique précieuse ; mais ôter une partie si essentielle de sa » dépouille mortelle redemandée par la patrie de ce grand homme, » me parut un sacrilège, que l'on ne devait reprocher aux Suédois, » sans en être bien assuré. »
« Mais quelle fut ma surprise, lorsqu'il y a un mois, je lus » dans une de nos Gazettes, que parmi les effets de feu M"^ Sparr- » man on venait de vendre à un encan le crâne de Descartes pour » la valeur de 87 francs. En me rappellant ce que j'avais entendu à n Paris, je me décidais à me procurer cette tête; car même si elle » n'était pas de Descartes, je trouvais indécent qu'une tète qui pas- » sait pour la sienne, fût peut-être vendue encore une fois comme » un objet de curiosité. Par un heureux hazard, j'appris que ce » crâne venait d'être acheté par un certain M'' Arugren. Je lui » proposais de me le céder au prix qu'il voudrait bien fixer, » afin que je pusse l'envoyer à Paris, pour être joint aux autres » restes du célèbre Philosophe français. M"^ Arugren eut la com- » plaisance de me dire que, pour un but si louable, il consentait à » me céder le crâne au prix qu'il l'avait acheté lui-même. »
i( Notre Ministre à Paris, M"" le comte de Lœvenhielm, qui partit » d'ici avant hier, a eu la complaisance de se charger du transport » de cette relique, dont je vous prie, Monsieur, de faire l'usage que » vous jugerez convenable. »
« Il est impossible de déterminer avec certitude, que le crâne en » question est en effet celui de Descartes ; cependant les probabi- » lités en faveur de cette idée sont très grandes, puisque la plupart^
Appendice. • 619
» des possesseurs y ont signé leurs noms, de manière qu'on peut » presque tracer la succession df l'un à l'autre. Sur le milieu de » Vos/rontis, on trouve un nom, presque effacé par le temps, dont » on peut déchiffrer /. S' Platistrom, sous lequel l'écriture est » effacée, mais on y distingue le mot tagen, qui veut dire pris et » les nombres 1666. Par une main plus moderne il y a là-dessous » ce qui suit en traduction : Le crâne de Descartes, pris par » /. S' Planstrom l'an 1666, lorsqu'on devait renvoyer le corps en » France. Sur le haut de ce même os, on a écrit ces vers latins :
Parvula Cartesii fuit hœc calvaria Magni.
Exuvias reliquas Gallica busta tegunt ; Sed laus ingenii toto diffunditur orbe,
Mistaque Ccelicolis mens pia semper ovat.
« On ne trouve pas qui en fut le possesseur après Planstrom, » mais on voit que 85 ans plus tard, ce crâne se trouvait dans la » possession d'un célèbre érrivain Suédois, Anders Anton von » Stjernman, qui y a mis son nom avec l'année 1751. Après lui, » Olaus Celsius le fils (Évêque de Lund) en a été le possesseur, et » après lui l*" crâne a passé entre les mains de MM. Hœgerflycht, » Arkenholtz, Ahgren, Sparrman, Arugren ; et enfin, en droit du » dernier possesseur, je vous prie. Monsieur, de lui donner une » place auprès des Exuvias retiquas quas Gallica busta tegunt, si vous » croyez la probabilité, qup ce crâne soit été celui de Descartes, » assez grande pour lui mériter cette place. »
Cuvier était l'un des deux secrétaires perpétuels de l'Académie des Sciences; et c'est pour cela que Berzelius, qui le connaissait mieux sans doute, s'était adressé à lui. L autre secrétaire perpétuel, Delambre, rédigeaj à la date du 8 mai 1821, une assez longue note pour être annexée au procès-verbal de la séance de l'Académie du 14 mai. Reprenant le récit de Baillet (voir ci-avant, p. 594-605), Delambre en tirait une série défaits, et à chacun deux il ajoutait ses réflexions. Rien, à vrai dire, dans les faits, ne laissait supposer qu'aucun fragment des restes de Descartes (sauf un seul) eût été soustrait, lors de l'exhumation à Stockholm en 1666; au contraire, certains détails de la cérémonie, ainsi que les précautions prises, semblaient même exclure par avance une telle supposition. Nous citerons cette partie capitale de l'argumentation de Delambre, sur le passage de Baillet, rapporté ci-avant, p. 597-598 :
« ...Ici, il n'est fait aucune mention du crâne. Il est à croire » qu'il est compris sous la dénomination générique d'os. Le crâne
