‹ Œuvres de DescartesChapitre 49 sur 103 · FINIS · texte numérisé non relu

FINIS

a. Voir cette même comparaison du soufflet, pour expliquer le jeu du poumon, t. XI, p. 140, 1. 3-5.

b. On dit encore, avec ce sens particulier, le « mouvement » d'une horloge ou d'une pendule.

Supplément. i ^

CCCXVII bis.

Descartes a Colvius.

Egmond du Hoef, 5 septembre 1643.

Autographe de la collection particulière du baron de Vos van Stecnwijk, à Windesheim près de ZwoUe, signalé et communiqué par le D' P.-C. Molhuysen, conservateur des MSS. de la Bibliothèque de l'Université de Leyde.

Monfieur,

Vous verrez icy vn infigne effed de ma negligenfe, en ce que, depuis trois femaines que i'ay receu celle que vous m'auez fait la faueur de m'efcrire, ie n'ay fceu obtenir de moy le loyfir de relire les papiers que i'auois promis à Monfieur Beuerovicius^ Enfin vous les trouuerez auec cete letre, & m'obligerez, s'il vous plaift, de les luy donner, & l'aflurer de mon très humble feruice. I'ay effacé le nom du médecin de Louuain ; car ayant efté defobligé par luy, i'euffe deu luy donner quelque trait de plume en paffant, & i'ayme mieux le mefprifer. I'ay adioufté quelques mots à la marge en vn endroit ^, lefquels doiuent eftre diftinguez du relie, aflEin qu'on ne puifTe dire que i'aye changé aucun mot en ma refponfe, ainfi qu'a fait

a. Voir l'éclaircissement qui suit cette lettre : notices sur Colvius et sur Beverovicius, p. 17-18.

b. Tome I, p. 527-528, variantes : Nota, ut hoc experimentum . . . in Jyjlole fentitur . On n'a pas tenu compte de la recommandation de Descartes : l'imprimé de 1644 a inséré cette addition, sans que rien ne la distingue du texte qui précède et qui suit.

i6 Correspondance de Descartes.

le médecin de Louuain, qui l'a fait imprimer entièrement falfifiée.

Il y a long temps que i'ay parcouru Kirkerus^; mais ie n'y ay rien trouué de folide. Il n'a que des forfanteries'" à l'italiene, quoy qu'il foit Allemand de nation.

l'auois auffi defia vu la lampe de Vendelinus "^ ; mais elle ne m'a point efclairé.

le fuis,

Monfieur, Voftre très humble

& très fidelle feruiteur,

Des Cartes.

Du Hoefï, le 5 Sept. 164J.

Adresse :

A Monfieur, Monfieur Colvius, &c.

à. Il s'agit du livre : Magnes Jive de Arte Magnetica, du P. Kirchcr, jésuite. Voir une lettre de Descartes à Huygens, du 3i janvier 1642 (t. III, p. 520). Voir aussi les notes prises par Descartes sur ce livre (t. XI, p. 635-639).

b. « Forfanteries » : c'est le même mot, dont Descartes se sert à l'adresse de Kircher, dans une autre lettre, t. V, p. 548, 1. 6. (Clerselier avait imprimé à tort : farfanteries.) Il ajoute ici : « à l'italiene ». Voir ce qu'il dit ailleurs, à deux reprises, des Italiens (t. II, p. 493-494 et p. 533-534). Kircher (Athanase) était né à Fulda (exactement à Ghysen, près de Fulda), le 2 mai 1601, comme l'indique le titre de son livre: Athanafi Kircheri Fuldensis BwcAonn. . . (t. III, p. 524); mais il demeura longtemps à Rome, oii il mourut, le 27 nov. 1680. Colvius, d'autre part, avait aussi séjourné, comme pasteur protestant, à Venise, de 1620 à i627 Descartes et lui s'étaient sans doute entretenus plus d'une fois de leurs voyages en Italie et s'entendaient à demi-mot.

c. Voir, sur cet ouvrage de Wendelin, Téclaircissement, p. 18-19.

