‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 212 sur 293 · DE LA DURETÉ ST DE LA LIQUIDITE · texte numérisé non relu

DE LA DURETÉ ST DE LA LIQUIDITE

Je, considère qu’il y a une infinité de divers mouvements qui durent perpétuellement dans le monde ; et après avoir remarqué les plus grands , qui font les jours , les mois et les années, je prends garde que les vapeurs de la terre ne cessent point de monter vers tés nuées et d’en descendre , que

LE MONDE

l’air est toujours agité par les vents , que la mer n’est jamais en repos , que les fontaines et les rivières coulent sans cesse , que les plus fermes bâtiments tombent enfin en décadence , que les plantes et les animaux ne font que croître ou se corrompre; bref, qu’il n’y a rien en aucun lieu qui ne se change : d’où je connois évidemment que ce n’est pas dans la flamme seule qu’il y a quantité de petites parties qui 11e cessent point de se mouvoir; mais qu’il y en a aussi dans tous les autres corps , encore que leurs actions ne soient pas si violentes , et qu’à cause de leur petitesse elles ne puissent être aperçues par aucun de nos sens.

Je 11e m’arrête pas à chercher la cause de leurs mouvements ; car il me suffit de penser qu’elles ont commencé à se mouvoir aussitôt que le monde a commencé d’être ; et cela étant , je trouve par mes raisons qu’il est impossible que leurs mouvements cessent jamais , ni même qu’ils changent autrement que de sujet; c’est-à-dire que la vertu oiî la puissance de se mouvoir soi-même , qui se rencontre dans un corps, peut bien passer toute ou partie dans un autre, et ainsi n’ètre plus dans le premier , mais qu’elle ne peut pas netre plus du tout dans le monde. Mes raisons, dis-je, me satisfont assez là-dessus, mais je n’ai pas encore occasion de vous les dire; et cependant vous pouvez imaginer, si bon vous semble, Æinsi que font la

Page 1