620 VrE DE Descartes.
» détaché permettait de donner moins de longueur au cercueil » nouveau, il en a été fait une mention particulière. Les os se sont » trouvés détachés, ainsi qu'on V avait présumé, et on les coucha sur » les cendres. S'il en eût été autrement et que le crâne eût entière- » ment disparu, on aurait eu grand soin de l'exprimer... »
« En voyant avec quelle discrétion l'ambassadeur, qui préside » à la cérémonie et qui règle tous les détails du transport, demande » un os de la matn, ne pourrait-on pas en induire, qu'il n'a pas osé » demander le crâne tout entier, qui plus encore qu'un os de la » main pouvait être censé avoir été utile à la composition de ces » écrits immortels? Et s'il n'a pas osé le désirer, il a dû bien » moins encore permettre que ce crâne fût abandonné à un parti- » culier de Stockholm. S'il l'eût permis, on l'eût mentionné dans » le procès verbal. Il est fâcheux qu'on n'ait plus ces deux procès » verbaux, déposés dans le cercueil de cuivre. Aurait-on négligé de » les mettre dans une boette de métal? Le crâne était-il entièrement » dissous et fesait-il partie de cette cendre sur laquelle les os furent » couchés? N'en restait-il aucun fragment reconnaissable, et que » l'ambassadeur eût pu demander au lieu de l'os de la main? En » seize ans un crâne, renfermé dans un tombeau de pierre et dans » un cercueil de plomb, peui-il être tout à fait réduit en poussière ? » C'est ce que nous n'osons décider. . . »
Delambre passe ensuite a un autre ordre de considérations. Rapportant ce passage de Baillet, p. 445-446 : « Le corps de » M. De/cartes étoit d'une taille un peu au-dejfous de la médiocre. . . » Néantmoins, il paroiffoit avoir la tête un peu gi-offepar rapport au » tronc. Il avait le front large & un peu avancé, mais presque en tout » têms couvert de cheveux juf qu'aux fourcils..., la bouche affe^ » fendue, le ne^ ajfe^ gros, mais d'une longueur proportionnée à fa > grojfeur^ », Delambre ajoute : « M'' de Percy, en voyant le crâne
a. Voici le texte entier de Baillet: « ...Il paroiffoit avoir la tête un peu » greffe par rapport au tronc. Il avoit le front large & un peu avancé, » mais prcfque en tout têms couvert de cheveux jufqu'aux fourcils. Il » eut le teint du vifage affez pâle depuis fa naiffance jufqu'au fortir » du collège ; après il fut mêlé d'un vermillon éteint ou paffé, jufqu'à fa » retraite en Hollande; & depuis il parut un peu olivâtre jufqu'à fa mort. » Il portoit à la joue une petite bube qui s'écorchoit de têms en têms, & » qui renaiffoit toujours. Il avoit la lèvre d'en-bas un peu plus avancée » que celle de deffus, la bouche affez fendue, le nez affez gros, mais » d'une longueur proportionnée à fa groffeur ; les yeux d'une couleur » mêlée de gris & de noir ; la vùë fort agréable, û ce n'eft qu'elle parut
Appendice. 621
» arrivé de Suède, dit qu'il annonçait un homme de petite stature ; » et c'est l'effet qu'il avait produit sur moi à la première vue : ce qui » s'accorderait fort bien à la première des indications de Baillet. » Mais si la tête paraissait un peu grosse par rapport au tronc, » elle aurait dû se rapprocher des dimensions communes d'une » taille ordinaire. On remarqua de plus une proéminence, qui » occupait presque en entier et sans aucune interruption tout » l'espace qui devait être bordé par les deux sourcils. Cette pro- » éminence n'est que faiblement indiquée dans la belle estampe » d'Edelinck, que Baillet a mise au frontispice de son histoire. On » remarque sur la même estampe un sillon longitudinal, qui monte » de la racine du nez vers le haut du front; ce sillon est très » sensible dans la médaille frappée en Hollande en l'honneur de » Descartes, et que Baillet nous montre, page 48 1. On pourra » vérifier, sur le crâne venu de Suède, si ce sillon existe au milieu » dii front, s'il est vertical, et s'il interrompt la proéminence dont » il est parlé ci-dessus; car cette interruption est très marquée, » tant sur l'estampe que sur la médaille. »
« Ce qui suit (ajoute Delambre) est un extrait d'une Histoire de » l'Astronomie Moderne, que je compte publier le mois prochain, » t. II, p. 200 :
« Pendant la révolution française, à la spoliation des églises, les » restes de Descartes avaient été déposés au Musée des monumens y> français ; en 181 g, ils furent transportés solemnellement dans » l'église de Saint-Germain-des-Prés. Là, on ouvrit publiquement la » caisse qui renfermait les ossemens. Sur une caisse intérieure était » attachée une plaque de plomb, sur laquelle, après l'avoir nettoyée, » nous pûmes lire une inscription fort simple, portant le nom de » Descartes, la date de sa naissance et celle de sa mort. Avant de » descendre les ossemens dans le caveau destiné à les recevoir, on » avait aussi fait l'ouverture de la caisse intérieure, et l'on en avait » tiré quelques ossemens, dont un seul avait une forme reconnais- » sable. C'était l'os de la cuisse; le reste était de très petites dimen-
» un peu trouble ou moins perçante dans les dernières années, quoi- » qu'elle fût bonne jufqu'à la fin de fes jours. [En marge : Borel. vit. » compend. — Clersel., Mem. Rél. MJf. &c.]. Il avoit le vifage toujours » fort ferain, & la mine affable, même dans le fort de la difpuie, le ton » de la voix doux, entre le haut & le bas, mc^ peu propre à pouffer un » long difcours fans interruption, à caufe d'uiK l'oibleffe de poitrine, & » d'une petite altération de poumon qu'il avoit apportée en naiffant. » (A. Baillet, La Vie de Monjieur Des-Cartes, 1691, t. II, p. 446.)
