‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 223 sur 293 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

moins qui ne tendent point à la conservation l’une de l’autre ; au lieu que les formes des éléments doivent être simples et n’avoir aucunes qualités qui ne s’accordent ensemble si parfaitement que* chacune tende à la conservation de toutes les autres.

Or je ne saurois trouver aucunes formes au monde qui soient telles , excepté les trois que j’ai décrites; car celle que j’ai attribuée au premier élémeht consiste en ce que ses parties se remuent si extrêmement vite, et sont si petites , qu’il n’y /a point d’autres corps capables de les arrêter , et qu’outre cela elles ne requièrent aucune grosseur, ni figure , ni situation déterminées. Celle du second consiste en ce que ses parties ont un mouvement et une grosseur si médiocres que , s’il se trouve plusieurs causes au monde qui puissent augmenter leur mouvement et diminuer leur grosseur , il s’en trouve justement autant d’autres qui peuvent faire tout ie contraire , en sorte qu elles demeurent toujours comme en balance en cette même médiocrité. Et celle du troisième consiste en ce que ses parties sont si grosses, ou tellement jointes ensemble, qu’elles ont la force de résister toujo#rs aux mouvements des autres corps.

Examinez tant qu’il vous plaira toutes les formes que les divers mouvements, les diverses figures et grosseurs, et le différent arrangement des parties de la matière peuvent donner aux corps mêlés , et 4. *6

je m’assure que vous n’eu trouverez aucune qui n’ait en soi des qualités qui -tendent à faire qu’elle se change, et en se changeant quelle se réduise à quelqu’une de celles des éléments.

Comme, par exemple, la flamme, dont la forme demande d’avoir des parties qui se remuent très vite , et qui avec cela aient quelque grosseur , ainsi qu’il a été dit ci-dessus, ne peut pas être long -temps sans se corrompre; car, ou Id grosseur de ses parties , leur donnant la force d’agir contre les autres corps sera cause de la diminution de leur mouvement , ou la violence de leur agitation , les faisant rompre en se heurtant contre les corps quelles rencontrent, sera cause de la perte de leur grosseur ; et ainsi elles pourront peu à peu se réduire à la forme du troisième élément ou à celle du second , et même aussi quelques unes à celle du premier. Et par là vous pouvez connoître la différence qui est entre cette flamme, ou le feu commun qui est parmi nous, et l’élément du feu que j’ai décrit. Et vous devez savoir aussi que les éléments de l’air et de la terre, c’est-à-dire le second et troisième «élément, ne sont point semblables non plus à cet air grossier que nous respirons , ni à cette terre sur laquelle»nous marchons, mais que généralement tous les corps qui paroissent autour de nous sont mêlés ou composés et sujets à corruption.

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