Supplément. jj

Colvius (Andréas Kolff) naquit à Dordrecht, en 1694, et il y mourut, le i" juillet 1676. « Ministre de la parole de Dieu » à Venise de 1620 à 1627, puis dans sa ville natale, de 1629 à 1666, il était grand amateur de curiosités scientifiques, et s'intéressait même aux principes de la science (t. VIII, 2^ partie, p. 197-198, et t. X, p. 348). A ce titre, il devint l'ami d'Isaac Beeckman, principal du collège de Dordrecht à partir de 1627, et celui-ci le mit en relations avec Descartes. Ce fut même Colvius qui fit part au philosophe de la mort de Beeckman; et nous avons la lettre de condoléances que Descartes lui écrivit en réponse, le 14 juin 1637 (t. I, p. 379). Plus tard Colvius fut informé par le philosophe de l'achèvement des Méditations ; une copie du manuscrit devait même lui être envoyée : lettre du 14 novembre 1640 (t. III, p. 247, et t. X, p. 578). Plus tard encore, Colvius reçut un exemplaire du livret, Epijipla ad Voetium, comme si Descartes voulait le faire juge de sa querelle avec le ministre d'Utrecht. Colvius essaya de s'interposer entre les deux adversaires, et leur prêcha en vain la paix : lettre du 9 juin 1643 (t. III, p. 680). La princesse Elisabeth le loua au moins de cette intervention charitable : lettre du 21 juin (t. VIII, 2= partie, p. 197). Descartes répondit à Colvius le 5 juillet (t. IV, p. 6). Celui-ci sans doute, en récrivant, lui rappela le désir de Beverovicius d'avoir le texte des deux lettres à Plempius, pour les imprimer dans ses Quœ/fiones Epiftolicce : de là cette réponse, que nous donnons ci-dessus. Plus tard enfin, après la mort du philosophe, Colvius rappellera fidèlement sa mémoire, comme on le voit dans des lettres échangées entre Elisabeth et lui, le 25 nov. i656 et le 12 janv. 1G57 (t. XII, p. 485-486, note).

Johannes Beverovicius (Jan van Beverwick), médecin de Dordrecht, naquit en cette ville, le 17 nov. 1694, et y mourut, le 10 janvier 1647. Auteur de nombreux ouvrages de médecine, il préparait en 1643 un recueil mtitulé Quœjliones Epijlolicœ, et demanda à Descartes son avis sur une question d'actualité, la circulation du sang et le mouvement du cœur : lettre du 10 juin 1643 (t. III, p. 6S2). Descartes envoya quelques explications; mais il ajouta qu'il avait déjà répondu sur cette même question dans deux lettres à un professeur en médecine de l'Université de Louvain, Plempius, qui d'ailleurs les avait publiées, en les détournant de leur sens et en les mutilant : lettres du i5 février et du 23 mars i638 (t. I, p. 52 1, et t. II, p. 62). Descartes olfrit d'envoyer le texte exact et complet de ces deux lettres pour le nouveau recueil : lettre .Correspondance. 3

i8 Correspondance de Descartes.

du 5 juillet 1643 (t. IV, p. 3). Beverovicius accepta; il en fit aviser notre philosophe par un ami commun, Colvius, dont la lettre (aujourd'hui perdue) parvint à Egmond du Hoef vers le i5 août. Descartes y répondit trois semaines après par la présente, du 5 septembre 1643 ; il envoyait en même temps le texte demandé.

L'année suivante, se rendant en France, il passa par Dordrecht, et ne manqua pas d'y rendre visite à Beverovicius, en juin 1644, dit Baillet (t. IV, p. 124). Préoccupé des moyens de prolonger la vie humaine, notre philosophe devait s'intéresser au moins à l'un des ouvrages de ce savant : De termina vitœ fatali an niobili (quatre éditions, en 1634, i636, 1639 et 1654); et peut-être encore à un autre, De calcula renum et veftcœ, en i638 (question traitée jadis par un médecin de sa famille, t. XII, p. 8) ; et qui sait ? peut-être à un livre du même auteur, De excellentiâ mulierum, en réponse à la thèse paradoxale d'un écolier, Mulieres non cjfe homines. D'autre part, Saumaise envoyait en France, à Peiresc, les publications du médecin de Dordrecht. Guy Patin correspondait avec lui de Paris, tout heureux que sa thèse ait eu l'honneur de figurer dans les Qucejlianes epiftolicœ; plus tard, sur la fin de 1649, Sorbièie lui rappellera les œuvres de Beverovicius défunt.

A titre de curiosité, signalons quelques pages d'un autre ouvrage de Beverovicius, publié l'année suivante : Joh. Bkvekovicij Medicinœ Encomium (Rotterdami, Sumptibus Arnoldi Leers, CI3 IDC XLIV). L'auteur, p. 65-8o, répond aux critiques que Montaigne avait adressées aux médecins, et nous révèle ainsi la vogue qu'avaient toujours les Essais même en Hollande.