02 2 Vie de Descartes.
» sions, fort peu 7-emarquable, ou tout à fait réduit en poudre *. » « Voilà ce que j'écrivais en 1819, au retour de la cérémonie. » J'ajoute aujourd'hui ce peu de lignes :
« Je suis sûr de n'avoir vu aucun os qui ressemblât le moins du » monde à un crâne ou à un fragment quelconque de crâne. La » personne qui montrait ces débris, nous dit, en propres termes, » que rien n'avait conservé sa forme, sinon un os de l'une des » cuisses ; elle prit ensuite quelques poignées de poussière, pour » nous les montrer, et le reste de cette poussière fut tout simple- » ment, sans y toucher, versé dans le caveau, qui fut tout aussitôt » fermé d'une longue et large pierre. Personne pour le moment » ne songea au crâne; on le supposa réduit en poussière, comme » le reste, à l'exception d'un seul os et de quelques fragments fort » petits. Tous les os des bras, des jambes et des cuisses, à l'ex- » ception d'un seul, sont en poudre ou en minces fragments; il » n'est pas impossible qu'il en soit de même du crâiie, après cent » soixante-neuf ans. »
Delambre conclut ainsi : « Dans le doute, il paraît convenable » de supposer l'authenticité, de laquelle nous doutons beaucoup » cependant, et de conserver précieusement le don de M. Berze- » lius : sauf à demander quelques renseignements ultérieurs, s'il » peut se les procurer, ce qui est assez douteux, puisque sa lettre » d'envoi ne paraît pas celle d'un témoin bien convaincu. »
Et en tête de son premier mémoire, Delambre a ajouté cette note : « M"" Cuvier convient qu'il n'y a point de certificat, que ce certi- » ficat, s'il existait, ne signifierait rien ; il croit que le crâne est » celui de Descartes, parce qu'il -trouve de grandes conformités » avec l'estampe; et moi, je crois voir le contraire. » Cette note a peut-être été ajoutée après l'échange de lettres entre Cuvier et Lenoir, i5 et 16 mai. que nous verrons plus loin.
a. Cette page, citée par avance, se trouve, en effet, à l'endroit indiqué (p. 200), dans l'ouvrage imprimé : Histoire de V Astronomie moderne, par M. Delambre (tome second, Paris, veuve Courcier, 182 1, in-4). L'alinéa se termine ainsi : « J'ai dit que ces restes avaient été transportés solen- » nellement, c'est-à-dire que cette pompe était celle d'un convoi ordi- » naire ; la cérémonie était présidée par le maire de l'arrondissement; » quelques membres de l'Institut composaient le cortège, et pour tout » chant triomphal on exécuta un Libéra et le Dies irœ [et ab hcedis me » séquestra) : on demanda à Dieu de ne pas confondre Descartes avec » les boucs et les réprouvés. » Dans ces dernières paroles reparaît le ton, volontiers sarcastique à l'égard des cérémonies du culte, d'un philosophe du xvui' siècle : l'astronome Delambre était né le 19 septembre 1749.
