CHAPITRE' VU
çon intelligible , ils ne l’ont encore su explique^ plus clairement qu’en Ces termes, motus est actus entis in
potentia proul in potentia est , lesquels sont pour moi si obscurs , qup je suis contraint de les laisser ici en leur langue , parceque je ne les sqturois interpréter ( et en effet ces mots , le mouvement est l’acte d’un être en puissance , en tant qu’il est en puissance , ne sont pas plus clairs pour être français). Mais, au contraire, la nature du mouvement duquel j’entends ici parler èst si facile à connoître , que les géomètres mêmes, qui, entre tous les hommes, sp sont le plus étudiés à concevoir bien distinctement les choses qu’ils ont considérées, l’ont jugée plus simple et plus intelligible que celle de leurs superficîes et de leurs lignes, ainsi qu’il paroît en ce qu’ils ont expliqué la ligne par le mouvement d’un point , et la superficie par celui d’une ligne.
Les philosophes supposent aussi plusieurs mouvements qu’ils pensent pouvoir être faits sans qu’aucun corps change de place, comme ceux qu’ils appellent motus ad formam , motus ad calorem , motus ad quantitatem ( mouvement à la forme, mouvement à la chaleur , mouyement à la qyantité ) , ,et mille autres ; et moi je n’en connois aucun plus aisé à concevoir que les lignes des géomètres, qui fait que les corps passent d’un lieu en un autre , et occupent successivement tous les espaces qui sont entre deux.
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Outre ceb, ils attribuent au moindre de Ces mouvements un être beaucoup plus sôlide et plus véritable qu’ils 11e font au repos, lequel ils disent n’en être que la privation ; et moi je conçois que le repos est aussi bien une qualité qui doit être attribuée à la matière pendant quelle demeure en une place , comme le mouvement en est une qui lui est attribuée pendant qu’elle en change. v
Enfin, le mouvement dont ils parlent est d’une nature si étrange , qu’au lieu que toutes les autres choses ont pour fin leur perfection, et ne tâchent qu’à se .conserver , il n’a point d’autre fin ni d’autre but que le repos, et, contre toutes les lois de la nature , il tâche soi-mème à se détruire ; mais , au contraire, celui que je suppose suit les mêmes lois de la nature que font généralement toutes les dispositions et toutes les qualités qui se trouvent en la matière , aussi bien celles que les doctes appellent modos et enlia rationis cum fundamenlo in re ( des modes et des êtres de raison avec fondement dans la chose ) , comme qualitates reales ( leurs qualités réelles), dans lesquelles je confesse ingénument ne trouver pas plus de réalité que dans les autres.
Je suppose, pour seconde règle, que, quand un corps en pousse un autre , ilnesauroit lui donner aucun mouvement qu’il n’en perde en même temps
autant du sien, ni lui en ôter que le sien 11e s’aug-
mente d’autant. Cette règle , jointe avec la précédente, se rapporte fort bien à toutes les expériences dans lesquelles nous voyons qu’un corps commence ou cesse de se mouvoir , parcequ’il est poussé ou arrêté par quelque autre. Car, ayant supposé la précédente , rtous sommes exempts de la peine où se trouvent les doctes quand ils veulent rendre raison de ce qu’une pierre continue de se mouvoir quelque temps après être hors de la main de celui qui l’a jetée : car on nous doit plutôt demander pourquoi elle ne continue pas toujours de se mouvoir. Mais la raison est facile à rendre; car qui est-ce qui peut nier que l’air dans lequel elle se remue ne lui fasse quelque résistance? On l’entend siffler lorsqu’elle le divise , et si l’on remue dedans un éventail ou quelque autre corps fort léger et fort étendu , on pourra même sentir au poids de la main qu’il en empêche le mouvement, bien loin de le continuer , ainsi que quelques uns ont voulu dire. Mais si l’on manque d’expliquer l’effet de sa résistance , suivant notre seconde règle , et que l’on pense que plus un corps peut résister , plus il soit capable d’arrêter le mouvement des autres, ainsi que peut-être d’abord on se pourrait persuader , on aura derechef bien de la peine à rendre raison pourquoi le mouvement de cette piep'e s’amortit plutôt en rencontrant un corps mou , et dont la résistapce est médiocre, qu’il ne fait lors- 4- *7
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qu’elle en rencontre un plus dur et qui lui résiste davantage ; comme aussi pourquoi , sitôt qu’elle a fait un peu d’effort contre ce dernier , elle retourne incontinent comme sim ses pas , plutôt que de s’arrêter ni d’interrompre son fnouvement pour son sujet. Au lieu que, supposant cette fègle , il n’y a point du tout en céci.de difficulté; car* elle *nous apprend que le mouvement d’un corps n’est pas retardé par la rencontre d’un autre à proportion de ce que celui-ci lui reéîste, ruais seulement à proportion de ce que sa résistance en est surmontée, et qu’en lui obéissant il reçoit'en Soi la force de se mouvoir que l’autre quitte.
