CHAPITRE II
ne leur font point trop de résistance. Je dis que ses parties se remuefit séparément lune de l’autre, car encore que souvent elles s’accordent et conspirent plusieurs ensemblp pour faire un même effet, nous voyons toutefois que chacune d’elles agit en son particulier contre les corps qu’elles touchent. Je dis aussi que leur mouvement est très prompt et très violent; car, étant si petites que la vue ne nous les sauroit faire distinguer, elles n’auroient pas tant de force qu’elles ont pour agir contre les autres corps, si la promptitude de leur mouvement ne récompensoit le défaut de leur grandeur.
Je n’ajoute point de quel côté chacune se remue ; car , si vous considérez que la puissance de se mouvoir, et celle qui détermine de quel côté le mouvement se doit faire, sont deux choses toutes diverses, et qui peuvent être l’une sans l’autre (ainsi que j’ai expliqué au djscours second 'de la Dioptrique), vous jugerez aisément que chacune se remue en la façon qui lui est rendue moins difficile par la disposition des corps qui l’environnent, et que dans la même flamme il peut y avoir des parties qui aillent en haut et d’autres en bas , tout droit et en rond, et de tous côtés , sans que cela change rien de sa nature ; en sorte que si vous les voyez tendre en haut presque toutes , il ne faut pas penser que ce soit pour autre raison , sinon parceque les autres corps qui les touchent se trouvent
LE MONDE
presque toujours disposés à leur faire plus de résistance de tous les autres côté6. •
Mais , après avoir reconnu que les parties de la flamme se remuent en cette sorte, et qu’il suffit de concevoir ses tnouvements pour comprendre comment elle a la puissance de consumer le bois et de brûler , examinons, je vous prie, si le même ne suffiroit point aussi pour nous faire comprendre comment elle nous échauffe et comment elle nous éclaire : car, si cela se trouve, il ne sera pas nécessaire qu’il y ait en elle aucune autre qualité, et nous pourrons dire que c’est ce mouvement seul qui, selon les différents effets qu’il produit, s’appelle tantôt chaleur et tantôt lumière.
Or, pour ce qui est de la chaleur, le sentiment que nous en avons peut , ce me semble, être pris pour une espèce de douleur quand il est violent, et quelquefois pour une espèce de chatouillement quand il est modéré ; et comme nous avons déjà dit qu’il n’y a rien hors de notre pensée qui soit semblable aux idées que nous concevons du chatouillement et de la douleur, nous pouvons bien croire aussi qu’il n’y a rien qui soit semblable à celle que nous concevons de la chaleur, mais que tout ce qui peut remuer diversement les petites parties de nos mains , ou de quelque autre endroit de notre corps, peut exciter en nous ce sentiment : jnème plusieurs expé-
riences favorisent cette opinion.; car en se frottant seulement les mains, on les échauffe , et tout autre corps peut aussi être échauffé sans être mis auprès du feu , pourvu seulement qu’il soit agité et ébranlé en telle sorte que plusieurs de ses petites parties se remuent , et puissent remuer avec soi celles de nos mains.
Pour ce qui est de la lumière , on peut bien aussi concevoir que le même mouvement qui est dans la flamme suffit pour nous la faire sentir ; mais parceque c’est en ceci que consiste la principale partie de mon dessein , je veux tâcher de l’expliquer au long , et reprendre mon discours de plus haut.