Pages 65-66 : « Michael Montanus, celebris apud Galles nominis, » & magna;, dum viveret, dignitatis. . . » (Page 65.)

« Et opellae huius pretium mihi faflurus videor, quod liber eius » in omnium manibus verfetur, fiprovideam ne Gallico hoc tumultu » Refp. Medicaquiddetrimenti capiat. Quare praecipua argumenta, » quibus in Mifcellaneis fuis (Gallice Les EJfais infcripfit, Cuftiis » vertere conatur Lipfius, Conatuum nomine laudant Thuanus & » Sammarthanus) Medicinae ufum ac neceffitatem impugnat, veluti » ad incudem revocabo, & quàm invalide tibicine nitantur olten- » dam. » (Page 66.)

Quant aux deux dernières lignes de la lettre, p. 16, 1. 7-8, Descartes joue ici sur le titre d'un ouvrage récent : Gcdefriiji Wendelini Luminarcani Arcanorum cœlejlium Lampas (Bruxella;, Jean. Momertij, 1643, in- 12). L'auteur lui donnait l'e.Kemple de

Supplément. 19

jouer ainsi sur les mots : « Se Luminarcanum vocavit, quod natus « esset in territorio Lummensi, in parœcia Hercana » (explique Ghesquière, Acta Sanctorum Belgii, 1783, t. I, p. 299). Cet ouvrage de Wendelin parut sur la fin de mai; et Descartes n'attendit pas, chose curieuse, pour en prendre connaissance, qu'il lui fût signalé par Colvius. Mention en est faite aussi dans la correspondance de Wendelin et de Gassend {Opéra omnia de celui-ci, édit. i658, t. VI, p. 166 et p. 455). En octobre'de la même année 1G43, Wendelin annonçait encore à Gassend un autre ouvrage : Arcaiiorum terrestrium Lampas, mais qui ne fut point publié {ibid., p. 46O).

Godefroi Wendelin était né à Herck, dans le Limbourg belge, le 6 juin i58o. Il vint à Rome en 1600, puis à Digne en Provence, où il enseigna comme professeur au collège, de 1601 à 1604, puis à Forcalquier, comme précepteur dans une famille. Ce fut ainsi qu'il connut Gassend et Peiresc. Il se fit recevoir docteur iti utroque jure, à l'Université d'Orange, le 23 mars 161 1. En 1612, il devint curé de sa ville natale, puis officiai et chanoine de Tournay, en 1648 et i65o; à partir de 1659, on le trouve à Gand, où il mourut en 1667. Savant astronome, il publia, en 1626, à Anvers un in-4 : Loxia,feu de obliquitate Solis diatriba, dédié à Monsignor Bagni, nonce en Flandre, et bientôt nonce à Paris. (Voir notre t. I, p. 290.) Huygens, quoique huguenot, traitait en ami ce curé catholique. Pendant le siège de Maestricht (du 10 juin au 23 août i632), il lui envoya un badinage en vers comme sauf-conduit pour venir le voii à l'armée assiégeante (Herck n'était qu'à une petite distance) :

In adventum Godefr. VVeiidelini Summi Mathematici in Cajîra Trajeâina.

Qui Wendelino miles occurris meo, Occurre mitis ; arma, vim, noxam, dolos Averte, fi Batavus es. fi nofier es ; Averte charo vertice & charifiTimo Nuper Batavis. Non Iberi (fpondeo) Candor ruboris ifte contraxit luem.

Innoxium, paci, Deo, Mufis facrum, Puteani amicum & HugenI, Belgam vides.

Per facra Mularum, Dei, pacis rogo, Parce innocent!, parce. Quid multis moror ? Ab Archimede tempera fœvas manus.

Qui Wendelino miles occurris meo.

(HuGENU Momenta Defultoria, p. 79. édit. 1Ô44.)

20 Correspondance de Descartes.

DXVIII bis.

Descartes a Debeaune.

Paris, 5 juin 1648.

Autographe de la collection du baron de Vos van Steenwijk, à Windesheim, près de Zwolle, signalé et communiqué par le E>f P. -G. Molhuysen, conservateur des MSS. de la Bibliothèque de l'Université de Leydc.

