CHAPITRE IV
ne se trouve pas davantage de vide parmi eux lorsqu’ils se remuent que lorsqu’ils sont arrêtés. Et remarquez ici qu’il n’est point pour cela nécessaire que toutes les parties des corps qui se remuent ensemble soient exactement disposées en rond comme un vrai cercle, ni même quelles soient de pareille grosseur et figure; car ces inégalités peuvent aisément être compensées par d’autres inégalités qui se trouvent en leur vitesse.
Or nous ne remarquons pas communéngent ces mouvements circulaires quand les corps se remuent en l’air, parceque nous sommes accoutumés de ne concevoir l’air que comme un espace vide ; mais voyez nager des poissons dans le bassin d’une fontaine , s’ils ne s’approchent point trop près de la surface de l’eau , ils ne la feront point du tout branler, encore qu’ils passent dessous avec une très grande vitesse; d’où il paroît manifestement que l’eau qu’ils poussent devant eux ne pousse pas indifféremment toute l’eau du bassin , mais seulement celle qui peut mieux servir à parfaire le cercle de leur mouvement, et rentrer en la place qu’ils abandonnent.
Et cette expérience suffit pour montrer combien ces mouvements circulaires sont aisé$*et familiers à la nature; mais j’en veux maintenant apporter une autre , pour montrer qu’il ne se fait jamais aucun mouvement qui ne soit circulaire. Lorsque le
LE MONDE
vin qui est dans un tonneau ne coule point par l’ouverture qui est au bas , à cause que le dessus est tout fermé, c’est parler improprement que de dire , ainsi que l’on fait d’ordinaire, que cela se fait crainte du vide. On sait bien que ce vin n’a point d’esprit pour craindre quelque chose ; et •* quand il en auroit, je ne sais pour quelle occasion il pourroit appréhender ce vide, qui n’est en effet qu’une chimère; mais il faut dire plutôt qu’il ne peift sortir de ce tonneau à cause que le dehors • est tout aussi plein qu’il peut être , et que la partie de l’air dont il occuperoit la place s’il descendoit n’en peut trouver d’autre où se mettre en tout le reste de l’univers, si on ne fait une ouverture alidessus du tonneau, par laquelle cet air puisse remonter circulairement en sa place. 1 '
Au reste, je ne veux pas assurer pour cela qu’il n’y a point du tout de vide en la nature ; j’aurois peur que mon discours ne devînt trop long si j’entreprenois d’expliquer ce qui en est; et les expé riences dont j’ai parlé ne sont point suffisantes pour le prouver, quoiqu’elles le soient assez pour persuader que les espaces où nous ne sentons rien sont remplis de la même matière, et contiennent autant pour, le moins de cette matière que ceux qui sont occupés par les corps que nous sentons : en sorte que lorsqu’un Vase , par exemple, est plein d’or ou de plomb , il ne contient pas pour cela •