CHAPITRE VII
telle qu’elle peut avoir été quelque temps auparavant, mais précisément telle qu’elle est au même instant qu’il la conserve. Or est-il que de tous les mouvements il n’y a que lé droit qui soit entièrement simple , et dont toute la pâture soit comprise en un instant: car, pour le concevoir, il suffit de j^nser qu’un corps est en action pour se mouvoir vers un certain côté, ce qui se trouve en chacun des instants qui peuvent être cféterminés pendant le temps qu’il se meut : au lieu que, pour conce- . «voir le mouvement circulaire, ou quelque autre que ce puisse être, il faut au moins considérer deux de ces instants, ou plutôt deux de sei parties',’4 et le rapport qui est entre elles ; mais, afin que les phil osophes , ou plutôt les sophistes , 11e prennent pas ici occasion d’exercer leurs subtilités superflues , remarquez que je ne dis pas pour cela que le mouvement droit se puisse faire en un instant , niais seulement que tout ce qui est requis pour le jtroduire se trouve dans les corps en chaque instant qui puisse être déterminé pendant qu’ils se meuvent, et non pas, tout ce qui est requis pour produire le circulaire.
Comme , par exemple , si une pierre se meut dans une fronde suivant le cercle marqué AB', et que vous la considériez précisément telle quelle est à l’instant qu’elle arrive au point A , vous
’ Voypz planche I, Kgure x.
LE MO JS I> E.
trouvez bien qu'elle est en action pour se mouvoir, car elle ne s’y arrête pas, et pour se mouvoir vers un certain côté"’, à savoir vers C , car c’est vers là que son action est déterminée en cet instant ; mais vous n’y sauriez rien trouver qui fasse que son mouvement soit circulaire. Si bien que supposant qu’elle commence pour lors à sortir de fa fronde, et que Dieu continue de la conserver telle qu’elle est en cè moment, il est certain qu’il ne la conservera point avec l’inclination d’aller circulairement suivant la ligne AB, mais avec celle d’aller.» tout droit vers le point C.
Donc, suivant cette règle, il faut dire que Dieu
seul est l’auteur de tous les mouvements qui sont 1 ■ ^ \à At au monde, en tant qu’ils sont , et en tant qu’ils sont
droits; mais que ce sont les diverses dispositions
delà matière qui les rendent irréguliers et courbés,
ainsi que les théologiens nous apprennent que Dieu
est aussi l’auteur de toutes nos actions, en tant
qu’elles’sont, et en tant qu’elles ont quelque bonté;
mais que ce sont les diverses dispositions de nos
volontés qui les peuvent rendre vicieuses.
Je pourrois'' mettre encore ici plusieurs règles, pour déterminer en particulier quand et comment et de combien le çaouvement de chaque corps peut être détourné, et augmenté ou diminué par la rencontre des autres , ce qui comprend sommairement tous les effets de la nature; mais je me contenterai