Appendice. 62 j
Le second mémoire de Delambre, du 17 octobre 1821, relate et discute les premiers témoignages qui aient été imprimés sur un prétendu crâne de Descartes. Ils sont tirés d'ApcKENHOLTZ, Mémoires concernant Chrijline reine de Suède (4 vol. in-4, Amsterdam et Leipzig, chez Pierre Mortier, MDCCLI à MDCCLX). Au premier volume publié en lySi, on lit, p. 228 :
« ...On ne fauroit paJJ'er fous Jilence un fait, qui ne fera connu » que de peu de perfonnes, que Mr. Hof Profeffeur au Collège de . » Skara en Weftro-Gothie vient de publier. [Lettre du Sr. Hoff, du y> j I Mars ijSo, dans les Ga\ettes liter. Suédoifes, N° xxvii, » pag. ioy-108.] C'efl que l'Officier des Gardes de la Ville de » Stockholm, qui eut la commiffion de faire lever le cercueil de Des- » cartes, de l'endroit où. il étoit enterré & de le tranfporter en France, » àiant trouvé moien d'ouvrir la bière, il en ôta le crâne du défund » Defcarles, qu'il garda le refle de fes jours fort foigneuf entent, » comme une des plus belles reliques de ce grand Philofophe. Après » la mort de l'Officier, fes Créanciers, au lieu d'argent comptant, » qui les auroit fort accommodés, ne trouvèrent guères d'autre chofe » que ce crâne, qui a pajfé depuis en d'autres mains. Surquoi » Mr. Hof dit que, l'àiant vu nouvellement che\ quelqu'un de fes » amis à Stockholm, qui fembloit en faire grand cas, il avoit fait » cette épigramme, pour être mife deJJ'us :
Parvula Cartefii ...»
Suit le quatrain que Berzelius a reproduit dans sa lettre, p. G19. ci-avant.
Neuf ans après, en 1760, Arckenholtz publia un quatrième volume des mêmes Mémoires. On y trouve, p. 232, la note suivante :
« [En marge : Tom. I, p. 228, «.] Au refle j'ai déjà marqué, à » l'endroit cité, qu'Ifaac Planftrom, Officier des Gardes de la Ville « de Stockholm, ôta le crâne de la bière de Des Cartes, qu'il y en » fubflilua un autre, & garda celui-ci comme une des plus belles » reliques de ce grand Philojophe. Il faut que je dife ici, qu'à mon » dernier voyage en Suède l'an ij 5 4, je fis l'acquifttion d'une partie » de ce crâne qu'on attefie être le véritable, & dont l'autre partie » repofe dans le Cabinet de feu Mr. de Hœgerflycht, qui fera échu à » quelqu'un de fa famille. »
Le crâne envoyé par Berzelius en 1819 parait bien être celui que signalait Arckenholtz en 1751 et 1760. Et pourtant, cet auteur déclare qu'il en a acquis lui-même « une partie »; or le crâne de
624 Vie de Descartes.
Berzelius est en entier, à moins que cette partie ne soit la mâchoire inférieure, qui manque en effet. Mais pour le reste, ce crâne porte bien les deux noms de Planstrom et d'HcegerJlycht, ainsi que le quatrain de Hof, trois choses que mentionne Arckenholtz. On y trouve même la suite des divers possesseurs, dont chacun a voulu inscrire son nom sur ce crâne : Planstrom, . . . Stjernman, Olaus Celsius, Hœgerflycht, Arkenholt^ (!), Ahgren, Sparrman, Arugren.
Mais il est évident que le premier est le seul dont le témoignage compte pour l'authenticité. Et c'est Planstrom, dont le nom se trouve accompagné d'une note en suédois, dont voici la traduction française : « Pris et gardé soigneusement par Is. Planstrom en » 1666, lors de l'envoi du cadavre en France, et depuis ce temps » caché en Suède. » Cartesii skalle, tillvaratagen af Is. Planstrom, da liket ahr 1666 skulle foras till Frankrike, och sedan har i Sverrige gbmd.
Nous sommes donc ramenés à cette date de 1666, et nous retrouvons toutes les difficultés qui s'opposent au larcin du crâne, étant donné les précautions prises alors par Terlon et les déclarations que lui-même a faites.
Citons enfin, pour terminer, la correspondance échangée entre Cuvier et Lenoir, sur le même sujet. Le i5 mai, c'est-à-dire dès le lendemain de la séance de l'Académie où Delambre avait lu sa première note, Cuvier s'adressa à Lenoir : il dicta sa lettre à un secrétaire, qui écrivit sur du papier avec en-tête de l'Institut; la signature seule est de Cuvier. Lenoir répondit sans retard, dès le 16 mai; la minute de cette réponse a été écrite par Lenoir sur la 3^ et la 4"= page en blanc de la lettre précédente, et c'est ainsi qu'elle a été conservée. Le remercîment de Cuvier, du 19 mai, est de sa main propre, sur papier libre.