‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 254 sur 293 · CHAPITRE XIII. 30I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. 30I

causes qui, agissantensemble contre un mêmecorps, empêchent l’effet l’une de l’autre, on peut, selon diverses considérations , dire qu’un même corps tend vers divers côtés en même temjis , ainsi qu’il a tantôt été dit que les parties de la terre tendent à s'éloigner de son centre, en tant qu’elles sont considérées toutes seules , et qu’elles tendent au contraire à s’en approcher, en tant que l’on considère la force des parties du ciel qui les y pousse ; et derechef qu’elles tendent à s’en éloigner, si on les considère comme opposées à d’autres parties terrestres qui composent des corps plus massifs qu’elles ne sont.

Ainsi, par exemple, la pierre qui tourne dans

une fronde* suivant le cercle AB tend vers C lors-

qu’elle est au point A , si on ne considère autre • chose que son agitation toute seule; et elle tend circulairement d’A vers B , si on considère son mouvement comme réglé et déterminé par la longueur de la cordc qui la retient ; et. enfin la même pierre tend vers E, si , sans considérer la partie de son agitation dont l’effet n’e^t point empêché , on en oppose l’autre partie à la résistance que lui fait continuellement cette fronde. - •

Mais , pour entendre distinctement ce dernier point, imaginez-vous l’inclination qu’a cette pierre à se mouvoir d’A vers C, comme si *•

« Voyez planche T, fignrc i.

LE MONDE

,011e étoit composée de deux autres qui fussent, l’une de tourner suivant le cercle AB ,' et l’autre de monter tout droit suivant la ligne VXY; et ce. en telle proportion que , se trouvant à l’endroit de la fronde marquée Y lorsque la fronde est à l’endroit du cercle marqué A, elle se dût trouver par après à l’endroit marqué X lorsque la fronde seroit vers B, et à l’endroit marqué Y lorsqu’elle seroit vers F, et ainsi demeurer toujours en la ligne droite ACG.

Puis, sachant que l’une des parties de son inclination, à savoir celle qui la porte suivant le cercle AB, n’est nullement empêchée par cette fronde, vous verrez bien qu’elle ne trouve de résistance que pour l’autre partie , à savoir pour celle qui la feroit mouvoir suivant la ligne DVXY, si elle n’étoit point empêchée, et par conséquent quelle ne » tend, c’est-à-dire qu’elle ne fait effort que pour s’éloigner directement du centre D. Et remarquez que, selon cette considération, étant au point A elle tend si véritablement vers E , quelle n’est point du tout plus disposée à se mouvoir vers H que vers I , bien qu’on pourrait aisément se persuader le contraire si on manquoit à considérer la différence qui est entre le mouvement quelle a déjà , et l’inclination à se mouvoir qui lui reste.

Or vous devez penser de chacune des parties dü second élément qui composent les cieux tout le même.que de cette pierre ; c’est à savoir que celles

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qui sont, par exemple, vers E ne tendent de leur propre inclination que vers P, mais que la résistance des autres parties du ciel qui sont au-dessus . d’elles les fait tendre, c’est-à-dire les dispose à se '• -

mouvoir suivant le cercle ER ; et derechef que cette résistance, opposée à l’inclination quelles ont de continuer leur mouvement en ligne droité, les * « fait tendre, c’est-à-dire est cause qu’elles font effort poursemouvoir versM; et ainsi ,, jugeant de toutes les autres en même sorte , vous voyez en quel sens on peut dire quelles tendent vers les lieux qui sont directement opposés au centre du ciel qu’elles composent. :

Mais ce qu il y a encore en elles à considérer de plus qu’en une pierre qui tourne dans une •

lronde , cest quelles sont continuellement poussées , tant par toutes celles de leurs semblables qui sont entre elles et l’astre qui occupe le centre de • leur ciel, que même par la matière de cet astre, et quelles ne le sont aucunement par les autres.

Par exemple, que celles qui sont vers E ’ ne sont point poussées par celles qui sont vers M , ou vers T, ou vers R, ou vers K, ou vers H, mais seulement par toutes celles qui sont entre les deux lignes Af , DG , et ensemble "par la matière du soleil ; ce qui est cause qu’elles tendent non

^seulement vers M, mais aussi vers I, et vers N > ‘ ’

' Voyez planche I, ligure <i. ’ ,

LE MONDE

et généralement vers tous les points où peuvent parvenir les rayons ou lignes droites qui , venant dç quelque partie du soleil, passent par le lieu où elles sont. *.'• * . ’

Mais, afin que l’explication de tout ceci soit plus facile , je désire que vous considériez les parties du second élément toutes seules, et comme si tous les espaces qui sont occupés par la matière du premier , tant celui où est le soleil que les autres , étoient vides. Même, à cause qu’il n’y a point de meilleur moyen pour savoir si un corps est poussé par quelques autres que de voir si ces autres s’avanceroient actuellement vers le lieu où il est pour le remplir en cas qu’il fût vide , je désire aussi que vous vous imaginiez que les parties du second élément qui sont vers E en soient ôtées , et , cela posé, que vous regardiez, en premier lieu,

• qu’aucunes de celles qui sont au-dessus du cercle TER , comme vers M , ne sont point disposées à remplir leur place, d’autant qu’elles tendent tout au contraire à s’en éloigner; puis aussi que celles qui sont en ce cercle , à savoir vers T, n’y sont point non plus disposées : car, encore bien quelles se meuvent véritablement de T vers G , suivant le cours de tout le ciel, toutefois, pourceque celles qui sont vers F se meuvent aussi avec pareille vitesse vers R, l’espacé E, qu’il faut imaginer mobile comme elles , ne laisseroit pas de demeurer

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