Or, encore qu’eu la plupart des mouvements que nous voyons dans le vrai monde nous ne puassions pas apercevoir que les corps qui commencent ou cessent de se mouvoir soient poussés ou arrêtés par quelques autres, nous n’avons pas pour cela occasion de juger que ces deux règles n’y soient pas exactement observées: car il est certain que ces corps peuvent souvent recevoir leur agitation des deux éléments de l’air et du feu , qui se trouvent toujours parmi eux sans y pouvoir être Sentis, ainsi qu’il a tantôt été dit , ou même de l’air plus grossier, qui ne peut non plus être senti ; et qu’ils peuvent la transférer tantôt à cet air plus grossier , et tantôt à toute la masse de la terre, en làquellaétant dispersée, elle ne peut aussi être aperçue.
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Mais encore que tout cè que nos sens ont jamais expérimenté dans le vrai monde semblât manifestement etre contraire a ce qui est contenu dans ces deux règles, la raison qui me les a enseignées me semble si forte, que je ne laisserais pas de croire être obligé de les supposer daus le nouveau que je vous décris : car quel fondement pluslferrne et plus’ solide pourroit-on trouver pour établir une vérité, encore qu’on le voulût choisir à souhait, que de prendre la fermeté même et l’immutabilité qui est en Dieu?
Or est-il que ces deux règles suivent manifestement de cela seul que Dieu est immuable , et qu’agissant toujours en même sorte, il produit toùjours le même effet : car, supposant qu’il a mis certaine quantité de mouvement dans toute la matière en général dès le premier instant qu’il l’a créée, il faut avouer qu’il y en conserve toujours autant, ou ne pas croire qu’il agisse toujours en même' sorte; et supposant aveq, êela que dès ce premier instant les diverses parties de la matière en qui ces mouvements se sont trouvés inégalement dispersés ont commencé à les retenir, ou à *les. transférer de l’ftne à l’autre , ' selon qu’elles en ont pu avoir la force, il faut nécessairement penser qu’il leur fait toujours continuer la même chose; et c’est ce que contiennent ces deux règjtes.
J’ajouterai, pour la troisième, que lorsqu’un corps
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se meut, encore que son mouvement se fasse le plus souvent en ligne courbe, et qu’il ne s’en puisse jamais faire aucun qui ne soit en quelque façon circulaire, ainsi qu’il a été dit ci-dessus, toutefois chacune de ses parties en particulier tend toujours à continuer le sien en lignfe droite. Et ainsi leur
action , c’est-à-dire l’inclinatiou quelles ont à se
mouvoir, est différente de leur mouvement.
Par exemple , si l’on fait tourner une roue sur son essieu , encore que toutes ses parties aillent en rond , parceque , étant jointes l’une à l’autre , elles ne sauraient aller autrement , toutefois leur inclination est d’aller droit , ainsi qu’il paraît clairement si par hasard quelqu’une se détache des autres; car aussitôt qu’elle est en liberté, son mouvement cesse detre circulaire , et se continue en ligne droite.
De même, quand on fait tourner une pierre dans une fronde, non seulement elle va tout droit aussitôt quelle en est sortie , mais de plus , pendant tout le temps quelle y est , elle presse le milieu de la fronde et fait tendre la corde; montrant évidemment par là qu’elle a toujours inclination. d’aller en droite ligîje, et quelle ne va en rond que par contrainte.
Cette règle est appuyée sur le même' fondement que les deux autres , et ne dépend que de ce que Dieu conserve chaque cfcose par une action continue, et par conséquent qu’il ne la conserve point