Monfieur, Eftant arriué en cete ville auec intention d'y faire quelque feiour, l'vne des premières chofes dont ie me fuis enquis, a efté 11 vous y eftiez, pource que vous m'auiez fait efperer d'y venir, lorfque i'eu l'honneur de vous voir l'année paflee ; & ne vous y trouuant pas, ie trace ces lignes pour vous offrir mon très humble feruice, & vous adrefler l'enclofe que i'ay receuë d'vn ieune mathématicien qui vous a vu autrefois chez vous & eft maintenant profeffeur à Leyde. 11 y a ioint vn liure que ie n'envoyé pas, pource que ie croy qu'il ne contient rien que vous ayez impatience de voir, & que vous aymerez mieux que ie le garde iufques à ce que vous foyez icy, où l'on m'a fait efperer que vous viendrez; & vous y elles particulièrement attendu,

Monfieur, par voftre très humble

& très zélé feruiteur,

Des Cartes.

De Paris, le ^ luin 1648.

Supplément. 2 1

Adresse :

A Monfieur

Monfieur de Beaune,

Confeiller du Roy au fiege

prefidial à Blois.

Nous savions, par Bailler, que Descartes, lors de son premier voyage en France, l'année 1644, s'était arrêté à Blois, en passant, pour s'entretenir avec Florimond Debeaune^. Cette lettre nous apprend (ce que nous ne savions pas), qu'il vit encore Debeaune a Blois, lors de son second voyage, en 1647. Et même les deux amis convinrent de se retrouver ensemble l'année suivante à Paris. Ce souhait fut-il réalisé, de juin jusqu'à la fin d'août 1648? Nous l'ignorons. A la date du 5 juin, Descartes ne paraît pas disposé à faire, comme aux voyages précédents, un tour en province pour revoir sa famille. Cependant, à la fin d'août, il était attendu de quelques amis à Azay-le-Rideau'', non loin de Blois; mais il repartit pour la Hollande sans y être allé.

Le jeune professeur de Leyde dont il envoie une lettre à Debeaune, est Frans Schooten, qui avait remplacé à l'âge de vingtsix ans, pour l'enseignement des mathématiques à l'Université, son père, mort le 11 décembre 1645. Le jeune Schooten avait fait un séjour en France l'année £641. Dans une lettre de septembre 1641, Descartes rappelle qu'il l'avait recommandé à Mersenne; dans une autre lettre, du 17 novembre 1641, il conseille au même Mersenne d'utiliser Schooten, dessinateur habile, pour tirer le plan des jardins du Luxembourg. Schooten recherchait à Paris l'entretien des mathématiciens, entre autres Mylon; et dès son retour en Hollande, il ne manqua pas de se rendre à Endegeest (donc l'année 1642) et de raconter à Descartes ce qu'on disait en France des inventions de Fermât; c'est devant Schooten que Descartes traita celui-ci de Gascon"^. La présente lettre nous apprend, en outre, que Schooten connut personnellement Debeaune « chez lui », c'est-àdire à Blois. Le livre qu'il chargea, en 1648, notre philosophe de

a. Voir t. IV, p. 129.

b. Lettre d'Auzout, 21 août 1648 (t. V, p. 229).

c. Pour tous CCS détails, voir t. IV, p. 339040 (nomination du professeur) ; t. III, p. 437, 1. 18-19 (recommandation à Mersenne); p. 450, 1. 4-i5 (le Luxembourg) ; t. IV, p. 232 (Mylon) : t. III. p. 333 (Fermât).

2 2 Correspondance de Descartes.

lui remettre, était sans doute le suivant : De organicâ conicarum fedionum in piano defcriptione, Traâatiis, Geometris, Opticis,prœ- Jertim rerù Gnomonicis €• Mechanicis utilis. Cui fubnexa e/i Appendix,de cubicarum œquationum refolutione. (Lugd. Batav., ex officinâ Elzeviriorum, 1646, in-4.)

Il est intéressant de savoir que Debeaune et Schooten se connaissaient et qu'ils correspondaient ensemble, lorsque celui-ci était à la veille de publier une traduction latine de la Géométrie de Descartes, avec des notes de ces deux mathématiciens, en 1649^. Schooten publia aussi, après la mort du philosophe, un livret intitulé : Principia Malhejeos Vniuerfalis, Jeu Introduâio ad Geometriœ methodum Rcnati des Caries (Elsevier, i65i), réimprimé dans la seconde édition de la Géométrie en latin, l'année 1669. Quant à Debeaune, il mourut sur la fin de i652 ''.

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